Nominalisme

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Le nominalisme est une doctrine logique, philosophique et théologique qui a vu le jour au sein de la scolastique médiévale. Son fondateur est Roscelin. On utilise aussi le mot occamisme pour désigner le nominalisme de Guillaume d'Occam, principal représentant de cette école dans la scolastique tardive.

Le nominalisme est une des réponses possibles au problème des universaux qui trouve sa source antique dans les Catégories d'Aristote. La question porte sur le statut des substances secondes ou étants généraux : ces étants ont-ils une existence ontologique réelle ou ne sont-ils que des instruments qui nous permettent de parler commodément du réel ? Le nominalisme soutient la deuxième thèse (instrumentalisme), contrairement au réalisme qui soutient la première (essentialisme). On peut rapprocher le nominalisme du conceptualisme, thèse développée par Pierre Abélard, cette dernière postule les concepts comme étant des étants généraux, pensables en eux-mêmes mais toujours abstraits à partir d'une réalité singulière. La doctrine conceptualiste s'oppose cependant au nominalisme en ce sens que les idées sont des formes ou des opérations propres de la pensée et non de simples signes s'appliquant également à plusieurs individus (comme le postule le nominalisme). La théorie de la connaissance de Thomas d'Aquin se rapproche de cette position conceptualiste.

Le nominalisme considère donc que les mots ou signes ne servent qu'à désigner des étants réels singuliers, et qu'ils ne renvoient pas à des êtres généraux comme peuvent l'être les Idées platoniciennes. Par exemple, le terme « homme » n'a de signification que s'il suppose un homme singulier. Il ne signifie pas une quelconque essence de l'homme en général.

Par extension, la thèse nominaliste dépasse largement le cadre historique médiéval et a été reprise par des auteurs très différents comme Hobbes, Berkeley, James, Hilbert, Wittgenstein, Carnap ou encore Goodman.

La nature des universaux[modifier | modifier le code]

Le problème qui lui donne naissance est celui de la nature des universaux dans les syllogismes d'Aristote (par exemple, dans : tous les hommes sont mortels, quelle est la nature de homme ?). Pierre Abélard tente une synthèse qui donne une importance primordiale au sujet par rapport à l'objet. Les nominalistes rejettent la conception idéaliste platonicienne (nommée aussi réalisme dans la thèse : universalia sunt realia ante rem) selon laquelle ils ont une existence immanente a priori, et lui oppose que ces universaux sont définis essentiellement par leurs noms (« nomina »). Autrement dit, les nominalistes n’accordent aucune universalité aux concepts mentaux en dehors de l’esprit qui les observe.

En ce sens, les systèmes philosophiques d’Épicure, de Guillaume d'Ockham, de George Berkeley, de David Hume, de John Stuart Mill peuvent être qualifiés de nominalistes du fait qu’ils n'attribuent pas d’universalité à des catégories transcendantes, mais simplement à ce qui est construit par l'observateur, comme le fait également l’analyse linguistique contemporaine. Pour eux, le particulier existe, et le général n'est qu'invention humaine établie pour notre commodité de réflexion.

Paul Valéry fera remarquer[réf. nécessaire] bien plus tard, dans le même esprit, que la nature ne connaît pas l'expression et caetera, et que celle-ci est propre à l'esprit humain, qui répugne à la répétition. La classification automatique et le data mining enseigneront dans les années 1990 aux machines à construire l'équivalent de leurs propres universaux.

Le tenant principal du « réalisme » contre le nominalisme est Guillaume de Champeaux.

Bertrand Russell observe[réf. nécessaire] qu'aujourd'hui nous permuterions volontiers ces deux appellations, puisque les « réalistes » s'avèrent manier in fine surtout des mots, tandis que les « nominalistes » ne veulent les utiliser qu'en se référant au réel.

Le nominalisme trouve également de nombreux relais dans la philosophie analytique contemporaine. Nelson Goodman s'est ainsi efforcé d'élaborer un langage nominaliste ne recourant qu'à des entités individuelles.

Formes du nominalisme[modifier | modifier le code]

Dans sa forme maximaliste, pratiquement équivalente au solipsisme, le nominalisme pose que n'existe rien que ce qu'un individu désigne (pense). L'ensemble des pensées d'un individu forme un tout cohérent, qu'il lui est impossible de réellement tester.

Dans une forme plus modérée, il reconnaît une existence indépendante à au moins certains objets, mais considère que cette existence est dépourvue d'effet pratique tant que le sujet n'arrive pas à en intégrer consciemment la pensée. Ainsi et par exemple n'existent pour l'homme que les animaux qu'il a nommés lors de la création, et tant que le concept et le mot de microbe lui étaient étrangers, il restait confronté à bien des mystères, mystères toutefois résolus non par le fait d'avoir nommé ces "mystères" en "microbes" mais bien après avoir démontré l'imputabilité d'un phénomène à une catégorie tangible du vivant, qui a pu être nommée.

Le nominalisme scientifique s'interroge sur la valeur des connaissances scientifiques : s'agit-il de vérités (découvertes) ou de conventions arbitraires (construites). Ce qui donnerait à la connaissance scientifique la même valeur que le langage (voir Le cru et le cuit).

Représentants de l'école nominaliste[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Lefebvre Saint-Ogan, Mémoire sur Roscelin de Compiègne et le nominalisme, présenté à la Société historique de Compiègne, A. Mennecier, 1882
  • Jean Largeault, Enquête sur le nominalisme, Paris, Publications de la faculté des lettres et sciences humaines de Paris-Sorbonne, série "Recherches", tome 65 ; éditions Nauwelaerts, 1971
Ouvrage retraçant la diversité des pensées de type nominaliste, de la philosophie antique grecque à la logique mathématique du 20e siècle.

Articles connexes[modifier | modifier le code]