David Rousset

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David Rousset
Fonctions
Député de la 5e circonscription de l'Isère

(4 ans, 8 mois et 21 jours)
Élection 30 juin 1968
Législature IVe législature (Cinquième République)
Groupe politique UDR
Prédécesseur Louis Mermaz
Successeur Louis Mermaz
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Roanne (Loire)
Date de décès (à 85 ans)
Lieu de décès Paris
Nationalité Française
Parti politique UDR

David Rousset, né le à Roanne (Loire) et mort le à Paris, est un résistant, déporté, écrivain et homme politique français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils d'un ouvrier métallurgiste devenu cadre de maîtrise et petit-fils de deux grands-pères pasteurs, l'un à Annonay, l'autre à Roanne. À 14 ans, à la suite d'un accident de tennis, il perd un œil.

David Rousset fait des études de philosophie et de littérature à la Sorbonne, élève de Georges Dumas, professeur de psychopathologie à l'hôpital Sainte-Anne. Entre 1931 et 1936, il voyage en Allemagne et en Tchécoslovaquie. Il rejoint, dès 1931, les étudiants socialistes. Enseignant, il se rapproche de Léon Trotski, qu'il rencontre lors du séjour de celui-ci en France, et il est de ce fait exclu de la SFIO en 1935. L’année suivante, il est l'un des fondateurs du Parti ouvrier internationaliste (POI). Il se consacre, alors à l’action contre le colonialisme, en Algérie et au Maroc. En 1938, il est correspondant des revues américaines Fortune et Time. En 1939, il épouse Susie Elisabeth Elliot, avec qui il a trois fils.

La déportation[modifier | modifier le code]

Durant l’Occupation, il participe à la reconstitution du POI clandestin. Il est arrêté par un inspecteur français et deux allemands le 16 octobre 1943 pour avoir entrepris des démarches politiques en direction des soldats de la Wehrmacht, le « travail allemand ». Il est torturé rue des Saussaies pendant une journée, emprisonné à Fresnes, puis déporté à Buchenwald, et envoyé aux camps de Porta Westfalica et de Neuengamme. Devant l'avancée des Alliés, il est déplacé avec les autres survivants plus au Nord. Cette dernière « marche de la mort » se termine pour lui dans le kommando de Wöbbelin près de Schwerin avec les déportés déplacés du camp de Neuengamme.

Au soir du 3 mai 1945, le kommando de Wöbbelin est abandonné par les nazis, ce qui lui permet, avec Albert Rohmer, de partir à la rencontre des Alliés. Ils sont reçus à la mairie de Ludwiglust par le général James M. Gavin (commandant la 82e division aéroportée américaine) ; et le lendemain matin 4 mai 1945, l'armée britannique se déplace grâce à leurs indications en direction des derniers kommandos de Neuengamme pour les libérer.

Après la guerre, il publie L'Univers concentrationnaire, ouvrage fondamental sur les camps nazis qui obtient le prix Renaudot en 1946. Le livre est considéré comme la première fresque descriptive du phénomène concentrationnaire répressif. En 1947, il publie un roman de huit cents pages, Les Jours de notre mort, fondé sur ses souvenirs mais aussi sur d'autres témoignages sur les camps de la mort nazis.

La troisième force[modifier | modifier le code]

Il reprend son combat contre les guerres coloniales en Indochine et en Algérie. David Rousset est l'un des fondateurs, en 1957, du comité Maurice Audin, du nom d'un jeune mathématicien communiste enlevé et vraisemblablement exécuté par les parachutistes français de Jacques Massu en Algérie. Dans la même période, il s'éloigne du trotskisme et, avec Jean-Paul Sartre, en 1948, crée le Rassemblement démocratique révolutionnaire (RDR), parti composite qui veut réunir « dans l’action tous ceux qui ne pensent pas que la guerre et le totalitarisme sont inévitables ». Le RDR se situe dans une double opposition au PCF et au RPF gaulliste et ne survit qu'un an : Sartre se rapproche du PCF tandis que David Rousset cherche une « troisième force ».

Après la sortie en 1947 du livre de Victor Kravtchenko J'ai choisi la liberté et du procès intenté par l'auteur à l'hebdomadaire Les Lettres françaises, journal littéraire proche du PCF, Rousset crée en octobre 1950 la Commission internationale contre le régime concentrationnaire (CICRC), qui entreprend des enquêtes sur les situations espagnole, grecque, yougoslave et soviétique. Pour la première fois en France, il utilise le terme de Goulag pour désigner le système concentrationnaire soviétique. Ceci lui vaut d'être traité de « trotskiste falsificateur » par Les Lettres françaises, à qui il intente un procès[1] qu'il gagne en 1951. Sa dénonciation des camps soviétiques lui vaut aussi des accusations, calomnieuses selon lui, de l'amicale de Buchenwald, présidée par le colonel Manhès[2].

David Rousset sera parmi les premiers à dénoncer d'abord le Goulag puis le laogai chinois[3]. De 1952 à 1956, il enquête sur la situation pénitentiaire en République populaire de Chine et rédige un Livre blanc. En mai 1957, le CICRC fait l’examen de la politique répressive menée en Algérie.

Au début des années 1960, pour divers journaux, dont Le Figaro et Le Monde, David Rousset réalise des interviews de personnalités du Tiers monde : Gamal Abdel Nasser, Ahmed Ben Bella et Che Guevara. Son soutien à la décolonisation de l'Algérie par Charles de Gaulle le conduit à soutenir, en 1965, la candidature de celui-ci lors de l’élection présidentielle. Il devient un « gaulliste de gauche ». Il est élu député UDR de l’Isère, en juin 1968. Il s'éloigne de l'UDR après la mort du général, fonde l'Union travailliste et termine son mandat comme non-inscrit.

Grand reporter au Figaro littéraire, il collabore aussi à France Culture, publie La Société éclatée, Sur la guerre et Fragments d’autobiographie.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • L'Univers concentrationnaire, éditions du Pavois, Paris, 1946 ; réédition éditions de Minuit, 1965. Prix Renaudot 1946.
  • Les Jours de notre mort, éditions du Pavois, Paris, 1947 ; réédition éditions Ramsay, Paris, 1988.
  • Entretiens sur la politique, avec Gérard Rosenthal et Jean-Paul Sartre, Gallimard, Paris, 1949.
  • Le Pitre ne rit pas, éditions du Pavois, Paris, 1948.
  • Pour la vérité sur les camps concentrationnaires. Un procès antistalinien à Paris, avec Théo Bernard et Gérard Rosenthal, éditions du Pavois, Paris, 1951.
  • Le Monde concentrationnaire nazi dans Histoire controversée de la deuxième guerre mondiale d'Eddy Bauer, tome VII, 1967.
  • La Société éclatée. De l'échec de la révolution bolchévique à l'espérance socialiste d'aujourd'hui, Bernard Grasset, Paris, 1973.
  • Sur la guerre. Sommes-nous en danger de guerre nucléaire ?, éditions Ramsay, Paris, 1987.
  • David Rousset, Une vie dans le siècle. Fragments d’autobiographie, avec la collaboration d’Émile Copfermann, Plon, Paris, 1991.
  • La Fraternité de nos ruines : Écrits sur la violence concentrationnaire 1945-1970, édition établie et présentée par Grégory Cingal, Fayard, Paris, 2016.

Mandat[modifier | modifier le code]

Mandat parlementaire[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Frédéric Verger, « Les lumières et le goulag » dans la Revue des deux mondes, no 1, janvier 2011, p. 133.
  2. David Rousset, Lettre au révérend père Riquet, 6 décembre 1949; reproduite dans David Rousset, La Fraternité de nos ruines : Écrits sur la violence concentrationnaire (1945-1970), Fayard, 2016, consultable sur Google livres.
  3. Pierre Boncenne, Le Parapluie de Simon Leys, Philippe Rey, 2015.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]