Physicalisme

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Ne pas confondre avec le réductionnisme du logicisme, qui consiste en la réduction des fondements de toutes les sciences à la logique.

Le Physicalisme est une thèse (soutenue, entre autres par Quine) selon laquelle toute entité existante est de nature physique, c'est-à-dire qu'il n'y a rien en dehors des choses dites physiques. En philosophie de l'esprit, le physicalisme admet que le mental est une réalité physique ; il s'agit donc d'une forme de matérialisme et de monisme, qui peut être mis en parallèle avec les premiers philosophes grecs, comme Thalès qui soutient que tout est eau. Dans sa version la plus radicale, on peut exprimer cette thèse ainsi : « Un moniste matérialiste suppose que tous les phénomènes chimiques, biologiques, psychologiques, linguistiques, culturels et sociologiques sont des phénomènes physiques qui obéissent aux lois fondamentales de la physique. »[1].

La thèse contradictoire, et cependant également moniste, est l'idéalisme immatérialiste, illustré par George Berkeley, qui soutient que tout ce qui existe est un phénomène mental. La thèse contradictoire non-moniste est le dualisme.

Présentation[modifier | modifier le code]

La physicalisme se distingue du problème corps-esprit dans la mesure où dans ce dernier problème il est supposé que le mental et le corps sont deux choses distinctes dont il faut expliquer les relations. Le problème corps-esprit suppose donc, pour être un problème, que l'esprit n'est pas une entité physique, mais doit entrer dans une catégorie métaphysique différente. Cependant, ce problème ne suppose pas nécessairement le dualisme métaphysique stricto sensu.

Le physicalisme ne nie pas que certaines réalités puissent nous apparaître comme non-physiques, tels que les phénomènes sociaux, moraux et psychiques ; mais il soutient que ces réalités pourront être expliquées un jour d'un point de vue entièrement physique.

Otto Neurath : « Selon le physicalisme, la langue de la physique est la langue universelle de la science et, par conséquent, toute connaissance peut être ramenée aux énoncés sur les objets physiques ».

Interprétation, complétude et condition du physicalisme[modifier | modifier le code]

Le physicalisme peut être compris comme l'ensemble des réponses aux questions suivantes[2] :

  • Que signifie dire que tout est physique ? Cette question relève de l'interprétation du physicalisme.
  • Est-il vrai de dire que tout est physique ? Cette question relève de la vérité du physicalisme.

Pour Daniel Stoljar, il faut tout d'abord comprendre ce que signifie le physicalisme, avant d'évaluer sa valeur de vérité. Il faut donc répondre à la première question avant de pouvoir répondre à la seconde. Or, la première question est, selon lui, double, car elle porte à la fois sur la question du sens de tout, et sur la question du sens de physique. Autrement dit, la première question porte sur le caractère réellement complet du physicalisme (tout est physique), et sur sa condition de réalisabilité (tout est physique). Quand on pose la question au premier sens, il s'agit donc de comprendre comment chaque réalité peut satisfaire la condition ; au second sens, il s'agit de savoir ce que signifie le fait d'être physique pour chaque réalité, i.e. en quoi consiste la condition (être physique) et comment elle est réalisée par chaque réalité.

Conceptions du physicalisme[modifier | modifier le code]

Le physicalisme s'efforce de réduire le mental au physique, i.e. que selon cette thèse le mental est physique ; c'est une identité matérialiste. Ce type de thèse peut prendre deux formes principales :

  • Conception dite type, selon laquelle toute propriété mentale est identique à une propriété physique ;
  • Conception dite token, selon laquelle il y a, pour tout événement mental singulier, un événement physique particulier auquel le premier est identique.

La différence est donc la suivante : dans un cas, on pose que tout événement mental est identique à un – et un seul – événement physique ; dans l'autre, on pose qu'un même événement mental peut être identique à plusieurs événements physiques d'où résulte une même propriété mentale. La première thèse n'est plus généralement soutenue, car elle rend peu compte de l'expérience : en effet, la douleur, qui est bien un événement mental singulier (j'ai mal), peut être causée par divers événements physiques très différents, et n'est pas identique à un événement physique.

Daniel Stoljar propose la formulation logique suivante :

  • « For every actual particular (object, event or process) x, there is some physical particular y such that x = y. »
  • « For every actually instantiated mental property F, there is some physical property G such that F=G. »

Le concept de survenance[modifier | modifier le code]

Les Postulats du modèle physicaliste[modifier | modifier le code]

Le modèle physicaliste a plusieurs postulats :

  • Le monde est complexe mais cette complexité peut être réduite à des phénomènes élémentaires. Attitude analytique : « le complexe » peut être décomposé en éléments (différents niveaux d’observation et d’analyse). Attitude élémentariste : chaque élément, chaque niveau peut être étudié indépendamment des autres quand chaque élément reste invariant quelle que soit sa combinaison avec d’autres niveaux.
  • Le monde est simple. La nature n’utilise pas des choses multiples. la nature adopte dans tous les domaines des processus de fonctionnement simple. La nature est autonome.
  • Il découle du postulat de la simplicité de la nature que la méthodologie scientifique doit reposer sur le principe de parcimonie : une théorie scientifique sera d’autant plus correcte qu’elle sera économe en hypothèses.
  • L’objectif des scientifiques est de rechercher au niveau élémentaire, les principes de fonctionnements qui lui sont propre c.à.d. établir les lois générales, universelles.
  • Les explications véhiculent un concept de la causalité. La causalité est définie en termes de relation linéaires, relation à un sens unique, bi variée allant d’un objet X (cause) à un objet Y (effet). Les boucles de rétroaction peuvent être incluses dans une conception causale.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Jacob, Esprit et cerveau, http://jeannicod.ccsd.cnrs.fr/docs/00/05/34/58/HTML/index.html
  2. D'après Daniel Stoljar, Physicalism, article de la Stanford Encyclopedia of Philosophy, http://plato.stanford.edu/entries/physicalism/

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Berkeley, G., 1710, Principles of Human Knowledge.
  • Chalmers, D., 1996, The Conscious Mind, New York: Oxford University Press
  • Chalmers, D., 1999, ‘Materialism and the Metaphysics of Modality’, Philosophy and Phenomenological Research, forthcoming.
  • Chomsky, N., 1994, ‘Language and Nature’, Mind 104/413, 1995.
  • Chomsky, N., 1994b, ‘Noam Chomsky’, in S. Guttenplan (ed), A Companion to the Philosophy of Mind, Blackwell.
  • Chomsky, N., 2000, New Horizons in the Study of Language and Mind, Cambridge.
  • Davidson, D. 1970 . ‘Mental Events’. In Davidson, D (1980) Essays on Actions and Events. Oxford.
  • Descartes, R., 1641, Méditations Métaphysiques
  • Fodor, J.A., 1974, ‘Special Sciences: Or, The Disunity of Science as a Working Hypothesis’, reprinted in J. Fodor, Representations, MIT Press, 1981.
  • Fodor, J.A., 1992, A Theory of Content and Other Essays, Cambridge, MA: MIT Press
  • Hempel, C., 1970, ‘Reduction: Ontological and Linguistic Facets’, in S. Morgenbesser, et al. (eds), Essays in Honor of Ernest Nagel, New York: St Martin's Press.
  • Kripke, S., 1980, Naming and Necessity, Cambridge, MA: Harvard University Press.
  • Kripke, S., 1982, Wittgenstein on Rules and Private Language: An Elementary Exposition, Oxford: Basil Blackwell.
  • Nagel, E., 1961, The Structure of Science, New York: Harcourt, Brace and World.
  • Nagel, T., 1974, ‘What is it like to be a bat’, Philosophical Review, 4: 435-50.
  • Nagel, T., 1983, The View from Nowhere, New York: Oxford.
  • Putnam, H., 1975, ‘Philosophy and our mental life’, in H. Putnam, Mind, Language and Reality: Philosophical Papers, Vol. 2, Cambridge: Cambridge University Press.
  • Russell, B., 1917, ‘On the Notion of Cause’, in B. Russell, Mysticism and Logic, Penguin, 1963.
  • Russell, B., 1927, The Analysis of Matter, London: Kegan Paul.
  • Ryle, G., 1949, The Concept of Mind, London: Routledge.
  • Shoemaker, S., 1994, ‘Phenomenal Character’, Nous, 28, pp.21-38