Bombardement de Sakiet Sidi Youssef

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Bombardement de Sakiet Sidi Youssef
Date
Lieu Sakiet Sidi Youssef, Tunisie
Victimes Civils
Morts > 70
Blessés 148
Auteurs Drapeau de la France France
Ordonné par Edmond Jouhaud
Participants 11 bombardiers A-26

6 chasseurs-bombardiers Corsair
8 chasseurs Mistral

Guerre Guerre d'Algérie

Le bombardement de Sakiet Sidi Youssef est une opération menée par l'armée française, dans le cadre de la guerre d'Algérie, sur le village tunisien de Sakiet Sidi Youssef le , causant la mort de plus de 70 personnes, dont une douzaine d'élèves d'une école primaire, et 148 blessés parmi la population civile. Depuis, chaque 8 février, la Tunisie et l'Algérie commémorent conjointement cet événement.

Contexte[modifier | modifier le code]

Alors que la guerre d'Algérie fait rage, l'armée française subit régulièrement des attaques venant de l'autre côté de la frontière tunisienne. Le pays, devenu une véritable base arrière, apporte en effet son soutien logistique, par le transit des armes, et héberge des troupes de l'Armée de libération nationale. En 1958, le commandement de l'armée française en Algérie décide de ne plus tolérer le harcèlement de ses forces.

Article sur les incidents du 11 janvier 1958, dans L'Écho d'Alger du 15 janvier 1958.

Le 2 janvier se produit un accrochage à la frontière lors duquel les Algériens réussissent à capturer quatre soldats français et à les ramener dans la région du Kef. Le président du Conseil français, Félix Gaillard, charge le général Buchalet de porter un message au président Habib Bourguiba dans le but de relancer les négociations franco-tunisienne et de rappeler au président Habib Bourguiba ses obligations de neutralité[1]. Bourguiba refuse de recevoir ce militaire qui avait combattu les fellagas en 1954. Gaillard envoie alors son chef de cabinet en vain. Bourguiba déclare à la presse : « La France doit comprendre qu'un général pour appuyer une protestation ou une frégate pour soutenir une politique, tout cela doit prendre fin. Si l'action continue, je demanderai l'installation d'un régiment de l'ONU aux frontières »[2]. À Paris, ces réactions ne sont guère appréciées car Bourguiba semble ainsi vouloir internationaliser la guerre d'Algérie.

Le 11 janvier, 300 combattants algériens de Sakiet Sidi Youssef attaquent en territoire algérien une patrouille française de cinquante soldats (quatorze soldats français tués, deux blessés et quatre prisonniers)[3]. Le commandant basé à Alger avise Paris que « des bandes d'assaillants algériens, repérés par l'aviation française, franchissent la frontière à partir de la Tunisie et se répandent dans les fermes et les mechtas (groupement de maisons en dehors d'une agglomération) algériennes et que les véhicules de la garde nationale tunisienne stationnent de plus en plus à la frontière en position d'accueil »[2].

Prise de décision[modifier | modifier le code]

Le 8 février, l'armée française indique qu'un avion, touché par une mitrailleuse postée à Sakiet Sidi Youssef, a dû se poser en catastrophe à Tébessa. En représailles, le général Edmond Jouhaud, commandant de la cinquième région aérienne, planifie un raid aérien sur Sakiet Sidi Youssef et le soumet au général Paul Ély qui, ayant obtenu l'accord oral du ministre de la Défense Jacques Chaban-Delmas, autorise l'utilisation de bombardiers lourds[4].

Malgré les incertitudes sur la réalité de l'autorisation par le ministre, il reste cependant que l'armée française était autorisée, au moins dans l'esprit si ce n'est dans la lettre, à prendre des mesures vigoureuses, le choix des armes et de l'échelle étant laissé aux militaires. En revanche, il semble clair que le président du Conseil français, Félix Gaillard, n'avait pas été informé[5].

Opération[modifier | modifier le code]

L'opération implique 25 avions : onze bombardiers A-26, six chasseurs-bombardiers Corsair et huit chasseurs Mistral[6]. Vers 10 h 50, un marché où se pressent des paysans de la région est mitraillé par une escadrille de chasseurs volant en rase-motte. Par la suite, trois vagues de sept bombardiers A-26 pilonnent la localité jusque vers midi ; les Corsair neutralisent les installations anti-aériennes et les A-26 détruisent la mine de plomb désaffectée qui servait de camp à l'Armée de libération nationale algérienne. Alors que la Croix-Rouge internationale était dans le voisinage du village durant l'attaque, pour assister des réfugiés, le commandement militaire est prêt à prendre des risques : deux camions de la Croix-Rouge sont ainsi détruits[7], ainsi que l'école du village remplie d'enfants en cette matinée.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Le bilan varie entre 72 et 75 morts et 148 blessés, dont une douzaine d'élèves d'une école primaire[2] et des réfugiés algériens regroupés par une mission de la Croix-Rouge[8].

En réaction, la Tunisie expulse cinq consuls français qui exercent dans les principales villes du pays, organise le blocus des casernes françaises et met sur pied une visite organisée du village par la presse internationale. Le conflit purement franco-algérien prend une dimension plus internationale avec la plainte déposée par la Tunisie auprès de l'ONU. Le Conseil de sécurité décide alors de mettre en place une mission de bons offices anglo-américaine.

Si le président du Conseil Félix Gaillard n'avait pas été mis au courant de l'opération, il l'a toutefois couverte a posteriori, argumentant en particulier devant l'Assemblée nationale que l'attaque avait été justifiée par une provocation des « rebelles » algériens de l'autre côté de la frontière[5]. Face à la polémique, le cabinet Gaillard est renversé par l'Assemblée nationale le , les partisans de l'Algérie française évoquant un « nouveau Munich ». Les communistes votent également la censure. Cette crise ouvre ainsi la voie au retour du général de Gaulle au pouvoir et impose, le , un accord entre les deux pays stipulant « l'évacuation de toutes les troupes françaises du territoire tunisien à l'exception de Bizerte ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Wall 2001, p. 104.
  2. a, b et c Belkhodja 1998.
  3. Wall 2001, p. 103
  4. Wall 2001, p. 108 et 112.
  5. a et b Wall 2001, p. 113.
  6. Wall 2001, p. 110.
  7. Wall 2001, p. 111.
  8. Barrouhi 2008.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]