Armée française de la Libération

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Armée française de la Libération
Image illustrative de l'article Armée française de la Libération

Création 1943
Dissolution 1945
Pays France et Empire colonial français
Allégeance Drapeau de la France France
Effectif 1 300 000[réf, nécessaire]
Ancienne dénomination Armée d'Afrique (Armée d'armistice) et FFL
Guerres Seconde Guerre mondiale
Batailles Campagne d'Italie
Bataille du Garigliano
Libération de la Corse
Bataille de Marseille
Bataille de Normandie
Bataille de Paris
Débarquement de Provence
Campagne de France
Poche de Colmar
Commandant historique Henri Giraud
Charles de Gaulle

L'Armée française de la Libération est l'Armée française réunifiée, résultant de la fusion de l'Armée d'Afrique giraudiste et des FFL gaullistes, qui, après avoir participé aux campagnes de Tunisie et d'Italie, débarque avec les Alliés pour reconquérir la France en 1944 et qui entre en 1945 en Allemagne pour obtenir sa capitulation et l'occuper jusqu'en 1955.

La désunion[modifier | modifier le code]

À partir de l'appel à « cesser le combat » lancé sur la radio nationale française le par Philippe Pétain, maréchal historique surnommé le « héros de Verdun » et de la riposte qu'est l'appel à la résistance lancé sur la radio anglaise BBC par De Gaulle le lendemain, l'Armée française de 1940 va progressivement être divisée en deux, voire trois, forces antagonistes. L'une pétainiste (ou « maréchaliste ») basée à Vichy, l'autre gaulliste basée à Londres, la troisième giraudiste apparaissant plus tardivement et basée à Alger.

D'un côté, la grande majorité de cette force, l'armée d'armistice (plus connue comme « Armée de Vichy ») qui est loyaliste et obéit au gouvernement situé en France, à Vichy, mais dépendant de l'occupant allemand (le sud de la France est dit « zone libre »). De l'autre, une force minoritaire, considérée par Vichy comme « rebelle » et dont les dirigeants sont condamnés à mort, les Forces françaises libres (FFL). Les FFL reconnaissent l'autorité de Charles de Gaulle, jeune colonel qui venait d'être nommé général de brigade à titre temporaire sur le champ de bataille, puis sous-secrétaire d'état à la guerre et qui a défendu l'idée de Georges Mandel de continuer le combat avec un gouvernement replié en Afrique française du Nord et en mobilisant l'empire français qui était à l'époque le 2e empire colonial mondial après celui des Britanniques.

Parti à Londres, le général de Gaulle, proclamé chef de la « France libre » et reconnu comme tel par les Britanniques, décide de continuer la guerre avec l'allié britannique. Auparavant, ce dernier avait rapatrié ses troupes présentes en France via Dunkerque.

Deux armées françaises vont donc mener leurs combats dans un camp opposé (celui de l'Axe ou des Alliés) et s'affronter directement plusieurs fois sur les champs de bataille, notamment à Dakar et en Syrie. Par ailleurs, des soldats français s'engageront, à titre personnel et volontaire, à combattre sous commandement allemand et exclusivement contre les Soviétiques sur le front de l'Est, dans la LVF et les Waffen SS français.

Le premier affrontement franco-français est la bataille de Dakar, capitale de l'AOF, en septembre 1940, où une flotte anglo-française sous commandement britannique (il s'agit là de la seule opération militaire FFL à laquelle participe physiquement le général de Gaulle) envoie des parlementaires de la France libre convaincre le gouverneur général de l'AOF, Pierre Boisson, de se rallier. Celui-ce ne reconnaît pas l'autorité du général de Gaulle et manifeste son refus en faisant mitrailler la délégation qui doit se replier. Une tentative de débarquement des Français libres est également repoussée et ceux-ci ne participeront pas au duel d'artillerie navale qui suivra. Vichy reste maître de la place et c'est un cruel échec pour la France libre.

Le refus de Boisson intervient après l'ordre de l'amiral Darlan, Ministre de la Marine de tirer sur tout navire anglais s'approchant[1], consigne donnée d'une part après l'opération Catapult qui comprend l'attaque de la flotte française de Mers el-Kébir, département d'Oran, la capture manu militari de celle repliée à Plymouth et Gibraltar ainsi que le désarmement de celle basée à Alexandrie en Égypte le - à Oran 1200 marins français sont tués par leurs alliés britanniques de la veille - et d'autre part à la suite de l'attaque du Richelieu, plus grand cuirassé français de l'époque, stationné en rade de Dakar, et gravement endommagé par les bombardiers-torpilleurs Fairey Swordfish du porte-avions britannique HMS Hermes, le [2] (le Richelieu avait précédemment escorté le HMS Panther (en))[1].

Le , l'AEF, par l'intermédiaire du gouverneur général Félix Éboué, reconnaît l'autorité du général de Gaulle et rejoint, dans le camp de la France libre, les Condominium des Nouvelles-Hébrides, les Établissements français de l'Inde et les Domaines français de Sainte-Hélène.

La campagne du Gabon de novembre 1940 fait suite à « l'affaire de Dakar », et, cette fois, les FFL obtiennent par la force le ralliement de ce territoire, puis, intervient en juin 1941 la campagne de Syrie, où plus d'un mois de combats opposant australo-britanniques, Indiens et FFL à l'Armée du Levant du général Henri Dentz causent la mort de milliers de français. Dentz se rend finalement aux Britanniques.

À la veille du débarquement anglo-américain en Afrique du Nord de novembre 1942, le clivage est donc profond entre l'Armée de Vichy et les Forces françaises libres d'une part, et les FFL et les Alliés d'autre part puisque le général de Gaulle a été mis à l'écart de cette opération par Roosevelt et Churchill à la suite de l'échec du chef de la France libre à rallier Dakar en 1940[1]. De fait, sa participation à Torch se limite à l'« Appel aux Français d'Afrique du Nord » dans l'émission Honneur et patrie diffusée sur les ondes de la BBC, le [3] et il n'arrive à Alger qu'en juin 1943. En riposte à ce débarquement allié, la Phalange africaine est créée en novembre 1942 au protectorat français de Tunisie, tandis que la flotte française de Toulon se saborde et que l'AOF, puis, en 1943, la flotte d'Alexandrie de l'amiral Godefroy, se rallient à Giraud.

La réunification[modifier | modifier le code]

Le général de Gaulle (à droite) serrant la main du général Giraud, devant Roosevelt et Churchill (conférence d'Anfa à Casablanca le ).
Défilé de la libération de Tunis en 1943.

À l'automne 1942, après la bataille de Bir Hakeim, où la 1re brigade française libre de Kœnig a retardé l'avancée allemande, les FFL sont en Libye avec l'armée britannique et combattent les troupes de Rommel. Les deux brigades françaises libres participent à la bataille d'El Alamein, et la colonne Leclerc conquiert le Fezzan.

Le , l'Armée d'Afrique, obéissant aux ordres de Vichy, s'oppose dans un premier temps au débarquement des Alliés ( Opération Torch ) . Mais, assez rapidement les combats cessent et un accord est trouvé. En revanche, en Tunisie, cette même armée laisse entrer les forces de l'Axe sans résister et se replie.

L'Armée d'Afrique reprend progressivement le combat aux côtés des Alliés et va mener une difficile campagne en Tunisie, avec des moyens souvent misérables ( issus de l'armée française de 1940 , donc démodés ) . Elle y côtoie parfois les FFL de Leclerc et de Larminat.

Mais, une fois la victoire acquise, les dissensions éclatent. À Alger, la lutte pour le pouvoir entre de Gaulle et Giraud a pour enjeu véritable la continuation, ou non, de Vichy. Les Français libres, conscients de leur faiblesse numérique, facilitent le plus possible les ralliements à leur cause, et les chefs de l'Armée d'Afrique s'exaspèrent des désertions qui creusent leur rangs. Finalement, Giraud obtient du commandement américain le déplacement des deux divisions françaises libres en Tripolitaine.

Cependant, le soutien des organisations de Résistance intérieure et le retournement de commissaires giraudistes du Comité français de la Libération nationale, comme Jean Monnet, permettent à de Gaulle de prendre l'ascendant sur Giraud, et un accord est trouvé qui aboutit à la fusion des Forces françaises le .

Bien qu'à cette date les FFL cessent officiellement d'exister, l'expression « Forces françaises libres » est souvent utilisée, mais à tort, pour désigner l'Armée française de la Libération. Cette confusion ne se retrouve pas dans les documents d'époque provenant des intéressés eux-mêmes et, au contraire, le nouveau commandement s'efforce de faire disparaître les mots « France libre » des noms des unités qui en sont issues. La 1re division française libre prendra officiellement le nom de 1re division de marche d'infanterie, sans pour autant l'accepter, et la 2e division française libre deviendra la 2e division blindée, qui compte deux fois plus d'éléments issus de l'Armée d'Afrique que de Français libres.

L'expression « Forces françaises combattantes » est également utilisée dans ce sens, toujours à tort. En effet, depuis le , le nom officiel de la France libre est « France combattante », même si, dans les faits, l'ancienne appellation demeure, et les Forces françaises combattantes regroupent les Forces françaises libres et les réseaux de Résistance intérieure, qu'ils aient été créés par le BCRA (et homologués FFL) ou non (homologués FFC).

Les campagnes militaires[modifier | modifier le code]

Forces engagées[modifier | modifier le code]

  • Armées de libération[4]:
    • En Tunisie (novembre 1942 - mai 1943) : au 15 mars 1943, le total des effectifs engagés s'élevait à 72 802 hommes dont 50 651 Maghrébins ;
    • En Italie (novembre 1943 - juillet 1944) : au 15 juin 1944, le total des effectifs engagés s'élevait à 104 584 hommes dont 59 665 Maghrébins ;
    • En France et en Allemagne (août 1944 - mai 1945) : en août 1944, le total des effectifs engagés s'élevait à 267 654 hommes dont 130 000 Maghrébins ( sans oublier les tirailleurs sénégalais ) .
  • FFI : 100 000 en juin 1944 ; 200 000 en juillet ; 340 000 à 400 000 en octobre 1944 ;
  • Armée de l'Air : 140 000 ;
  • Marine : 50 000 à 68 000 ;
  • Gendarmerie : 50 000.

Tunisie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Campagne de Tunisie.

Italie[modifier | modifier le code]

France[modifier | modifier le code]

La Libération de la France métropolitaine commença, non pas en 1944, mais dès 1943 avec la libération de la Corse. Profitant de l'effondrement du régime fasciste italien, les Français obtiennent le soutien des troupes italiennes d'occupation et réussissent, aidés des FFI et FTP corses, à libérer l'île française.

Les premières troupes françaises à participer à la bataille de Normandie sont le Commando Kieffer qui, le 6 juin 1944, combattra aux côtés des Britanniques, en Normandie. Les premiers renforts français n'arrivent cependant qu'à partir du 1er août 1944 avec la 2ème Division blindée du Général Leclerc. Cependant, la division demeure sous commandement américain et est placée sous les ordres du Général Patton. Elle participera à la fin de la bataille de Normandie (6 juin - 21 août 1944).

Cependant, les forces armées françaises vont avoir un rôle plus actif dans la libération de la France continentale avec le débarquement de Provence, le 15 août 1944. Sous pression de De Gaulle qui menace de retirer d'Italie ses troupes engagées, le Premier Ministre britannique Winston Churchill est contraint d'accepter un débarquement dans le sud de la France et non dans les Balkans comme il l'avait souhaité initialement. En tout et pour tout, ce sont 350 000 Français et Américains qui vont prendre part au combat, dont 250 000 Français (71% des effectifs).

La progression est rapide et inattendue tant elle contraste avec les piétinements en Normandie les mois précédents. C'est d'ailleurs l'une des raisons qui va pousser les Parisiens à l'insurrection, à partir du 19 août. En effet, alors que les troupes alliées progressent dans le nord-ouest et le sud-est, les résistants parisiens s'insurgent. De Gaulle presse les Alliés d'une action rapide qui pourrait être menée par la 2ème DB pour éviter le sort de Varsovie à Paris. Cédant finalement, le commandement allié autorise la 2ème DB à libérer Paris, ce qui sera chose faite entre le 24 et le 25 août.

La libération de Paris effectuée, les troupes françaises font leur jonction à l'Est, en septembre 1944. Strasbourg et l'essentiel de l'Alsace-Lorraine sont libérés fin novembre. Les troupes françaises se tiennent dès lors en face du Rhin, prêtes à envahir l'Allemagne.

La campagne de France de 1944 aura permis l'affirmation diplomatique de la France au vu de son engagement opérationnel, au plus fort depuis 1940. Mais la Libération aura aussi permis "l’assimilation" des troupes FFI : sur les 300 000 résistants estimés, ce sont 190 000 qui sont "enrégimentés". Désormais, l'Armée française est forte d'environ 450 000 soldats.

Affiche de recrutement en France pour l'Armée française rénovée et habillée à l'américaine

Allemagne[modifier | modifier le code]

Rhin et Danube : 31 mars - 18 avril 1945
Rhin et Danube : 19 avril - 7 mai 1945

Pertes[modifier | modifier le code]

Maurice Faivre a estimé le nombre de tués au combat des armées de la libération et des FFI (campagnes de Tunisie, d'Italie, de France et d'Allemagne) entre novembre 1942 et mai 1945 à 74 300 dont plus de 30% de coloniaux[5] :

  • 40 000 Français métropolitains (FFI inclus)
  • 18 300 Maghrébins
  • 12 000 Français d'Algérie
  • 4 000 Noirs d'Afrique

Selon le Service historique de la défense, les pertes de l'Armée française de la Libération sont d'environ 22 000 tués (dont 11 000 Maghrébins) qui se répartissent comme suit [6] :

  • 5 187 tués (dont 3 458 Maghrébins) en Tunisie de novembre 1942 à mai 1943, pour un effectif au 15 mars 1943 de 72 802 hommes
  • 6 255 tués (dont 4 000 Maghrébins) en Italie de novembre 1943 à juin 1944, pour un effectif au 15 mars 1943 de 104 584 hommes
  • 10 461 tués (dont 3 716 Maghrébins) en France et en Allemagne du 15 août 1944 au 8 mai 1945, pour un effectif moyen de 260 000 hommes auxquels viennent s'ajouter 13 679 FFI tués dont 3 000 victimes d'exécutions sommaires[7] soit au total un peu plus de 35 000 tués entre novembre 1942 et mai 1945.

Composition[modifier | modifier le code]

Commando du C.L.I. (Corps Léger d'Intervention) en Indochine française occupée par les Japonais après la capitulation du Japon.

Armée de terre[modifier | modifier le code]

Unités combattantes[modifier | modifier le code]

Divisions d'infanterie[modifier | modifier le code]
Divisions blindées[modifier | modifier le code]
Éléments non endivisionnés[modifier | modifier le code]

Autres unités[modifier | modifier le code]

Les unités suivantes ont été très peu ou pas engagées dans les combats et ont servi essentiellement pour la sécurité, la garnison et un rôle d'occupation aux derniers jours de la guerre.

Aviation[modifier | modifier le code]

Transfert officiel de 12 Curtiss P-40F Warhawk de l'USAAF au Groupe de Chasse II-5 le 9 janvier 1943 à Casablanca.

Marine[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Henri Amouroux, 2000 ans d'Histoire: 23 septembre 1940 : l'affaire de Dakar, France Inter, mercredi 25 janvier 2006
  2. André Béziat, Franklin Roosevelt et la France (1939 - 1945), Collection L'Aire Anglophone, Éditions L'Harmattan, 1997, p.83
  3. Extrait de l'appel aux Français d'Afrique du Nord, Honneur et patrie, INA.fr
  4. Archives du S.H.A.T, cités par Belkacem Recham dans Les musulmans algériens dans l'armée française (1919-1945), L'Harmattan, 2000, pp.236-240
  5. Maurice Faivre, L'Armée d'Afrique et l'armée coloniale des origines à 1962, Revue l’Algérianiste N° 131 –septembre 2010
  6. Paul-Marie de La Gorce, L'Empire écartelé, 1936-1946, Denoël, 1988, p. 496-497
  7. Jean Quellien, "Les pertes humaines" in La France pendant la seconde guerre mondiale - Atlas historique', Fayard, Ministère de la Défense, 2010, p. 262-263
  8. Henry Corta (1921-1998, lieutenant parachutiste SAS) : Les bérets rouges (1952), Amicale des anciens parachutistes SAS, Paris

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Histoire de la première Armée française, Maréchal de Lattre de Tassigny, Presses Pocket, 1949
  • Une histoire politique de l'armée - Tome 2 - 1940-1967 - de De Gaulle à De Gaulle, Jean Planchais, Éditions du Seuil, 1967
  • Les FFL et l'Armée d'Afrique, Guy Ganachaud, Tallandier, 1990 - (ISBN 2 235 02025 9).
  • La France et son Empire dans la Guerre, Collectif, Éditions Littéraires de France, 1946
  • Les vaincus seront les vainqueurs, Jean-Christophe Notin, Éditions du Seuil, 2004
  • Les bérets rouges, lieutenant parachutiste SAS Henry Corta, amicale des anciens parachutistes SAS, 1952

Liens externes[modifier | modifier le code]