Rabah Kheliff

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Rabah Kheliff
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Rabah Kheliff est un officier français, né en 1933 à Rébeval, aujourd'hui Baghlia (Algérie), mort le 3 novembre 2003 à Lyon. Il est connu pour avoir enfreint les ordres[1], le 5 juillet 1962, lors du massacre d’Oran. Il est connu également pour son engagement en faveur des anciens combattants musulmans et pour sa lutte dans la fondation de la Grande mosquée de Lyon.

Biographie[modifier | modifier le code]

Rabah Khelif naît en Kabylie, en 1933. Fils d’officier, il est enfant de troupe à l’école de Kolea, près d’Alger. En 1951, à 18 ans, il s’engage et part combattre en Indochine. Blessé et fait prisonnier à Dien Bien Phu[2], il est porté disparu durant six mois avant d’être retrouvé, entre la vie et la mort, par la Croix-Rouge. Il est rapatrié sur la métropole. Il part bientôt pour l'Algérie, où il sert comme officier jusqu'en 1962[2].

Le massacre du 5 juillet 1962[modifier | modifier le code]

Témoignage de Rabah Klélif a Mohand Hamoumou[3].

Rabah Khélif qui a été le représentant des Harkis en France, était donc dans une unité de la Force locale de l'Ordre Algérienne jusqu'au 5 juillet 1962, il s’agissait de la 430e UFO. Cette unité avait peut-être été créée avec des éléments de la 4e compagnie du 30°BCP.

Le lieutenant Kheliff commande la 4e compagnie du 30e BCP (30e Bataillon de Chasseurs Portés[4]). Le 5 juillet 1962, il apprend que des civils européens sont regroupés en divers points de la ville d’Oran, dans l’attente d’être exécutés, sans que l’armée française n'intervienne[5]. Il décide de passer outre les ordres. Il prévient par téléphone son colonel, qui répond : « Faites selon votre conscience, quant à moi je ne vous ai rien dit[6]. »

À la tête de la moitié de sa compagnie, le lieutenant Kheliff gagne un des points de regroupement, devant la préfecture. « Il y avait là une section de l’ALN, des camions de l’ALN et des colonnes de femmes, d’enfants et de vieillards dont je ne voyais pas le bout. Plusieurs centaines, en colonnes par trois ou quatre, qui attendaient là avant de se faire zigouiller[6],[7]. » Le lieutenant Kheliff exige et obtient du préfet, Souiyah El Houari[8], leur libération[6]. S’étant quelque peu éloigné de son détachement, il est lui-même pris à partie et blessé par des civils algériens, puis dégagé par ses hommes, à qui il interdit d’ouvrir le feu[9]. Après quoi, il établit des patrouilles sur les axes routiers menant à l’aérodrome et au port[10] pour « arracher littéralement » des malheureux des mains de leurs agresseurs[11].

Il est mis aux arrêts de rigueur, et convoqué par le général Katz qui l’admoneste sévèrement : « Si vous n'étiez pas arabe, je vous casserais[12],[11]. »

L’armée rendra néanmoins hommage au lieutenant Kheliff[13], le 11 juillet, sous la plume du colonel Nicolas, commandant le sous-secteur est d’Oran et le 67e Régiment d’Infanterie :

« Calme, énergique, et discipliné, a fait preuves des plus belles qualités de Chef et d’homme en s’exposant, personnellement, au cours d’une manifestation, le 5 juillet, pour sauver plusieurs européens dont la vie était menacée. A été molesté en transportant des blessés en lieu sûr, mais gardant un remarquable sang-froid, a contribué à rétablir le calme sans effusion de sang[14]. »

L’engagement associatif[modifier | modifier le code]

Il doit être ramené d'urgence en France pour éviter des représailles. Bien que sa carrière soit alors freinée, il parvient au grade de capitaine. En 1967, il quitte l’armée, pour raisons de santé.

Il se consacre alors à la défense des droits de ses camarades de combat musulmans, souvent désarmés face à l’administration[15]. Il fonde l'Union Nationale des Anciens Combattants Français Musulmans (UNACFM), dont il est le président[16]. Il obtient, pour les harkis, le statut d’ancien combattant, ainsi que pour les harkis et combattants ayant connu la captivité en Algérie le statut de prisonnier de guerre.

Il est président de l’Association culturelle lyonnaise islamo-française (ACLIF) et du Comité pour la construction de la Grande mosquée de Lyon[17].

Il meurt le 3 novembre 2003[2], à Lyon.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Le 5 juillet 1962 à Oran, seul officier français à enfreindre les ordres prescrits, il fit face à l'A.L.N. [...] arrachant des centaines de ses compatriotes pieds-noirs à une mort certaine, s'exposant ainsi aux foudres du général Katz. » Boris Khan, L’Algérianiste, n° 104, janvier 2004. Rabah Kheliff ne fut pas le seul à enfreindre les ordres. Le capitaine Croguennec, du 2e Zouaves, a arraché 400 Européens du commissariat central d’Oran, et les a mis en sécurité dans son cantonnement. Témoignage du commandant Brénugat, in Geneviève de Ternant, L’Agonie d’Oran, t. 2, p. 77-78. Récit du capitaine Croguennec sur Le 5 juillet 1962 à Oran. Témoignage de Serge Lentz, Paris-Match, n° 692, 14 juillet 1962.
  2. a b c d et e Michel de Muizon, La voix du Combattant, n° 1690, décembre 2003.
  3. Témoignage confirmé par Raphaël Delpard : 5 juillet 1962, le massacre d’Oran, Metula News Agency, 12 juillet 2017.
  4. Ainsi appelé de 1945 à 1968. Il reprend en 1990 son appellation originelle (1871) de 30e Bataillon de Chasseurs à Pied. Il est dissous en 1998.
  5. Georges-Marc Benamou, Un mensonge français : retours sur la guerre d’Algérie, Robert Laffont, 2003, p. 255-257.
  6. a b et c Mohand Hamoumou, Et ils sont devenus harkis, Fayard, 1993, p. 275.
  7. Sur le sort réservé aux personnes enlevées, voir les témoignages d'auteurs du massacre, rapportés par Miloud Karim Rouina dans sa thèse de IIIe cycle : Essai d'étude comparative de la Guerre d'indépendance de l'Algérie de 1954-1962 à travers deux villes : Oran - Sidi Bel Abbès, université de Montpellier III, juin 1980. Le témoin 10 est né à Aïn Témouchent en 1928, membre du FLN depuis 1955, ancien maçon à Oran, policier depuis mars 1962 : « Nous avons remonté environ 800 personnes au commissariat central [...] nous emmenions les prisonniers à la Sebkha près du Petit-Lac pour les tirer à la mitraillette. En fait, nous n'avions même pas le temps de les tuer car dès que les Européens, harkis, militaires de Djibouti descendaient de la fourgonnette, le peuple s'en emparait et les achevait, qui au couteau, qui à la hache, qui par le feu... » Cité par Jean-Jacques Jordi, Un silence d'État : les disparus civils européens de la guerre d'Algérie, Soteca, 2011, p. 90.
  8. Jean Monneret, La Tragédie dissimulée : Oran, 5 juillet 1962, Michalon, 2006, p. 136. D'autres sources disent Salah Abdelkader [1].
  9. « Kheliff Rabah », Bab el Oued Story.
  10. Ces deux axes, solutions de fuite pour les Européens, étaient particulièrement visés par les auteurs du massacre.
  11. a et b Mohand Hamoumou, op. cit., p. 276.
  12. Un juste nommé Rabah Kheliff, [2].
  13. La contradiction peut s’expliquer. Contraint par le pouvoir politique d’endosser la responsabilité du massacre, le général Katz se défendra de son mieux, évoquant les interventions ponctuelles ayant permis de sauver des Européens le 5 juillet. Joseph Katz, L’Honneur d’un général : Oran, 1962, L'Harmattan, 1993. Le général Katz récupérait ainsi les actes de désobéissance isolés, comme celui du lieutenant Kheliff.
  14. Copie certifiée conforme établie le 21 mai 1971 par le général Vaudable, commandant la 43e Division militaire, d’une Lettre de félicitations au lieutenant Kheliff Rabah en date du 11 juillet 1962, signée Nicolas. Reproduite in Jean Monneret, op. cit., p. 182.
  15. « Rabah Kheliff : mort d’un patriote », AJIR pour les Harkis.
  16. « Il fonde initialement l'Union Nationale des Anciens Combattants Français de Confession Islamique qu'il transforme, en 1996, en Association des Anciens Combattants Français Musulmans. » Michel de Muizon, ibid..
  17. Compte-rendu de Commission générale du 10 novembre 1983 du Conseil municipal de Lyon, concernant le Centre franco-islamique de Lyon. Journal officiel du 10 octobre 1994, p. 5054, réponse à la question écrite n° 17130 du 25 juillet 1994. « Profondément croyant, il avait été un des fondateurs de la grande mosquée de Lyon dont il assurait la présidence. » Boris Khan, ibid.
  18. a et b Boris Khan, ibid.

Articles connexes[modifier | modifier le code]