Fernand Iveton

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Fernand Iveton
Naissance
Clos-Salembier, Département d'Alger, Algérie
Décès (à 30 ans)
Prison Barberousse (Alger)
Nationalité Française
Profession
Ouvrier tourneur
Activité principale
Militant anticolonialiste
Délégué syndical CGT puis UGSA
Membre des Combattants de la Libération (PCA)

Fernand Iveton, né le au Clos-Salembier (Algérie) et mort guillotiné le , est un militant communiste et anticolonialiste français[1] rallié au FLN. Auteur d'une tentative de sabotage, il est le seul Européen guillotiné pendant la guerre d'Algérie.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fernand Iveton doit son nom, souvent orthographié par erreur « Yveton », à l'administration française[2]. Ce patronyme avait été inventé pour son père, Pascal, recueilli par l’Assistance publique d'Alger[2] et qui, militant communiste et syndicaliste employé à Gaz d'Algérie, fut révoqué par le régime de Vichy[2]. Sa mère, Encarnación Gregori, était née en Espagne.

Ami depuis l'enfance de son voisin du Clos-Salembier, l'aspirant Maillot[3], Fernand Iveton est ouvrier tourneur à l’usine à gaz du Hamma[1] de l'EGA à Alger où il est délégué syndical, affilié à la Confédération générale du travail (CGT), puis à l'Union générale des syndicats algériens (en) (UGSA)[2]. En , il devient membre des Combattants de la libération[2], l'organisation militaire du Parti communiste algérien (PCA) interdit, aux côtés notamment d'Abdelkader Guerroudj[4], Georges Acampora[5], Yahia Briki[6], Félix Colozzi[7] et Mohamed Hachelaf[8],[2]. À la suite de l'accord FLN-PCA du , il intègre le Front de libération nationale (FLN) à titre individuel avec un certain nombre de ses camarades[9],[2].

Tentative de sabotage[modifier | modifier le code]

Il se propose, en , pour réaliser un sabotage à l'aide d'une bombe dans l’usine à gaz du Hamma où il travaille[1]. La prise de contact a lieu avec la militante Jacqueline Guerroudj[10], épouse d'Abdelkader Guerroudj, qui est désignée par le FLN pour lui remettre deux bombes fabriquées par Abderrahmane Taleb, mais Iveton ne peut en transporter qu'une seule et lui laisse l'autre[1].

Le [2] à 14 h, il dépose la bombe dans un placard d'un local désaffecté de l'usine[11]. L’objectif est un sabotage purement matériel qui a pour but de provoquer une panne d'électricité à Alger[2] et Iveton a exprimé à deux reprises son souci de ne tuer personne. Il a demandé que la bombe soit réglée pour exploser après le départ des ouvriers, en fonction de quoi un premier réglage a été prévu pour 18 h 30. Iveton a jugé que la marge est insuffisante, au cas où des ouvriers s’attarderaient pour des raisons imprévisibles, et il a demandé que la bombe soit réglée pour exploser à 19 h 30[1].

Iveton est repéré par un contremaître de l'usine, Oriol, qui se méfie de lui et l'a vu entrer dans le local avec son sac de plage et en ressortir les mains vides. Oriol prévient son chef, Carrio, et ils pénètrent tous les deux dans le local désaffecté où ils entendent le bruit de la minuterie de la bombe[12]. Iveton est arrêté à 16 h 20. La bombe est désamorcée par les militaires. Il n'y a ni dégâts, ni victimes.

Du 14 au , Fernand Iveton est torturé au commissariat central d'Alger. Les policiers ayant trouvé sur lui un papier (écrit par Abderrahmane Taleb) donnant des indications sur l'heure d'explosion des deux bombes veulent lui faire avouer de toute urgence les noms de ses complices — dont il ignore l'identité[13] —, afin de retrouver la deuxième bombe[1]. N'en pouvant plus, Iveton donne les noms de deux autres membres de son groupe, qui, informés de son arrestation, ont en principe eu le temps de prendre la fuite[14].

Procès et exécution[modifier | modifier le code]

En application des pouvoirs spéciaux[15] demandés par le président du Conseil, le socialiste Guy Mollet, et votés par l'Assemblée nationale en , il est jugé par le tribunal militaire[16] d'Alger[17]. Défendu par deux avocats commis d'office[18],[19] — le Parti communiste français ayant d'abord interdit qu'il le soit par l'avocat communiste Gaston Amblard[17] —, il est condamné à mort pour « tentative de destruction d'édifice à l'aide d'explosifs », le [20], à l'issue d'une journée d'audience.

Le pourvoi d'Iveton devant le tribunal de cassation militaire est rejeté le .

Jacqueline Guerroudj est arrêtée le . Elle tente en vain, par ses déclarations à la police, de sauver Iveton[21].

N'ayant pas tué, Iveton croit à sa grâce plaidée par l'avocat communiste Joë Nordmann qui s'est joint aux avocats commis d'office, Albert Smadja et Charles Laînné[20]. Mais son recours est refusé le par le président de la République, René Coty[17],[1], avec l’accord du garde des Sceaux de l’époque, François Mitterrand[17] et du président du Conseil, Guy Mollet[22]. Il est guillotiné le , dans la cour de la prison de Barberousse, à Alger[17] par le bourreau d'Alger, Fernand Meyssonnier[23]. Avec lui, deux militants nationalistes[24], Mohamed Ben Ziane Lakhnèche et Ali Ben Khiar Ouennouri[23], dits « Ali Chaflala » et « P’tit Maroc »[25], sont également décapités[26],[27],[28].

Il est le seul Européen parmi les 198 prisonniers politiques guillotinés de la guerre d'Algérie[29]. Me Albert Smadja, son avocat commis d'office, témoin de l'exécution, rapporte qu'avant de mourir Fernand Iveton déclara : « La vie d’un homme, la mienne, compte peu. Ce qui compte, c’est l’Algérie, son avenir. Et l’Algérie sera libre demain. Je suis persuadé que l'amitié entre Français et Algériens se ressoudera. »[30].

Le , deux jours après l’exécution, Me Smadja est lui-même arrêté et interné sans jugement au camp de Lodi[31] (aujourd'hui Drâa Esmar) avec 130 Européens, dont quatorze avocats ayant défendu des membres du FLN. Il y reste deux ans.

Jacqueline Guerroudj et son mari, Abdelkader Guerroudj (« Djilali »), sont condamnés à mort le [32], mais ils sont graciés par le général de Gaulle, avec tous les condamnés à mort d’Algérie, en [33]. Ils bénéficient ensuite de l'amnistie en 1962.

Fernand Iveton est enterré auprès de sa mère au cimetière européen de Bologhine (anciennement Saint-Eugène) en Algérie. En , sa veuve Hélène a emporté avec elle les lettres et les photos de Fernand dans sa tombe à Annet-sur-Marne auprès de son fils Jean-Claude que Fernand avait adopté[30].

Hommages[modifier | modifier le code]

Le soir de l’exécution à la prison de Barberousse des trois condamnés dont Fernand Iveton, le , Annie Steiner, incarcérée à la même prison où elle est condamnée à cinq ans de réclusion, compose le poème Ce matin ils ont osé, ils ont osé vous assassiner[34],[35].

En mars 1958 Jean-Paul Sartre, sous le titre Nous sommes tous des assassins, dénonce l'exécution de Fernand Iveton dans sa revue Les Temps modernes[36].

Emmanuel Roblès écrit en 1959 la pièce Plaidoyer pour un Rebelle qui sera créée en 1960. Le personnage de « Keller » est directement inspiré de Fernand Iveton[37],[35].

Le personnage du communiste pied-noir dans le roman de Rachid Boudjedra paru en 1990, Le Désordre des choses (titre original en arabe : فوضة الأشياء) est une claire évocation de Fernand Iveton[38],[35].

La pièce de Richard Demarcy Les Mimosas d'Algérie retrace, à l'aide d'une fiction, la vie et la mort de Fernand Iveton[39]. Écrite en 1991 elle est créée à Alger le 28 août 2002[40].

Une ruelle porte le nom de Fernand Iveton à El Madania (anciennement le Clos-Salembier) sur les hauteurs d'Alger où il est né[41] et où il a vécu, ainsi qu'une rue dans le quartier d'El Derb à Oran. Dans un premier temps débaptisée en [42], cette rue d'Oran a retrouvé son nom quelques jours plus tard, à la suite d'une pétition en ligne[43].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Filmographie[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f et g « Iveton, l'anti-colonialiste », sur djazairess.com, Horizons, (consulté le 10 janvier 2014).
  2. a, b, c, d, e, f, g, h et i Mustapha Boutadjine, « Biographie de Fernand Iveton », sur alger-republicain.com, Alger républicain, (consulté le 10 janvier 2014).
  3. Einaudi 1986, p. 26.
  4. « Guerroudj Abdelkader dit Djilali », sur maitron-en-ligne.univ-paris1.fr, Le MaitronDictionnaire biographique, mouvement ouvrier, mouvement social (consulté le 22 janvier 2014).
  5. « George Acampora est décédé, il était un militant de la cause algérienne », sur djazairess.com, L'Expression, (consulté le 23 janvier 2014).
  6. « Briki Yahia [Dictionnaire Algérie] », sur maitron-en-ligne.univ-paris1.fr, Le MaitronDictionnaire biographique, mouvement ouvrier, mouvement social (consulté le 22 janvier 2014).
  7. Hamid Tahri, « Felix Colozzi. Fidaï, syndicaliste, ancien militant communiste : « La France doit avoir honte de ses méfaits », sur djazairess.com, El Watan, (consulté le 22 janvier 2014).
  8. « Hachelaf M’Hamed [Dictionnaire Algérie] », sur maitron-en-ligne.univ-paris1.fr, Le MaitronDictionnaire biographique, mouvement ouvrier, mouvement social (consulté le 22 janvier 2014).
  9. Jacques Charby, L'Humanité, 7 janvier 2006.
  10. « Guerroudj Jacqueline [née Netter Jacqueline, divorcée de Pierre Minne] », sur maitron-en-ligne.univ-paris1.fr, Le MaitronDictionnaire biographique, mouvement ouvrier, mouvement social (consulté le 22 janvier 2014).
  11. Einaudi 1986, p. 113-114.
  12. Einaudi 1986, p. 114.
  13. Einaudi 1986, p. 113.
  14. Einaudi 1986, p. 115.
  15. Le 12 mars 1956 le Gouvernement Guy Mollet demande et obtient - y compris par les députés communistes - le vote des pouvoirs spéciaux : « Le gouvernement disposera en Algérie des pouvoirs les plus étendus pour prendre toutes les mesures exceptionnelles commandées par les circonstances, en vue du rétablissement de l'ordre, de la protection des personnes et des biens et de la sauvegarde du territoire ». Guy Mollet cosigne avec le ministre de la Défense, Maurice Bourgès-Maunoury, celui de la Justice, François Mitterrand, et Robert Lacoste — gouverneur général de l'Algérie — un décret relatif à l'application de la justice militaire en Algérie et à l'attribution aux militaires des pouvoirs de police.
  16. Les pouvoirs spéciaux instauraient une procédure de justice militaire de « traduction directe » sans instruction.
  17. a, b, c, d et e Jean-Luc Einaudi, « Qui se souvient de Fernand Iveton, ouvrier, communiste, rallié au FLN, guillotiné à Alger, en 1957. Et qui se souvient du nom de celui qui était alors ministre de la Justice ? L'affaire Iveton, un silence français », sur liberation.fr, Libération, (consulté le 10 janvier 2014).
  18. Le bâtonnier d'Alger a commis d'office deux avocats 48 heures avant le procès : Albert Smadja, jeune avocat débutant communiste dont c'est la première affaire et Charles Laînné, avocat réputé d'une soixantaine d'années et catholique de stricte observance.
  19. Einaudi 1986, p. 138-140.
  20. a et b Einaudi 1986, p. 148.
  21. Einaudi 1986, p. 178-179.
  22. Mohamed Rebah, « 11 février 1957-11 février 2015 - Il y a 58 ans Fernand Iveton », Alger républicain, 11 février 2015 : « Le recours en grâce avait été refusé à Fernand Iveton, le par le président de la République française, René Coty, en accord avec le garde des Sceaux, François Mitterrand et le secrétaire général de la SFIO, Guy Mollet, président du conseil. » [lire en ligne].
  23. a et b Stora-Malye 2010, p. 199.
  24. Stora-Malye 2010, p. 187.
  25. Einaudi 1986, p. 206.
  26. Récit de maître Albert Smadja, commis d’office pour assister aussi Lakhnèche et Ouennouri dans leurs derniers moments, dans Fernand Iveton, guillotiné pour l’exemple, documentaire de Daniel Edinger, série Aléas, France 3, le 20 avril 2004 (no 2549866001002 aux archives de l'Ina, inatheque.fr et à la BnF).
  27. Interview du bourreau Fernand Meyssonnier dans Portrait du photographe : celui qui regardait la mort, documentaire de Jean-Denis Bonan, série Aléas, France 3, le 20 avril 2004 (no 2549866001001 aux archives de l'Ina, inatheque.fr et à la BnF).
  28. Fernand Meyssonnier (propos recueillis par Jean-Michel Bessette), Paroles de bourreau : témoignage unique d'un exécuteur des arrêts criminels, éd. Imago, 2002, 319 p. (ISBN 978-2-911416-71-2).
  29. Sylvie Thénault, Histoire de la guerre d'indépendance algérienne, Flammarion, (ISBN 978-2-08-210344-2, présentation en ligne), p. 117.
  30. a et b Fernand Iveton, guillotiné pour l’exemple, documentaire de Daniel Edinger, op. cit.
  31. Nathalie Funès, Le Camp de Lodi, Algérie 1954-1962, Éditions Stock, 2012.
  32. « Interview : Abdelkader Guerroudj « À chaque exécution, toute la casbah hurlait. » », sur lepoint.fr, Le Point, (consulté le 22 janvier 2014).
  33. Einaudi 1986, p. 222.
  34. Le poème se termine ainsi : « En nos corps fortifiés / Que vivent votre idéal / Et vos sangs entremêlés / Pour que demain ils n'osent plus / Ils n'osent plus nous assassiner. Annie Steiner, Prison de Barberousse, Alger, le 11 février 1957. » Publié en 1963 dans Espoir et parole, poèmes algériens recueillis par Denise Barrat avec des dessins de Abdallah Benanteur, Paris, Éditions Seghers, [présentation en ligne sur Gallica].
  35. a, b et c Christiane Chaulet Achour, « Albert Camus, Emmanuel Roblès et Fernand Iveton », sur ldh-toulon.net, site de Toulon de la LDH, (consulté le 31 octobre 2016).
  36. « Rien n’y fait : Iveton est pris, on le condamne à la peine capitale, on refuse de le gracier, on l’exécute. Pas la moindre hésitation : cet homme a déclaré et prouvé qu’il ne voulait la mort de personne, mais nous, nous avons voulu la sienne et nous l’avons obtenue sans défaillance. Il faillait intimider, n’est-ce pas ? et, comme l’a dit l’autre jour un imbécile, montrer le visage terrible de la France irritée ». Jean-Paul Sartre dans Les Temps modernes no 145, mars 1958, p. 1574-1576.
  37. Emmanuel Roblès, Plaidoyer pour un rebelle, Paris, Le Seuil, 1965, coll. « Cadre rouge », (ISBN 978-2-02-001046-7).
  38. Rachid Boudjedra, Le Désordre des choses, trad. de l'arabe (Algérie) par Antoine Moussali avec la collaboration de l'auteur, Paris, Éditions Denoël 1991, 292 p. (ISBN 2-207-23839-3).
  39. Didier Mereuze, « La mémoire retrouvée de la guerre d’Algérie », sur la-croix.com, La Croix, (consulté le 1er novembre 2016).
  40. « Les Mimosas d’Algérie de Richard Demarcy », sur algeriades.com (consulté le 1er novembre 2016).
  41. Merzak Chertouk, « Qui se souvient de Fernand Iveton ? », sur socialgerie.net, article paru dans El Watan, le 16 février 2014 (consulté le 2 novembre 2016).
  42. Akram El Kébir, « La rue Fernand Iveton a été débaptisée – L’histoire de l’Algérie est-elle ignorée ? », sur elwatan.com, El Watan, (consulté le 3 novembre 2016).
  43. Akram El Kébir, « Mémoire : Fernand Iveton et Imam El Houari réhabilités », sur elwatan.com, El Watan, (consulté le 3 novembre 2016).
  44. a et b « Goncourt du premier roman à Joseph Andras », sur lefigaro.fr, Le Figaro, (consulté le 9 mai 2016).
  45. « Goncourt du premier roman – Joseph Andras, l'écrivain qui dit non au prix Goncourt », sur telerama.fr, Télérama (consulté le 4 juin 2016).