Antoine Depage

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Antoine Depage

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Antoine Depage pendant la Première Guerre mondiale

Naissance 28 novembre 1862
Boitsfort, Drapeau de la Belgique Belgique
Décès 10 juin 1925 (à 62 ans)
La Haye, Drapeau des Pays-Bas Pays-Bas
Nationalité belge
Pays de résidence Belgique
Diplôme
docteur en médecine avec la mention « plus grande distinction »
Profession
Activité principale
Autres activités
Formation
Distinctions
docteur honoris causa des universités de Sheffield, de Yale et de Budapest,
grand officier de l'ordre de Léopold,
commandeur de la Légion d'honneur,
commandeur de l'ordre du Bain,
Distinguished Service Medal
Ascendants
Frédéric Depage et Élisabeth La Barre
Conjoint
Descendants
Pierre, Lucien, Henri
Famille
six frères et une sœur

Antoine Depage est né à Boitsfort le 28 novembre 1862 et est mort à La Haye le 10 août 1925. Il fut un chirurgien et sénateur belge. Il dirigea aussi la Croix-Rouge de Belgique, créa la première école laïque d'infirmières diplômées en Belgique, dirigea l'hôpital de l'Océan pendant la Première Guerre mondiale et fut un des fondateurs du scoutisme en Belgique.

C'est sa rencontre avec le professeur Jules Thiriar qui fut le premier grand tournant de sa vie et le départ de sa future notoriété.

Biographie[modifier | modifier le code]

Études[modifier | modifier le code]

Après l'enseignement primaire, Antoine est envoyé, en internat, à l'athénée de Tournai où il se montre, à tel point, indiscipliné qu'il en est renvoyé.
Ses études secondaires péniblement achevées, il s'occupe, un temps, d'aider son père dans la gestion de la ferme avant d'entreprendre, en 1880 des études de médecine à l'Université libre de Bruxelles[1].

Après des débuts médiocres, il reçoit le « feu sacré » lorsqu'il est attaché, comme étudiant externe, au service de chirurgie de l'hôpital Saint-Pierre dirigé par Jules Thiriar[2]. Il obtient son doctorat en médecine avec la mention summa cum laude en 1887[1] non sans avoir rédigé un premier mémoire qu'il intitule De l’intervention chirurgicale dans la lithiase biliaire[3] et qui lui vaut d'être récompensé, en 1886, par le prix Louis Seutin de la Société royale des Sciences médicales et naturelles de Bruxelles.

Vie publique[modifier | modifier le code]

Profession[modifier | modifier le code]

Dès le départ de sa carrière professionnelle, il est pris en charge de formation pratique par Paul Héger. Ce dernier va même lui confier, en 1889, les soins à prodiguer à son père Constantin Héger.

En 1888, il est nommé assistant au service des autopsies de l’hôpital Saint-Pierre. Sur les conseils de Paul Héger, il part, alors, pendant quinze mois se spécialiser à Leipzig d'abord, à Vienne ensuite et, enfin, à Prague où il élabore une thèse d'agréation sur la tuberculose osseuse qu'il présente, en 1890, devant la faculté de médecine de l'Université libre de Bruxelles avec, à la clé, un titre d'agrégé de cette université.

Parallèlement à son activité médicale fondamentale, il participe à la création de la Société belge de chirurgie[4] et fonde, en 1898, L’année chirurgicale, une revue scientifique consacrée à la littérature chirurgicale, et, en 1902, devient un des fondateurs de la Société internationale de chirurgie ainsi que, jusqu'en 1912, son premier secrétaire tout en organisant en 1905, 1908 et 1911 les trois premiers congrès internationaux de cette société à Bruxelles avant d'être nommé président du 4e congrès international à New York en avril 1914[4].

En 1905, au no 29 de la place Georges Brugmann à Ixelles il fait construire, par l'architecte Jean-Baptiste Dewin, un institut de chirurgie : l'institut Berkendael[5]. Seules des infirmières laïques y sont employées et Edith Cavell en devient l'infirmière en chef en 1907[6]. Le 10 octobre de la même année, pour palier le fait qu'il est obligé de chercher, à l'étranger, les infirmières qu'il emploie, Antoine Depage fonde, dans quatre maisons contiguës — nos 143 à 149 — de la rue de la Culture à Ixelles, une des premières écoles laïques qui enseignent les soins infirmiers[note 1] : l'École belge d’infirmières diplômées. Edith Cavell en est la première directrice générale et son épouse la directrice financière. L'école déménage, en 1914, à l'endroit de l'actuelle clinique Edith Cavell[7].

Le 14 décembre 1909, avec Jules Thiriar, Depage procède, en urgence, à l'opération du roi Léopold II atteint d'un cancer du côlon. Cette maladie emporte, malgré tout, le souverain trois jours plus tard[2].

En 1912, il succède à Jules Thiriar comme professeur de clinique chirurgicale à l'hôpital Saint-Pierre et est nommé professeur de pathologie externe à l'Université libre de Bruxelles[8].

Le Grand Hôtel de l'Océan à La Panne (Belgique) vers 1906.

Cependant, ces deux occupations seront de courte durée. Dès le début de la Première Guerre balkanique (1912-1913), quatre ambulances sont envoyées, à l’initiative du docteur Depage, par la Croix-Rouge de Belgique : une en Turquie, une autre en Bulgarie et deux en Serbie.
Depage prend la tête de l'ambulance en Turquie. Son équipe médicale sur place à l'hôpital de Tach Kicha à Constantinople comprend les docteurs F. Neuman, Le Boulengé et De Nève ainsi que Joseph Van de Velde, un élève en 3e année de doctorat. Son épouse est aussi à ses côtés, comme infirmière, ainsi que son fils ainé Pierre, comme ambulancier. En plus des soins de médecine d'urgence à prodiguer aux blessés, cette équipe doit faire face à une épidémie de choléra.

C'est la Première Guerre mondiale qui favorise sa plus grande renommée. Dès le 4 août 1914, et à la demande d'Élisabeth de Belgique, le docteur Depage prend en mains l'organisation hospitalière que les règlements dévoluent à la Croix-Rouge de Belgique mais qui est totalement dépassée.
En collaboration avec le docteur Louis Le Bouf il crée, dans une aile du palais royal, une ambulance de 1 000 lits qui ne servira guère, la Deutsches Heer investissant Bruxelles dès le 20 août 1914.
Obligé de fuir devant l'avance de l'armée impériale allemande, il fuit la Belgique occupée et, dès novembre 1914, monte une ambulance de 350 lits à l'institut Jeanne d'Arc à Calais.
Sur demande du roi Albert 1er, il rejoint le quartier général de l'armée belge établi à La Panne et y met sur pied, dès novembre 1914, l'hôpital de l'Océan, nom issu du nom de l’Hôtel de l'Océan réquisitionné et situé à front de mer, auquel vont pouvoir s'adjoindre des baraquements qui feront passer en quelques mois la capacité de l'ambulance de 200 à 1 200 lits puis, aux moments les plus forts de la guerre, à 2 000 lits. Du 18 décembre 1914 au 15 octobre 1919, pas moins de 19 375 militaires belges y furent hospitalisés[9].

En 1920, il est nommé Président de la Croix-Rouge de Belgique et, en 1924, il fonde la Croix-Rouge du Congo.

Il est également, en 1924, un des promoteurs de la Ligue nationale belge contre le Cancer[10] après être devenu, en 1923, le premier directeur du département de chirurgie de l'hôpital Brugmann.

Convictions[modifier | modifier le code]

En dehors, de ses activités professionnelles, il devient rapidement un membre des loges maçonniques de Bruxelles[11]. Initié dès 1891 auprès de la loge Les Vrais Amis de l'union et du progrès réunis, il passe aux Les Amis philanthropes avant de devenir, en 1911, un des fondateurs des Amis philanthropes no 3.

Membre du Parti libéral, il est élu, en 1908, conseiller communal à Bruxelles et rédige avec ses amis Paul Vandervelde et Victor Cheval La Construction des hôpitaux[12] prônant une politique hospitalière en rapport avec les exigences d’une population en perpétuelle croissance[1]. En mai 1920, il devient sénateur, représentant pour l'arrondissement administratif de Bruxelles, et le reste jusqu'aux élections législatives d'avril 1925.

Toujours en quête d'améliorations sociales, il crée avec quelques amis, en 1912, et selon les conseils de Marie Depage, le premier mouvement des Boy-scouts de Belgique inspiré de l'œuvre de Robert Baden-Powell[11]. Il en préside le comité exécutif pendant que son épouse traduit les ouvrages du fondateur tout en assurant les relations publiques[note 2].

Personnalité[modifier | modifier le code]

Personnage publique et souvent médiatisé, Antoine Depage a un esprit d'entrepreneuriat social, comme l'atteste la création d'une clinique chirurgicale privée ou celle d'une des premières école laïque qui enseigne les soins infirmiers en Belgique, qu'il met au service de la collectivité. Cet esprit est aussi concrétisé par la création du mouvement des Boy-scouts de Belgique.
Son altruisme et sa capacité de mettre rapidement en œuvre des structures opérationnelles sont révélées par la création de diverses ambulances pendant la Première Guerre balkanique et la Première Guerre mondiale.
Son opiniâtreté à faire valoir ses vues ainsi que son refus de l'autorité hiérarchique et son indiscipline vis-à-vis de celle-ci lui valent de nombreux démêlés avec l'administration militaire et ses supérieurs en grade tout au long de l'existence de l'hôpital de l'Océan.

Vie privée[modifier | modifier le code]

Sépulture d'Antoine Depage et de son épouse dans le cimetière de Watermael-Boitsfort (croisée des allées nos 105 et 112)
Sépulture d'Antoine et Marie Depage à Watermael-Boitsfort.

Né le 28 novembre 1862, Antoine Depage est le fils de Frédéric Depage et d'Élisabeth La Barre des exploitants agricoles établis à Boitsfort en lisière de la forêt de Soignes.
Dans ses jeunes années, ses loisirs consistent principalement à courir la forêt en compagnie de ses six frères et des fils de son voisin, Ernest Solvay.

En 1889, il rencontre au chevet de Constantin Héger sa petite-fille, Marie Picard — qui mourra le 7 mai 1915 dans le torpillage du RMS Lusitania — qu'il épouse le 8 août 1893 et avec qui il a trois fils : Pierre, Lucien et Henri.

Malade, il meurt, le 10 juin 1925 à La Haye, des suites d'une opération chirurgicale.

Funérailles[modifier | modifier le code]

Le docteur Depage est inhumé le 13 juin 1925, au côté de son épouse, dans le caveau familial du cimetière de Boitsfort[note 3]. Le Sénat lui rend hommage lors de la séance du mardi 23 juin 1925[13].

Œuvres didactiques[modifier | modifier le code]

Liste non exhaustive :

  • Antoine Depage, Contribution à l'étude du rein kystique, Bruxelles, H. Lamertin,‎ 1895, 11 p. (OCLC 642597204) — Réimprimé du no 5 des Annales de la société belge de chirurgie.
  • Antoine Depage, Pénétration de l'air dans une veine au cours d'une intervention chirurgicale, Bruxelles, S.I.,‎ 1896, 14 p. (OCLC 123516398)
  • Antoine Depage, E Bouffart et L Mayer, La chirurgie des ptoses viscérales, Bruxelles, A. Lesigne,‎ 1904, 150 p. (OCLC 14805650) — Rapport présenté à la Société belge de chirurgie à la séance extraordinaire de 1904.
  • Antoine Depage et L Mayer, De la résection délibérée des uretères et de la paroi vésicale dans les cas de cancer étendu de la matrice, Bruxelles, A. Lesigne,‎ 1904, in-8°, 34 p. (OCLC 494182779) — Extrait du Journal médical de Bruxelles de 1904.
  • Antoine Depage, Du rôle de la cavité péritonéale dans la statique de l'abdomen, Molenbeek-Saint-Jean (Bruxelles), Imprimerie Hayez,‎ 1904, in-8°, 21 p. (OCLC 492526784) — Extrait du tome 13 des annales de la Société royale des sciences médicales et naturelles de Bruxelles.
  • Antoine Depage, La Chirurgie reparatrice de la face, Paris, association française de chirurgie,‎ 1905, 128 p. (OCLC 34226501) — Compte rendus du 18e Congrès français de chirurgie de 1905.
  • Antoine Depage, Valeur clinique de l'examen du sang, Molenbeek-Saint-Jean (Bruxelles), Imprimerie Hayez,‎ 1905, in-8°, 128 p. (OCLC 494182827) — Rapport au 1er Congrès de la Société internationale de chirurgie en 1905.
  • Antoine Depage, Paul Vandervelde et Victor Cheval, La construction des hôpitaux : Étude critique, Bruxelles, Misch & Thron,‎ 1909 (réimpr. 1912), in-8°, 455 p. (OCLC 459179355, notice BnF no FRBNF32017250) (KBR code II 92.728 A)
  • Antoine Depage, Traitement du cancer du sein, Angers, S.I.,‎ 1910, 22 p. (OCLC 230971676)
  • Antoine Depage et L Mayer, Traitement chirurgical du cancer du rectum, Molenbeek-Saint-Jean (Bruxelles), Imprimerie Hayez,‎ 1912, 19 p. (OCLC 494182725) (KBR code 67_283035) — Rapport présenté à la Société belge de chirurgie à la séance extraordinaire du 29 juin 1912 et extrait du no 7 des annales de la Société belge de chirurgie, 1912.

Distinctions et honneurs[modifier | modifier le code]

Mémoire[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. En Belgique, la première école laïque enseignant les soins infirmiers fut créée le 5 mars 1887 par César De Paepe. Les cours y étaient alors organisés hebdomadairement.
  2. Son fils cadet Henri, fait partie du jeune mouvement du scoutisme créé en Angleterre par Robert Baden-Powell et importé à Bruxelles par Harold Parfitt.
  3. La sépulture se trouve à la croisée des allées nos 105 et 112 face à celle de ses parents.

Références[modifier | modifier le code]

  • Henri Depage. La Vie d'Antoine Depage. Préface d'Albert Devèze. Bruxelles, Renaissance du Livre, 1956. 365pp. 106 photos.
  1. a, b et c Armand Colard, « Depage, Antoine », La Première Guerre Mondiale, sur ars-moriendi.be, Bibliographie nationale de Belgique (consulté le 18 janvier 2013), § 4
  2. a et b Jos Viérin, « Le Professeur Jules Thiriar », sur decoussemaeker.be,‎ 1er janvier 2008 (consulté le 18 janvier 2013)
  3. Depage 1887
  4. a et b « Antoine Depage (1862-1925) », Notre histoire, sur chu-brugmann.be (consulté le 10 février 2013), § 4
  5. « Région de Bruxelles-Capitale, Inventaire du patrimoine architectural », Ixelles, sur irismonument.be, Direction des Monuments et des Sites (consulté le 6 février 2013)
  6. Patrick Loodts, « Médecins de la Grande Guerre », L'histoire des soins infirmiers en Belgique., sur 1914-1918.be (consulté le 5 février 2013), p. Chapitre 3 : L'histoire de l’école d'infirmières Edith Cavell
  7. « Clinique Edith Cavell », L'histoire, sur edithcavell.be (consulté le 6 février 2013) (cache)
  8. « Antoine Depage (1862-1925) », Notre histoire, sur chu-brugmann.be (consulté le 30 janvier 2013), § 2
  9. Patrick Loodts, « Médecins de la Grande Guerre », Liste des établissements où furent hospitalisés des militaires belges., sur 1914-1918.be (consulté le 6 février 2013) : « En Belgique non occupée, ambulance de l'Océan »
  10. « Historique », Origine de l'Institut Bordet (1822-1934), sur bordet.be,‎ 2005 (consulté le 6 février 2013)
  11. a et b Defossé, Dufays et Goldberg 2005, p. 135
  12. Depage, Vandervelde et Cheval 1909
  13. « Séance du 23 juin 1925 », Chambre des représentants - Annales parlementaires, sur just.fgov.be, Le Moniteur belge,‎ 23 juin 1925 (consulté le 1er février 2013)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jacques Héran, Fistules vésico-vaginales : Cure opératoire en position de Depage /Jacques Heran, Montpellier, Imprimerie de Mari-Lavit,‎ 1933, in-8°, 108 p. (OCLC 459898721, notice BnF no FRBNF32238624) (KBR code Th 32 1933 28)
  • Marie-Madeleine Bihet, Histoire du nursing, Liège, Éditions Desoer,‎ 1947, in-8°, 233 p. (OCLC 492264441) (KBR code IV 24.608 A)
  • Patricks Loodts et Isabelle Masson-Loodts (préf. Dominique Hanson), La Grande Guerre des soignants : Médecins, infirmières et brancardiers en 1914-1918, Bruxelles, Memogrames, coll. « Collection Arès »,‎ 2008, 575 p. (ISBN 978-2-9304-1840-7, OCLC 432630682)
  • Paul Falckenback, Un amour plus fort que la grande Guerre, Lille, Thebookedition,‎ 2010
  • Ouvrage collectif (préf. Arthur Bodson), Antoine Depage : Chirurgien de guerre et Sénateur libéral, Bruxelles, Centre Jean Gol, coll. « Les carnets du Centre Jean Gol » (no 4),‎ 2012

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Entourage

Établissements de soins

Enseignement

Convictions

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sources principales des informations[modifier | modifier le code]

Autre[modifier | modifier le code]