Parménide

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Parménide d'Élée (Παρμενίδης)

Philosophe grec

Antiquité

Description de cette image, également commentée ci-après

Parménide

Naissance fin du VIe siècle avant J.-C.
Décès milieu du Ve siècle avant J.-C.
École/tradition École éléatique
Principaux intérêts Métaphysique, langage
Idées remarquables Être et non-être
Œuvres principales Le Poème
Influencé par Xénophane de Colophon
A influencé Zénon d'Élée, Anaxagore, Mélissos. Platon, Aristote, Plotin, Hegel, Martin Heidegger, Beaufret, Conche

Parménide d'Élée (en grec Παρμενίδης / Parmenídês) est un philosophe grec présocratique. Il est célèbre pour un poème en vers, Sur la nature, qui eut une influence notable sur la pensée de son époque. Ses découvertes intellectuelles, en particulier l'introduction de la logique dans la pensée hellénique, à côté de la philosophie milésienne de la nature et des théories arithmétiques de Pythagore, font de Parménide l'un des philosophes les plus considérables dans l'histoire de la philosophie grecque[1]. Platon a consacré un dialogue qui porte son nom, le Parménide, pour traiter la question de l'Être, dont Parménide a inlassablement répété qu'il est, tandis que le Non-Être n'est pas.

Biographie[modifier | modifier le code]

On ne connaît pas avec exactitude les dates de naissance et de mort de Parménide. Il est né à Élée à la fin du VIe siècle av. J.-C. et meurt au milieu du Ve siècle av. J.-C. Il aurait eu 65 ans quand il est venu à Athènes où il aurait rencontré le jeune Socrate, peut-être âgé de moins de 20 ans, ce qui situerait sa naissance vers 520-510 si l'on place le dialogue platonicien vers 450-448[2]. Selon Synésios, Socrate aurait eu 25 ans à ce moment, ce qui placerait la naissance de Parménide vers 510. Ces données sont peu sûres ; selon Diogène Laërce[3], son acmé se situe dans la 69e Olympiade (504-500), mais d'autres sources la placent dans la 79e. Ainsi, Parménide est-il placé soit avec Héraclite et Empédocle d'Agrigente, soit avec Démocrite, Gorgias ou encore Prodicos de Céos.

Parménide. Détail de L'école d'Athènes de Raphaël.

Parménide était le fils de Pyrès (ou Pyrrhès)[4]. Il est issu d'une famille riche et puissante. Théophraste déclare dans Opinions des Philosophes que Parménide est disciple de Xénophane de Colophon, et qu'il est le premier à nommer « Monde » l'« Univers »[5]. Proclos dans ses Commentaires sur le Parménide le dit pythagoricien, et sa manière de vivre était considérée comme pythagoricienne. Il se lia d'abord en effet avec les pythagoriciens : c'est Aminias qui le poussa à la vie philosophique[4],[6]. Aristote[7] est plus réservé sur la question, mais Parménide se rattache à Xénophane, dont il fut peut-être le disciple, selon Clément d'Alexandrie[8] et Sextus Empiricus[9]. Il reste que Parménide et Xénophane ont tous deux vécu à Élée, et que l'on peut supposer qu'ils se connaissaient. Ainsi, quant aux influences philosophiques de Parménide, il semble possible d'affirmer que, comme Empédocle, il suivit la vie pythagoricienne sans en adopter les idées, et qu'il suivit Xénophane sur ce point. Il aurait fondé une école comparable aux écoles pythagoriciennes. Il aurait été également disciple d'Anaximène selon Suidas, mais ce renseignement semble être dû à une erreur de texte. Il eut pour successeurs Empédocle et Zénon d'Élée. Il fut peut-être législateur dans sa ville natale[3] ; les Éléates devaient chaque année jurer de nouveau obéissance aux lois. Il nous reste des fragments de son poème De la Nature, dont la première partie traite de la vérité et la seconde de l'opinion.

Doctrine[modifier | modifier le code]

Parménide a écrit en vers un traité De la nature ; selon la Souda, il aurait également écrit des œuvres en prose, mais ce point est controversé.

Parménide divisait la philosophie en deux parties nettement opposées, la vérité, (ἀλήθεια) et l'opinion (δόξα). Cette division est pour lui absolue :

« Χρεὼ δέ σε πάντα πυθέσθαι
ἠμέν Ἀληθείης εὐκυκλέος ἀτρεμὲς ἦτορ
ἠδὲ βροτῶν δόξας, ταῖς οὐκ ἔνι πίστις ἀληθής. »
« Apprends donc toutes choses,
Et aussi bien le cœur exempt de tremblement
Propre à la Vérité à l'orbe pur,
Que les opinions des mortels, dans lesquelles
Il n'est rien qui soit vrai ni digne de crédit. »
Fragment 1, 28 à 30[3].

Parménide parle de la « force de la certitude », dans le fragment 8, 12, et dans le fragment cité ci-dessus, il qualifie le cœur de la vérité d’« inébranlable », alors que l'opinion est dépourvue de pouvoir de conviction. Il oppose ainsi la logique à l'expérience : la raison est selon lui le critère de la vérité. La pensée (il identifie âme et intellect), en suivant les règles de la logique, établit ainsi que l'être est, et qu'il faut lui prédiquer des attributs non-contradictoires : il est intelligible, non-créé et intemporel, il ne contient aucune altérité et est parfaitement continu. Si cette conception de l'être est de l'ordre de la pensée, Parménide le représente aussi comme une réalité physique, finie et sphérique. Cette doctrine fait de lui le penseur de l'Être par excellence, et tranche par sa froideur rationnelle avec les autres penseurs grecs, un Empédocle d'Agrigente par exemple. La doctrine de Parménide ne donne cependant pas d'explications relatives aux origines des êtres.

Physique[modifier | modifier le code]

Les cinq zones climatiques, polaires en jaune, tempérées en bleu, torrides en rouge, dans un manuscrit du Songe de Scipion du XIIe siècle.

À la suite de ces déductions abstraites, il développe encore une physique nettement pythagoricienne[4]. Il fut le premier à affirmer que la Terre est sphérique et située au centre de l'univers[4]. Il divisait les choses en deux éléments : le feu et la terre.

Selon Posidonios de Rhodes, il fut le premier à proposer la théorie des zones climatiques, qui divise le globe terrestre en cinq zones, deux zones glacées donc inhabitables près des pôles, et une zone torride infranchissable à cheval sur l’Équateur, séparant les deux zones tempérées, les seules susceptibles d’être habitées :

« Une première question éminemment géographique, est celle qu'aborde Posidonios quand il suppose la sphéricité de la terre et du monde et qu'il admet comme une des conséquences légitimes de cette hypothèse la division de la terre en cinq zones. C'est à Parménide qu'il attribue la première idée de cette division en cinq zones. » [10]. Il y a, sur la sensation, de nombreuses opinions, qui peuvent se réduire à deux générales : les uns la font produire par le semblable, les autres par le contraire. Parménide, Empédocle et Platon sont au nombre des premiers ; Anaxagore soutient la seconde thèse[11]. Selon Théophraste, Parménide dit que la connaissance a lieu suivant que ce soit l'âme ou la pensée qui l'emporte sur l'autre. La pensée est meilleure et plus pure lorsque le chaud prédomine. De la proportion du chaud et du froid dépendent la mémoire et l'oubli. Le semblable est senti par le semblable le cadavre ne sent rien du fait de l'absence de chaleur. Théophraste dit encore que Parménide reconnaît l'infériorité des sens et l'opinion sur la pensée, ne fait pas encore de distinction entre sensation et raison.

Parménide n'a pas inventé sa physique, et il déclare lui-même qu'il expose des opinions qui ne sont pas les siennes. Il paraît suivre sur certains points Anaximandre et Anaximène ; mais c'est au pythagorisme qu'il a fait les emprunts les plus nombreux. La divinité qui gouverne le monde correspond au feu central des pythagoriciens ; Parménide conçoit, ainsi qu'ils l'avaient fait, l'univers comme sphérique et composé de zones concentriques ; c'est encore à leur exemple qu'il admet que la sphère intérieure et la sphère extérieure sont formées du même élément. Enfin, et surtout, l'opinion que tout résulte du mélange de deux éléments contraires lui vient, sans doute, des pythagoriciens. Ce n'est donc pas sans raison que certains auteurs anciens appellent Parménide un pythagoricien. Mais cela ne suffit pas pour nous autoriser à penser qu'il a, dans les détails de sa physique, suivi exactement les anciens pythagoriciens, et à chercher dans sa doctrine des renseignements sur la leur. Il n'est pas plus vraisemblable qu'il ait été exclusivement leur disciple. Si l'on n'a pu trouver de raison décisive pour prouver que Parménide n'a été qu'un physiologue, on ne saurait en invoquer aucune qui établisse avec quelque vraisemblance, contre la tradition, qu'il n'a pas été, avant tout, le disciple de Xénophane.

Parménide et Gorgias[modifier | modifier le code]

Le sophiste Gorgias a écrit un traité, Sur le non-étant, qui réfute le traité de Parménide Sur l'étant. Parménide dit que l'Étant est non engendré (fragment 8), Gorgias répond qu'il n'est ni engendré ni non engendré (§ 2), de sorte qu'il n'est ni être ni non-être[12], et donc pas étant ; Parménide écrit que « l'Étant est » (τ΄ἐὸν ἔμμεναι, fragment 6) et Gorgias, lui, « dit qu'il n'est rien » (Οὐκ εἶναί φησιν οὐδέν, § 1).

Fragments rapportés[modifier | modifier le code]

  • Platon rapporte un élément que Luc Brisson croit être une évocation du Poème de Parménide et son école de pensée dans le Théétète[13] : « immobile est pour le tout le mot Ëtre. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Werner Jaeger, Paideia, La formation de l'homme grec, Gallimard, 1988, p. 214-215.
  2. Dans le Parménide de Platon (127 b), Parménide est un « vieillard honorable ».
  3. a, b et c Diogène Laërce, Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres [détail des éditions] [lire en ligne], IX, 23.
  4. a, b, c et d Diogène Laërce, Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres [détail des éditions] [lire en ligne] : IX, 21.
  5. Strabon : 27, 1, 1 et Diogène Laërce, VIII, 1.
  6. On rapporte qu'il vénéra tant le pythagoricien Diochaitès, qu'il lui éleva une statue après sa mort.
  7. La Métaphysique, A, 5, 986 b, 22.
  8. Stromates, I, 364.
  9. Contre les mathématiciens, VII.
  10. Strabon, Géographie [détail des éditions] [lire en ligne] : L.II, chap. 2.
  11. Vors. 146, 1-4 : Sur les sensations, 1.
  12. ἔστιν οὔτε εἶναι οὔτε μὴ εἶναι, § 2.
  13. 180e

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Texte grec et traduction[modifier | modifier le code]

Études[modifier | modifier le code]

  • Jean Beaufret, Le poème de Parménide, Paris, PUF, 1955.
  • Jean Bollack, Parménide, de l'étant au monde, Lagrasse, Verdier poche, 2006.
  • Nestor Luis Cordero, Les deux chemins de Parménide, Paris-Bruxelles, Vrin-Ousia, 1984.
  • Lambros Couloubaritsis, Mythe et Philosophie chez Parménide, trad. en appendice, Bruxelles, Ousia, 1986.
  • Lambros Couloubaritsis, La pensée de Parménide, troisième édition modifiée et augmentée de l'ouvrage précédent, Bruxelles, Ousia, 2009.
  • Jean Frère, Parménide ou le souci du vrai. Ontologie, Théologie, Cosmologie, Paris, Kimé 2012.
  • Martin Heidegger, "Moira (Parménide, VIII, 34-41)", in Essais et conférences, Paris, Gallimard, 1958.
  • Martin Heidegger, Qu'appelle-t-on penser ?, Paris, PUF, 1959, collection "Épiméthée", (repris in Paris, PUF, 2010, collection "Quadrige").
  • Martin Heidegger, Parménide, Paris, Gallimard, 2011.
  • Jean Lévêque, La Trilogie, Parménide, Héraclite, Gorgias, Paris, Osiris, 1994.
  • Eduard Zeller, La philosophie des Grecs (1844-1852), vol. I et II, trad. Émile Boutroux, Paris, 1882 Lire en ligne le tome 2 sur Gallica

Liens externes[modifier | modifier le code]

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