Wolfgang Pauli

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Pauli (homonymie).
Page d'aide sur l'homonymie Ne doit pas être confondu avec Wolfgang Paul, physicien connu pour le développement de la technique de capture d'ions.

Wolfgang Ernst Pauli (25 avril 1900 à Vienne - 15 décembre 1958 à Zurich) était un physicien autrichien connu pour sa définition du principe d'exclusion en mécanique quantique, ce qui lui valut le prix Nobel de physique de 1945[1]. Il est également lauréat de la médaille Franklin en 1952.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Wolfgang Ernst Pauli

Wolfgang Ernst Pauli est né le 25 avril 1900 d'un père professeur des universités, Wolfgang Joseph Pauli (1869-1955), et d'une mère journaliste et juriste, Berta Maria Camilla Schütz (1878-1927). Son père, dont le nom d'origine est Wolf Pascheles, était d'abord de confession juive, avant d'être converti au catholicisme peu avant son mariage en 1899. Pauli avait aussi une sœur, Hertha (1906-1973), qui fut actrice et écrivain. Son deuxième prénom lui a été donné en l'honneur de son parrain, le physicien Ernst Mach. Au lycée à Vienne, Pauli était considéré comme un enfant prodige en mathématiques.

Études[modifier | modifier le code]

À partir de 1919, il commence ses études de physique à l'université de Munich avec pour professeur Arnold Sommerfeld. Depuis 1898, Sommerfeld était chargé d'écrire le cinquième volume de la Enzyklopädie der mathematischen Wissenschaften, consacré à la physique. Il requiert dans un premier temps la collaboration d'Albert Einstein pour rédiger l'article sur la relativité, mais ce dernier refuse. Sommerfeld fait alors appel à Pauli, dont la relativité était la spécialité lors de son inscription aux cours de Sommerfeld. C'est ainsi qu'à 21 ans, Pauli publie son article de synthèse des théories de la relativité restreinte et de la relativité générale pour l'Encyclopédie mathématique[2],[3]. Voilà ce qu'en dira Einstein dans une lettre du 30 décembre 1921 adressée à Born : « Pauli est un type épatant pour ses 21 ans ; il peut être fier de son article pour l'Encyclopédie. »

En 1921, il obtient son doctorat avec pour sujet l'atome d'hydrogène avec mention summa cum laude. Son travail a été perçu comme décevant, mais il montra cependant clairement la limite du modèle de l'atome de Bohr, auquel il travaillera en tant qu'assistant de Max Born à Göttingen entre 1921 et 1922[4].

Carrière scientifique[modifier | modifier le code]

Pendant les années 1922 et 1923, il travailla aux côtés de Niels Bohr à Copenhague. Entre 1923 et 1928, il enseigna à Hambourg avant de partir à l'ETH de Zurich, où il obtint un poste de professeur de physique théorique. C'est là qu'il fit la connaissance du psychiatre Carl Gustav Jung avec qui il eut, sa vie durant, des échanges fructueux, notamment sur le hasard que Jung appelait synchronicité.

À partir de 1935, il est parti pour les États-Unis, où il occupe des postes de professeur invité, notamment à l'Institute for Advanced Study à Princeton durant les années 1935-1936, mais aussi à l'Université du Michigan, en 1931 et 1941, et l'Université Purdue, en 1942. En tant que citoyen allemand (en raison de l'anschluss), il ne participa pas aux projets scientifiques de la guerre.

En 1946, il obtient la citoyenneté américaine, mais revient la même année à l'ETH de Zurich, où une place de professeur lui avait été gardée. En 1949, il devient citoyen suisse. Dans les années 1950, il retourne régulièrement à Princeton afin de donner des cours en tant que professeur invité. Dans les dernières années de sa vie, il participa à la fondation du CERN. Il meurt le 15 décembre 1958 d'un ulcère gastro-duodénal.

Pauli a eu pour assistants : Ralph Kronig, Félix Bloch, Rudolf Peierls, Hendrik Casimir, Markus Fierz, Nicholas Kemmer (en), Victor Weisskopf et Res Jost. Robert Oppenheimer fut l'un de ses étudiants.

En 1930, Pauli reçoit la médaille Lorentz, et en 1945, le prix Nobel de physique « pour la découverte du principe d'exclusion, aussi appelé principe de Pauli[1] ». Enfin en 1958, la médaille Max-Planck lui est remise, peu de temps avant son décès.

Il est devenu membre étranger de la Royal Society le 23 avril 1953.

Relation avec le psychiatre Carl Gustav Jung[modifier | modifier le code]

Pauli consulte Carl Gustav Jung en 1931, pour des rêves récurrents ainsi que pour une tendance à l'alcoolisme. Une amitié s'ensuivit entre les deux hommes, qui correspondirent et coécrivirent l'ouvrage The Interpretation of Nature and the Psyche en 1952, aux côtés des physiciens Markus Fierz et Pascual Jordan notamment. Pauli et Jung souhaitaient explorer les ponts entre la physique fondamentale et la psychologie et parvinrent à cette déclaration commune :

« La psyché et la matière sont régies par des principes communs, neutres, qui ne sont pas, en soi, identifiables[5]. »

Dans la même veine, Heisenberg relate les pensées de Pauli au sujet du lien entre le perçu et les concepts :

« Tous les penseurs cohérents en sont venus à la conclusion que la logique pure est fondamentalement incapable de construire un tel lien. La solution la plus satisfaisante, semble-t-il, est d'introduire à ce stade le postulat d'un ordre du cosmos qui soit distinct du monde des apparences et indépendant de notre volonté. Qu'il s'agisse d'objets physiques qui participent aux Idées ou du comportement de choses métaphysiques, c'est-à-dire en soi réelles, la relation entre la perception sensorielle et l'Idée reste une conséquence du fait que l'âme et ce qui est connu au travers de la perception sont régis par un ordre, objectivement conçu[6] »

. La pierre de touche de cette relation entre psyché et matière, pour Jung comme pour Pauli, est la synchronicité.

Les quatre lois fondamentales de l'unus mundus, dont la synchronicité

Dans leur ouvrage commun, Synchronicité comme principe de connexions a-causales (1952), ils schématisent les quatre lois fondamentales de l'unus mundus (monde un) sous une forme quaternaire; la synchronicité est ce qui manque pour aboutir à une compréhension unitaire de la psyché et de la physis. Sur proposition de Pauli, la figure est bâtie de telle manière que les postulats de la psychologie analytique et ceux de la physique se trouvent satisfaits.

Quelle importance Pauli accordait-il à ce lien entre la psyché et la matière, et à la synchronicité en particulier, dans la vie quotidienne? L'effet Pauli est considéré par plusieurs physiciens modernes, dont Étienne Klein, comme une idée délirante : « personne ne penserait que la présence de Pauli en tant que telle influencerait les machines, ce serait du délire pur et simple. »[7] Or, pour le principal protagoniste, tous ces bris d'équipements que lui et d'autres avaient observés quand il s'en approchait étaient effectivement dus, « synchronistiquement », à lui[8]. L'effet Pauli serait alors un phénomène de macro-psychokinèse. Cet effet, qui lui valut d'être interdit d'accès dans le laboratoire d'un de ses collègues, Otto Stern, l'aurait motivé à entretenir une longue relation épistolaire avec Jung, mais aussi Hans Bender.

Œuvres majeures[modifier | modifier le code]

Pauli et son collègue Bohr observant une toupie tippe-top, ou « toupie magique », dont la particularité est de se retourner durant sa rotation (spin). (Lund, Suède, juillet 1954)

Pauli a apporté une contribution essentielle à la physique moderne, et plus spécialement au domaine de la mécanique quantique. Son perfectionnisme le limitait dans ses publications, mais il eut de nombreux échanges épistolaires, avec notamment Bohr, Jordan et Heisenberg, à qui il soumettait souvent son travail avant d'être publié.

Citations[modifier | modifier le code]

Sur Pauli[modifier | modifier le code]

« Je savais que c'était un génie, comparable seulement à Einstein. Comme scientifique, il était même plus grand qu'Einstein. Mais c'était un type d'homme complètement différent, qui à mes yeux n'atteignait pas la grandeur d'Einstein. »

— Max Born, dans ses échanges épistolaires avec Einstein[17],[réf. insuffisante].

« Il est extraordinairement intelligent et est capable de beaucoup, un si bon assistant, je n'en retrouverai plus jamais. »

— Max Born, en 1921 à propos de son assistant Pauli[18],[réf. insuffisante].

De Pauli[modifier | modifier le code]

  • Adressée à John von Neumann : « Si faire de la physique, c'était démontrer des théorèmes, tu serais un grand physicien[19]. »
  • Lors d'un séminaire en 1955 : « Les physiciens de l'époque ne croient pas que la gravitation et la relativité générale soient de la physique. Ne s'occupent de la relativité que deux sortes de gens, les mathématiciens et les astronomes, aucun physicien normal ne s'occupe de la relativité[20]. »
  • En parlant des cristaux : « Dieu a créé le volume, le diable la surface[21]. »
  • À la fin d'un séminaire de physique théorique, d'un air lassé : « Et ce n'est même pas faux. »

Publications[modifier | modifier le code]

  • (en) Wolfgang Pauli ; Theory of relativity, Encyklopädie der Mathematischen Wissenschaften (1921). Traduction anglaise (1958) rééditée par Dover Publications, Inc. (1981) (ISBN 0-486-64152-X). Ce livre, annoté par l'auteur en 1956 pour la sortie de l'édition anglaise, reste une mine d'informations pour les références historiques.
  • (en) Wolfgang Pauli ; General Principles of Quantum Mechanics, Springer-Verlag (1980), (ISBN 3540098429). Traduction anglaise d'un article de revue paru à l'origine dans le Handbuch der Physik
  • (en) Wolfgang Pauli ; Pauli lectures, Dover (ISBN 0486446808). Cours en 6 volumes donné à la fin des années 1950 à l'ETH de Zurich. Également disponibles en volumes séparés :
  • (en) Charles P. Enz & Karl von Meyen (eds.) ; Wolfgang Pauli - Writings on physics & philosophy, Springer (1994) (ISBN 0-397-56859-X[à vérifier : isbn invalide])
  • Wolfgang Pauli ; Physique moderne et philosophie, trad. Claude Maillard. Paris, Albin Michel, 1999. (collection : bibliothèque Albin Michel Sciences) (ISBN 2-226-10784-3). Traduction française de l'ouvrage précédent, mais sans l'iconographie.
  • Wolfgang Pauli ; Le cas Kepler. Paris, Albin Michel, 2002 (collection : bibliothèque Albin Michel Sciences) (ISBN 2-226-11424-6). Le texte de cette étude sur Kepler de Pauli est précédé d'un essai de Werner Heisenberg intitulé : Les conceptions philosophiques de Wolfgang Pauli.
  • Wolfgang Pauli & Carl Gustav Jung ; Correspondance 1932-1958. Paris, Albin Michel, 2000. (collection : bibliothèque Albin Michel Sciences) (ISBN 2-226-10785-1). Pauli a suivi dans les années trente une cure analytique avec l'un des élèves de Jung, cure dont la série de rêves a été étudiée par Jung lui-même dans : Psychologie et alchimie.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Charles P. Enz, No time to be brief - A scientific biography of Wolfgang Pauli, Oxford university press, 2002, (ISBN 0-19-856479-1). Un ouvrage écrit par le dernier assistant de Pauli à Zurich, aujourd'hui professeur à l'université de Genève.
  • (en) M. Fierz & V. F. Weisskopf (eds.), Theoretical Physics in the Twentieth Century: A Memorial Volume to Wolfgang Pauli, Interscience, 1960, ASIN B000BKUUYK.
  • (de) H. Atmanspacher & H. Primas, Der Pauli-Jung-Dialog und seine Bedeutung für die moderne Wissenschaft, Springer, Heidelberg, 1995.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Hans Primäs, "Synchronicité et Hasard", étude de l'importante contribution de Pauli dans la définition de la synchronicité par C.G. Jung. Article original : "Synchronizität und Zufall", H. Primäs, Zeitschrift für Parapsychologie und Grenzgebiete der Psychologie, 38, no 1/2, 1996, p. 61-91.
  • (en) Biographie sur le site de la Fondation Nobel (la page propose plusieurs liens relatifs à la remise du prix, dont un document rédigé par le lauréat — le Nobel Lecture — qui détaille ses apports)
  • Analyse d'une lettre de Pauli (hypothèse du neutrino, 1930) sur le site BibNum.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) « for the discovery of the Exclusion Principle, also called the Pauli Principle » in Personnel de rédaction, « The Nobel Prize in Physics 1945 », Fondation Nobel, 2010. Consulté le 15 juin 2010
  2. Wolfgang Pauli ; Theory of relativity, Encyklopädie der Mathematischen Wissenschaften (1921). Traduction anglaise (1958) rééditée par Dover Publications, Inc. (1981) (ISBN 0-486-64152-X). Ce livre, annoté par l'auteur en 1956 pour la sortie de l'édition anglaise, reste une mine d'informations pour les références historiques.
  3. Manjit Kumar, Le grand roman de la physique quantique (2008) (ISBN 978-2-7096-2465-7)
  4. Application de la mécanique celeste, en particulier, de la théorie des perturbations, comme Born le présente dans son livre Atomphysik.
  5. « psyche and matter are governed by common, neutral, not in themselves ascertainable ordering principles. », Atom and Archetype: The Pauli/Jung Letters, 1932-1958. Editeur. C.A. Meier. Trans. David Roscoe. Préface de Beverley Zabriskie. Princeton: Princeton University Press, 2001. (p. 117)
  6. « All consistent thinkers have come to the conclusion that pure logic is fundamentally incapable of constructing such a linkage. The most satisfactory course, it seems, is to introduce at this point the postulate of an order of the cosmos distinct from the world of appearances, and not a matter of our choice. Whether we speak of natural objects participating in the Ideas or of the behavior of metaphysical, i.e., intrinsically real things, the relation between sense perception and Idea remains a consequence of the fact that both the soul and what is known in perception are subject to an order objectively conceived. » relaté dans Heisenberg, Werner. Across the Frontiers, Harper and Row, 1974.
  7. Entrevue de Michel Cazenave et Étienne Klein. Par Ilke Angela Marcehal. Publié dans Science et imaginaire, 16 entretiens. Albin Michel. (35 min. 51s).
  8. Enz (2002), p. 150.
  9. publié dans Naturwissenschaften 12
  10. publié dans Zeitschrift für Physik 31, 1925, p. 765
  11. dans Zeitschrift für Physik 36, p. 336.
  12. dans Zeitschrift für Physik 43, p. 601, Zur Quantenmechanik des magnetischen Elektrons
  13. dans sa lettre ouverte à Lise Meitner et « aux chères Mesdames et Messieurs radioactif ».
  14. dans Physical Review 58, p. 716.
  15. Reviews of Modern Physics, 1949.
  16. Pauli, Niels Bohr and the developpement of physics.
  17. « Ich wusste dass er ein Genie war, nur vergleichbar mit Einstein. Als Wissenschaftler war er sogar grösser als Einstein. Aber er war ein völlig anderer Typ Mensch, der in meinen Augen nicht Einsteins Grösse erreichte ».
  18. « Er ist außerordentlich klug und kann sehr viel, einen so guten Assistenten werde ich nie mehr kriegen. »
  19. Alain Connes, Triangle de pensées, Paris, Odile Jacob,‎ 2000, p. 86.
  20. Connes 2000, p. 87.
  21. « Gott schuf das Volumen, der Teufel die Oberfläche. »