Université de Königsberg

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54° 42′ 50″ N 20° 30′ 36″ E / 54.7139, 20.51

Carte postale du XIXe siècle représentant l'université Albertina de Königsberg.

L'université de Königsberg (Albertus-Universität Königsberg) était une université de la ville allemande de Königsberg, en Prusse-Orientale. Fondée en 1544 par le duc Albert de Brandebourg, elle fut désignée poétiquement un siècle plus tard sous l'appellation d’Albertina en son hommage. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, l'université fut fermée et Königsberg annexée et rebaptisée Kaliningrad par l'Union soviétique. L'université russe d'État Emmanuel-Kant se veut le successeur des traditions de l'université Albertus.

Fondation[modifier | modifier le code]

Les bâtiments et la chapelle évangélique de l’ancienne Albertina, sur l’île du Kneiphof.

Albert Frédéric de Prusse, qui obtint le titre héréditaire de duc en 1525, avait installé sa nouvelle capitale à Königsberg, et songeait depuis longtemps à y établir une université, pour constituer un contrepoids luthérien à l’Académie de Cracovie qui était catholique, le Duché de Prusse orientale étant à l’époque un fief du Royaume de Pologne.

Dans cette perspective, Albert de Prusse fonde, par une ordonnance du 20 juillet 1544, l'université de Königsberg[1], puis l'inaugure le 17 août suivant. Le premier recteur[N 1] fut le poète Georg Sabinus, gendre de Philipp Melanchthon, qui recruta l’érudit Andreas Osiander et le recteur du lycée d’Elbing, Willem van de Voldersgraft, comme professeurs.

Fondée sans aucun privilège impérial ou royal, l'université est cependant reconnue par le roi de Pologne, Sigismond II Auguste, mais doit reconnaître la confession d'Augsbourg[2].

Installé au Nord de la cathédrale, l'université est organisée sur le modèle de l'université de Copenhagen, fondée par par Christian III de Danemark, le beau-frère d'Albert-Frédéric de Prusse[1].

Essor[modifier | modifier le code]

Dès les premières années, attirés par des enseignants prestigieux, les étudiants se pressent sur ses bancs : on recense 300 étudiants avant 1550; rapidement, ces derniers se recutent dans l'ensemble du monde germanique[2].

En dépit de cet essor, les querelles théologiques qui traversent le monde protestant n'épargnent pas l'université, qui s'affirme au fil des années comme un bastion évangélique, alors que, en 1613, le duc en Prusse, Jean-Sigismond, s'est converti au calvinisme[2].

Au XVIIe siècle, l'université a vu son nom rattaché à celui de Simon Dach, qui devient son recteur en 1656, et de ses amis poètes. C'est alors que son surnom d’Albertina, lui fut donné. Dans la foulée de la visite du Tsar Pierre Ier de Russie en 1697, les liens entre le futur Royaume de Prusse et la Russie impériale se resserrèrent. On peut citer Cyril Razoumovski et Michel Miloradovitch parmi les étudiants russes de l'université.

Au XVIIIe siècle, Emmanuel Kant est le recteur de l’université de Königsberg, ville qu’il n'a jamais quittée, et dont la sépulture se trouve sur le site de l’Université Russe d’État Emmanuel Kant. Un jardin botanique fut inauguré en 1811, durant les guerres napoléoniennes. Deux ans plus tard, l’astronom Friedrich Wilhelm Bessel installa son observatoire à deux pas du jardin.

Au XIXe siècle, l’université compte parmi ses professeurs de noms aussi illustres que le biologiste Karl Ernst von Baer (1817-34), le mathématicien Carl Gustav Jacobi (1829-42), le minéralogiste et physicien Franz Ernst Neumann (1828-76) et le physicien Hermann von Helmholtz (1849-55).

C’est à cette époque, en 1862, que fut achevée la rénovation de l’université dans un style renaissance par Stüler. La façade fut ornée d’une statue équestre d’Albert Frédéric de Prusse, sous laquelle furent placées des niches contenant les statues des réformateurs protestants Martin Luther et Philipp Melanchthon, tandis qu'à l'intérieur de l'édifice on trouvait un escalier soutenu par des colonnes de marbre. On plaça dans le grand amphithéâtre un portrait de l'empereur Frédéric III du Saint-Empire par Lauchert et un buste d'Emmanuel Kant par Hagemann et Schadow. Le hall adjacent fut décoré de fresques peintes en 1870.

Au XXe siècle, l'université dut son rayonnement à son école de mathématiques, à laquelle étaient associés les noms d'un professeur d'Albert Einstein, Hermann Minkowski, et d'un des mathématiciens modernes les plus marquants, David Hilbert.

La bibliothèque Albertina, située Dritte Fliess Strasse, contenait 230 000 volumes. L'université comptait 900 étudiants en 1900.

Fermeture et disparition[modifier | modifier le code]

Le 17 août 1944, l'université fêta ses 400 ans[N 2]. Comme le note un rapport de renseignement britannique, l'université est cependant fermée lors de la mobilisation de la province par le Gauleiter Erich Koch, conformément à son décret du 13 juillet 1944 astreignant la population âgée de 15 à 65 ans à participer à la défense du Reich, notamment par l'érection de fortifications[3]. Durant les nuits du 26 au 29 août 1944, Königsberg fut la cible de bombardements intenses par la Royal Air Force. La ville historique fut détruite, ainsi que 80 % du campus de l'université.

Conformément aux accords de Potsdam de 1945, Königsberg fut intégrée à l'Union soviétique. Le nouvel Institut pédagogique de Kaliningrad utilisa l'ancien campus de 1948 à 1967, puis reçut le statut d'université sous l'appellation d'« Université russe d'État Emmanuel Kant. »

Organisation[modifier | modifier le code]

Dans un premier temps confiée à Georg Sabinus, le gendre de Philippe Mélanchthon, l'université compte dans un premier temps quatre facultés : théologie, droit, médecine et philosophie[1].

Étudiants renommés[modifier | modifier le code]

Cette statue d'Emmanuel Kant fut inaugurée par Christian Daniel Rauch en 1864. Retirée en 1945, elle fut rétablie dans le campus originel de l'Albertina en 1992.

Professeurs illustres[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Parmi les recteurs suivants, on compte de nombreux nobles prussiens n’ayant jamais été à l’université.
  2. La poste allemande émet un timbre pour rappeler l’événement.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Chaline, 2013, p. 103
  2. a, b et c Chaline, 2013, p. 104
  3. Kershaw, 2012, p. 146

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]