Déodat du Puy-Montbrun

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Déodat du Puy-Montbrun
Surnom PM
Déodat Puy-Montbrun
Déodat de Montbrun
Naissance
Toulouse, France
Décès (à 89 ans)
Paris, France
Origine Flag of France.svg Française
Allégeance Flag of France.svg Armée française
Grade Colonel
Années de service 1938-1964
Conflits Seconde Guerre mondiale
Indochine
Algérie
Distinctions Grand-croix de la Légion d'honneur
Médaille de la Résistance avec Rosette
Médaille des évadés
Famille du Puy-Montbrun

Déodat du Puy-Montbrun est un militaire français, membre fondateur du 11e régiment parachutiste de choc et du service action du SDECE, un journaliste, un romancier et un auteur d'essais historiques.

Officier d'infanterie, aide de camp du général de Lattre en Indochine, il est l'instigateur du groupement de commandos mixtes aéroportés. Toulousain de naissance, il s'éteint le à l'âge de 89 ans à l'Institution nationale des Invalides à Paris[1]. Il est grand-croix de la Légion d'honneur.

Seconde Guerre mondiale[2][modifier | modifier le code]

Engagé dans l'armée à 18 ans, juste après son bac, il choisit la cavalerie mais il se retrouve dans une compagnie de ravitaillement de muletière. Il est nommé maréchal des logis en 1939. En janvier 1940, il est envoyé à l'école de cavalerie de Saumur pour suivre un peloton d'élèves officiers. Blessé le 24 juin 1940, il est fait prisonnier par les Allemands qui le soignent.

Il s'évade et arrive en Franche-Comté chez des fermiers qui prennent soin de lui. Remis sur pied, Puy-Montbrun regagne Toulouse à vélo, traversant la ligne de démarcation. Il est réintégré dans l'Armée d'armistice, affecté au 2e RH.

Volontaire, il est envoyé au Levant au sein du 6e RCA avant l'été 1941 mais il ne rejoint pas les Français libres. Par contre à son retour en France, il rejoint les Forces françaises combattantes où il fait la connaissance de François Bistos avec qui il organise le réseau « Confrérie Notre-Dame », plus connu sous le nom réseau « Andalousie ».

Plus tard, le colonel Rémy l'engage comme chef des opérations de l'un de ses réseaux, chargé de collecter des informations pour le BCRA de Londres. Tombé dans un piège tendu par la Gestapo, il est arrêté puis interrogé pendant une semaine. Transporté vers l'Allemagne, une action de la Résistance lui permet de sauter du camion et de s'évader encore une fois. Sa sécurité étant compromise, il s'envole pour l'Angleterre dans la nuit du 4 au 5 août 1944. Officier au sein des Forces françaises libres, il est breveté parachutiste à Ringway et passe le Brevet des opérations aériennes dans le but de faire atterrir les avions. Il y reçoit aussi l'instruction des SAS et des Jedburgh.

À l'issue de sa formation de commando, il est parachuté en France en 1944, où il participe à des missions secrètes puis à la libération du territoire national. Les multiples missions effectuées derrière les lignes ennemies avec les maquis et les Américains lui valent d'être cité six fois et d'être nommé, à l'âge de 25 ans, chevalier de la Légion d'honneur.

À la libération, en 1945, le lieutenant du Puy-Montbrun est affecté au 8e Régiment de Chasseurs puis au 1e Régiment de Hussards comme chef d'escadron à cheval, mais placé dans une position hors cadre, dépendant du service Action de la DGER, les services secrets français de l'époque. Il est ensuite affecté au 11e Choc où il participe à la création du centre d'entraînement commando de Cercottes dans le Loiret. Volontaire pour l'Indochine, il y arrive en 1950 pour un séjour presque ininterrompu de cinq années.

Guerre d'Indochine[modifier | modifier le code]

En septembre 1945, à la capitulation japonaise, les Français sont confrontés à une rébellion Viêt Minh naissante soutenue paradoxalement par des conseillers militaires, issus eux-mêmes des Jedburgh américains[3]. Alors que les unités « spéciales » sont dissoutes, une série d’initiatives locales aboutissent à la création de formations d’autodéfense. Pour le capitaine du Puy-Montbrun, « ce n'est pas de la contre-guérilla qui est la recherche de l’ennemi jusqu’à sa destruction et sa disparition totale du territoire par des unités spécialisées, dirigées et encadrées »[4].

À son arrivée, le capitaine du Puy-Montbrun est affecté au 8e bataillon de parachutistes coloniaux.

Alors aide de camp du général de Lattre, commandant en chef, le capitaine du Puy-Montbrun est, comme le « Roi Jean », hostile à la reconstitution en Indochine des unités Jedburgh par les américains. Il réfléchit à de nouveaux moyens d'action contre le Việt Minh, notamment avec la participation d'autochtones :

« Des unités de contre-guérilla non seulement doivent connaître à fond toutes les formes de combat de guérilla, mais être parfaitement renseignés par des spécialistes du renseignement et du contre-espionnage et avoir des organismes de liaison modernes dirigés par des techniciens. [...] Une action de guérilla sur les arrières de l'ennemi, conduite par des spécialistes et des autochtones instruits, pourrait soit limiter les dégâts dans le cas où le succès de nos forces serait compromis, soit gêner la manœuvre de l'ennemi, jeter le désordre dans un décrochage et permettre en partie sa destruction. »[5]

Il ajoute que les officiers engagés dans ce genre d'actions « devraient avoir une connaissance approfondie du pays et des autochtones »[6].

Le 17 avril 1951[7], sur la base de sa réflexion, l'état-major crée en accord avec le SDECE, sous la direction du commandant Jacques Morlane, chef du Service Action, le groupement de Commandos Mixtes Aéroportés-GCMA. À noter également que le sigle "GCMA" vient de lui[8].

Il s'arrange alors pour participer avec ses partisans Hmong à une vingtaine d'opérations de contre-guérilla sur les arrières des maquis vietminh dans le cadre des GCMA : sabotages, destructions, captures de prisonniers, mise en place d'espions.

En novembre 1952, il est appelé à participer avec les SAS britanniques, à une opération en jungle de Malaisie où il est parachuté avec ses camarades, en pleine forêt, sur la cime d'arbres de plus de cinquante mètres de hauteur. Après une descente en rappel, une course poursuite s'engage contre les guérilleros communistes, qui va durer quinze jours, et lui vaudra des témoignages d'admiration de la part du Lieutenant-Colonel John 'Tod' Sloane qui dirige l'opération[2].

Guerre d'Algérie[modifier | modifier le code]

Honneur et fidélité[9][modifier | modifier le code]

En 1961, le commandant du Puy-Montbrun rejoint Pau où il est nommé commandant en second de l'ETAP.

Dans le contexte du putsch des généraux, du Puy-Montbrun rassemble ses troupes et leur dit :

« Ici, à l'ETAP, la vie continue comme avant, mais ceux qui veulent partir le peuvent »[9].

Plus tard, un de ses sous-officiers lui présente un homme, André Canal dit " le Monocle Noir ", responsable de l'OAS-Sud. Ce dernier veut prendre des armes au dépôt de la base. « Pas question ! »[9], lui répondit PM en ayant pris soin par la suite de renforcer la garde.

Même si Du Puy-Montbrun n'appartenait pas à l'Organisation armée secrète, il n'a jamais renié ses camarades révoltés. Il écrit, ainsi, à ceux en prison, leur envoie des colis et de l'argent. À plusieurs reprises, il intervient devant les tribunaux en grand uniforme, décorations pendantes, en leur faveur et en particulier pour le commandant Robin qui risquait la peine de mort comme pléthore de ses officiers supérieurs. Après la déclaration de Du Puy-Montbrun, Jean-Louis Tixier-Vignancourt, avocat de Robin, s'est levé pour dire : « Après un tel témoignage, ma plaidoirie devient inutile »[9].

Bien que noté par son chef, le colonel Brothier, ancien patron de la Légion, comme « l'un des plus brillants officiers supérieurs qu'il me fût donné d'avoir sous mes ordres »[9], le commandant Puy-Montbrun est victime de méfiance par le commandement.

Son témoignage en faveur du commandant Robin lui aliène le général de Gaulle[pourquoi ?]. Il rédige ainsi un rapport très dur sur le moral des troupes et lorsque le béret kaki est imposé en été, il persiste à porter son béret rouge. De plus, par son autorité naturelle, en 1961, alors commandant en second de l'ETAP, sollicité pour le choix de trois pilotes d'hélicoptère pour une mission, il n'en choisit qu'un seul qui, à ses yeux, présente toutes les garanties. Inscrit au tableau de lieutenant-colonel, il espère prendre le commandement du 13e RDP[9]. On l'envoie, cependant, au 2e RH à Orléans. Classé parmi l'élite de l'armée, établi Grand Invalide de Guerre, il est invité à faire valoir ses droits à la retraite, ce à quoi il se refuse[10]. Il est rayé des cadres en 1964 sans explication[réf. nécessaire].

Opérations héliportées[modifier | modifier le code]

La première unité d'hélicoptères de l'armée de terre est créée en Indochine au sein de la 2e Légion de marche de la Gendarmerie mobile de Saïgon qui les détache au FHI (Formations Hélicoptères en Indochine) qui deviendra le célèbre GFHATI (Groupement des formations hélicoptères de l'armée de terre en Indochine) le 16 avril 1954.

Le 28 décembre 1953, le capitaine Marceau Crespin prend le commandement de cette formation avec pour adjoint le capitaine du Puy-Montbrun. C'est ici que du Puy-Montbrun découvre l'utilité de l'hélicoptère, en particulier pour les missions spéciales.

Le 4 février 1955, le GFHATI reçoit son fanion et le général Paul Ély, Haut Commissaire de France et Commandant en Chef en Indochine, annonce le rapatriement et la nouvelle destinée de l'unité[11].

Une décision ministérielle affecte le GFHAT en AFN qui deviendra le Groupement Hélicoptère no 2 (GH2) à Sétif. Chef d’escadron en 1956, Puy-Montbrun y est affecté, avant d’en devenir plus tard, le chef de corps.

Pionnier des évacuations sanitaires de nuit, il en réalise 45, le record. Il accomplira près de 3 000 heures de vols, jusqu’en 1961[12].

Le 29 avril 1958[2], ayant largué son commando au plus près d'une résistance rebelle appartenant au FLN, il s'aperçoit que le chef de l'unité, gêné par le terrain, s'engage dans une zone dangereuse où l'ennemi risque de lui infliger des pertes sévères. Il se fait lui-même déposer à terre pour lui indiquer le danger et parvient à redresser la situation. Gravement blessé pendant cette opération, il ne se laisse évacuer que lorsqu'il estime avoir rempli sa mission.

Il est nommé Commandeur de la Légion d'Honneur le 26 septembre 1958, à 38 ans. La citation qui accompagne cette croix de la Valeur militaire le qualifie de chevalier sans peur et sans reproche. Fait rare, il sera cité encore 4 fois après cette distinction.

Il fut immédiatement le défenseur du concept des détachements d’intervention héliportés (DIH) inventés par le lieutenant-colonel Marcel Bigeard, alors chef de corps du 3e RPC, qui permettent d’exploiter au maximum les capacités des hélicoptères[13].

D'après le lieutenant Guillaume Lasconjarias du CDEF/DREX dans Doctrine n° 14 de janvier 2008, « ce concept insiste sur la nécessaire combinaison entre les moyens engagés et met en avant la collaboration directe entre le commandant de l’opération et celui de la formation héliportée : l’hélicoptère devient un élément essentiel de la manœuvre interarmes. »

Le 2 mai 2006, lors d'un entretien avec un étudiant stagiaire de la Division Recherche et Retour d'Experience (DREX) du Centre de Doctrine d'Emploi des Forces (CDEF) de l'Armée de Terre à propos des opérations héliportées, le colonel du Puy-Montbrun expliquait que l'essentiel est le choix du commandant d'opération :

« L’important, dans les opérations héliportées, est que l’officier qui la dirige connaisse parfaitement ce qui se passe au sol. Que nous seuls, savions ce qu’ils ressentent et les difficultés qu’ils rencontrent, et ceci pour la seule raison que nous avons été nous même, un jour, à leur place. »

Journalisme[modifier | modifier le code]

Déodat du Puy-Montbrun, après son départ de l'armée, devient reporter à Paris Match durant une quinzaine d’années. Il écrit dès lors une trentaine d'ouvrages sur les services spéciaux mais aussi, sous le nom de Déodat de Montbrun, plusieurs romans d'espionnage dont le héros s'appelle Camberra, inspirés de faits vécus ou dont il a eu connaissance.

Anecdotes[modifier | modifier le code]

  • À Hanoï, le colonel Edon avait dit au commandant en chef :
"Votre capitaine, mon général, se prend un peu trop pour un seigneur". De Lattre avait souri et dit: "C'est vrai, mais l'inconvénient avec Puy-Montbrun, c'est qu'il est vraiment un seigneur" [14].
  • Dans un article d'un journal "X", à l'occasion de ses funérailles, Jean-Claude Sanchez écrivait
" Les Américains ont Rambo, personnage fictif, nous avons Puy-Montbrun, personnage bien réel.[9] "
  • Les Suisses apprirent en lisant " L'espion à la sarbacane "[1], qu'un certain Marcel Léopold, négociant en armes pour le FLN, a été éliminé à Genève, le 19 septembre 1957, par une sarbacane à air comprimé.

Décorations[modifier | modifier le code]

Décorations militaires françaises[modifier | modifier le code]

Grand-croix de la Légion d'honneur Grand-croix de la Légion d'honneur
Médaille militaire Médaille militaire
Médaille de la Résistance Médaille de la Résistance avec rosette
Croix de Guerre 1939-1945 ribbon.svg Croix de guerre 1939-1945
Croix de guerre des Théâtres d'opérations extérieurs Croix de guerre des Théâtres d'opérations extérieurs avec fourragère à titre individuel
Croix de la valeur militaire Croix de la valeur militaire
Croix du combattant volontaire Croix du combattant volontaire
Medaille coloniale Médaille coloniale
Médaille commémorative de la campagne d'Indochine Médaille commémorative de la campagne d'Indochine
Médaille commémorative des opérations de sécurité et de maintien de l'ordre en Afrique du Nord Médaille commémorative des opérations de sécurité et de maintien de l'ordre en Afrique du Nord
Médaille de l'Aéronautique Médaille de l'Aéronautique
Médaille des évadés Médaille des évadés
Médaille d'or du service de santé Médaille d'honneur du service de santé des armées, or

Décorations militaires étrangères[modifier | modifier le code]

Drapeau de la Malaisie Malaisie
  • Malayan Medal
Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
King's Medal for Courage in the Cause of Freedom King's Medal for Courage in the Cause of Freedom
Drapeau de la République socialiste du Viêt Nam Viêt Nam
  • Croix de la vaillance vietnamienne

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Les chemins sans croix, Commandos spéciaux en Indochine, Presses de la Cité, 1964
  • Au-delà de la peur, Albatros, 1967, (ISBN 2-912671-20-5)
  • Flammes, Éditions de la Revue moderne, 1972
  • Numa paye cash, Éditions Libris, 1972
  • Les armes des espions, Balland, 1972
  • Le Coup de piolet, Plon, 1974
  • Histoire des guerres du Vietnam, Elsevier Séquoia, 1980 (ouvrage collectif)
  • L'honneur de la guerre, Albin Michel, 2002, (ISBN 2-226-13208-2)

Camberra[modifier | modifier le code]

  • Les Trompettes de la mort, Plon, 1968
  • Mal dans sa peau, Plon, 1969
  • Pour un œil, les deux yeux, Plon, 1969
  • On ne choisit pas son enfer, Plon, 1969
  • La Vérité fait crever, Plon, 1969
  • Et la mort pour sa peine, Plon, 1970
  • Jugement dernier à Brooklyn, Plon, 1970
  • Un vieux compte à régler, Plon, 1970
  • Adieu, Tarass-Boulba, Plon, 1970
  • On ne fait pas l'amour avec Satan, Plon, 1971
  • Mort en douce à Damas, Plon, 1971
  • Pas de témoin pour un massacre, Plon, 1971
  • Six hommes à tuer, Plon, 1971
  • L'Espion à la sarbacane, Plon, 1971
  • 5 couronnes pour 1 tueur, Plon, 1972
  • Un Ange un peu spécial, Plon, 1972
  • Les Perles de Shinsei, Plon, 1972
  • Une Hirondelle à Moscou, Plon, 1972
  • Une Espionne à Syracuse, Plon, 1973
  • L'Homme du Kattegat, Plon, 1973
  • Diaboliquement vôtre, Plon, 1973
  • Priscilla la Libyenne, Plon, 1973
  • Les Espions de la mort blanche, Plon, 1974
  • Zéro pour les espions, Plon, 1974
  • Les 10000 soleils de Rio, Plon, 1974
  • Le Mort à l'affût, Plon, 1974
  • Crime is business, Plon, 1975
  • Intox à Chypre, Plon, 1975

Certains de ces romans furent adaptés en bandes dessinées par l'éditeur Arédit/Artima dans le petit format Camberra dans les années 70.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]