Massacre de Melouza

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Le massacre de Melouza est un crime de masse perpétré par le FLN contre les 374 habitants du village de Melouza (Mechta-Kasbah) en 1957 sous prétexte qu'ils soutenaient le mouvement indépendantiste MNA, rival du FLN. Par le biais de tracts de propagande, le FLN a accusé l'armée française d'avoir perpétré le massacre à sa place[1].

Contexte et situation[modifier | modifier le code]

Melouza est un bourg situé sur les hauts plateaux au nord de la ville de M'Sila, à la charnière du Constantinois et de la Kabylie.

C'est en 1956 que le douar de Melouza passa au FLN (Front de libération nationale). Cette adhésion en bloc avait été provoquée par une opération de représailles menée par l'armée française. À la suite de la mort d'un capitaine de la 7e DMR, abattu au cours d'une embuscade, un lieutenant-colonel de la même division avait appliqué une méthode qu'il perfectionnera plus tard à l'Arba. Il fit fusiller quelques suspects arrêtés à la suite de cette affaire, puis disposa leurs cadavres sur le toit d'un véhicule auquel il fit parcourir les routes et pistes praticables de la région[2]. Cette méthode, qui substituait la terreur française à la terreur FLN, n'eût d'autre résultat que de faire passer en bloc la population de Melouza du côté du FLN, dès que les forces françaises eurent quitté les lieux!

À partir de Melouza, le FLN tenta de gagner à sa cause l'importante population des Beni-Illemane, contrôlée jusque-là par le MNA (Mouvement national algérien) du « général » Mohammed Bellounis partisan de Messali Hadj, rival du FLN. Or un certain Si Dahfoul, originaire du douar, menait avec le capitaine Combette, patron du sous-quartier des Ouled-Ali des négociations qui devaient amener les troupes du « général » Bellounis à combattre aux côtés de l'armée française. Son ralliement apporta à la population des Beni-Illemane l'assurance du soutien français. Le FLN ne subit dès lors que des échecs dans cette région où il avait réussi à implanter une assemblée et des refuges. Successivement, un officier de l'ALN (Armée de libération nationale), le bras armé du FLN et plusieurs sous-officiers furent dénoncés aux forces de l'ordre. Trois agents de liaison furent abattus. Un sergent de l'ALN et son secrétaire furent massacrés à coups de hachette. Le responsable FLN de de Melouza, Si Abdelkader, à la tête de deux sections, décida d'une action de représailles contre les Beni-Illemane. La population mâle, « aidée des femmes et des enfants », riposta si violemment que Si Abdelkader dut se replier[2],[3].

Rivalité FLN / MNA[modifier | modifier le code]

Il[pas clair] était pourtant gagné aux idées nationalistes, mais dans les premiers mois de 1957 en pleine guerre d'Algérie, il passe sous l'influence du Mouvement national algérien (MNA) qui se réclame de Messali Hadj et s'oppose au Front de libération national (FLN).

Les deux tendances s'affrontent très durement de 1955 à 1962. Tous les moyens sont bons pour semer la terreur au sein des populations villageoises : pièges, paroles trahies, infiltrations et assassinats.

Les violences en France métropolitaine entre ces deux mouvements causèrent, selon les chiffres officiels des autorités françaises entre le et le 23 janvier 1962, 10 223 victimes (dont 3 957 tués)[4].

Les troupes du MNA commandées par le « général » Bellounis bénéficient de la neutralité, voire d'un soutien discret de l'armée française qui trouve là un moyen de contrer le FLN. Celui-ci, pour lequel la région de Melouza revêt une grande importance stratégique, s'en voit peu à peu éliminé. Certains émissaires sont abattus. Les clivages culturels enveniment le conflit, une grande partie de la population étant arabophone et supportant mal les exigences des maquisards kabyles.

Massacre[modifier | modifier le code]

Massacre de Melouza. (3 juin 1957)
Victimes du massacre de Melouza portant des signes de torture. (juin 1957)

Une première expédition armée ayant été repoussée définitivement, le chef de la Wilaya III (Kabylie), le colonel Saïd Mohammedi, décide de reprendre, au matin du 28 mai 1957, la situation en main et de faire un exemple en employant les grands moyens. Six Katibas de l'Armée de libération nationale (ALN), branche armée du FLN, commandées par le capitaine Arab, un ancien chauffeur de taxi, parisien d'une cinquantaine d'années devenu maquisard, assisté du lieutenant Abdelkader El Bariki[5] convergent sur Melouza et encerclent le douar. Elles regroupent au total 350 hommes bien armés. Les maquisards de Bellounis, présents sur les lieux, tentent de les stopper mais la résistance est brisée.

Au début de l'après-midi, les troupes du FLN, maîtresses des lieux, font sortir des gourbis (huttes) tous les hommes du village et les rassemblent sur la place.

À midi, la résistance bellouniste cesse, faute de munitions. les djounouds de l'ALN font sortir les 301 hommes du village et, à coups de crosse, au milieu des gémissements des femmes et des enfants, les font avancer, vers Mechta-Kasbah, petit hameau situé au-dessus du village. C'est à 14 heures, dans les ruelles de cette petite mechta aux maisons basses faites de pierres entassées, que commence le massacre, au fusil, au couteau, à coups de pioche, les hommes de Sahnoun taillent en pièces leurs prisonniers. Ceux qui tentent de s'échapper sont abattus d'une rafale de mitraillette. En une demi-heure, tout est fini. les ordres de Saïd Mohammedi ont été exécutés[6]. Tel est désormais le sort réservé par le FLN à ceux qui seraient tentés de rejoindre les rangs du « général » Bellounis ou de l'armée française[2],[3].

Dans les maisons et les ruelles transformées en abattoir, l'armée française, à son arrivée sur les lieux deux jours plus tard, dénombrera 315 cadavres[7].

Bilan[modifier | modifier le code]

Le martyre de Melouza provoqua une émotion mondiale et fut abondamment exploité par la propagande française qui organisa à bord de plusieurs hélicoptères un voyage de presse avec des journalistes et des magistrats et qui expliqua le massacre par les sentiments pro-français des habitants du village, alors qu'il s'agissait d'un conflit fratricide[3]. Le résultat recherché par le FLN fut atteint. Le « général » Bellounis, effrayé par le carnage, demanda quelques jours plus tard un rendez-vous au capitaine Jean Combette, capitaine d'une SAS, et lui annonça qu'il se ralliait à l'armée française, ce qui le discrédita aux yeux des nationalistes. Il fut conclu l'« opération Olivier » : en échange du ralliement de Bellounis, l'armée française lui fournit toute l'aide matérielle dont il a besoin.

Accusation de la responsabilité de l'Armée française par le FLN[modifier | modifier le code]

Le FLN a tenté de faire porter la responsabilité du massacre à l'armée française par le biais de sa radio basée au Caire et de tracts accusateurs et mensongers[3], tel :

« Un drame affreux vient d’ensanglanter la terre algérienne déjà si éprouvée par les crimes sans nom d’un colonialisme aux abois. Toute la population mâle du douar de Melouza a été sauvagement assassinée. Si ce carnage s’inscrit normalement dans la longue liste des crimes collectifs organisés avec préméditation et exécutés froidement par l’armée française dite de « pacification », il dépasse de beaucoup tout ce que tout esprit sain peut imaginer. Aux crimes délibérés s’ajoute cette fois une exploitation politique savamment orchestrée. [...] En fait, l’abominable machination politico-militaire tend à démontrer qu’avec le départ de la France, l’Algérie serait à feu et à sang. [...] C’est pourquoi, le F.L.N. peut s’adresser solennellement à la conscience universelle pour proclamer à la face du monde civilisé son indignation devant la sauvagerie de cette tuerie dont seule l’armée française assume l’entière responsabilité. »[1]

Mais, ils n'insistèrent pas, car le mensonge était trop évident.

Revendication du FLN[modifier | modifier le code]

Dans le documentaire Les années algériennes de Benjamin Stora, diffusé la première fois en septembre 1991 sur Antenne 2, le colonel Saïd Mohammedi reconnaît avoir donné l'ordre d'exécuter les villageois de Melouza, vus comme des traîtres[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Projet de tract FLN tentant de rejeter sur la France la responsabilité du massacre (perpétré en fait par le FLN) de la totalité des 303 habitants de Mechta-Kasbah à Mélouza
  2. a, b et c Les circonstances du massacre de Melouza par Yves Courrière in Historia Magazine Guerre d'Algérie pp : 137. no 227, mai 1972.
  3. a, b, c et d Patrick Pesnot, « Le massacre de Melouza : manipulations et mensonges », émission Rendez-vous avec X sur France Inter, 23 mars 2013
  4. Un tournant de la " Bataille de Paris ", Rémy Valat, Revue d'Histoire : Outre-Mers, 1er semestre 2004, n° 342-343
  5. Yves Courrière, le désigna sous le nom de Sahnoun (In La guerre d'Algérie Tome III : L'heure des colonels, pp. 57-59).
  6. (fr) Les années algériennes, de Benjamin Stora, série documentaire sur la guerre d'Algérie Ina/France 2 - Nouvel Observateur - 1991
  7. Le nombre exact des victimes du massacre, les sources françaises avancent le chiffre de 315 alors que le principal protagoniste du côté du FLN, Saïd Mohammedi, retient le chiffre de 41 « Et ce des deux côtés, car ne l'oublions pas, ce n'est pas une paisible communauté villageoise que le FLN a attaquée, mais un véritable camp de guerre du MNA, dont les hommes utilisaient la population comme bouclier ». Voir Saïd Mohammedi, « Pourquoi Mélouza ? », Algérie Actualité, no 1359, 31 octobre - 6 novembre 1991, p. 19.
  8. (fr) Les années algériennes, de Benjamin Stora, série documentaire sur la guerre d'Algérie Ina/France 2 - Nouvel Observateur - 1991

Filmographie[modifier | modifier le code]

Documentaire

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Achour Cheurfi, Dictionnaire de la Révolution Algérienne - (1954-1962), Casbah Éditions, 2004, (ISBN 9961 64 4786).
  • Jean-Louis Gérard, Dictionnaire historique et biographique de la guerre d'Algérie, Éditions Jean Curutchet, 2001, (ISBN 9782912932273).
  • La guerre d'Algérie 1954 - 1962, éditeur Librio - Le Monde, n° 608 - sept 2003 (ISBN 229033569X).
  • Benjamin Stora, Les mots de la guerre d'Algérie, Édition Presses Universitaires du Mirail, Toulouse, 2006, (ISBN 2-858 16-777-X).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]