Liberté de religion

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Un épisode dramatique de l’histoire religieuse de la France : les « dragonnades ».

La liberté de religion désigne le droit subjectif fondamental des personnes de choisir et de pratiquer une religion donnée et l'évaluation du respect de ce droit. Par extension, elle fait référence aux textes de droit, déclarations, pactes, conventions, lois, textes constitutionnels divers qui permettent d'affirmer, défendre, étendre ou limiter ce droit. La liberté de religion est un aspect de la liberté de conscience.

Le droit international ou national et la liberté de religion[modifier | modifier le code]

Selon Jean Baubérot[1], la liberté de pensée donne à l'individu les outils intellectuels lui permettant de choisir et d'exercer avec discrimination et libre arbitre, ses choix de conscience, de religion, de conviction. La liberté de conscience est considérée comme absolue dans les textes fondateurs[2], elle correspond à la vie intérieure de la personne. L'expression de cette liberté de conscience en liberté de conviction, qui englobe la liberté de religion et dans laquelle on peut inscrire également la liberté de croire ou ne pas croire (voir athéisme et agnosticisme), fait l'objet dans certains textes de restrictions dans son exercice[3].

Nations unies[modifier | modifier le code]

En Europe[modifier | modifier le code]

La Convention européenne des droits de l'homme reprend dans son article 9 et en l'amendant, l'article 18 de la Déclaration Universelle : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l'enseignement, les pratiques et l'accomplissement des rites. » et précise également les restrictions liées à la liberté de conviction et de religion en amendant l'alinéa 3 de la déclaration de 1981 : « La liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l'objet d'autres restrictions que celles qui, prévues par la loi, constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité publique, à la protection de l'ordre, de la santé ou de la morale publiques, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. »[4]

En France[modifier | modifier le code]

Concernant la France, la liberté religieuse est évoquée dans l'article 10 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi. »

La loi de séparation des Églises et de l'État en 1905, élément clé de la laïcité française, introduit la notion de « culte » qui désigne la pratique associée à une croyance au sens large. L'État s'interdit de définir ce qu'est ou n'est pas une religion ou une croyance. Son article premier dispose que « la République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public. »[5]

Selon l'article 1 de la Constitution française de 1958, « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. » Notons le terme de « croyance » et non de « religion »[6].

Aux États-Unis[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Religion aux États-Unis.
Pour une approche plus détaillée en anglais, voir en:Freedom of Religion in the United States.
Une des trois parties du monument à Oscar Straus à Washington DC, en l'honneur de la liberté de religion

Le statut pour la liberté religieuse de Virginie (Virginia Statute for Religious Freedom) est le premier texte américain qui instaure la liberté de conscience : il fut rédigé en 1779 par Thomas Jefferson et adopté par l'Assemblée législative de Virginie en 1786, pendant la période coloniale. En 1791, le Premier Amendement de la Déclaration des Droits proclame « Le Congrès ne fera aucune loi accordant une préférence à une religion ou en interdisant le libre exercice, restreignant la liberté d'expression, la liberté de la presse ou le droit des citoyens de se réunir pacifiquement et d'adresser à l'État des pétitions pour obtenir réparation de torts subis. »

Chaque année, le National Religious Freedom Day est officiellement proclamé par le Président américain le 16 janvier, mais n'est pas un jour férié. Cette date commémore le First Freedom Center de Richmond par un banquet.

En Chine[modifier | modifier le code]

La politique religieuse de la République populaire de Chine, influencée par l'idéologie communiste athée contrôle étroitement la pratique religieuse. Le gouvernement de Chine populaire ne reconnait que cinq religions, le taoïsme, le bouddhisme, l'islam, le protestantisme et le catholicisme.

Représentation de la Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen de 1789, dont fait partie la liberté de conscience

Histoire[modifier | modifier le code]

Antiquité[modifier | modifier le code]

Dans l'Antiquité, un point de vue syncrétique permettait aux communautés de commerçants d'agir selon leurs coutumes propres. Les affrontements entre juifs et grecs à Cyrène sont un exemple de cités cosmopolites facteurs de tumulte.

Lorsque l'ordre établi s'est senti menacé ou lorsque le chef a été déifié, comme à Rome ou en Perse, le refus d'offrir un sacrifice était assimilé au refus d'un serment d'allégeance.

Dans l'Empire romain, la liberté de culte a été accordée aux chrétiens par Galère avec l'édit de Sardique (311), puis par Constantin Ier avec l'édit de Milan (313)[7].

En Inde, la liberté de culte était incluse dans une écriture d'Ashoka.

En Europe[modifier | modifier le code]

Au Moyen Âge, l'Église catholique tenait les rênes de l'expression religieuse. Les juifs étaient alternativement tolérés et persécutés (expulsion des Juifs et des Musulmans d'Espagne en 1492).

En 1533, Henri VIII d'Angleterre fut excommunié pour son divorce et son remariage avec Anne Boleyn et il établit une Église d'État avec des évêques nommés par la couronne (Église d'Angleterre). Thomas More fut exécuté en 1535 pour son opposition à Henri VIII.

L'intolérance envers les formes dissidentes de protestantisme est mise en évidence par l'exode des Pères pèlerins qui cherchèrent refuge en Hollande puis finalement en Amérique.

William Penn fut acquitté pour avoir prêché un sermon Quaker (le jury fut emprisonné pour l'acquittement qui eut un profond retentissement sur les futures lois américaine et anglaise en matière de liberté de religion).

En 1555, Charles Quint toléra le luthéranisme par la paix d'Augsbourg.

En France, en 1570, le Traité de Saint-Germain déclara la paix entre protestants et catholiques mais les persécutions continuèrent (massacre de la Saint-Barthélemy) jusqu'à l'Édit de Nantes, signé par Henri IV en 1598, puis révoqué en 1685 par Louis XIV.

La non-tolérance resta la norme jusqu'à la Révolution française qui abolit la religion d'État et confisqua les propriétés de l'Église. Les rois étaient appelés défenseurs de la foi. Le décret du 13 février 1790 a interdit les vœux monastiques et supprimé les ordres religieux réguliers, hors ceux chargés de l’éducation publique et des maisons de charité[8]. Les prêtres qui n'avaient pas prêté serment à la constitution civile du clergé en 1791, appelés prêtres réfractaires, ont été sévèrement persécutés pendant la Terreur.

Le 21 février 1795, la Convention met fin à cinq ans de non-tolérance du protestantisme en proclamant la liberté de culte. Désormais, l'État autorise l'exercice du culte de son choix mais insiste sur le fait qu'il doit se dérouler sans signes ostentatoires et que l'État ne sera pas mis à contribution pour fournir des lieux de prières.

En Extrême-Orient[modifier | modifier le code]

La liberté de religion et de culte a été dominante en Inde sous les anciennes dynasties jusqu'aux environs de 1210 après l'invasion islamique (en:Islamic empires in India). Ainsi, l'égalité de traitement des religions est mentionnée dans une inscription d'Ashoka. L'empire moghol musulman fut fondé par le chef mongol Bâbur en 1526 à la Première bataille de Pânipat. Ses empereurs furent en général assez tolérants sur le plan religieux, le plus remarquable étant Akbar (1542-1605) dont la foi universaliste lui valut des accusations d'apostasie de la part de l'orthodoxie. Aurangzeb (1618-1707), par contre, tenta d'imposer l'islam comme religion exclusive.

La Chine a joui jusqu'au milieu du XXe siècle d'un degré appréciable de liberté religieuse avec pour conséquence diversité et syncrétisme. Néanmoins, la rivalité de certaines factions entraîna de brefs épisodes de répression (bouddhisme et autres religions allogènes) et le contrôle de l'État fut toujours important. Les religions "étrangères" devaient obtenir une autorisation pour faire du prosélytisme. Les mouvements considérés comme menaçant l'ordre social ou le pouvoir furent systématiquement éliminés.

Les débats contemporains[modifier | modifier le code]

La liberté de religion de l'enfant[modifier | modifier le code]

Concernant l'enfant, la déclaration de 25 novembre 1981 de l'ONU stipulait article 5 alinéa 1 : « Les parents ou, le cas échéant, les tuteurs légaux de l'enfant ont le droit d'organiser la vie au sein de la famille conformément à leur religion ou leur conviction et en tenant compte de l'éducation morale conformément à laquelle ils estiment que l'enfant doit être élevé. » et alinéa 5 : « Les pratiques d'une religion ou d'une conviction dans lesquelles un enfant est élevé ne doivent porter préjudice ni à sa santé physique ou mentale ni à son développement complet, compte tenu du paragraphe 3 de l'article premier de la présente Déclaration. »

Désormais la Convention internationale sur les droits de l'enfant, dite aussi « Convention de New York », adoptée par l'Organisation des Nations Unies le 20 novembre 1989, est le texte fondateur des droits de l'enfant à l'échelle mondiale ; l'article 14 précise ces droits vis-à-vis de la liberté de religion : « 1 Les États parties respectent le droit de l’enfant à la liberté de pensée, de conscience et de religion. 2. Les États parties respectent le droit et le devoir des parents ou, le cas échéant, des représentants légaux de l’enfant, de guider celui-ci dans l’exercice du droit susmentionné d’une manière qui corresponde au développement de ses capacités. 3. La liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut être soumise qu’aux seules restrictions qui sont prescrites par la loi et qui sont nécessaires pour préserver la sûreté publique, l’ordre public, la santé et la moralité publiques, ou les libertés et droits fondamentaux d’autrui.» L'article 18 précise également dans l'alinéa 1 : « Les États parties s'emploient de leur mieux à assurer la reconnaissance du principe selon lequel les deux parents ont une responsabilité commune pour ce qui est d'élever l'enfant et d'assurer son développement. La responsabilité d'élever l'enfant et d'assurer son développement incombe au premier chef aux parents ou, le cas échéant, à ses représentants légaux. Ceux-ci doivent être guidés avant tout par l'intérêt supérieur de l'enfant. »[9]

Lutte anti-sectes et liberté de religion[modifier | modifier le code]

En France, l'une des commissions parlementaires a publié en 1995 une liste de 173 mouvements jugés sectaires (selon des critères considérés comme vagues et pouvant englober de nombreuses organisations, religieuses ou pas) et proposé des modifications de législation qui ont mené au vote de la loi About-Picard en 2001.

Le gouvernement français a rappelé à diverses reprises que les rapports parlementaires sur les sectes n'avaient aucune valeur juridique. Pourtant, cette liste a porté (et porte toujours) atteinte aux libertés de religions car :

  • elle a dégradé l'image des mouvements listés,
  • elle a été utilisée par certaines municipalités en dépit de ces recommandations, ce qui a donné lieu à des procès.

La liste de sectes, très controversée, a été officiellement abandonnée en 2005.

À noter qu'en Belgique, la publication d'un rapport similaire en 1997[10] a provoqué une violente controverse au Parlement, qui a dû renoncer à définir une liste de sectes, et a valu à l'État belge une condamnation en justice en 2005[11] , condamnation toutefois anéantie par la Cour de cassation. En 2011, le Parlement belge a voté une nouvelle infraction, proche de celle de la loi About-Picard, réprimant l'abus de vulnérabilité, et érigeant la déstabilisation psychologique en circonstance aggravante.

L'islam[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Apostasie dans l'islam.

Les théologiens islamiques citent le Coran (verset 2:256) « Il n'y a pas de contrainte en religion » pour soutenir que l'islam accorde la liberté religieuse.

L'Arabie saoudite qui abrite les sites de La Mecque et de Médine ne permet pas l'expression publique d'autres croyances que l'islam.

En Algérie, l'islam est la religion d'État (article 2 de la Constitution de 1996). L'article 36 évoque l'inviolabilité de la liberté de conscience et d'opinion mais pas celle de religion.

En 2006, un texte législatif est introduit protégeant l'exercice des cultes autres que musulman :

« l'État algérien dont la religion est l'Islam, garantit le libre exercice du culte dans le cadre du respect des dispositions de la Constitution, de la présente ordonnance, des lois et règlements en vigueur, de l'ordre public, des bonnes mœurs et des droits et libertés fondamentaux des tiers »

— ordonnance no 2006-03 du 28/02/2006 Jora no 12 du 1er mars 2006

Ainsi, l'État algérien garantit également la tolérance et le respect entre les différentes religions (article 2 de l'Ordonnance précitée)[12]. Cependant, en 2007, plusieurs chrétiens ont été emprisonnés sous prétexte qu'ils évangélisaient, le fait d'avoir une bible est passible d'une amende et d'emprisonnement.

Le christianisme[modifier | modifier le code]

Positions des différentes Églises[modifier | modifier le code]

L'Église catholique romaine se définit, par son nom, comme l'unique vraie foi. Cependant, la déclaration Dignitatis Humanae du IIe concile œcuménique du Vatican affirme la liberté religieuse pour tous. Voir aussi John Courtney Murray.

Le protestantisme fait preuve de sa grande pluralité. Certains groupes sont très attachés à la liberté religieuse pour toute religion et mènent des actions sociales en ce sens, tel que l'Association internationale de la liberté religieuse. D'autres au contraire y sont plutôt opposés (Voir en:Christian Fundamentalism (en))[réf. nécessaire].

L'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours (mormons) affirme, dans son onzième article de foi : « Nous affirmons avoir le droit d'adorer le Dieu Tout-Puissant selon les inspirations de notre conscience et reconnaissons le même droit à tous les hommes: qu'ils adorent comme ils veulent, où ils veulent ou ce qu'ils veulent ».

Liberté de religion des chrétiens[modifier | modifier le code]

L'Observatoire de la liberté religieuse mis en place par Aide à l'Église en détresse estime que 200 millions de chrétiens dans le monde, toutes tendances confondues, ne peuvent pas vivre leur foi librement. L'observatoire offre une base documentaire qui donne, pour chaque pays, des données statistiques, la législation religieuse, ainsi qu’un dossier d’actualité issu de la revue L'Église dans le monde[13].

La conversion et la propagation[modifier | modifier le code]

La jurisprudence de certaines écoles islamiques considère que l'apostasie dans l'islam est un crime passible de la mort.

Beaucoup d'états islamiques, et d'autres comme la Chine, restreignent sévèrement les activités missionnaires. En Grèce le prosélytisme est interdit constitutionnellement. Israël a tenté de restreindre les missions chrétiennes. [réf. nécessaire]

Le conflit entre la pratique religieuse et la loi civile[modifier | modifier le code]

Du point de vue d'un groupe religieux donné, la liberté religieuse signifie pouvoir suivre sans restriction les règles de sa propre religion dans tous les domaines concernés et faire éventuellement du prosélytisme.

À l'inverse, selon l'État laïc, la liberté religieuse est avant tout une liberté d'opinion, la liberté de pratique pouvant être restreinte au nom de l'intérêt commun. Le maintien de cette liberté implique de ne favoriser aucune religion par rapport aux autres ou aux non-croyants, d'interdire l'ingérence des institutions religieuses dans le gouvernement et l'administration, et de ne pas accorder un statut spécifique aux pratiquants de certaines religions. L'État laïc impose donc des lois s'appliquant uniformément à tous, qui peuvent parfois contredire les règles de certaines communautés ou interdire certaines pratiques. L'État séculier soutient le droit à l'apostasie, corollaire de la liberté d'opinion, alors qu'il peut arriver qu'une religion ou qu'une tendance à l'intérieur d'une religion la réprouvent.

Vraisemblablement en référence à des lois britanniques entrées en vigueur en 2009 et au projet de loi nommé 'equality bill, le pape Benoît XVI a déclaré qu'il s'agissait d'une atteinte à la liberté de religion[14]. En effet, ces lois interdisent la discrimination envers les homosexuels en matière d'adoption et ce projet de loi mettrait fin à l'exception accordée aux communautés religieuses de pouvoir ne pas engager les personnes dont le comportement ne cadre pas avec leurs croyances[14].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) Joseph Lecler, Histoire de la tolérance au siècle de la Réforme, Bibliothèque de l’Evolution de l’Humanité, Albin Michel, Paris, 1994.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]