Djamila Bouhired

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Djamila Bouhired
Djamila Bouhired

Naissance (86 ans)
Alger
Origine Drapeau : Algérie Algérie
Allégeance FLN
Unité Zone autonome d'Alger
Années de service 19561962
Conflits Guerre d'Algérie
Faits d'armes Bataille d'Alger
Famille Jacques Vergès (conjoint, 1965-1970)

Djamila Bouhired (en arabe : جميلة بوحيرد, née en à Alger, est une militante du Front de libération nationale (FLN), collaboratrice de Yacef Saâdi, chef de la Zone autonome d'Alger durant la guerre d'Algérie.

Elle fait partie des six femmes « condamnées à mort pour des actes terroristes » pendant la guerre d'indépendance.

Elle participe aux manifestations de 2019 en Algérie.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et études[modifier | modifier le code]

Djamila Bouhired naît en juin 1935 à Alger, alors en Algérie française, dans une famille de classe moyenne d'un père algérien et d'une mère tunisienne. Elle est scolarisée à l'école française[1].

Guerre d'Algérie[modifier | modifier le code]

De gauche à droite : Samia Lakhdari, Zohra Drif, Djamila Bouhired et Hassiba Ben Bouali
Nicole Guiraud, 10 ans, et Danielle Michel-Chich, 7 ans, victimes de l'attentat du Milk-Bar.
Nicole Guiraud, 10 ans, et Danielle Michel-Chich, 7 ans, victimes de l'attentat du Milk-Bar.

Djamila Bouhired rejoint le Front de libération nationale durant ses années étudiantes. Elle travaille plus tard comme officier de liaison, membre du « réseau bombes » et assistante personnelle de Yacef Saâdi, chef de la Zone autonome d'Alger pendant la bataille d'Alger. Elle dépose, le , une bombe qui n'explose pas dans le hall du Maurétania, car le branchement avait été mal effectué par Rachid Kouache, l'artificier[1],[2]. Elle recrute Djamila Bouazza qui dépose le suivant, dans le cadre d'une vague d'attentats, une bombe très meurtrière au café Coq Hardi. Elle recrute aussi Zoulikha, responsable de l'attentat de la rue Colonna-d’Ornano[3].

Le , elle est capturée par la 4e compagnie du 9e régiment de Zouaves du capitaine Sirvent (cantonnée dans le palais Dar es Souf place Henry-Klein basse Casbah) puis blessée par Yacef Saadi dans la fusillade qui s'ensuit. Elle est conduite à l'hôpital Maillot, où l'on constate que la balle a traversé l'épaule sans toucher la clavicule mais en effleurant le poumon. Suzanne Massu lui rend visite à l'hôpital et obtient de son mari le général Massu qu'elle soit interrogée par un officier de son service de renseignement plutôt que transférée dans un centre d'interrogation[4]. Étant porteuse de documents prouvant qu'elle est en contact avec Yacef Saadi, les services spéciaux la torturent pour lui faire avouer où il se cache, mais elle ne livre que des adresses sans importance et des informations déjà révélées par les documents saisis[5]. Mal remise de son interrogatoire, au capitaine Jean Graziani qui lui demande ce qu'elle a fait, elle répond : « Fumier ! » Elle est alors giflée, mais Graziani n'insiste pas et la fait soigner. Le , elle est transférée au QG de la division parachutiste du général Massu. Le , elle révèle au capitaine Graziani des caches contenant 13 bombes et des armes[4]. Inculpée pour sa participation aux attentats, elle est avec Djamila Bouazza, condamnée à mort le [6],[7]. Cette condamnation donne lieu à une intense campagne médiatique menée par Jacques Vergès, son avocat et Georges Arnaud. Ils écrivent un manifeste, Pour Djamila Bouhired, publié la même année aux Éditions de Minuit[5]. C'est, avec la Question d'Henri Alleg, l'un des manifestes qui alertent l'opinion publique sur les mauvais traitements et les tortures infligées par l'armée aux combattants algériens. Soutenue par une intense campagne internationale elle est graciée en 1959 par le président Charles de Gaulle, puis libérée en 1962 dans le cadre des accords d'Évian[5].

Après la guerre[modifier | modifier le code]

Après sa libération, Djamila Bouhired travaille avec Jacques Vergès — qu'elle épouse en 1965 — sur Révolution africaine, un magazine centré sur les révolutions nationalistes africaines. De son mariage avec Vergès, elle a deux enfants, Meriem et Liess Vergès[5]. Elle obtient le divorce après 1970 après la disparition de celui-ci pendant huit ans, qui a abandonné femme et enfants[8].

Des rumeurs sur son décès ont circulé en . Une prière mortuaire (fatiha) a même été récitée en sa mémoire au Parlement tunisien[5],[9],[10].

Le , Djamila Bouhired se joint à une manifestation à Alger, sous les acclamations des manifestants, pour protester contre la nouvelle candidature d'Abdelaziz Bouteflika à l'élection présidentielle d'avril prochain[5],[11]. Le , elle participe à une autre manifestation pour rejeter le système en Algérie et exiger le passage à une deuxième république[12].

Postérité[modifier | modifier le code]

Sa vie a été adaptée au cinéma par Youssef Chahine dans le film Djamilah, sorti en 1958[5]. Chahine, pour la rencontrer, se rend en Algérie en pleine guerre d'indépendance, mais n'y parvient pas. Son parcours est aussi évoqué dans la première partie du film L'Avocat de la terreur, consacré à Jacques Vergès. En 2017, elle s'oppose dans une déclaration à tout nouveau film qui lui serait consacré, craignant une instrumentalisation par le pouvoir en place[13].

Décorations[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Bombes au Milkbar et à la cafétaria », L'histoire en questions
  2. « Attentat du Casino de la Corniche », Indépendances
  3. François Gèze, « Algérie, 2016: révélations sur le rôle de Yacef Saâdi, héros de la Bataille d’Alger », Mediapart,
  4. a et b Morgan Ted, Ma bataille d'Alger, Tallandier, (ISBN 979-10-210-1625-5, lire en ligne)
  5. a b c d e f et g Christophe Ayad, « L’aura intacte de Djamila Bouhired, héroïne de l’indépendance algérienne », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  6. Vanessa Codaccioni, « (Dé)Politisation du genre et des questions sexuelles dans un procès politique en contexte colonial : le viol, le procès et l’affaire Djamila Boupacha (1960-1962) », Nouvelles Questions Féministes, vol. 29, no 1,‎ , p. 32–45 (ISSN 0248-4951, lire en ligne, consulté le )
  7. Sylvie Thénault, « Défendre les nationalistes algériens en lutte pour l'indépendance. La « défense de rupture » en question », Le Mouvement Social, no 240,‎ , p. 121–135 (ISSN 0027-2671, lire en ligne, consulté le ) :

    « Djohar Akrour, Baya Hocine, Djamila Bouazza, Djamila Bouhired, Jacqueline Guerroudj et Zahia Kherfallah »

  8. Christophe Ayad, « L’aura intacte de Djamila Bouhired, héroïne de l’indépendance algérienne », sur Le Monde.fr, Le Monde, (ISSN 1950-6244, consulté le )
  9. Le Monde avec AFP, « Les députés tunisiens prient par erreur en mémoire de la militante algérienne Djamila Bouhired », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  10. « Bourde au Parlement tunisien qui enterre à tort une militante algérienne », Le Parisien,,‎ (lire en ligne)
  11. Fatima Ouassak, « En soutien au peuple algérien: le rire de Djamila Bouhired », Club de Mediapart,‎ (lire en ligne, consulté le )
  12. « Manifestation antisystème : Djamila Bouhired toujours au milieu de son peuple », sur algeriemondeinfos.com,
  13. « Passions et polémiques », El Watan,‎ (lire en ligne).
  14. « Le Président de la République rend hommage à la militante algérienne Jamila Bouhired », sur lapresse.tn,

Annexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Achour Cheurfi, Dictionnaire de la Révolution Algérienne (1954-1962), Casbah Éditions, 2004 (ISBN 9961 64 4786).
  • Jean-Louis Gérard, Dictionnaire historique et biographique de la guerre d'Algérie. Éditions Jean Curtuchet - 2001 (ISBN 9782912932273).
  • Nico Perrone, La democrazia inopportuna: i casi dell'Algeria e dell'Egitto, article dédié a Djamila Bouhired, in Athanor, XXVII, 20, 2017, Milano-Udine, Mimesis, p. 165–171 (ISBN 978-88-5754-233-1).