Entretien motivationnel

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L'entretien motivationnel consiste en une approche de relation d'aide. Tel que décrit par William R. Miller et Stephen Rollnick, l'entretien motivationnel est « une méthode directive, centrée sur le client, pour augmenter la motivation intrinsèque au changement par l'exploration et la résolution de l'ambivalence »[1].

La méthode emploie l'exploration chez la personne aidée de sa motivation, de son ambivalence, de ses capacités de changement et de ses résistances.

Historique[modifier | modifier le code]

Décrit pour la première fois en 1983 par le psychologue William R. Miller, l’entretien motivationnel a d'abord été une approche d'intervention en addictologie. L'approche et la définition donnée comme « une méthode de communication à la fois directive et centrée sur la personne, ayant pour objectif d'aider les changements de comportement en renforçant les motivations intrinsèques par l'exploration et la résolution de l'ambivalence » ont été formalisées une première fois dans un manuel cosigné par William R. Miller et Steve Rollnick, en 1991, et révisées dans un second manuel en 2002. La seconde édition a fait l'objet d'une traduction française.

Miller et Rollnick ont, au début de leur réflexion, emprunté certains concepts au modèle transthéorique de changement de Prochaska et DiClemente, modèle dont ils se sont progressivement séparés depuis. Selon Prochaska et DiClemente, les personnes en prise avec une problématique de dépendance passeraient par une série de stades de changement : précontemplation, contemplation, action, maintien, rechute.

Dans certaines études, les interventions testées d'inspiration motivationnelle (thérapies de renforcement de la motivation) portent sur une à six sessions[2]. L'approche motivationnelle peut s'appliquer tout au long d'une relation d'aide.

Les entretiens motivationnels sont efficaces et validés[réf. nécessaire]. Beaucoup d'autres champs que l'addictologie sont aujourd'hui concernés par l'entretien motivationnel par exemple en médecine dans le cadre du traitement des maladies chroniques ou de l'éducation thérapeutique, mais encore dans le domaine de l'aide sociale, de la prévention primaire et secondaire, de l'éducation ou encore de la justice.

Aspects théoriques[modifier | modifier le code]

Motivation[modifier | modifier le code]

L'entretien motivationnel perçoit la motivation comme « un processus interpersonnel, le produit d'une interaction entre personnes »[3]. L'aidant influence favorablement ou négativement la motivation des personnes aidées de par la qualité de ses stratégies d'intervention. Il s'agit de faire ressortir la motivation intrinsèque des personnes aidées.

Ambivalence[modifier | modifier le code]

Le médecin et le patient doivent pouvoir parler des points positifs de prendre une substance : détente, plaisir, anxiolyse... L'ambivalence est source d'immobilité. Elle s'oppose aux changements. Le but des entretiens motivationnels est d'abord de faire ressortir cette ambivalence naturelle et de l'explorer en entretien clinique neutre et non directif. Une manière de l'explorer est d'utiliser l'outil de la « balance décisionnelle ». Le comportement actuel et le nouveau comportement possèdent chacun des avantages et des inconvénients sources de motivations conflictuelles à l'origine d'une ambivalence inhibitrice.

La perception d'inconvénients dans la situation actuelle peut générer une envie de changement. C'est ce qu'on appelle la motivation extrinsèque. Le patient cherche à fuir des situations menaçantes (sanitaires, professionnelles, familiales, etc.). Les avantages de la situation antérieure sont toujours présents à l'esprit et peuvent faire rechuter le patient dans la prise de produit. Les entretiens motivationnels cherchent à susciter une motivation intrinsèque (se sentir bien, estime de soi) en explorant les avantages perçus dans le changement. La motivation extrinsèque va engendrer une demande de changement, la motivation intrinsèque va pérenniser le changement.

Changement[modifier | modifier le code]

Modèle de changement transthéorique[modifier | modifier le code]

Les stades de changement peuvent être décrits de cette manière[4][réf. incomplète] :

Pré-contemplation
Le patient ne pense pas avoir de problèmes avec sa consommation. Il n'envisage pas de changer de comportement, dont il ressent essentiellement les bénéfices.
Contemplation
À ce stade commence à se manifester l'ambivalence. Le patient envisage un changement de comportement mais il hésite à renoncer aux bénéfices de la situation actuelle. On parle alors de balance décisionnelle, qui amène à comparer les pour et les contre d'un changement avec ceux de son comportement actuel.
Le patient passe ensuite dans une période ou il est décidé à faire des changements. Cette phase est très labile et difficile à déterminer ; c'est la phase de « décision ».
Action
Le changement est engagé vers des modifications de son style de vie. Les difficultés sont importantes. Le soutien et l'encouragement sont nécessaires.
Maintien
À cette phase de consolidation, il convient de rester prudent car les tentations sont nombreuses de retourner au comportement problématique.
Rechute
La rechute est possible et fait partie du processus normal de changement. Ce n'est pas une manifestation pathologique mais un temps peut-être nécessaire à la réussite finale du processus.

Dans cette approche, à chaque stade le thérapeute devrait donc adapter son discours aux représentations du patient sur son comportement problématique, de façon à induire un passage au stade suivant.

Cette description des processus de changement a connu un grand succès, mais a été peu validée et tend à laisser la place à l'approche plus spécifiquement motivationnelle du changement, qui s'appuie sur le renforcement de la motivation par un travail conscient de l'intervenant pour faire émerger puis renforcer le « discours-changement », qui est l'étape préparant sa mise en œuvre.

Principes directeurs[modifier | modifier le code]

Les sept principes directeurs de l'entrevue motivationnelle[5][réf. incomplète] :

  1. La motivation au changement doit émaner du patient et non être imposée de l'extérieur ;
  2. Il revient à la personne aidée et non à l'intervenant de résoudre son ambivalence ;
  3. La persuasion directe n'est pas une méthode efficace pour résoudre l'ambivalence ;
  4. Le style de l'entretien motivationnel évite la confrontation et invite à l'exploration ;
  5. Le thérapeute est directif dans l'exploration et la résolution de l'ambivalence ;
  6. La motivation au changement n'est pas un trait de caractère du patient mais un état qui fluctue en fonction de la qualité d'une interaction personnelle ;
  7. La relation thérapeutique est plus un partenariat qu'une relation expert/patient.

Résistance[modifier | modifier le code]

Le phénomène de résistance de la personne aidée se manifeste lorsque le thérapeute va trop vite et utilise une stratégie inappropriée au stade de changement où se trouve le patient.

Aspects pratiques[modifier | modifier le code]

Ce qu'il faut éviter[modifier | modifier le code]

  • Considérer que l'acceptation par le patient de l'étiquette d'alcoolique ou de toxicomane est essentiel au changement.
  • Convaincre à tout prix le patient d'accepter le diagnostic.
  • Tenir pour acquis que le patient est motivé.
  • Utiliser des techniques relationnelles confrontantes.

Ce qui est indiqué[modifier | modifier le code]

  • Faire preuve d'empathie, ce qui incite à l'ouverture et au dévoilement de soi. Ne pas hésiter par exemple à reformuler des difficultés du patient
  • Faire une évaluation neutre et objective de la situation de manière à faire ressortir les divergences entre la situation actuelle et la situation désirée (ou entre le comportement problématique et les valeurs propres du sujet)
  • Renforcer le sentiment d'efficacité personnelle.
  • Abaisser la résistance interpersonnelle en adaptant son propre comportement.

Techniques[modifier | modifier le code]

Une stratégie est matérialisée par le sigle OARS (open ended questions, affirmation, reflective listening, summaries) qui regroupe donc quatre techniques : les questions ouvertes, le renforcement, l’écoute réflective et les résumés.

Les questions ouvertes poussent le patient à développer ses idées et aller profondément dans ses réflexions. Elles permettent d’explorer l’ambivalence, les attentes et les possibilités de changement, et constituent le premier mouvement vers l’avant. Elles doivent, selon les principes de Rogers, être congruentes et authentiques.

Le renforcement permet de mettre en évidence les forces et ressources du patient ainsi que de lui signifier que le changement est possible notamment avec les expériences antérieures et les résistances. Il peut également relancer la réflexion.

L’écoute réflective est une sorte de reformulation permettant de mettre en valeur ce qu’on désire pour aller vers les buts thérapeutiques désirés, ainsi le patient se sent écouté, compris et guidé.

Les résumés permettent de montrer que le patient est écouté et compris mais aussi de mettre en lumière différentes choses comme les deux parties de l’ambivalence ou l’évolution des choses, ils peuvent aussi permettre de décaler la conversation sur un autre sujet. Il est important à la fin d’un résumé d’inviter le client à donner son avis dessus, lui permettre de le modifier s’il ne lui convient pas, afin que le thérapeute puisse se corriger ou bien mettre en évidence une résistance.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Miller et Rollnick 2006, p. 31
  2. (en)Motivational Interviewing and Treatment Adherence among Psychiatric and Dually Diagnosed Patients, Journal of Nervous & Mental Disease, octobre 1999
  3. Miller et Rollnick 2006, p. 27
  4. James Prochaska et Carlo DiClemente (1982)
  5. Rollnick & Miller, 1995-Traduit par Rossignol

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Florence Chanut, Maurice Dongier et al., « Étude pilote de l’entretien motivationnel chez des personnes condamnées pour conduite avec facultés affaiblies », Drogues, santé et société, vol. 6, no 2,‎ 2007, p. 83-115 (ISSN 1703-8839 et 1703-8847, DOI 10.7202/018041ar, lire en ligne)
  • [Miller et Rollnick 2006] William Miller et Stephen Rollnick (trad. Dorothée Lécallier et Philippe Michaud), L'Entretien motivationnel : aider la personne à engager le changement [« Motivational Interviewing : Preparing People for Change »], Paris, InterEditions, coll. « Techniques de développement personnel »,‎ 2006, 241 p. (ISBN 978-2-10-049916-8, présentation en ligne) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • William Miller, Stephen Rollnick et Christophe Butler (trad. Émeric Languérand, Dorothée Lécallier et Philippe Michaud), Pratique de l'entretien motivationnel : communiquer avec le patient en consultation [« Motivational Interviewing in Health Care : Helping Patients Change Behavior »], Paris, InterEditions, coll. « Développement personnel »,‎ 2009, 247 p. (ISBN 978-2-7296-0978-8, présentation en ligne)
  • Murielle Reiner, Isabelle Carrard et Alain Golay, « L’Entretien motivationnel dans la thérapie cognitivo-comportementale des patients obèses », Revue médicale suisse, no 242,‎ 31 mars 2010, p. 677-681 (ISSN 1660-9379, lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]