Je vous ai compris

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« Je vous ai compris » est la phrase-clé du discours du de Charles de Gaulle à Alger, depuis le balcon du Gouvernement général, devant la foule réunie sur la place du Forum.

Contexte[modifier | modifier le code]

En Algérie, les troubles intérieurs se sont transformés en guerre dès 1954, même si à l’époque la France refusait de les qualifier ainsi. Il faudra en effet attendre le 10 juin 1999 pour que l'Assemblée nationale adopte une loi substituant l’appellation de « guerre d'Algérie » à l’expression traditionnelle « opérations de maintien de l'ordre ».

Ainsi, au début de l'année 1958, au moment où la décolonisation est partout en marche, même au sein de l’Union française (En mars 1956, la France a dû accorder leur indépendance tant au Maroc le 2 qu’à la Tunisie le 20), les positions colonialistes et l’entêtement du gouvernement français à n’envisager pour l’Algérie que des solutions de force sont de plus en plus critiquées sur la plan international tant auprès de l’O.N.U. que par les États-Unis et les pays du Tiers-monde. En métropole même, avec le retour des appelés et suite à différentes affaires de tortures ou de « corvées de bois », la dure réalité des combats transparaît de plus en plus dans les médias si bien que cette guerre est désormais mal acceptée par l’opinion publique. Sans compter que son coût humain pour des « opérations de maintien de l’ordre » est exorbitant et que malgré une économie pourtant florissante elle met les fragiles finances françaises au bord de la faillite. En réalité, pour le citoyen métropolitain l’Algérie lui apparaît comme une terre de plus en plus étrangère. Au Maghreb, les échecs retentissants de l’armée française tant à Dien-Bien-Phu le 7 mai 1954, qu’à Suez en décembre 1956, alliés aux indépendances marocaines et tunisiennes arrachées en mars 1956, ont fortement encouragé le nationalisme musulman.

Le gouvernement Félix Gaillard est renversé le 16 avril 1958 et dès lors s’ouvre une nouvelle vacance du pouvoir.

En Algérie, le 9 mai 1958, suite à l’exécution de trois militaires français par le F.L.N., le général Raoul Salan, commandant en chef, décide d’organiser le 13 mai 1958 dans tout le pays des manifestations d’hommages en leur honneur, mais le même jour Alger apprend que le président de la République René Coty a pressenti le président du M.R.P. Pierre Pflimlin comme président du Conseil, un homme dont les colons sont persuadés qu’il envisage de négocier avec le F.L.N.

Cette désignation provoque un branle-bas de combat chez les activistes de l’Algérie française qui aussitôt rameutent leurs troupes, forment des comités de vigilances, décident d’une grève générale et appellent au coup de force insurrectionnel pour le 13 mai en question.

Le 10 mai, le gouverneur général et ministre résident en Algérie démissionnaire, Robert Lacoste, qui sympathisait avec les agitateurs mais refusait de se laisser instrumentaliser, rentre discrètement en son fief métropolitain avant les évènements donc sans « assurer les affaires courantes ». Le 12 mai devant le conseil général de Dordogne réuni à Périgueux il s’inquiètera d’un possible « Dien-Bien-Phu » diplomatique. Dès ce moment, le pouvoir civil (et gouvernemental) est donc vacant en Algérie.11

Pour les activistes, il s’agit donc d’en profiter pour l’annihiler en s’emparant de son symbole, le Gouvernement général (GG), et de mettre l’Armée au pied du mur afin de la contraindre à choisir clairement son camp, soit les combattre pour soutenir Paris, soit fraterniser avec eux afin d’empêcher l’investiture de ce candidat honni. Comme il fallait s’y attendre, ils connaissent dans cette première phase un plein succès avec la mise à sac du bâtiment, l’absence de toute réaction militaire et le ralliement des généraux à leurs thèses. Cependant ceux-ci, surpris par ce mouvement, décident alors d’en prendre la tête pour le canaliser. Dans toute l’Algérie vont donc se former des Comités de salut public (CSP) exigeant la création à Paris d'un « gouvernement de salut public » capable d’assurer la conservation de l’Algérie à la France et c’est le général Jacques Massu qui s’impose à la tête de celui d’Alger.12 Quant au général Raoul Salan, après avoir laissé faire, il prend ensuite nettement position en leur faveur, réclamant publiquement au nom de l’Armée le retour au pouvoir du Général. C’est ainsi qu’il lance à la foule dès le 15 mai un « Vive de Gaulle » depuis le balcon du Gouvernement général.14

L’élimination du pouvoir civil a d’autant mieux réussi localement que dès le 13 mai au soir Paris confie au général Salan les pleins pouvoirs en Algérie.13

Malgré tout, le 14 mai, Pierre Pflimlin est bel et bien investi par l’Assemblée nationale mais son gouvernement étant incapable de trouver une solution à la crise et constatant sa totale impuissance, il démissionne le 28 mai 1958.

À son tour, le général de Gaulle est alors investi par l'Assemblée nationale le 1er juin 1958, entre à Matignon le lendemain et c’est donc dans ce contexte qu’il se rend aussitôt en Algérie.

Le discours[modifier | modifier le code]

Par la suite, les Français d’Algérie se sont sentis trompés par ces propos sur les véritables intentions du Général. Pour en avoir une idée plus précise, il est donc bon de nous reporter au texte que voici :

« Je vous ai compris !

Je sais ce qui s'est passé ici. Je vois ce que vous avez voulu faire. Je vois que la route que vous avez ouverte en Algérie, c'est celle de la rénovation et de la fraternité.

Je dis la rénovation à tous égards. Mais très justement vous avez voulu que celle-ci commence par le commencement, c'est-à-dire par nos institutions, et c'est pourquoi me voilà. Et je dis la fraternité parce que vous offrez ce spectacle magnifique d'hommes qui, d'un bout à l'autre, quelles que soient leurs communautés, communient dans la même ardeur et se tiennent par la main.

Eh bien ! de tout cela, je prends acte au nom de la France et je déclare, qu'à partir d'aujourd'hui, la France considère que, dans toute l'Algérie, il n'y a qu'une seule catégorie d'habitants : il n'y a que des Français à part entière, des Français à part entière, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs.

Cela signifie qu'il faut ouvrir des voies qui, jusqu'à présent, étaient fermées devant beaucoup.

Cela signifie qu'il faut donner les moyens de vivre à ceux qui ne les avaient pas.

Cela signifie qu'il faut reconnaître la dignité de ceux à qui on la contestait.

Cela veut dire qu'il faut assurer une patrie à ceux qui pouvaient douter d'en avoir une.

L'armée, l'armée française, cohérente, ardente, disciplinée, sous les ordres de ses chefs, l'armée éprouvée en tant de circonstances et qui n'en a pas moins accompli ici une œuvre magnifique de compréhension et de pacification, l'armée française a été sur cette terre le ferment, le témoin, et elle est le garant, du mouvement qui s'y est développé.

Elle a su endiguer le torrent pour en capter l'énergie, Je lui rends hommage. Je lui exprime ma confiance. Je compte sur elle pour aujourd'hui et pour demain.

Français à part entière, dans un seul et même collège ! Nous allons le montrer, pas plus tard que dans trois mois, dans l'occasion solennelle où tous les Français, y compris les 10 millions de Français d'Algérie, auront à décider de leur propre destin.

Pour ces 10 millions de Français, leurs suffrages compteront autant que les suffrages de tous les autres.

Ils auront à désigner, à élire, je le répète, en un seul collège leurs représentants pour les pouvoirs publics, comme le feront tous les autres Français.

Avec ces représentants élus, nous verrons comment faire le reste.

Ah ! Puissent-ils participer en masse à cette immense démonstration tous ceux de vos villes, de vos douars, de vos plaines, de vos djebels ! Puissent ils même y participer ceux qui, par désespoir, ont cru devoir mener sur ce sol un combat dont je reconnais, moi, qu'il est courageux...car le courage ne manque pas sur la terre d'Algérie, qu'il est courageux mais qu'il n'en est pas moins cruel et fratricide !

Oui, moi, de Gaulle, à ceux-là, j'ouvre les portes de la réconciliation.

Jamais plus qu'ici et jamais plus que ce soir, je n'ai compris combien c'est beau, combien c'est grand, combien c'est généreux, la France !

Vive la République !

Vive la France ! »

Interprétation de la phrase[modifier | modifier le code]

Sur le coup, le discours a donné un fort sentiment de soutien à tous ses auditeurs musulmans européens et juifs qui ont fraternisé. Il provoque une explosion de joie. Clairement, les Pieds-Noirs le prennent pour eux, et pensent avoir le soutien du nouveau Président du Conseil.

Plus tard, certains historiens soulignent que la phrase était ambiguë : il s'agirait d'une phrase qui typiquement vise à rassurer tout le monde[1].

L'interprétation de soutien à l'Algérie française dominait dans les esprits à l'époque, en particulier à cause du « Vive l'Algérie... française ! » du même de Gaulle deux jours plus tard à Mostaganem.

Mais, parmi les très nombreuses explications de cette entame, on peut citer celle du préfet Jacques Lenoir :8

Suite aux paroles de Jacques Soustelle et du général Salan, la foule s’est fort échauffée et les cris ne cessent pas à l’apparition du Général. Cette exclamation n’est rien d’autre qu’un « J’ai entendu que vous réclamiez Soustelle, j’ai compris mais maintenant laissez-moi parler ». C’est le cri d’un orateur qui veut s’exprimer, qui n’arrive pas à se faire entendre de la multitude mais qui trouve les mots susceptibles de la faire taire.

Ressentiment[modifier | modifier le code]

Le « Je vous ai compris » est resté un souvenir au moins aussi marquant que le « Vive l'Algérie ... française ! » pour les Pieds-Noirs. À cause de ces phrases, l'acceptation par de Gaulle de l'autodétermination algérienne, leur a donné un sentiment de trahison.

À cause de cela, il sera haï par les partisans de l'Algérie française. Leur organisation terroriste, l'OAS, organisera par la suite l'attentat du Petit-Clamart contre lui.

La distance entre le sentiment des Pieds-Noirs sur la phrase à l'époque et les accords acceptés par de Gaulle fait dire à l'humoriste Pierre Desproges que le message réel aux Pieds-Noirs était « Je vous hais !, compris ? »[2].

Références[modifier | modifier le code]

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1.- Georgette ELGEY : Histoire de la IVème République-La République des tourmentes-Tome III-La fin-page 796

2.- Georgette ELGEY : Histoire de la IVème République-La République des tourmentes-Tome IV-De Gaulle à Matignon-pages 251/252

3.- Bernard DROZ, Evelyne LEVER : Histoire de la guerre d'Algérie-pages 33-36

4.- Georgette ELGEY : Histoire de la IVème République-La République des tourmentes-Tome IV-De Gaulle à Matignon-page 174

4.- Jean LACOUTURE : De Gaulle-Tome II-Le politique-page 529-530

5.- Georgette ELGEY : Histoire de la IVème République-La République des tourmentes-Tome IV-De Gaulle à Matignon-page 167 note1

5.- Jean LACOUTURE : De Gaulle-Tome II-Le politique-page 520

6.- Georgette ELGEY : Histoire de la IVème République-La République des tourmentes-Tome IV-De Gaulle à Matignon-page 169

6.- Jean LACOUTURE : De Gaulle-Tome II-Le politique-page 520-521

7.- Georgette ELGEY : Histoire de la IVème République-La République des tourmentes-Tome IV-De Gaulle à Matignon-page 172 & 167 note 1

8.- Georgette ELGEY : Histoire de la IVème République-La République des tourmentes-Tome IV-De Gaulle à Matignon-page 168

10.- Georgette ELGEY : Histoire de la IVème République : La République des Tourmentes 1954-1959 - Tome III : La fin-page 796

11.- Georgette ELGEY : Histoire de la IVème République : La République des Tourmentes 1954-1959 - Tome III : La fin-page 749

12.- Georgette ELGEY : Histoire de la IVème République : La République des Tourmentes 1954-1959 - Tome III : La fin-page 761

13.- Georgette ELGEY : Histoire de la IVème République : La République des Tourmentes 1954-1959 - Tome III : La fin-page 763

14.- Georgette ELGEY : Histoire de la IVème République : La République des Tourmentes 1954-1959 - Tome III : La fin-pages 771/772 & 764

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jacques Baumel et François Delpla, « De Gaulle : "Je vous ai compris", le mythe de la duplicité du Général envers les Pieds-Noirs », dans Un tragique malentendu : De Gaulle et l'Algérie, Plon, 2006, 250 p. (ISBN 2-259-20412-0).
  2. Pierre Desproges, Dictionnaire superflu à l’usage de l’élite et des bien nantis, Éditions du Seuil, février 1985.