Alliance (réseau)

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Plaque mémorielle au crématoire du camp de concentration de Natzwiller-Struthof où furent massacrés et incinérés 107 membres du Réseau Alliance.

Alliance était un réseau de la Résistance intérieure française pendant la Seconde Guerre mondiale.

Alliance était l'un des plus actifs réseaux de renseignement de la Résistance, avec la Confrérie Notre-Dame et, comptant jusqu'à 3 000 membres, le plus important des réseaux travaillant avec l'Intelligence Service britannique (IS ou MI6) sur le territoire français. Le réseau dénombre au total 438 morts[1] sur plus de 1 000 arrestations. Chaque membre, pour préserver son identité, se vit désigner un matricule en accord avec l'IS. Puis, pour rendre plus pratique la communication entre les différentes parties, les dirigeants du réseau adoptèrent des surnoms ou pseudonymes rappelant des noms d'animaux. C'est pourquoi la police allemande lui a attribué le nom original d’Arche de Noé. Toutefois, certains groupes, agglomérés au réseau, gardèrent des pseudonymes de métier. Le colonel Edouard Kauffmann « criquet » (appelé pour la cause « manitou ») créa un service de défense armée « les Apaches » dont les membres portèrent des noms d'indiens ou de tribus indiennes.

Historique[modifier | modifier le code]

Kehl (Allemagne) – Pont du Rhin : plaque commémorative à la mémoire de neuf membres du « Réseau Alliance » fusillés à cet endroit par la Gestapo le 23 novembre 1944 et dont les corps ont été jetés dans le Rhin.

Le réseau s'est d'abord implanté en zone sud, zone libre, sous le nom de « Croisade », en novembre 1940[1], puis s'est étendu dans les zones occupées et interdites à partir de 1942.

Alliance était un réseau, appelé initialement réseau Navarre du surnom de son fondateur Georges Loustaunau-Lacau, de forte culture militaire et de tendance droite nationaliste. Pour des raisons politiques, financières et militaires, il préfère se rapprocher en 1941 de l'Intelligence Service britannique plutôt que de la France libre. Après l'arrestation de Loustaunau-Lacau, Marie-Madeleine Fourcade, qui s'appelait à l'époque Marie-Madeleine Méric et était surnommée « Hérisson » devint chef du réseau, jusqu'à la fin de la guerre. Le Commandant Léon Faye son chef militaire. Alliance va recruter dans tous les milieux sociaux, certes auprès de la droite militaire et nationaliste (dont quelques anciens des réseaux Corvignolles), mais aussi les hauts fonctionnaires, les cadres, les professions libérales, les artisans et quelques communistes. La moitié des membres appartenait à la fonction publique en raison de leur position stratégique pour obtenir des renseignements, et plus du quart du réseau était composé de femmes notamment pour faciliter le transport du courrier.

Le réseau accueille les différentes vagues d'officiers de l'armée d'Armistice ralliés à la Résistance lors de l'invasion de la zone libre par les armées allemandes en novembre 1942. Par exemple son sous-réseau Druides est constitué en 1943 par l’encadrement des Compagnons de France (organisation de jeunesse créée par l'État Français).

Le S.R. Alliance se chargera notamment du renseignement sur les sous-marins pour la bataille de l'Atlantique, du départ du général Giraud vers l'Algérie en novembre 1942 et devient l’un des éléments de la résistance giraudiste. Mais le matériel et les fonds restèrent en provenance des Services Secrets anglais. Il transmet les informations sur l'emplacement des rampes de nouvelles armes construites par l'Allemagne et transfère une carte de la côte atlantique de 17 mètres précisant toutes les forces allemandes ce qui contribua au succès du grand débarquement. Mais en 1943, la pénétration d'un agent du poste Abwehr de Dijon Jean-Paul Lien provoque l'effondrement d'une grande partie du réseau, alors que « Hérisson » est à Londres. Début 1944, il ne reste plus que 80 agents actifs.

Dans la nuit du 1er au , 107 membres du réseau « Alliance », emprisonnés au camp de Schirmeck, furent massacrés (exécutés pour la plupart d'une balle de Lüger dans la nuque) au camp de concentration de Natzwiller-Struthof en Alsace et leurs corps incinérés dans le four crématoire du camp[2]. (il convient de lire 106 fusillés sur la plaque commémorative, Emile Audran est décédé le 22 février 1945 à Hanovre)[3]

D'autres membres du réseaux subirent le même sort dans les prisons allemandes le long du Rhin. Ainsi, le 23 novembre 1944, soit quelques heures après la libération de Strasbourg par les forces blindées du général Leclerc, neuf membres du groupe de résistance français « Réseau Alliance », détenus à la prison de Kehl, furent fusillés par la Gestapo sur la rive allemande du Rhin et leurs corps jetés dans le fleuve. Ils avaient pour nom : André Coindeau, Louis Hélault, Oscar Hosch, Joffre Lemeunier, Maurice Mandin, Hugues Monclin, Louis Proton, Joseph Singer et Armand Troudet. Une plaque, apposée sur une pile du Pont du Rhin, côté allemand, rappelle cet épisode. 3 autres furent tués à Fribourg-en-Brisgau dont deux chefs du réseau, le colonel Kauffmann et Pradelle, son lieutenant.

Grâce à la « filière Sibiril »[4], maillon du réseau de renseignement militaire Alliance qui opère dans le val de Penzé, des navires anglais mouillent la nuit en baie de Morlaix et cent cinquante deux personnes, sur quinze bateaux, sont évadées par mer depuis le port de Carantec (Finistère)[5].

Le réseau ne rejoint le Bureau Central de Renseignements et d’Action de la France libre qu’au moment de la fusion entre les services d’Alger et ceux de Londres au printemps 1944.

Principaux membres[modifier | modifier le code]

Prénom Nom Pseudos Fonction dans le réseau Commentaires
Georges Loustaunau-Lacau « Navarre » Fondateur du réseau « Navarre » Héros de la Première Guerre mondiale. Spécialiste du renseignement.
Exclu de l’armée en 1938 pour y avoir créé le groupe anticommuniste des réseaux Corvignolles.
En 1940, délégué national à la Légion française des combattants. Il sera déporté.
Marie-Madeleine Fourcade « Poz 55 », « Hérisson » Chef (à partir de mai 1941). Née Bridou, Méric puis Fourcade en 1947
Léon Faye « Aigle » Chef militaire Commandant d'aviation. Fusillé à Sonnenburg.
Pierre Fourcaud Capitaine
Georges Groussard « Puffin » Colonel, chef de réseau Réseau Gilbert en Suisse
Paul Bernard « Martinet » Successeur de Léon Faye
Georges Lamarque « Pétrel » Chef du sous-réseau Druides Compagnon de la Libération.
Jean Boutron « Aso 43 », « Taureau » Un des membres fondateurs. Officier de marine. Rescapé de Mers El Kébir
Édouard Kauffmann « Criquet » Chef de région (Centre) Lieutenant-colonel de l'Armée de l'Air
Jean Sainteny « Dragon » Chef de région (Normandie) Jean Roger, dit Sainteny, Compagnon de la Libération.
André Girard « Pointer » Chef de région (Centre-Ouest) Capitaine de réserve
Victor Renaud « Pataud » Agent de renseignement et de liaison, boîte à lettres du réseau (Centre-Ouest)[6] Arrêté par le Premier régiment de France, fusillé par la Milice le 23 juin 1944 à Limoges
Jean Philippe « Basset » Chef régional (Sud-ouest). Commissaire de police de Toulouse.
Arrêté par la Gestapo le . Fusillé à Karlsruhe le .
François Marquier « Casoar » Chef radio zone Sud
et liaisons clandestines avec Alger
Arrêté par la Gestapo le 20 août 1943 et interné pour espionnage.
Louis Jacquinot « Serval » Avocat, député et ancien ministre, futur ministre de de Gaulle et homme politique de droite.
Léonce Vieljeux « Hangar » Colonel de réserve et maire de La Rochelle.
Déporté, fusillé au Struthof le 1er septembre 1944.
Jacques Stosskopf Directeur base Lorient-Kéroman Ingénieur du génie maritime réseau Brest avec Maurice Gillet.
Déporté, fusillé au Struthof le 1er septembre 1944.
Robert Lynen « L'Aiglon » Acteur. Arrêté à Cassis le 7 février 1943. Fusillé à Karlsruhe le .
Robert Bernadac « Rouge-gorge » Chef radio de Paris Père de l'écrivain Christian Bernadac
Ferdinand Rodriguez-Redington « Pie » Chef radio Détaché auprès du réseau par le SOE. radio de Marie-Madeleine Fourcade
Monique Bontinck « Hermine » Estafette de PC auprès de Marie-Madeleine Fourcade
Charles Bernis « Épagneul »
Maurice Coustenoble « Tigre » Sous-officier d’aviation
Henri Schaerrer « Tigre » Officier-mécanicien de la marine
Gabriel Rivière « Loup » En relation avec l'exfiltration du Général Giraud, en Novembre 1942
Émile Audoly « Renard »
Pierre Berthomier « Goéland » Pilote civil
Lucien Vallet « CIR.36 » Opérateur radio Patrouille Turenne
Marc Mesnard « L’Évêque » Trésorier
Robert Philippe « Perroquet » Chef du service radio
Ernest Siegrist « Éléphant » Chef du service sécurité Fusillé le 21 août 1944 à Heilbronn en Allemagne
Henri-Léopold Dor « Faon »
Émile Hédin « Castor »
Pierre Dallas « Cornac » Chef du service Avia Lieutenant-pilote.
Lucien Poulard « Mathurin » Agent principal de renseignement de la zone « bretagne » puis second du chef de l'alliance à Paris Lieutenant-pilote. Arrêté à Paris le 24 septembre 1943, fusillé à Heilbronn le 21 août 1944. Sa tombe est visible au carré militaire du cimetière de Redon (Ille-et-Vilaine).
Maurice Mac-Mahon (de) « Sloughi » Duc de Magenta
Camille Raynal « Briard » Chef du Secteur, Vichy Général de brigade[7]
Marguerite Brouillet « Abeille » agent de liaison Assassinée le 1er septembre 1944 dans le camp du Struthof. Agent de liaison pour la Résistance, elle avait réussi à s’évader des geôles de la Gestapo à Lyon née à villeneuve sur lot 47
Philippe Kœnigswerther « Mandrille » Chef secteur Bordeaux-La Rochelle Chef de réseau
Jean Vinzant « Danois »
Maurice Gillet « Licorne » Chef de secteur Brest Chef de réseau
André Coindeau « Urus »
Henry Frémendity « Balbuzard »
Berne-Churchill (Mme) « Coccinelle »
Joël Lemoigne « Triton » Chef du sous-réseau Sea-Star Secteur Brest
Guillaume de Tournemire « Dispater » Chef-adjoint du sous-réseau Druide Chef d'escadrons
Henri Battu « Sarigue »
Robert Rivat « Pinson »
Jean-Philippe Sneyers « Escogriffe » groupe Apache
Jean-Paul Lien « Flandrin » Adjoint de Sneyers Agent de l'Abwehr-Dijon
Élie Dampierre (de) « Berger »
Helen Isnard (des) « Grand-duc » Chef de secteur Provence
Jean-Claude Thorel « Alose »
Pierre Noal « Tétra » Docteur
Moraglia « Épervier » Chef de région (Sud-ouest)
Paul Mengel « Chauve-souris » Chef de région (Est)
Poulin « Argus » Chef de région (Rhône) Capitaine
Gilbert Beaujolin « Caïman » Trésorier
Roland Creel « Labrador » Agent de liaison (Centre-Ouest)
Carlos Marinho Réparateur de postes émetteurs et hébergements d'agents. Grade G.M. 4e Classe, adjudant, puis catégorie des agents P 2. Arrêté par la Gestapo le 1er février 1943, à la suite d'une dénonciation par un agent double. Torturé, gravement blessé, s'évade et reprend le combat dans la région de Brioude sous le nom de Pierre Benoît.
Jeannie de Clarens Elle a réussi à accumuler de nombreuses informations sur les « armes secrètes » (V1 et V2) mises au point par les Allemands à Peenemünde.
Joseph Bordes N 1500
« Saint Père »
Informateur du secteur maritime de Bordeaux Prêtre, aumônier volontaire, pendant la Première Guerre mondiale, il est deux fois blessé[8]. Il est arrêté par la Gestapo, le 18 décembre 1943, à Dax, il est jugé puis exécuté pour espionnage, fusillé à Gaggenau le 30 novembre 1944[9].
Edmond Marty « Braque » Un des membres principaux en Corrèze.
Paul Denis docteur chef du secteur du Havre Médecin. Entre dans le réseau le 1er août 1942, chef de réseau (anciennement du réseau alibi), grade capitaine 1ère classe, agent P2, arrêté le 18 mars 1944 par un agent double à la solde de la gestapo. Déporté à Auschwitz et Buchenwald.
Jacques Mazereau « Lamantin » Radio Arrêté et torturé par la Gestapo, réussira à s'évader.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Mémoire de la Résistance : Conférence sur l'Arche de Noé
  2. http://evasions.par.mer.carantec.filiere.sibiril.over-blog.com/pages/Le_reseau_de_renseignement_ALLIANCE-3971977.html
  3. [1] Emile Audran
  4. Ernest Sibiril, sa femme et leur fils Alain faillirent être arrêtés le et trouvèrent refuge à Brest
  5. http://evasions.par.mer.carantec.filiere.sibiril.over-blog.com/10-categorie-2375155.html
  6. Fonctions indiquées par Marie-Madeleine Fourcade, André Girard et le S.R. Alliance, introduction, 1er §
  7. « Dossier LH du général Raynal ».
  8. Livre d'Or du Clergé et des Congrégations, Paris, Bonne Presse, (lire en ligne), p 226
  9. « Hommage à l'abbé Bordes », sur http://www.sudouest.fr, Sud-Ouest, (consulté le 29 août 2016)

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Site internet sur le réseau Alliance et André Girard ;
  • Site internet sur le réseau Alliance ;
  • Site internet de la Chancellerie de l'Ordre des Compagnons de la Libération, qui reprend la biographie de plusieurs membres du réseau Alliance.
  • [2] sur le réseau Alliance Mobihan