Cryptozoologie

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Statue censée représenter le monstre du Loch Ness dans le musée de Drumnadrochit (Écosse)
Présumé Poisson-évêque, pêché en 1531.

La cryptozoologie (du grec κρυπτός / kryptós, « caché », ζῷον / zó̱on, « animal », et λόγος / lógos, « étude », soit « étude des animaux cachés ») désigne la recherche des animaux dont l'existence ne peut être prouvée de manière irréfutable. Ces formes animales sont appelées cryptides.

Le terme a été inventé par le biologiste écossais Ivan T. Sanderson[1]. Ce néologisme est selon le GDT une « science qui tente d'étudier objectivement le cas des animaux seulement connus par des témoignages, des pièces anatomiques ou des photographies de valeur contestable ».

Il n'existe aucune formation universitaire, ni aucun institut scientifique officiel de cryptozoologie. Malgré la critique de la grande majorité de la communauté scientifique, le travail d'un zoologue intéressé par la cryptozoologie consiste essentiellement à écarter les canulars, entre mythes et légendes urbaines. Le cryptozoologue le plus connu est Bernard Heuvelmans, docteur ès sciences d'origine belge, qui a consacré une grande partie de sa vie à chasser des formes animales encore inconnues. Les quatre tomes de Sur la piste des bêtes ignorées (publiés entre 1955 et 1970) constituent une œuvre de référence pour les cryptozoologues. En 1999, Bernard Heuvelmanns a déposé l'entier de sa documentation et de ses archives au Musée de zoologie de Lausanne[2].

Méthodes de la cryptozoologie[modifier | modifier le code]

On peut définir la cryptozoologie comme l'étude et la recherche d'animaux de moyenne et de grande taille non encore officiellement répertoriés et dont l'existence controversée pourrait néanmoins être établie sur base de preuves testimoniales (témoignages oculaires), circonstancielles (films, photos, enregistrements de cris), ou même autoscopiques (que chacun peut voir : empreinte de pied, poils, plumes, etc.), mais considérées comme insuffisantes par la communauté scientifique des zoologues. Dans sa méthodologie, elle peut faire appel à diverses disciplines, telles la zoologie, la paléontologie, la paléoanthropologie, etc., mais aussi la psychologie, l'ethnologie, la mythologie, voire la police scientifique.

On peut classer son sujet d'étude en 5 catégories, qui parfois se complètent l'une l'autre :

Le champ d'étude de la cryptozoologie ne se limite pas au Bigfoot, Yéti et autres monstres du Loch Ness, mais s'étend à toute créature vivante non identifiée, pour autant que la taille soit égale ou supérieure à celle d'une grenouille et qu'elle ait laissé une trace dans l'esprit humain. Ainsi les insectes, à quelques exceptions près, n'en font pas partie, car trop petits pour avoir frappé les esprits. Les découvertes fortuites d'animaux ne font pas partie de la cryptozoologie.

Étude des mythes[modifier | modifier le code]

  • Charybde et Scylla : situés l'un en face de l'autre dans un détroit, Charybde (qui avale l'eau et la recrache engloutissant les navires) est l'image du tourbillon et Scylla (aux nombreux bras qui saisissent les marins), celle du poulpe. Exagérées par l'emphase poétique du récit, les images du poulpe et du tourbillon donnent naissance à deux monstres redoutables[3].

Résultats des études des témoignages et indices[modifier | modifier le code]

L'étude des témoignages a été le point de départ de recherches ayant mené à la découverte d'animaux à la fin du XIXe siècle :

  • le gorille des montagnes, était considéré comme une légende en Afrique, jusqu'à ce que des spécimens soient découverts par un officier Allemand lors d'expéditions dans la région des montagnes des Virunga en 1902[4].
  • le calmar géant a donné naissance à de nombreuses légendes scandinaves sous le nom de Kraken[3], l'animal a été décrit scientifiquement en 1857 par Japetus Steenstrup.
  • le panda géant fut décrit en 1869 par Armand David grâce au don d'une peau que lui fit un chasseur. En effet, l'animal était alors chassé depuis longtemps en Chine et faisait l'objet de troc, par exemple entre la dynastie Tang (VIe siècle) et l'empereur du Japon, mais aucun spécimen n'avait été rapporté en Occident.
  • l'okapi : découvert en 1901 par Harry Johnston, cet animal était bien connu des Pygmées Mbuti ; l'okapi a fait l'objet d'une campagne de recherche systématique financée par le gouvernement britannique au début du XXe siècle et menée par Johnston qui avait pris connaissance des témoignages des Pygmées rapportés par Henry Morton Stanley.

Partant de ces exemples, la cryptozoologie étudie témoignages et objets désignés comme preuves. À l'heure actuelle, les résultats de la cryptozoologie ont quelquefois été probants, mais de nombreux éléments présentés comme preuves ont été invalidés par un examen rigoureux : Bernard Heuvelmans a ainsi rejeté des « mains de singes pétrifiées » présentées comme des mains du Yéti et conservées dans un monastère, en montrant qu'elles n'étaient en fait que des molaires fossilisées d'éléphants (les racines étant considérées comme des doigts)[5].

De même, les prétendus poils de Yéti trouvés dans l'Himalaya ont été analysés et proviennent du goral, chèvre de l'Himalaya. Cette analyse a également permis de découvrir que l'aire de répartition du goral était plus étendue vers l'est[6].

Collateral Humanoid Project : décrypter le génome du yéti[modifier | modifier le code]

Le Collateral Humanoid Project a été lancé en 2012 par une équipe de chercheurs des universités d’Oxford et de Lausanne sous l'impulsion du généticien anglais Bryan Sykes et du zoologue suisse Michel Sartori. Pour la première fois, des scientifiques ont décidé de procéder à l'analyse génétique de l'ADN mitochondrial attribués au Yéti, Bigfoot et autres créatures anthropoïdes inconnues. Ils ont donc lancé un appel à toutes les personnes détenant des échantillons de ce type.

Les conclusions de leur étude ont été publiées en juillet 2014[7] dans la revue scientifique internationalement connue Proceedings of The Royal Society[8]. Le résultat des analyses de 36 échantillons, essentiellement des touffes de poils détenues par des particuliers, ne révèle aucun animal inconnu : coyote, chèvre, grizzli, tapir, raton laveur, humain, chien, etc. A l'exception de deux fragments provenant l’un d’un animal tué dans les années 1970 à Ladakh en Inde et l’autre, d’un prétendu nid de yétis dans une forêt de bambous au Bouthan. Le premier est d’une teinte brun doré, le second a des reflets rougeâtres. Ils appartiennent toutefois à la même espèce : un ours préhistorique que l’on croyait disparu depuis 40 000 ans. L’ADN de ces poils est très proche de celui du  fossile d’un ancêtre de l’ours polaire du Pléistocène découvert au Svalbard, un archipel situé à l’est du Groenland, à la limite de l’océan arctique et de l’Atlantique.

Controverse : la cryptozoologie est-elle une science ?[modifier | modifier le code]

Selon Bernard Heuvelmans, pour être une science, la cryptozoologie doit répondre à deux impératifs quant à ses acteurs et quant à son objet.

  1. ses acteurs : quand elle est menée par des scientifiques uniquement,
  2. son objet : quand elle étudie scientifiquement ce qui est présenté comme « indices », reste circonspecte devant un témoignage qu'elle ne peut considérer que comme subjectif et à recouper par des indications objectives avant de mener une éventuelle campagne de recherche selon une convention scientifique.

Cependant, la question de fond demeure : si elle approuve l'étude scientifique des « indices » (pour les accepter ou les rejeter), la majeure partie de la communauté scientifique s'interroge sur le statut épistémique d'une discipline étudiant des animaux dont on disposerait de traces non pas formelles, mais culturelles (représentations) ou testimoniales.

S'il est légitime pour une discipline telle que la sociologie d'étudier les folklores liés aux visions de créatures folkloriques, une discipline ayant pour objet d'étudier non plus les témoignages en tant que témoignages, non pas les représentations, mais bien la probabilité de l'existence d'une créature du fait même qu'elle est représentée, a-t-elle sa place au sein de la zoologie ?

La principale raison pour laquelle une grande partie de la communauté scientifique considère que l'existence du Bigfoot, du monstre du Loch Ness ou du Mokèlé-mbèmbé est plus qu'improbable est qu'aucune preuve de leur existence n'a jamais été fournie à ce jour, ni aucun spécimen vivant ou mort qui puisse être examiné par la communauté scientifique.

Or, concernant ces animaux, seuls ont été produits des empreintes de pied ou de main, des photos ou des films qui peuvent être potentiellement des contrefaçons. De fait, même des sciences établies, comme la zoologie et la paléontologie, sont confrontées à ce problème (par exemple la contrefaçon de l'Homme de Piltdown présenté comme un fossile d'une espèce inconnue alors qu'il s'agissait de l'assemblage d'un crâne d'Homo sapiens et d'une mandibule d'orang-outan).

L'action de la cryptozoologie se borne donc ici à étudier des objets et est purement zoologique. On peut parler d'un autre domaine lors de l'appel à d'autres sciences (psychologie, sociologie par exemple dans le cas de l'analyse de la véracité des témoignages) ne relevant pas de la zoologie.

En paléontologie, l'identification de espèces fossiles inconnues se fonde à la fois sur des collections de fossiles dont l'analyse critique par les pairs mais aussi sur le contexte phylogénétique des espèces que l'on cherche à identifier. Or si la cryptozoologie s'intéresse le plus souvent à des cas proches d'animaux connus, elle se penche aussi (et est surtout connue pour cela) sur certains animaux (Yéti, Grand Serpent de mer) qui présentent le plus des caractéristiques anatomiques qui sont difficiles à intégrer à l'histoire évolutive des espèces connues. Il n'y a donc pas dans ce dernier cas d'éléments de comparaison.

Liste non-exhaustive de cryptides[modifier | modifier le code]

Pieuvre géante attaquant un navire français au large des côtes d'Angola par Pierre Dénys de Montfort (1810).

Liste non-exhaustive de canulars sur les cryptides[modifier | modifier le code]

Cryptozoologie dans la fiction[modifier | modifier le code]

Littérature et bande dessinée[modifier | modifier le code]

Quelques bandes dessinées, comme Kenya, de Léo, Adèle et la Bête, de Tardi, Tintin au Tibet de Hergé, reprennent des thèmes cryptozoologiques, faisant apparaître dans leurs récits des animaux inconnus (yéti) ou disparus (ptérodactyle, mastodonte, etc.).

Dans le monde fictif et parallèle des Cités obscures, inventé par Benoît Peeters et François Schuiten, cette discipline serait (si l'on en croit leur ouvrage Le Guide des Cités) la plus importante dans le domaine de la zoologie. Les Cités obscures semblent, d'après les auteurs, pauvres en créatures animales, ce qui explique l'importance de cette science.

Audiovisuel[modifier | modifier le code]

  • Les Saturdays, série d'animation centrée sur une équipe de cryptozoologues
  • Sanctuary, série télévisée dans laquelle le personnage principal dirige un « sanctuaire » pour créatures.

Jeux vidéo[modifier | modifier le code]

Nombreux sont les jeux qui font apparaître des créatures fantastiques originales :

  • Dans Far Cry Instincts : on entend à deux reprises, à la radio, une émission parlant de cryptozoologie. Cela se produit juste après que le héros a été confronté à des créatures faisant penser à des dinosaures.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. 1965, Le Grand Serpent de mer. Le problème zoologique et sa solution. Histoire des bêtes ignorées de la mer, Librairie Plon
  2. « cryptozoologie », sur www.zoologie.vd.ch,‎ 31.07.2014 (consulté en 31.07.2014)
  3. a et b Bernard Heuvelmans, Sur la piste des bêtes ignorées, Paris, Plon, 1955
  4. http://www.gorilla.fr/decouverte.htm
  5. Alberto Fortis, Mémoires pour servir à l’histoire naturelle, Fuchs, Paris, 1802
  6. Les poils supposés du yéti appartenaient à une chèvre… in Futura Science
  7. David Ramasseul, « Yeti, la piste de l'abominable ours des neiges », Paris Match,‎ 4 juillet 2014 (lire en ligne)
  8. (en) « Genetic analysis of hair samples attributed to yeti, bigfoot and other anomalous primates », sur Proceedings of the royal society B,‎ 02.07.2014 (consulté en 31.07.2014)

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bernard Heuvelmans, Sur la piste des bêtes ignorées, Plon, Paris, 1955. (ASIN B00181JSJ4)
  • Richard Carrington, Sirènes et mastodontes, Robert Laffont Paris 1957. (ASIN B0018GMYVS)
  • Herbert Wendt, Ils n'étaient pas dans l'arche, Denoël, Paris, 1959. (ASIN B0000DVKP0)
  • Angus Hall, Monstres et créatures légendaires, Hachette-Le Livre de Paris, Paris, 1980 (ISBN 2245012526)
  • Jean-Jacques Barloy, Les survivants de l'ombre, Arthaud, 1985. (ISBN 9782700305050)
  • Collectif, Monstres de légende, Time-Life, Amsterdam, 1989. (ISBN 2734404567)
  • Éric Joly et Pierre Affre, Les monstres sont vivants, Grasset, Paris, 1995. (ISBN 9782246495918)
  • Jean-Paul Ronecker, Animaux mystérieux, Collection B.A.-BA, Pardès, 2000. (ISBN 9782867142192)
  • Édouard Brasey, Alain-Marc Friez, Sandrine Gestin, L'encyclopedie du merveilleux - Du bestiaire fantastique, Pré aux Clercs, Paris, 2006 (ISBN 284228254X)
  • Rory Storm, Les monstres : Guide de la cryptozoologie, Gremese, 2008, (ISBN 978-8873016625)
  • Philippe Coudray, Guide des animaux cachés : Traité de cryptozoologie, Éditions Du Mont, 2009. (ISBN 978-2915652383)
  • (en) Chad Arment, Cryptozoology: Science & Speculation, Coachwhip Publications, 2004. (ISBN 1930585152)
  • (en) Ronan Coghlan, Dictionary of Cryptozoology, Xiphos Books, 2004. (ISBN 0954493613)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]