John Searle

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Page d'aide sur l'homonymie Cet article concerne le philosophe américain. Pour le directeur de la photographie australien (né en 1942), voir John Seale.

John Searle

Philosophe occidental

Époque Contemporaine

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John Searle en 2005

Naissance 31 juillet 1932 (82 ans) (Denver)
École/tradition Philosophie analytique
Principaux intérêts Philosophie du langage, Philosophie de l'esprit, Intelligence Artificielle
Idées remarquables Actes de langage, Intentionnalité, Chambre chinoise
Œuvres principales Les actes de langage, La redécouverte de l'esprit, La construction de la réalité sociale
Influencé par Frege, G. E. Moore, Wittgenstein, Gilbert Ryle, J. L. Austin, Paul Grice, P. F. Strawson

John Rogers Searle (31 juillet 1932, Denver, Colorado) est un philosophe américain qui s'est particulièrement intéressé à la philosophie du langage et à la philosophie de l'esprit. Il a fait sa carrière en tant que professeur de philosophie à l'Université de Californie, Berkeley.

Philosophie du langage[modifier | modifier le code]

Les Actes de langage et leur force illocutoire[modifier | modifier le code]

La philosophie du langage de John Searle bénéficie de l'héritage de Peter Strawson et de John Austin. On lui doit en particulier une classification des actes de langage. Dans le prolongement d'Austin, Searle distingue :

  • les assertifs : un acte assertif engage le locuteur sur la véracité d'une proposition. Exemple : informer.
  • les directifs : un directif correspond à la tentative de la part du locuteur d'obtenir quelque chose de son destinataire. Exemple : demander.
  • les promissifs : un promissif engage le locuteur sur le déroulement de l'action. Exemple : promettre.
  • les expressifs : exprime l'état psychologique du locuteur (par exemple, la gratitude). Exemple : remercier.
  • les déclarations : modifie un état institutionnel. Exemple : déclarer la guerre.

John Searle a par la suite travaillé avec Daniel Vanderveken sur cette théorie des actes de langage afin de déterminer la réussite partielle ou complète d'un tel acte.

Les Actes de langage indirects[modifier | modifier le code]

Les actes de langage indirects sont pour Searle les expressions qui réalisent une action verbale sous les apparences d'une autre. "Peux-tu me passer le sel?" par exemple, dont il distingue l'acte primaire et indirect, la demande qu'on lui passe le sel, et l'acte secondaire, direct, sur les capacités de l'allocutaire à le faire.

La controverse avec Jacques Derrida[modifier | modifier le code]

Searle et Derrida se sont opposés sur la question de la littéralité et de la contextualité du langage, sur fond d'interprétation de la philosophie d'Austin. Le point de départ de la controverse est le texte écrit par Derrida à propos de la pensée d'Austin intitulé « Signature, événement, contexte » (1971, repris dans Marges de la philosophie, 1972). Le livre célèbre d'Austin discuté est Quand dire, c'est faire (1962).

Searle répond dans un opuscule intitulé « Pour réitérer les différences, réponse à Derrida » (1977, traduit en français en 1991).

Derrida poursuit la polémique de manière virulente dans un article qu'il intitule Limited Inc. abc, publié dans Limited Inc. (1989).

Searle lui répond de manière très brève (trois pages) dans La construction de la réalité sociale (1995).

Philosophie de l'esprit[modifier | modifier le code]

L'Intentionnalité[modifier | modifier le code]

Searle a défini l'intentionnalité comme causalité libre de la volonté en tant qu'événement mental bipolaire [Quoi ?] [pas clair] [C'est-à-dire ?] [1]. Il ne faut pas confondre l'intentionnalité de Searle avec celle de Husserl et de la tradition phénoménologique [Pourquoi ?] [Comment ?].

Naturalisme biologique, émergentisme[modifier | modifier le code]

En philosophie de l'esprit, Searle se distingue par son naturalisme biologique. Qualifier ainsi le naturalisme de "biologique", c'est mettre l'accent sur le fait que le niveau propre de compréhension du phénomène de la conscience est le niveau biologique. Searle défend ainsi une position qualifiée d'« émergentiste ». L'émergentisme développe l'idée qu'il y a continuité et non dualité entre le corps et l'esprit. L'esprit naîtrait d'une complexification croissante du corps et plus particulièrement du système neuronal. Searle s'oppose ainsi aussi bien aux conceptions dualistes et à l'héritage cartésien qu'aux conceptions réductionnistes des relations entre l'esprit et le corps. Pour lui, les états mentaux qui caractérisent notre vie subjective sont aussi réels que les autres phénomènes biologiques, aussi réels que des phénomènes comme la photosynthèse ou la digestion. Mais ils ne sont pas réductibles aux processus neurobiologiques tels que les neurosciences les conçoivent. La position ainsi défendue se veut à la fois parfaitement naturaliste et anti-réductionniste. Comme Searle l'affirme à maintes reprises, les états mentaux sont à la fois causés par les opérations du cerveau et réalisés dans la structure même du cerveau. Tout le problème de la philosophie de l'esprit se ramène alors à cette question : comment peut-on dire en même temps que le cerveau cause l'esprit (conformément à un certain dualisme) et que l'esprit est un trait caractéristique du cerveau (comme l'affirme le matérialisme) ? À cette question, Searle répond que s'il existe bien une relation de cause à effet entre le cerveau et l'esprit, les « caractéristiques de surface » que constituent les états mentaux sont simplement des caractéristiques de niveau supérieur du cerveau où se produisent, au niveau de la micro-structure, les processus physiques qui les causent. La subjectivité de la conscience doit donc être comprise comme un fait biologique d'ordre supérieur que l'on peut réduire "causalement" à sa base physique, en tant qu'elle en est la cause inhérente, mais que l'on ne peut toutefois réduire "ontologiquement" à cette base qui est par définition objective et donc inconsciente.

Bibliographies[modifier | modifier le code]

Œuvres traduites en français[modifier | modifier le code]

  • Les Actes de langage, 1972, éd. Hermann, rééd. 2009
  • Sens et expression, 1982, éd. Minuit
  • L'Intentionnalité, 1985, éd. Minuit
  • Pour réitérer les différences, réponse à Derrida, 1991, éd. L'éclat
  • La Redécouverte de l'esprit, 1995, éd. Gallimard
  • La Construction de la réalité sociale, 1998, éd. Gallimard
  • Le Mystère de la conscience, 1999, éd. Odile Jacob
  • Liberté et neurobiologie, 2004, éd. Grasset

Bibliographie critique[modifier | modifier le code]

  • Jacques Derrida, Limited Inc., éd. Galilée, 1990
  • Cédric Cagnat, La construction collective de la réalité, L'Harmattan, 2004
  • Fabrice Clément et Laurence Kaufmann, Le monde selon John Searle, éd. du Cerf, 2005
  • Raoul Moati, Derrida/Searle : Déconstruction et langage ordinaire, éd. PUF, 2009

Œuvres en anglais[modifier | modifier le code]

  • Speech Acts: An Essay in the Philosophy of Language (1969)
  • The Campus War: A Sympathetic Look at the University in Agony (political commentary; 1971)
  • Expression and Meaning: Studies in the Theory of Speech Acts (essay collection; 1979)
  • Intentionality: An Essay in the Philosophy of Mind (1983)
  • Minds, Brains and Science: The 1984 Reith Lectures (lecture collection; 1984)
  • John Searle and His Critics (Ernest Lepore and Robert Van Gulick, eds.; 1991)
  • The Rediscovery of the Mind (1992)
  • The Construction of Social Reality (1995)
  • The Mystery of Consciousness (review collection; 1997)
  • Mind, Language and Society: Philosophy in the Real World (summary of earlier work; 1998)
  • Rationality in Action (2001)
  • Consciousness and Language (essay collection; 2002)
  • Freedom and Neurobiology (lecture collection; 2004)
  • Mind: A Brief Introduction (summary of work in philosophy of mind; 2004)

Citation[modifier | modifier le code]

« J’espère qu’il paraît évident que si l’on accepte l’idée d’une vérité objective – et donc la connaissance objective – on doit estimer […] qu’un argument ad hominem n’est pas valide. Si quelqu’un revendique la vérité d’une affirmation et peut soutenir celle-ci, et si de plus cette affirmation est réellement vraie, alors cette personne connaît effectivement quelque chose. Le fait que toute l’entreprise de formulation et de validation d’une affirmation peut avoir été réalisée par un raciste ou par un sexiste est tout simplement sans objet pour ce qui concerne la validité de l’affirmation. » Rationalité et réalisme : qu’est-ce qui est en jeu ?[2].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L'intentionnalité, un problème difficile, p. 764.
  2. Paru dans Daedalus, automne 1993, p. 55-83. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Patrick Peccatte : Rationalité et réalisme : qu’est-ce qui est en jeu ?

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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