Élisabeth de Fontenay

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Élisabeth de Fontenay

Philosophe occidental

Époque contemporaine

Description de cette image, également commentée ci-après

Élisabeth de Fontenay en 2009

Naissance 1934
Nationalité Française
Principaux intérêts condition animale
Œuvres principales Diderot ou le Matérialisme enchanté
Le Silence des bêtes
Influencé par Karl Marx, Denis Diderot, Vladimir Jankelevitch, Michel Foucault, Jacques Derrida

Élisabeth de Fontenay (née en 1934) est une philosophe et essayiste française. De son nom complet Élisabeth Bourdeau de Fontenay, elle est la fille d’Henri Bourdeau de Fontenay, grand résistant.

Biographie[modifier | modifier le code]

Maître de conférences émérite de philosophie à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, elle s'intéresse d'abord à Marx auquel elle consacre un ouvrage intitulé Les Figures juives de Marx. Marx dans l'idéologie allemande (1973). En 1984, elle fait paraître un livre qui a fait date sur le matérialisme de Diderot (Diderot ou le Matérialisme enchanté). Elle a été membre du Comité de direction des Temps modernes qu'elle a quitté en janvier 1983.

Comme ses ouvrages ultérieurs, cette contribution s'interroge sur les rapports entre les hommes et les animaux dans l'histoire. Cette réflexion culmine avec la parution de son magnum opus Le Silence des bêtes paru chez Fayard en 1998, un ouvrage qui repose la question de ce qu'est le « propre de l'homme »[1] et remet en cause l'idée d'une différence arrêtée entre l'homme et l'animal[1]. Privilégiant la longue durée, cet ouvrage interroge les conceptions de l'animal des Présocratiques jusqu'à nos jours en passant par Descartes et sa célèbre hypothèse de l'animal-machine.

Cette réflexion peut être rapprochée du courant actuel de la pensée posthumaniste représenté notamment par Peter Sloterdijk ou Donna Haraway. Parmi les auteurs qui ont influencé ses travaux, on peut mentionner notamment Vladimir Jankelevitch, Michel Foucault et Jacques Derrida[2].

Juive par sa mère dont une grande partie de la famille a été exterminée à Auschwitz[3], Élisabeth de Fontenay est restée très attachée à cette culture. Elle est actuellement présidente de la « Commission Enseignement de la Shoah » de la Fondation pour la mémoire de la Shoah[4] et membre du comité de parrainage de l'association La paix maintenant pour la promotion du mouvement israélien Shalom Archav.

Elle fait aussi partie du Comité d'éthique ERMES[5] aux côtés notamment d'Henri Atlan. Préoccupée par les questions éthiques concernant le traitement des animaux, elle a publié en collaboration avec Donald M. Broom Le Bien-être animal (Éditions du Conseil de l'Europe, « Regard éthique », 2006) qui expose les problèmes d'éthique soulevés par ce sujet en exposant les points de vue religieux et les positions des différents pays.

Depuis septembre 2010, Élisabeth de Fontenay présente, avec Fabienne Chauvière, l'émission de radio Vivre avec les bêtes[6] consacrée aux animaux sur France Inter. À compter de septembre 2011, c'est avec Allain Bougrain-Dubourg qu'elle fait équipe pour animer l'émission qui est arrêtée en juin 2014.

Shoah et condition animale[modifier | modifier le code]

Forte de sa position de présidente de la « Commission Enseignement de la Shoah » de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, Élisabeth de Fontenay n'hésite pas à faire, à l'instar d'Isaac Bashevis Singer, dans la préface de son ouvrage Le silence des bêtes, la philosophie à l'épreuve de l'animalité, un parallèle entre les méthodes génocidaires nazies et l'industrie agro-alimentaire :

« Oui, les pratiques d'élevage et de mise à mort industrielles des bêtes peuvent rappeler les camps de concentration et même d'extermination, mais à une seule condition : que l'on ait préalablement reconnu un caractère de singularité à la destruction des Juifs d'Europe, ce qui donne pour tâche de transformer l'expression figée “comme des brebis à l'abattoir” en une métaphore vive. Car ce n'est pas faire preuve de manquement à l'humain que de conduire une critique de la métaphysique humaniste, subjectiviste et prédatrice. »

Et encore :

« On sait que la grande majorité de ceux qui, descendant des trains, se retrouvaient sur les rampes des camps d'extermination ne parlait pas allemand, ne comprenait rien à ces mots qui ne leur étaient pas adressés comme une parole humaine, mais qui s'abattaient sur eux dans la rage et les hurlements. Or, subir une langue qui n'est plus faite de mots mais seulement de cris de haine et qui n'exprime rien d'autre que le pouvoir infini de la terreur, le paroxysme de l'intelligibilité meurtrière, n'est-ce-pas précisément le sort que connaissent tant et tant d'animaux ? »

— Élisabeth de Fontenay, le Silence des bêtes, la philosophie à l'épreuve de l'animalité.

Publications[modifier | modifier le code]

  • Les Figures juives de Marx — Marx dans l'idéologie allemande, Paris, Galilée, collection « La Philosophie en effet », 1973. (ISBN 2-7186-0006-3)
  • Diderot ou le Matérialisme enchanté, Paris, Grasset, 1981. (ISBN 2-246-23051-9) Rééd. Paris, Librairie Générale Française, « Le Livre de poche », 1984. (ISBN 2-253-03406-1) Paris, Grasset, 2001. (ISBN 2-246-23052-7)
  • Avec Jacques Proust (dir.), Interpréter Diderot aujourd'hui, Centre culturel international de Cerisy-la-Salle, Colloque 11-21 juillet 1983 ; Paris, Le Sycomore, 1984. (ISBN 2-86262-231-1)
  • « La raison du plus fort », préface à Trois traités pour les animaux de Plutarque, trad. de Jacques Amyot, Paris, POL, 1992. (ISBN 2-86744-197-8)
  • Le Silence des bêtes, la philosophie à l'épreuve de l'animalité, Paris, Fayard, 1998. (ISBN 2-213-60045-7)
  • Avec Alain Finkielkraut, Des hommes et des bêtes, Genève, S. Kaplun, Éditions du Tricorne, collection « Répliques », 2000. (ISBN 2-8293-0219-2)
  • « Les bêtes dans la philosophie et la littérature », in Denis Müller et Hugues Poltier, La dignité de l'animal — Quel statut pour les animaux à l'heure des technosciences ?, coll. « Le champ éthique », no 36, Labor et Fides, Genève, 2000, p. 37-68. (ISBN 2-8309-0995-X)
  • Les mille et une fêtes. Pourquoi tant de religions ? Petite conférence sur les religions, Paris, Bayard, collection « Les petites conférences », 2005. (ISBN 2-227-47527-7)
  • Quand un animal te regarde, avec des illustrations d'Aurore Callias, Paris, Giboulées-Gallimard jeunesse, « Chouette ! penser », 2006. (ISBN 2-07-057182-3)
  • Une tout autre histoire — Questions à Jean-François Lyotard, Paris, Fayard, « Histoire de la pensée », 2006. En appendice : « L'Europe, les juifs et le livre » / par Jean-François Lyotard, article paru dans Libération le 15 mai 1990. (ISBN 2-213-60610-2)
  • Sans offenser le genre humain — Réflexions sur la cause animale, Paris, Albin Michel, « Bibliothèque Albin Michel des idées », 2008. (ISBN 978-2-226-17912-8)
  • Avec Marie-Claire Pasquier, Traduire le parler des bêtes, Paris, L'Herne, « Carnets de l'Herne », 2008. Texte de deux conférences données lors des Assises de la traduction littéraire en Arles, 2006. (ISBN 978-2-85197-696-3)
  • « L'abstraction du monde » in Regards sur la crise — Réflexions pour comprendre la crise… et en sortir, ouvrage collectif dirigé par Antoine Mercier avec Alain Badiou, Miguel Benasayag, Rémi Brague, Dany-Robert Dufour, Alain Finkielkraut…, Paris, Hermann, 2010.
  • Actes de naissance, entretiens avec Stéphane Bou, Paris, le Seuil, 2011.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Arnaud Spire, « L'homme, un animal inconnu » (à propos du Silence des bêtes, d'Élisabeth de Fontenay), dans L'Humanité, 2 mai 2000.
  2. Geneviève Brisac, « Élisabeth de Fontenay, une femme d'honneur », dans Le Monde, 25 septembre 1998, p. 8.
  3. « Rencontre avec Élisabeth de Fontenay. L'homme, cette drôle de bête », par Catherine David, dans BibliObs (Le Nouvel Observateur), 2008.
  4. Voir site de la Fondation
  5. Site de l'INSERM
  6. « Vivre avec les bêtes » sur France Inter.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]