Première bataille d'El Djorf
| Date | – |
|---|---|
| Lieu | Mont d'El Djorf dans les monts Nemenchas |
| Issue | Victoire de l'ALN |
| Général Jean Noiret Général Henri Lorillot Général Jeannot Colonel Moissenet Commandant Crespin |
Bachir Chihani Adjel Adjoul Lazhar Cheriet Abbas Laghrour |
| 25,000 soldats avec le soutien de l'artillerie et de l'ALAT | 300-400 moudjahidines |
| cf. les pertes des deux camps | cf. les pertes des deux camps |
Batailles
- Toussaint rouge
- Opération Eckhmül
- Opération Aloès
- Opération Véronique (en)
- Opération Violette
- Massacres d'août 1955 dans le Constantinois
- Opération Timgad
- Bataille d'El Djorf
- Opération Oiseau bleu
- Embuscade de Palestro
- Bataille d'Alger
- Bataille de Bouzegza
- Bleuite
- Bataille de Timimoun
- Bataille des Frontières
- Combat du Fedj Zezoua
- Coup d'État du 13 mai 1958
- Opération Résurrection
- Opération Couronne
- Opération Brumaire
- Plan Challe
- Opération Jumelles
- Semaine des barricades
- Manifestations de décembre 1960
- Putsch des généraux
| Coordonnées | 34° 55′ 19″ nord, 7° 31′ 50″ est | |
|---|---|---|
La première bataille d'El Djorf, est un engagement armé de la guerre d'Algérie se déroulant du 22 au 29 septembre 1955 sur le mont d'El Djorf dans la région des Aurès, cette bataille oppose l'ALN à l'Armée française. Elle s'achève sur une défaite de l'armée française.
Prélude de la bataille
[modifier | modifier le code]La première bataille d'El Djorf est précédée de plusieurs embuscades meurtrières. L'une d'entre elles, du 24 mai 1955, à Guentis, voit l'administrateur Maurice Dupuy et le lieutenant Guillomot être tués par balle. Une seconde, du 27 juillet 1955, se déroule sur la route Taberdga-Djellal, où 26 légionnaires et 13 moudjahidines sont tués[1].
En dehors des embuscades, l'armée française avait arrêté en, février 1955, Mustapha Benboulaïd, à la tête de l'ALN dans la même région. Il fût alors remplacé par le colonel Bachir Chihani qui décida de convoquer les différents chefs des Aurès-Nemencha de l'ALN, ainsi que leurs troupes, entre le 18 et 23 septembre[2], à Ras Tarfa, distant de 12 kilomètres d'El Djorf[3], dont le but était une réorganisation des troupes afin de relancer les opérations militaires dans la région. Les habitants et les dignitaires de la région furent eux aussi convoqués, ce afin de leur présenter un rapport sur la révolution algérienne depuis son déclenchement et de leur formuler parallèlement une demande de soutiens financier et logistique[4].
Informée de la présence d'un important groupe de moudjahidines sur le mont El Djorf, l'armée française décide de lancer l'opération Timgad (appelée aussi opération Pavot[5]) afin d'encercler la mont d'El Djorf, ignorant que s'y tiendrait une réunion des chefs de l'Aurès-Nemencha[6].
Composition des armées
[modifier | modifier le code]Armée française
[modifier | modifier le code]Au sein des forces militaires engagées, on compte le 4e régiment de tirailleurs tunisiens, le deuxième bataillon du 2e régiment étranger d'infanterie ainsi que des Goumiers marocains (notamment le 8e[7] et le 10e Tabor[8]), avec pour objectif d'attaquer par l'est puis de déborder par le nord depuis Cheria. L'est de la région est ensuite isolé par le 1e BEP provenant de Tébessa et se déplaçant entre l'oued Hallaïl et la frontière tunisienne. Le bouclage au sud d'El Djorf est assuré par trois compagnies portées de la légion étrangère (notamment la 23e CPLE[9]) disposant de véhicules légers (EBR) en provenance de la région de Ferkane. Trois bataillons de la 13e demi-brigade de Légion étrangère assurent le bouclage à l'ouest en provenance de Khenchela et Guentis, soit 7000 à 8000 hommes[10] selon les estimations de Dominique Farale, ancien officier de la légion étrangère et historien[11].
Cependant cette liste ne semble pas complète, la présence du 1re RTA, 2e RTA, du groupe mobile 221 (GM 221), 45e RTRS, du 5e RCA et du 513e Groupe de transport ainsi que du groupement mobile d'artillerie (GMA) commandé par le colonel Moissenet sont attestés par les archives de l'ECPAD[12], ainsi que la présence du 3e BPC[13] et du 65e régiment d'artillerie[14] qui est aussi rapportée.
La présence des généraux Noiret[15], Lorillot, Jeannot[16], de Sainte Opportune[5] et du commandant Crespin[17] est aussi attestée par les archives de l'ECPAD.
Le dispositif militaire est complété par l'emploi de l'ALAT et l'utilisation d'hélicoptères pour le transport de troupes[18]. Ces éléments supplémentaires appuient le nombre de 25.000 hommes engagés dans la bataille pour l'armée française.
Armée de libération nationale
[modifier | modifier le code]Les effectifs de l'ALN lors de cette bataille sont estimés entre 300 et 400 moudjahidines commandés notamment par Adjel Adjoul, Lazhar Cheriet, Bachir Chihani et Abbas Laghrour[19].
Déroulement de la bataille
[modifier | modifier le code]La bataille commença le 22[20] septembre depuis Cheria, au nord du mont d'El Djorf, avec un premier accrochage durant lequel la 6e compagnie de la 2e REI perd 5 de ses hommes dont le lieutenant Grandsard[21], commandant la compagnie, et abat 22 moudjahidines dont le chahid Farès Benadjroud qui dirigeait la patrouille. Après cette accrochage, Bachir Chihani et son état-major ordonnent aux hommes de l'ALN de se regrouper au cœur même du mont d'El Djorf[4], possédant des pitons rocheux et des grottes difficile d'accès[19]. Le 25 septembre, après l'échec de l'offensive du 22 au 24 septembre de l'armée française[3], les tirailleurs tunisiens reprennent l'offensive et subissent de lourdes pertes[11]. Lors de la quatrième nuit de la bataille (dans les environs de 21 heures), Bachir Chihani, craignant l'assaut final de la part de l'armée française, ordonna à Adjel Adjoul et à 130 moudjahidines de forcer les lignes ennemies en s'engageant dans l'oued Hallaïl (au sud d'El Djorf) où le combat au corps à corps fut inévitable. Les goumiers ne purent arrêter les moudjahidines qui réussirent à briser l'étau[11]. Abbas Laghrour arriva avec 30 hommes à passer en force par l'est tandis que Bachir Chihani et ses hommes réussirent, contre toute attente, à s'échapper[22].
Les pertes des deux camps
[modifier | modifier le code]Bien que l'estimation des pertes des deux camps lors de la bataille soit jugée « extrêmement difficile »[4], des chiffres ont été avancés par plusieurs sources :
Armée française
[modifier | modifier le code]- Entre 400 et 800 morts, plus de 1500 blessés, 100 soldats disparus, 8 avions abattus, 3 véhicules blindés détruits, 50 mitrailleuses récupérées ainsi que divers équipements militaires selon les sources recueillies par Mekideche Aljia[4].
- Entre 600 et 700 morts selon le moudjahid El Ouardi Guetal ayant participé à la bataille[23].
- 600 morts, 800 blessés, un avion bombardier et un hélicoptère à bord duquel se trouvaient 14 officiers et soldats (ainsi que 70 armes de guerre et des munitions, les deux récupérés) selon le commandant Brahim Kacem cité par Achour Cheurfi[3].
- Abdelhai Abdelhafid cite dans son article deux sources qu'il juge contradictoires, la première faisant état de nombreux véhicules détruits et endommagés, d'une centaine d'armes récupérées et d'une quantité de munitions estimée à 20 mules, ainsi que d'une centaine de mules et chameaux tués collatéralement par l'ALN. La seconde source, quant à elle, fait état de 107 morts, 4 avions abattus, 25 armes récupérées (dont 7 mitrailleuses, un mortier de 60 mm, 7 pistolets-mitrailleurs MAT49 et 4 fusils MAS 36), 4 émetteurs servant pour les transmissions et une grande quantité de munitions. Enfin, une troisième évoque l'incendie d'un camion, 3 avions abattus, 4 chars détruits et 7 armes abandonnées[19].
Armée de libération nationale
[modifier | modifier le code]- 170 morts selon le moudjahid El Ouardi Guetal ayant participé à la bataille[23].
- 80 morts et 25 blésées selon Achour Cheurfi[3].
- 110 morts, 7 prisonniers et 60 armes récupérées selon Jean Balazuc[13].
- Mekideche Aljia cite 60 à 70 morts et entre 60 à 90 blessés, ainsi que 15 armes perdues[4].
- 80 morts selon Adjel Adjoul ayant participé à la bataille[1].
- Ouanassa Siari Tengour cite 45 morts et 40 prisonniers[2].
- Abdelhai Abdelhafid cite 75 morts et plus de 20 blessés[19].
Conséquences de la bataille
[modifier | modifier le code]Une des premières conséquences directes de la première bataille d'El-Djorf fût son écho sur la scène nationale qui conforta le moral des troupes de l'ALN[2]. La bataille contribua à l'inscription de la question algérienne à la 10e session de l'Assemblée générale des nations unies le 30 septembre 1955[19]. Par ailleurs, elle fût considérée comme l'un des premiers « chocs frontaux » où l'ALN put engager le combat, frontalement, contre une armée ennemie (armée française) plus nombreuse et mieux équipée[18]. Cela amena à lui conférer le titre de « mère des batailles » de la révolution algérienne[23].
Références
[modifier | modifier le code]- Tramor Quemeneur, Ouanassa Siari Tengour et Sylvie Thénault, Dictionnaire de la guerre d'Algérie, Groupe Robert Laffont, (ISBN 978-2-38292-311-5, lire en ligne)
- Ouanassa Siari Tengour, « Adjel Adjoul (1922-1993) : un combat inachevé », Insaniyat / إنسانيات. Revue algérienne d'anthropologie et de sciences sociales, nos 25-26, (ISSN 1111-2050, DOI 10.4000/insaniyat.6187, lire en ligne, consulté le )
- Achour Cheurfi, La révolution algérienne, 1954-1962: dictionnaire biographique, Casbah éditions, (ISBN 978-9961-64-478-2, lire en ligne), p. 140
- (ar) مقيدش علجية, « معركة الجرف التاريخية الكبرى 22-25/09/1955 », مجلة الباحث في العلوم الإنسانية و الإجتماعية, vol. 10, no 3, , Pages 1159-1168 (lire en ligne)
- « Opération Pavot dans le massif du Nemencha par la division de marche de Tunisie. », sur imagesdefense.gouv.fr (consulté le )
- ↑ Nasser Zammit, Algérie : L’horizon des événements, Editions Complicites, (ISBN 978-2-38647-542-9, lire en ligne)
- ↑ « Histoire de la première escadrille d'hélicoptères moyens AA », sur www.aha-helico-air.asso.fr (consulté le )
- ↑ Le 40e goums du 10e Tabor à participer à l'opération Timgad (Nordine Boulhais, p.110).
- ↑ Tibor Szecsko, Le grand livre des insignes de la Légion étrangère, FeniXX, (ISBN 978-2-307-65384-4, lire en ligne), p. 160
- ↑ À cela s'ajoute un bataillon de tirailleurs sénégalais, une compagnie de tirailleurs algériens et 5 harkas locale mentionné plus tard dans le témoignage.
- Auteur Laghrour, « Témoignage d’un officier français sur la bataille du Djorf dans les Nemamchas en 1955 », sur Abbès Laghrour عباس لغرور ------------ Les précurseurs de la révolution algérienne, (consulté le )
- ↑ ECPAD, « Opération Timgad » (consulté le ), F 55-191 à F 55-212
- Jean Balazuc, L'armée française pendant la guerre d'Algérie: une chronologie mensuelle, mai 1954-décembre 1962, l'Harmattan, (ISBN 978-2-343-18636-8, lire en ligne), p. 90
- ↑ « PC opérationnel du camp du Drap d'Or à El Amra au coeur des Monts des Nemencha (massif des Aures). », sur imagesdefense.gouv.fr (consulté le )
- ↑ « Convoi de ravitaillement au poste avancé d'Ouldja ; route de Constantine ; opération Timgad. », sur imagesdefense.gouv.fr (consulté le )
- ↑ « Le généraux Jeannot et Lorillot en visite au Camp du Drap d'Or à El Amra dans les monts Nemencha (massif des Aures). », sur imagesdefense.gouv.fr (consulté le )
- ↑ « Le camp du Drap d'Or, évacuation sanitaire pendant l'opération Timgad par le GH 2 du commandant Crespin. », sur imagesdefense.gouv.fr (consulté le )
- Emmanuel Alcaraz, Histoire de l'Algérie et de ses mémoires: Des Orignies au Hirak, KARTHALA Editions, (ISBN 978-2-8111-2360-4, lire en ligne)
- (ar) عبد الحي, عبد الحفيظ, « معارك جيش التحرير الوطني إبان المرحلة الأولى من الثورة الجزائرية -معركة الجرف 22- 25 سبتمبر 1955 - أنموذجا-Battles of the National Liberation Army during the First Stage of the Algerian Revolution - The Battle of El-Jurf, September 22- 25, 1955, as a Model- », مجلة العلوم الإسلامية والحضارة, vol. 9, no 2, (ISSN 2600-6960, lire en ligne [archive du ], consulté le )
- ↑ La date du 21 septembre est mentionné mais la date du 22 septembre semble être la bonne date du fait des nombreuses sources concordantes sur ce point.
- ↑ Pierre Dufour, La légion en Algérie, Lavauzelle, (ISBN 978-2-7025-0613-4, lire en ligne)
- ↑ Nordine Boulhaïs, « Chapitre III. L’Aurès, théâtre de la guerre d’indépendance algérienne (1954-1962) », dans Des harkis berbères, de l’Aurès au Nord de la France, Presses universitaires du Septentrion, coll. « Histoire et civilisations », , 213–266 p. (ISBN 978-2-7574-2216-8, lire en ligne)
- « La bataille d'El Djorf: un moment phare dans l'histoire de la guerre de libération », sur Algérie Presse Service, (consulté le ).