Opération homo

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Une opération Homo est une opération d'élimination de personnes (assassinats ciblés), menée par le service Action des services spéciaux du renseignement extérieur de la France (SDECE puis DGSE).

Selon l'ancien directeur de la DGSE Claude Silberzahn, les opérations homo, qui existent bel et bien, sont un « élément de stabilité dans le monde », mais la DGSE n'y a recours qu'avec « une extrême parcimonie et dans des conditions très précises »[1].

Un groupe commando dédié aurait été créé au sein du Service Action pour effectuer ces opérations de neutralisation, baptisé « cellule Alpha » selon Vincent Nouzille[2].

Sous la Quatrième République[modifier | modifier le code]

Guy Mollet donne son feu vert à plusieurs opérations homo en 1957.

Selon Vincent Nouzille, le directeur du SDECE, Paul Grossin, aurait accepté d'exécuter les opérations homo, à la condition qu'elles soient décidées par le pouvoir politique, qu'elles ne soient pas menées en temps de paix, qu'elle ne touche jamais des citoyens français, et qu'elles n'aient jamais lieu sur le territoire français. Grossin quitte ses fonctions en 1962[3].

Sous la Cinquième République[modifier | modifier le code]

Présidence de Charles de Gaulle[modifier | modifier le code]

Entre 1959 et 1962, un comité spécial donnait des directives au service Action du SDECE. Il était composé du représentant du général de Gaulle, Jacques Foccart, du Premier ministre Michel Debré et de lui-même[4].

Durant la guerre d'Algérie, les opérations homo concernaient des intellectuels, militants ou responsables du FLN[5]. Une unité de mille parachutistes triés sur le volet avait été mise à la disposition du SDECE, en 1957, pour « mener secrètement les missions que l'État ne pouvait conduire ouvertement : d'une part, des opérations militaires hors d'Algérie, c'est-à-dire l'attaque des bases du FLN à l'étranger et notamment en Tunisie, d'autre part, l'élimination des militants ou des leaders du FLN en Europe et de leurs soutiens réels ou supposés ».

Selon le coordinateur du renseignement de l'époque, Constantin Melnik, environ 140 personnes auraient été exécutées en 1960, et le bilan total avoisinerait les 200 personnes[4].

Avant 1959, quelques opérations « Homo » avaient été réussies, notamment l'assassinat de Ait Ahcène à Bonn en Allemagne de l'Ouest[2], ou celui du trafiquant d'armes Marcel Léopold à Genève, qui était fournisseur de Georg Puchert[6]. Ces attentats étaient revendiqués par la mystérieuse organisation « La Main Rouge », une pure invention du SDECE[réf. nécessaire]. Parmi les principales opérations Homo ordonnées par le comité de 1959 à 1962, il y eut l'attentat contre Taïeb Boulahrouf à la voiture piégée à Rome qui échoua mais tua un enfant de 10 ans nommé Rolando Rovai et celui du contre maître Amokrane Ould Aoudia, membre du collectif des avocats du FLN.

Présidence de Georges Pompidou et de Valéry Giscard d'Estaing[modifier | modifier le code]

Les présidences successives de Pompidou et de Giscard d'Estaing sont marquées par la domination, au Service de documentation extérieure et de contre-espionnage, du Directeur général nommé par le président Pompidou, Alexandre de Marenches. Selon Jean-Christophe Notin, de 1970 à 1977 au moins, Marenches n'a ordonné aucune opération « homo », non tant par éthique, mais parce que « tuer constitue pour un service une prise de risque maximale, et signe l'échec des autres interventions possibles. En cas de révélation, c'est la France qui est mise à l'index »[7].

En 1977, le président Valéry Giscard d’Estaing aurait refusé de donner le feu vert à l'exécution du terroriste Carlos, qui avait deux ans plus tôt assassiné deux policiers à Paris[3].

Présidence de François Mitterrand[modifier | modifier le code]

François Mitterrand n'autorise à l'origine aucune opération homo. Lorsqu'il arrive au poste de Directeur général du SDECE, Pierre Marion découvre que son prédécesseur avait validé un plan d'organisation d'un attentat contre Mouammar Kadhafi. François Mitterrand refuse cette opération homo, déclarant qu'elles sont "contraire à [s]a philosophie politique"[8].

Après l'attentat de la rue des Rosiers, la doctrine du président évolue. Il autorise nominalement la DGSE (ex-SDECE) à abattre deux hommes, les terroristes Carlos et Abou Nidal[8]. Il autorise de manière implicite d'autres opérations « homo » lorsque le Directeur général de la DGSE les estime nécessaires[3]. Il donne ainsi son aval pour des opérations, sans avoir à les assumer explicitement. Selon le directeur de la DGSE François Mermet[3], cela rend la position de la DGSE inconfortable, car elle doit elle-même décider en grande partie du feu vert pour une opération.

À la suite de l'échec de l'affaire du Rainbow Warrior et de l'identification rapide des « faux époux Turenge », est mise en place par Jean Heinrich en 1987 la « cellule Alpha », une entité d'élite qui fonctionne de manière clandestine au sein même du service Action de la DGSE[9].

Claude Silberzahn, directeur de la DGSE durant la majeure partie du second mandat de François Mitterrand, affirme qu'il a « très peu » exécuté lorsqu'il était à la tête du service[1].

Présidence de Jacques Chirac[modifier | modifier le code]

Le président Jacques Chirac se montre réticent à accepter des opérations homo, car elles lui apparaissent trop risquées après les ratages successifs de la DGSE dans les années 1980.

En , il refuse à la CIA de collaborer à la mise en place de ciblages de membres d’Al-Qaïda, sur une base à la fois morale et technique. Il se serait cependant appuyé sur une coopération avec les États-Unis pour bénéficier de leurs capacités de frappe sur les cibles françaises[3].

Présidence de Nicolas Sarkozy[modifier | modifier le code]

Sarkozy est un partisan plus résolu des opérations clandestines, mais il s'appuie principalement sur les forces spéciales de l'armée, et non sur la DGSE[3].

Présidence de François Hollande[modifier | modifier le code]

La présidence de François Hollande est marquée par une controverse au sujet des frappes ciblées organisées par l'Etat français et d'une confusion entre les opérations homo et les assassinats ciblés de l'armée par frappe aérienne. Dans l'ouvrage d'entretiens Un président ne devrait pas dire ça..., le président reconnaît avoir ordonné au moins quatre assassinats ciblés pendant son mandat, dont probablement celui du chef islamiste somalien Ahmed Abdi Godane en [10]. Le journaliste Vincent Nouzille confirme que le président aurait ordonné l'exécution d'une quarantaine de djihadistes entre 2013 et 2016, dont huit Français (au rang desquels Macreme Abrougui, tué par une frappe française en Syrie le ), et cinq autres tués dans des frappes ciblées grâce à des drones américains : David Drugeon, Charaffe El-Mouadan, Boubaker El Hakim, Salah Gourmat et Walid Hamam[11]. Abdelhamid Abaaoud, un des principaux organisateurs des attentats du 13 novembre, aurait lui-même été la cible d'une opération à la fin de l'été 2015, qui n'aurait finalement pas été menée au bout pour éviter des dommages collatéraux parmi la population civile[12].

Seulement, ces assassinats ciblés ne sont pas des opérations homo, menées clandestinement à la DGSE, mais des frappes ciblées organisées par l'armée française. Le spécialiste du renseignement Jean-Christophe Notin qualifie la confusion de Nouzille, Davet et Lhomme de « fantasmes »[13], et Jean Guisnel confirme en 2019 qu'il s'agissait d'assassinats organisés par l'armée, et non d'opérations homo[14].

Pour Notin, seule l'exécution d'Ahmed Godane pourrait s'apparenter à une opération homo. Jean Guisnel tire de ses entretiens avec des sources proches de l'Elysée durant le quinquennat Hollande que celui-ci n'aurait probablement ordonné aucune opération homo[14].

Présidence d'Emmanuel Macron[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Claude Silberzahn, Au cœur du secret : 1 500 jours aux commandes de la DGSE, 1989-1993, Paris, Fayard, , 330 p. (ISBN 2-213-59311-6).
  2. a et b Nouzille 2015, p. 46.
  3. a b c d e et f Nouzille 2015.
  4. a et b Melnik 1996.
  5. « 135 personnes éliminées par le SDECE en 1960 », L'Humanité, .
  6. « Un Genevois foudroyé par une fléchette », Genève, ville d'espions, Tribune de Genève.
  7. Jean-Christophe Notin, Le maître du secret : Alexandre de Marenches, Paris, Tallandier, , 555 p. (ISBN 979-10-210-3129-6).
  8. a et b Pierre Marion, La mission impossible : À la tête des services secrets, Paris, Calmann-Lévy, (ISBN 2-7021-1970-0).
  9. Nouzille 2015, p. 73.
  10. Alain Barluet, « Assassinats ciblés : un président ne devrait pas dire ça », Le Figaro, .
  11. Antoine Hasday, « Comment la France élimine les djihadistes à l'étranger », sur slate.fr, (consulté le 4 janvier 2017).
  12. Sarah Diffalah, « La France aurait exécuté une quarantaine de djihadistes clés sous Hollande », L'Obs, (consulté le 4 janvier 2017).
  13. Jean-Christophe Notin, «Élimination de djihadistes : évitons les fantasmes», Le Figaro, .
  14. a et b Jean Guisnel, Histoire secrète de la DGSE, Paris, Robert Laffont, , 378 p. (ISBN 978-2-221-24028-1).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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