Je vous ai compris

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« Je vous ai compris » est la phrase-clé du discours du de Charles de Gaulle à Alger, depuis le balcon du Gouvernement général, devant la foule réunie sur la place du Forum.

Contexte[modifier | modifier le code]

Les troubles d’Algérie se transforment en guerre dès 1956, même si la France refusait de les qualifier ainsi à l’époque (il faut attendre le 10 juin 1999 pour que l'Assemblée nationale adopte une loi permettant de substituer à l'expression "opérations de maintien de l'ordre" celle de "guerre d'Algérie"). Au début de l'année 1958 l'action de la France en Algérie est de plus en plus critiquée à l'extérieur et le nationalisme progresse en Algérie.

Les partisans de l'Algérie française organisent une manifestation contre le FLN à Alger le 13 mai 1958 tandis que le même jour, le président de la République René Coty nomme comme président du Conseil Pierre Pfimlin, un homme qui a publiquement annoncé vouloir négocier avec le FLN.

Des manifestants forment alors à Alger un Comité de salut public qui se donne pour mission de faire revenir le général de Gaulle au pouvoir. Raoul Salan, commandant en chef de l'armée d'Algérie prend la tête de ce comité.

Dans l'incapacité de trouver une solution politique à la crise, le président du Conseil Pierre Pfimlin démissionne. Le 1er juin 1958 de Gaulle est investi par l'Assemblée nationale.

Le général de Gaulle fait alors un voyage à Alger du 4 au 7 juin 1958.

Un discours ambigu[modifier | modifier le code]

Le discours du 4 juin 1958 prononcé par Charles de Gaulle depuis la place du Forum à Alger est volontairement ambigu. En effet la phrase-clé « je vous ai compris » prononcée au début du discours et l’ensemble du discours s’adressent à plusieurs destinataires.

Il s’adresse d’une part au FLN et aux Algériens en leur montrant son respect et en prônant l’égalité des droits entre Français et Algériens.

D’autre part, de Gaulle remercie l’armée française pour son action et lui rappelle son devoir d’obéissance.

Il affirme également sa légitimité auprès du peuple français.

Enfin, il demande aux Pieds-Noirs d’éviter toute révolte et les rassure sur le maintien de la souveraineté française.

Interprétation de la phrase[modifier | modifier le code]

Sur le coup, le discours donne un fort sentiment de soutien à tous ses auditeurs musulmans européens et juifs qui ont fraternisé. Il provoque une explosion de joie. Clairement, les Pieds-Noirs le prennent pour eux, et pensent avoir le soutien du nouveau Président du Conseil.

Plus tard, certains historiens soulignent que la phrase était si ambiguë que c'est clairement volontaire : il s'agit d'une phrase qui typiquement vise à rassurer tout le monde sans prendre position[1].

L'interprétation de soutien à l'Algérie française dominait dans les esprits à l'époque, en particulier à cause du « Vive l'Algérie française ! » du même de Gaulle deux jours plus tard à Mostaganem.

Ressentiment[modifier | modifier le code]

Le « Je vous ai compris » est resté un souvenir au moins aussi marquant que le « Vive l'Algérie française ! » pour les Pieds-Noirs. À cause de ces phrases, l'acceptation de l'autodétermination pour les habitants de l'Algérie par de Gaulle, donne un sentiment de trahison.

À cause de cette accusation de trahison, de Gaulle est après les accords de paix haï par les partisans de l'Algérie française. Leurs terroristes, l'OAS, organiseront par la suite l'attentat du Petit-Clamart contre lui.

La distance entre le sentiment des Pieds-Noirs sur la phrase à l'époque et les accords acceptés par de Gaulle fait dire à l'humoriste Pierre Desproges que le message réel aux Pieds-Noirs était « Je vous hais, compris ? »[2].

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jacques Baumel et François Delpla, « De Gaulle : "Je vous ai compris", le mythe de la duplicité du Général envers les Pieds-Noirs », dans Un tragique malentendu : De Gaulle et l'Algérie, Plon, 2006, 250 p. (ISBN 2-259-20412-0).
  2. Pierre Desproges, Dictionnaire superflu à l’usage de l’élite et des bien nantis, Éditions du Seuil, février 1985.