Éliminativisme

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Nos croyances modernes en l'existence des phénomènes mentaux seraient tout aussi obsolètes que les anciennes croyances astronomiques

L'Éliminativisme (ou matérialisme éliminativiste) est, en philosophie de l'esprit, la thèse — portant sur les entités et le vocabulaire mentaux —, selon laquelle la compréhension du mental par le sens-commun (ou dans une théorie psychologique du sens-commun) est une conception entièrement erronée sur laquelle ne peut reposer aucune recherche scientifique. Autrement dit, il n'existe aucune base neurologique aux divers concepts psychologiques que nous utilisons quotidiennement, tels que «croyance», «désir», etc. L'éliminativisme a été fortement critiqué, sinon supplanté, par le computationnalisme dans les années 1980.

Origines[modifier | modifier le code]

On trouve les premiers développements de l'éliminativisme dans les écrits de Wilfrid Sellars, W.V. Quine, Paul Feyerabend, et Richard Rorty. Le terme lui-même (eliminative materialism) fut employé pour la première fois par James Cornman en 1968 lorsqu'il décrivit une forme de physicalisme soutenue par Rorty. Le Ludwig Wittgenstein de la seconde période influença considérablement le développement de cette théorie, en particulier par ses attaques contre les entités privées qu'il traite comme des fictions grammaticales.

Mais les premiers éliminativistes, tels que Rorty et Feyerabend, confondaient souvent deux conceptions différentes de l'éliminativisme matérialiste, recouvertes par la même expression : d'une part, ils soutenaient que les sciences cognitives, qui en fin de compte nous donneraient une représentation exacte de l'activité mentale humaine, ne référeraient en rien aux états mentaux de la psychologie populaire, comme la croyance et le désir ; ces états ne seraient pas contenus dans une ontologie élaborée par une science cognitive parvenue à maturité. Or, de nombreux critiques s'aperçurent rapidement que cette thèse est quasi indistinguable des théories de l'identité entre le physique et le mental. Ainsi Quine lui-même se demanda-t-il :

« Is physicalism a repudiation of mental objects after all, or a theory of them ? Does it repudiate the mental state of pain or anger in favor of its physical concomitant, or does it identify the mental state with a state of the physical organism (and so a state of the physical organism with the mental state)" » (p. 265)

D'autre part, les mêmes philosophes soutenaient que les états mentaux de la psychologie populaire n'existent pas. Mais des critiques remarquèrent immédiatement que les éliminativistes ne pouvaient jouer sur les deux tableaux : ou les états mentaux existent et seront en fin de compte expliqués en termes de processus neuro-physiologique de plus bas niveau, ou non : on ne peut prétendre simplement expliquer des états mentaux qui semblent ne pas exister, ou être faux : les explications populaires doivent disparaître d'une manière ou d'une autre (comme fictions ou erreurs réfutées). Les plus récents éliminativistes ont expliqué plus clairement que les phénomènes mentaux n'existent pas et qu'ils seront éliminés de notre manière de penser le cerveau de la même manière que les démons furent éliminés de nos idées sur les maladies mentales par la psychopathologie.

Actuellement, l'éliminativisme est représenté principalement par Patricia et Paul Churchland, qui nient l'existence de bon nombre de phénomènes mentaux, tels que les croyances, les désirs, les états intentionnels, la conscience et les qualia.

Les thèses principales de l'éliminativisme[modifier | modifier le code]

L'éliminativisme considère que notre compréhension quotidienne du mental est une erreur radicale et que les neurosciences montreront un jour que les états mentaux dont nous parlons chaque jour en utilisant des mots tels qu'intention, croyance, désir, amour ne refèrent à rien de réel. Il ne s'agit que d'une impropriété de notre langage qui nous trompe en nous faisant croire que nous avons de telles choses. Pour certains éliminativistes, la conscience n'est qu'un épiphénomène d'une fonction du cerveau ; d'autres pensent que ce concept sera éliminé par les progrès des neurosciences.

Il est possible de n'être éliminativiste qu'à l'égard de certaines réalités mentales, et non de toutes. Daniel Dennett est ainsi considéré comme un éliminativiste quant aux qualia et aux aspects phénoménaux de la conscience, mais il ne pense pas devoir supprimer du vocabulaire scientifique ou des langues naturelles les attitudes propositionnelles comme les croyances.

Les difficultés des théories populaires[modifier | modifier le code]

La psychologie populaire est, pour Paul et Patricia Churchland, une théorie pleinement développée du comportement humain, mais elle n'est pas formalisée.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Churchland, P.S. (1986) Neurophilosophy: Toward a Unified Science of the Mind/Brain. Cambridge, MA: MIT Press. .
  • Churchland, P.M. (1981) Eliminative Materialism and the Propositional Attitudes. Journal of Philosophy 78(2): 67-90. .
  • Churchland, P.M. (1988) Matter and Consciousness, Revised Edition. Cambrigdge, MA: MIT Press.
  • Dennett, D. (1978) The Intentional Stance. Cambridge, MA: MIT Press.
  • Dennett, D. (1988) "Quining Qualia" in: Marcel, A and Bisiach, E (eds), Consciousness in Contemporary Science, 42-77. New York, Oxford University Press.
  • Feyerabend, P. (1963) "Mental Events and the Brain" in Journal of Philosophy 40:295-6.
  • Fodor, J. and Pylyshyn, Z. (1984) Connectionism and Cognitive Architecture: A Critical Analysis, Cognition 28: 3-71. .
  • Quine, W.V.O. (1960) Word and Object. MIT Press. Cambridge, Mass.
  • Rorty, Richard. "Mind-body Identity, Privacy and Categories" in The Review of Metaphysics XIX:24-54. Reprinted Rosenthal, D.M. (ed.) 1971.
  • Rorty, Richard (1970). "In Defense of Eliminative Materialism" in The Review of Metaphysics XXIV. Reprinted Rosenthal, D.M. (ed.) (1971)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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