Ordre de la Libération

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Ordre de la Libération
Illustration.
Avers.
Seconde illustration.
Revers.
Croix de la Libération[1]
Conditions
Décerné par Drapeau de la France France
Type Ordre à catégorie unique
Décerné pour Hauts faits pour et lors de la Libération de la France
Éligibilité Militaires ou civils
Détails
Statut Plus décerné depuis 1946
Devise Patriam Servando, Victoriam Tulit (En servant la Patrie, il a remporté la victoire)
Statistiques
Création
Première attribution
Dernière attribution
Total 1 061
Ordre de préséance
Illustration.
Barrette du 1er type (jusqu'en août-septembre 1942).
Seconde illustration.
Barrette du 2e type (après août-septembre 1942).

L’ordre de la Libération est un ordre français, créé par le général de Gaulle en 1940 et destiné « à récompenser les personnes ou les collectivités militaires et civiles qui se seront signalées dans l'œuvre de libération de la France et de son Empire »[2] lors de la Seconde Guerre mondiale.

C'est le deuxième ordre national français après celui de la Légion d'honneur, et il ne comporte qu'un seul grade. Il est forclos depuis 1946, et seules 1 061 croix ont été accordées, à des personnes, unités militaires et communes, en récompense de hauts-faits accomplis pour la Libération. Ses titulaires ont droit au titre de Compagnon de la Libération.

L'insigne de l'ordre est la croix de Lorraine, et il porte au revers la devise : « Patriam servando, victoriam tulit » (« En servant la patrie, il a remporté la victoire »). Le ruban vert et noir symbolise l'état de la France en 1940, alliant le noir du deuil au vert de l'espérance.

Histoire[modifier | modifier le code]

Après la bataille de Dakar le , le général de Gaulle échoue à rallier l'Afrique-Occidentale française (à la différence de l'Afrique-Équatoriale française) et comprend que la Libération de la France sera longue. C'est dans ce contexte qu'il crée l'ordre de la Libération le [2] à Brazzaville (République du Congo), pour récompenser les personnes ou collectivités qui se distinguent pour la libération de la France. À l'origine, le général de Gaulle pensait nommer les titulaires de cette décoration « croisés de la Libération » (il fait part de cette intention dans un télégramme du au colonel Fontaine[3]). Mais, sur les conseils de René Cassin, qui souligne notamment la présence de musulmans et de juifs dans les rangs de la France libre[4], le terme emphatique et désuet, référence aux croisades, est abandonné au profit de Compagnons de la Libération[5].

Dès le , les cinq premiers Compagnons de la Libération sont nommés et forment ainsi le premier conseil de l'ordre. Ce sont Henri Bouquillard, Félix Éboué, Emmanuel d'Harcourt, Edmond Popieul, et Georges Thierry d'Argenlieu[6]. Il conçoit cet ordre comme un ordre religieux, en nommant comme premier chancelier de l'ordre l'amiral d'Argenlieu, ancien responsable des Carmes de Paris[7].

Seules 1 038 personnes, cinq communes et dix-huit unités combattantes se sont vu attribuer cette décoration entre et .

En quittant le pouvoir en , le général de Gaulle signe un décret de forclusion qui met fin à l'attribution de la croix de la Libération (décret du )[8], car le but de la libération est atteint. Ce n'est qu'en deux occasions exceptionnelles que l'ordre sera rouvert par son grand maître, le général de Gaulle. L'une en 1958 pour Winston Churchill, Premier ministre du Royaume-Uni, et l'autre à titre posthume en 1960 pour George VI, roi du Royaume-Uni[9].

Le poste de chancelier de l'ordre est occupé le par Fred Moore[10] qui succède au professeur François Jacob nommé en et il en sera le dernier titulaire jusque sa mort.

L'ordre prévoit que le dernier compagnon détenteur sera enterré au mémorial du mont Valérien[11] dans le caveau no 9.

À compter du , le Conseil national des communes « Compagnon de la Libération », établissement public créé par une loi de 1999[12], succède au Conseil de l'ordre dans la gestion de celui-ci[9]. Le chancelier Fred Moore devient alors délégué national[13].

Insigne[modifier | modifier le code]

L'insigne de l'ordre est la croix de la Libération dont le dessin fut réalisé par le capitaine des Forces françaises libres Tony Mella : elle est faite d'un écu de bronze poli rectangulaire de 33 mm de haut sur 30 mm de large, portant un glaive en pal de 60 mm de haut sur 7 mm de large, dépassant en haut et en bas, surchargé d'une croix de Lorraine noire.

Les couleurs du ruban qui ont été choisies par le général de Gaulle sont le noir, exprimant le deuil de la France opprimée par les envahisseurs, et le vert, exprimant l'espérance de la Victoire. Par le message transmis, elles s'inspirent grandement de celle de la médaille commémorative de la guerre 1870-1871 que le père du général, Henri de Gaulle avait lui même reçu. Il y eut deux modèles de ruban, le premier, à bandes noires placées en diagonale, à l'anglaise, est décerné jusqu'en août-. Il est remplacé ensuite par le ruban définitif à bandes verticales[1].

Au revers de l'écu, est inscrite la devise « Patriam Servando - Victoriam Tulit » (« En Servant la Patrie, il a Remporté la Victoire »).

Il se porte sur la poitrine, à gauche, juste après la Légion d'honneur et avant la Médaille militaire[1].

La maquette de la croix fut réalisée par la succursale londonienne du joaillier Cartier[1]. Les premières croix sont fabriquées par la maison John Pinches à Londres. Selon des documents découverts récemment par des chercheurs, et contrairement à une croyance répandue, la Monnaie de Paris n'a pas récupéré le stock du fabricant Pinches de Londres (qui avait encore cet ordre dans son catalogue de vente après-guerre) mais le petit stock de croix de fabrication Pinches, ainsi que les matrices ayant servi à la fabrication des croix Pinches, détenues par le cabinet du Général de Gaulle. C'est donc à partir de ces matrices que la Monnaie de Paris a repris la fabrication des Croix de la Libération fin 1945 en les marquant avec son poinçon « corne d'abondance » suivi de la mention « BRONZE » puis « BR », d'où la confusion.

Outre les fabrications locales plus ou moins artisanales dans les divers territoires ralliés à la France libre (Afrique, Moyen-Orient par exemple), bon nombre de fabricants ont créé leurs propres modèles plus ou moins fidèles aux modèles de référence du fabricant Pinches puis de la Monnaie de Paris. Les spécialistes de cette décoration en ont recensé à ce jour 26 modèles différents : moulages et surmoulages des modèles de référence pré-cités, modèles de fabricants privés (Aubert, René, Bacqueville, Mourgeon, etc), variantes avec la croix de Lorraine ni laquée, ni émaillée, ni peinte ; croix de Lorraine peinte en marron - et non noir comme ce fut la généralité, etc.

La fourragère[modifier | modifier le code]

Par un arrêté du 23 février 1996, le ministre de la Défense a créé la fourragère de l'Ordre de la Libération destinée à pérenniser cet ordre et à préserver de l'oubli, le souvenir des Compagnons de la Libération.

Le 18 juin 1996, au Mont Valérien, lors de la cérémonie traditionnelle commémorant l'appel du 18 juin 1940, Président de la République, Jacques Chirac, a remis aux chefs de corps des 17 unités Compagnon de la Libération (ou héritières du patrimoine d'unités Compagnon) la fourragère aux couleurs vert et noir de l'Ordre de la Libération.

Ont droit au port de cette fourragère tous les membres des unités militaires concernées ainsi que deux exceptions : les membres d’équipage du porte-avions Charles de Gaulle (depuis le 14 juillet 2011) et les militaires issus des régiments de la DGSE, c'est-à-dire le 44e régiment d'infanterie (depuis le 17 septembre 2018).

Le 18 octobre 2019, la ministre des Armées, madame Florence Parly, a remis solennellement à la première année de l’École de l'air le fanion de l’Escadrille française de chasse n°1, il s'agit de la 18ème unité. L'EFC1 est ainsi désormais réactivée au sein des armées. Les élèves officiers de première année héritent donc des traditions de l'EFC1 et portent ainsi pendant un an la fourragère de l’Ordre de la Libération.

Le 17 juin 2020, aux Invalides, la ministre des Armées, madame Florence Parly a remis aux élèves du 2e bataillon de l'École spéciale militaire de Saint-Cyr (ESM Saint-Cyr) la fourragère. Ils vont être autorisés à la porter temporairement durant la troisième année de leur scolarité, lorsqu'ils seront au 1er bataillon. Leur promotion, la promotion Compagnons de la Libération, bénéficie d'une dérogation exceptionnelle pour arborer la fourragère de l'Ordre de la Libération pendant une année.

Organisation[modifier | modifier le code]

Grand maître[modifier | modifier le code]

Le général de Gaulle en fut le seul et unique grand maître de l'ordre. Très attaché à cette distinction, il reçoit le collier de grand maître, insigne de sa fonction, le . Il porte le collier de grand maître de l'ordre sur sa photographie officielle de président de la République, au lieu du grand collier de la Légion d'honneur.

Le , à la mort du général de Gaulle, le conseil de l'ordre de la Libération décide qu'il n'aura pas de successeur.

Chanceliers puis délégués nationaux[modifier | modifier le code]

De à , huit chanceliers se sont succédé :

Depuis , la fonction est délégué national du Conseil national des communes « Compagnon de la Libération » :

Secrétaires généraux[modifier | modifier le code]

  • 1962-1990 : Jules Muracciole.
  • 1990-2013 : Loïc Le Bastard[14].
  • 2013-2017 : Yvan Thiébaut.
  • depuis 2017 : Aurélie Loison[15].

Les Compagnons[modifier | modifier le code]

Les croix attribuées sont au nombre de 1 061 :

  • 1 038 à des personnes ;
  • dix-huit à des unités militaires ;
  • cinq à des villes (voir ci-dessous).

Aucun critère d'âge, de sexe, de grade, d'origine, et même de nationalité, n'est exigé. C'est la valeur qui compte et la qualité exceptionnelle des services rendus, qui ne sont pas exclusivement des services combattants.

Le général de Gaulle a tenu à préciser le caractère exceptionnel de cet ordre, ainsi il écrit : « On me propose des candidats qui, bien que très dignes et vaillants combattants, ne répondent pas aux conditions tout à fait exceptionnelles qui justifient l'accession dans l'ordre ».

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la décoration est très souvent décernée sous pseudonyme ou identité de guerre. C'est le cas pour Jean Moulin, par exemple, qui est fait Compagnon de la Libération, le , sous le nom de « Caporal Mercier ».

Personnes[modifier | modifier le code]

Sur les 1 038 personnes décorées de la croix de la Libération, 65 furent tuées avant la fin de la guerre, et 260 la reçurent à titre posthume.

Un gouverneur des colonies :

Six femmes reçurent la croix de la Libération :

Seules Laure Diebold et Émilienne Moreau-Evrard la reçurent de leur vivant, les quatre autres femmes étant décorées à titre posthume.

Unités militaires[modifier | modifier le code]

Armée de terre[modifier | modifier le code]

Insigne du bataillon de marche no 2 de l'Oubangui-Chari (Afrique-Équatoriale française).

Marine[modifier | modifier le code]

Armée de l’Air[modifier | modifier le code]

Villes[modifier | modifier le code]

Hommage rendu à l'Ordre de la Libération le 14 juillet 2015[modifier | modifier le code]

Un hommage a été rendu à l’Ordre de la Libération en préambule du défilé du à Paris, où figuraient une garde d'honneur pour chaque drapeau ou fanion décoré des dix-huit unités militaires Compagnons de la Libération, ainsi que cinq jeunes filles et garçons portant chacun sur un coussin la Croix de la Libération des cinq communes Compagnons de la Libération. Tous positionnés devant la tribune présidentielle en formant le « V » de la Victoire. La musique de l’équipage de la flotte de Toulon, s'étant positionnée à l'intérieur du V en formant les contours d’une croix de Lorraine. Le Chœur de l’armée française étant venu combler l'intérieur de la croix[16].

Autres[modifier | modifier le code]

La promotion 2018-2021 de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr porte le nom de « Compagnons de la Libération »[17].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d Musée de l'Ordre de la Libération, « La Croix de la Libération » [archive], Ordre de la Libération, (consulté le 22 décembre 2019).
  2. a et b Ordonnance no 7 du 16 novembre 1940 créant l'Ordre de la Libération, Journal officiel de la France libre no 2 du , p. 7.
  3. Laurent Douzou, « La démocratie sans le vote : La question de la décision dans la Résistance », Actes de la recherche en sciences sociales, Le Seuil, no 140 « Votes »,‎ (ISBN 2-02-052932-7, DOI 10.3917/arss.140.0057).
  4. Marc Tronchot, Les Présidents face à Dieu : De Gaulle, Pompidou, Giscard d'Estaing, Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Hollande, Paris, Calmann-Lévy, , 284 p. (ISBN 978-2-7021-5734-3).
  5. Musée de l'Ordre de la Libération, « Création de l'Ordre » [archive], Ordre de la Libération, (consulté le 22 décembre 2019).
  6. Décret du 29 janvier 1941 réglant l'organisation de l'Ordre de la Libération, Journal officiel de la France libre no 3 du , p. 10–11.
  7. Gérard Bardy, Charles le catholique : De Gaulle et l'Église, Paris, Plon, , 389 p. (ISBN 978-2-259-21257-1).
  8. Antoine Prost, Guerres, paix et sociétés : 1911-1946, Paris, Éditions de l'Atelier, coll. « Mouvement social », , 271 p. (ISBN 2-7082-3699-7, lire en ligne), p. 248.
  9. a et b Les Décodeurs, « Qu'est-ce que l'Ordre de la Libération ? », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  10. Décret du 11 octobre 2011 portant nomination du chancelier de l'ordre de la Libération - M. Moore (Fred), Journal officiel de la République française no 237 du , p. 17181, texte no 49, NOR JUSA1126490D.
  11. Dominique Pascal, La folie des médailles et décorations, Paris, Flammarion, , 373 p. (ISBN 2-08-200890-8).
  12. Loi no 99-418 du 26 mai 1999 créant le Conseil national des communes « Compagnon de la Libération », JORF no 121 du , p. 7856, NOR DEFX9700024L, sur Légifrance ; dossier législatif sur le site du Sénat.
  13. Décret du 15 novembre 2012 portant nomination du délégué national du Conseil national des communes « Compagnon de la Libération » - M. Moore (Fred), Journal officiel de la République française no 267 du , p. 18112, texte no 41, NOR JUSX1239099D.
  14. http://www.france-libre.net/loic-le-bastard-1938-2015/.
  15. http://lhistoireenrafale.lunion.fr/2017/01/10/ordre-de-liberation-aurelie-loison-secretaire-generale/.
  16. Ministère des Armées, « Défilé du 14 juillet 2015 : L'intégrale » [vidéo], (consulté le 8 décembre 2019).
  17. « Triomphe des écoles de Saint-Cyr Coëtquidan », sur Musée de l'Ordre de la Libération (consulté le 7 octobre 2019).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]