Le Verfügbar aux Enfers

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Le Verfügbar aux Enfers est une opérette-revue écrite clandestinement au camp de concentration de Ravensbrück par la résistante et ethnologue française Germaine Tillion au cours de l'hiver 1944-1945[1]. Si Germaine Tillion en fut le maître d'œuvre, il s'agit d'un travail commun élaboré par les prisonnières du camp de Ravensbrück. Le manuscrit original se trouve aujourd'hui au Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon.

Le mot allemand « verfügbar » désigne ceux et celles qui, non affectés à un commando de travail, étaient « disponibles » pour les pires corvées du camp[2].

Productions[modifier | modifier le code]

Création[modifier | modifier le code]

L'œuvre a été créée mondialement au Théâtre du Châtelet (Paris) les 2 et 3 juin 2007 pour célébrer le centenaire de Germaine Tillion, qui était alors encore en vie (elle est morte en 2008)[3].

Ravensbrück[modifier | modifier le code]

L’œuvre a été présentée le dans l'enceinte du camp de concentration de Ravensbrück destiné aux femmes[4]. La représentation a été choisie pour marquer le 65e anniversaire de la libération du camp :

  • Direction musicale : Stéphane Petitjean
  • Mise en espace : Bérénice Collet
  • Coproduction : Théâtre du Châtelet et Mémorial de Ravensbrück.
  • Chœurs du lycée La Fontaine de Paris et du Georg-Friedrich Händel Gymnasium de Berlin.
  • Orchestre de la Junge Philharmonie Brandenburg sous la direction de Sebastian Welgle.

La représentation a été filmée par François Dubreuil[5].

Le rire en réponse à la déshumanisation[modifier | modifier le code]

L'œuvre musicale plonge le spectateur de manière inattendue dans l’univers apparemment joyeux d’une opérette, sorte de revue conférence remplie d’humour noir, mais dont l'atmosphère est de plus en plus lourde. Avec les difficultés croissantes de l'hiver 1944-1945, Germaine Tillion n'achève pas l'opérette.

À la déshumanisation programmée par leurs bourreaux, ces femmes avaient choisi de répondre par le rire[6]. Un rire tellement irrévérencieux envers leur propre tragédie que longtemps, Tillion a refusé la publication du Verfügbar aux Enfers, de crainte que personne ne comprenne cet humour parmi les plus noirs.

Mais au camp, Germaine Tillion veut rire, aussi, pour narguer les bourreaux et se sentir encore vivante. Cachée dans une caisse pendant plusieurs jours, elle écrit Le Verfügbar aux Enfers avec l'aide de ses complices qui lui fournissent papier, crayon et leurs propres souvenirs pour les airs des chansons. Le titre est inspiré d’Orphée aux Enfers, l'opéra-bouffe de Jacques Offenbach, lui-même parodie d’Orphée et Eurydice de Gluck. Germaine Tillion, qui n'a pas composé la musique, n'hésite pas à détourner des airs célèbres (chansons scoutes ou grivoises, variété, airs de publicités, Habanera de Carmen, Danse macabre de Saint-Saëns...).

Comme ethnologue, Germaine Tillion avait passé plusieurs années en Algérie pour sa thèse sur une ethnie berbère des Aurès, les Chaouis. Elle prend le camp comme sujet d'étude et amasse une quantité d'informations. Elles sont utiles aux détenues qui comprennent la "logique" du camp, l'information étant vitale pour survivre : l'écriture constitue "la restitution d'un sens caché face au non-sens[7]" apparent du camp. Plus tard, par leur précision, ces informations seront aussi très précieuses à ceux qui veulent comprendre la mécanique des tortionnaires. Ainsi, dès 1951, elle analysera et dénoncera l'univers concentrationnaire soviétique.

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « Diary of Nazi survivor turned into an opera », The Daily Telegraph, (consulté le 19 décembre 2012)
  2. France Musique, 27 mai 2016 : Concert en hommage aux compositeurs de la Résistance
  3. Le Verfügar aux Enfers de Germaine Tillion
  4. Du Châtelet à Ravensbrück, une opérette improbable
  5. Le Verfügbar aux Enfers, de Germaine Tillion, réalisation François Dubreuil, production Axe Sud
  6. « «Verfügbar aux enfers». Katherine Le Port présente l'opérette », Le Télégramme, (consulté le 19 décembre 2012)
  7. Emmanuel Font, « "Théâtre et déportation : le rire de Germaine Tillion face à l'expérience concentrationnaire" », Germaine Tillion - Les armes de l'esprit, catalogue d'exposition du Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon,‎

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Germaine Tillion, Une opérette à Ravensbrück : le Verfügbar aux enfers, Paris, Points, , 121 p. (ISBN 978-2-757-80629-6, OCLC 965462021)
  • Germaine Tillion - Les armes de l'esprit, catalogue de l'exposition du Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon, 2015 : articles de Claire Andrieu, Christophe Maudot et Emmanuel Font sur l'opérette.

Articles connexes[modifier | modifier le code]