Pie XI

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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Pie XI (homonymie) et Ratti.
Pie XI
Image illustrative de l'article Pie XI
Biographie
Nom de naissance Ambrogio Damiano Achille Ratti
Naissance 31 mai 1857
Desio (Lombardie-Vénétie)
Ordination sacerdotale 20 décembre 1879
Décès 10 février 1939 (à 81 ans)
Cité du Vatican
Pape de l’Église catholique
Élection au pontificat 6 février 1922 (64 ans)
Intronisation 12 février 1922
Fin du pontificat 10 février 1939 (81 ans)
(&&&&&&&&&&&0621317 ans, 0 mois et 4 jours)
Précédent Benoît XV Pie XII Suivant
Cardinal de l’Église catholique
Créé
cardinal
15 juin 1921[1] par le
pape Pie X
Titre cardinalice Cardinal-prêtre de Santi Silvestro e Martino ai Monti
Consécration épiscopale 28 octobre 1919 par le
par le card. Aleksander Kakowski

Signature

Blason
Pax Christi in regno Christi
(en) Notice sur www.catholic-hierarchy.org

Ambrogio Damiano Achille Ratti naît le 31 mai 1857 à Desio, dans la province de Monza et de la Brianza (Italie). Il est élu pape sous le nom de Pie XI (en latin, anglais et allemand: Pius XI, en italien Pio XI) le 6 février 1922.

Son pontificat est marqué par le règlement de la Question romaine, avec la reconnaissance et l'institution de l'État de la Cité du Vatican, par les Accords du Latran, en 1929. Il fut confronté à la montée du communisme et du nazisme en Europe.

Il meurt au Vatican le 10 février 1939.

Jeunesse et carrière dans la Curie[modifier | modifier le code]

Les parents d'Achille Ratti
Maison natale de Pie XI

Achille Ratti naît dans une famille de la petite bourgeoisie lombarde dans la ville de Desio. Son père, Francesco Ratti, est propriétaire d'une usine de soie. Sa mère, née Teresa Galli, était la fille d'un aubergiste originaire de Saronno.

Sérieux et concentré, passionné d'histoire, sportif, aimant la marche et l'alpinisme, il est aussi un solitaire et paraît déjà vieux à quinze ans. Il suit l'exemple de son oncle, don Damiano Ratti, et entre au séminaire de Seveso en 1867, où l'archevêque de Milan, au cours d'une visite qu'il y effectua cette année là, fut frappé par sa gravité.

En 1874, il entre chez les tertiaires franciscains.

En 1875, il entre au Grand séminaire de Milan.

En 1879, il intègre le Collège lombard à Rome. Il est ordonné prêtre le 20 décembre 1879 à la basilique Saint-Jean de Latran et célèbre sa première messe dans la basilique Saint-Ambroise-et-Saint-Charles al Corso, où est conservé le cœur de saint Charles Borromée[2]. Il obtient un triple doctorat de philosophie, droit canonique et théologie à la Grégorienne, où il fait la connaissance de Giocomo Della Chiesa, futur Benoît XV.

Érudit[modifier | modifier le code]

Achille Ratti, jeune prêtre

Il rejoint les oblats de saint Charles Borromée peu après sa nomination comme « docteur » (c'est-à-dire conservateur) de la Bibliothèque ambrosienne, en novembre 1888. Il occupe ce poste jusqu'en 1912. Ses recherches sont tournées vers la vie et l'œuvre de Charles Borromée, ainsi que sur le diocèse de Milan.

En 1907, il devient préfet de l'Ambrosienne, en remplacement d'Antonio Maria Ceriani. Il entreprend un travail de rénovation et de classement de l'antique bibliothèque qui le fait remarquer de la communauté des savants. Il travaille ainsi sur un apocryphe de Paul, par exemple. Le 8 novembre 1911, il est nommé par Pie X vice-préfet de la Bibliothèque vaticane auprès du jésuite Franz Ehrle, préfet, tout en restant responsable de la conservation de l'Ambrosienne. Le 27 septembre 1914, après le départ du P.Ehrle, Benoît XV le nomme préfet de la Bibliothèque vaticane.

Jeunesse sportive[modifier | modifier le code]

Doté d'une grande capacité de travail, Achille Ratti était également un grand sportif, connu pour son goût de l'alpinisme. Il a ainsi gravi de nombreux sommets des Alpes : le Cervin, le pic Dufour dans le mont Rose à 4663 mètres d'altitude, le mont Blanc, et réalisé la première traversée du col Zumstein (4452 m), le 1er août 1889. Plusieurs voies portent son nom, notamment l'actuelle voie des Aiguilles Grises sur le mont Blanc, autrefois dénommée route du Pape. Cet étonnant mélange de ténacité physique et d'érudition rigoureuse en faisait un prélat original. Ses historiens y voient la base du tempérament qu'il montra lors du pontificat face aux situations de crise.

Diplomate en Pologne[modifier | modifier le code]

Achille Ratti, jeune prêtre

Il devint ensuite, le 25 avril 1918, visiteur apostolique à Varsovie. Lorsque l’État polonais fut reconstitué, il reçut formellement le titre de nonce apostolique le 3 juillet 1919, et fut promu archevêque de Lépante. Il mena à bien des négociations diplomatiques et fit preuve d'un grand courage personnel lors du siège de Varsovie par les Soviétiques, en août 1920.

Sa mission s’acheva néanmoins en demi-teinte : il fut nommé haut-commissaire ecclésiastique en Haute-Silésie, région encore soumise à plébiscite. Là, il se conforma aux instructions émanant du cardinal Adolf Bertram, archevêque de Breslau, ordonnant aux prêtres polonais de ne pas prendre parti dans le débat, ce qui favorisait le clergé allemand. En conséquence, Ratti fut sévèrement attaqué par la presse polonaise.

L'archevêque de Milan[modifier | modifier le code]

Archevêque de Milan

En mai 1921, Benoît XV le nomma archevêque de Milan (il fit d'abord une retraite d'un mois au mont Cassin, puis un pèlerinage à Lourdes, avant de rejoindre son diocèse) puis le 13 juin il le créa cardinal au titre de Santi Silvestro e Martino ai Monti. Si son épiscopat resta court (moins d'un an), il déploya une grande activité, en particulier dans le domaine de l'enseignement. Il préconise l'utilisation du catéchisme de Pie X pour les classes élémentaires et réunit une conférence épiscopale sur les questions d'enseignement et de société.

Il assiste avec réserve à la montée au pouvoir de Mussolini récemment devenu député de Milan.

« Résistera-t-il à la tentation, qui guette tous les chefs, de devenir dictateur absolu[3]? »

Le pape[modifier | modifier le code]

Son élection et ses premières actions[modifier | modifier le code]

Le 6 février 1922, à la mort de Benoît XV, le conclave élit au quatorzième tour le cardinal Ratti. Celui-ci n'était qu'un outsider : le camp conservateur présentait le cardinal Merry del Val, ancien secrétaire d'État de Pie X, tandis que le camp libéral était représenté par Pietro Gasparri. Il accepta la tiare sous le nom de Pie XI et innova en bénissant la foule de la loggia extérieure de la basilique Saint-Pierre, ce qui constituait symboliquement, après l'isolement du 20 septembre 1870, une ouverture sur Rome et le monde. Il prit comme secrétaire personnel, son secrétaire de Milan, Mgr Carlo Confalonieri, et il maintint comme secrétaire d’État le cardinal Pietro Gasparri. Par la lettre apostolique Galliam, Ecclesiæ filiam primogenitam du 2 mars 1922, Pie XI proclama Jeanne d'Arc, déjà canonisée en 1920, sainte patronne secondaire de la France.

Le rôle de l'Église[modifier | modifier le code]

Armoiries de Pie XI
Pie XI inaugurant Radio Vatican en 1931, accompagné du cardinal Pacelli

Sa première encyclique, Ubi arcano Dei consilio, en date du 23 décembre 1922, constitua un programme de sa future action.

« C’est un fait évident pour tous : ni les individus, ni la société, ni les peuples n’ont encore, après la catastrophe d’une telle guerre [(1914-1918)], retrouvé une véritable paix ; la tranquillité active et féconde que le monde appelle n’est pas encore rétablie. [...] Aux inimitiés extérieures entre peuples viennent s'ajouter [...] les discordes intestines qui mettent en péril [...] la société elle-même.
Il faut signaler en premier lieu cette lutte de classe qui, tel un ulcère mortel, s'est développée au sein des nations, paralysant l'industrie, les métiers, le commerce, tous les facteurs enfin de la prospérité, privée et publique. Cette plaie est rendue plus dangereuse encore du fait de l'avidité des uns à acquérir les biens temporels, de la ténacité des autres à les conserver, de l'ambition commune à tous de posséder et de commander. De là de fréquentes grèves, volontaires ou forcées ; de là encore des soulèvements populaires et des répressions par la force publique, fort pénibles et dommageables pour tous les citoyens.
Dans le domaine de la politique, les partis se sont presque fait une loi non point de chercher sincèrement le bien commun par une émulation mutuelle et dans la variété de leurs opinions, mais de servir leurs propres intérêts au détriment des autres. Que voyons-nous alors ? Les conjurations se multiplient : embûches, brigandages contre les citoyens et les fonctionnaires publics eux-mêmes, terrorisme et menaces, révoltes ouvertes et autres excès de même genre [...].
La tâche qui s'impose avant toute autre, c'est la pacification des esprits. Il y a bien peu à attendre d'une paix artificielle et extérieure qui règle et commande les rapports réciproques des hommes comme ferait un code de politesse ; ce qu'il faut, c'est une paix qui pénètre les cœurs, les apaise et les ouvre peu à peu à des sentiments réciproques de charité fraternelle. Une telle paix ne saurait être que la paix du Christ [...] car il fut le premier à dire aux hommes : Vous êtes tous des frères (Matth. XXIII, 8).
[...] Le retour de la paix chrétienne est impossible hors de ce règne : la paix du Christ par le règne du Christ.  »

Ce programme est complété, d'un point de vue théologique, par les encycliques Quas primas (11 décembre 1925) qui en instituant la fête du Christ Roi se veut une réponse aux persécutions des cristeros au Mexique et Miserentissimus Redemptor (8 mai 1928), sur le culte au Sacré-Cœur. Il procéda à de nombreuses canonisations, dont celle de Bernadette Soubirous, Jean Bosco, Thérèse de Lisieux, Madeleine-Sophie Barat ou encore Jean-Marie Vianney, curé d'Ars. Il nomma également quatre nouveaux docteurs de l'Église : Pierre Canisius, Jean de la Croix, Robert Bellarmin et Albert le Grand. Il insista sur le rôle de la prière, recommandant les exercices d'Ignace de Loyola dans Mens nostra (20 décembre 1929) ou encore le rosaire dans Ingravescentibus malis (29 septembre 1937).

Il ne montra guère d'intérêt à la question biblique, et donna une réponse clairement unioniste à la question œcuménique : l'encyclique Mortalium animos (6 janvier 1928) souhaitait le retour au sein de l'Église des chrétiens non catholiques romains. D'un point de vue moral, enfin, Casti connubii (31 décembre 1930) bornait strictement le cadre des rapports conjugaux.

Il insista sur le rôle des laïcs : « tous les fidèles sont appelés à collaborer [à l'apostolat], car tous peuvent travailler dans la vigne du Seigneur », déclara-t-il ainsi aux évêques colombiens le 14 février 1934. Concrètement, il accorda son appui à l'Action catholique et aux institutions de jeunesse comme la Jeunesse ouvrière chrétienne, fondée par l'abbé Joseph Cardijn qu'il reçut en audience en mars 1925. Inversement, il se montra très attentif à l'idéologie des mouvements et organes de presse catholiques ou assimilés. Dans ce cadre, il organisa, dès la fin de 1925, une campagne contre le mouvement monarchiste l'Action française, jugé coupable d'irréligion – et qui avait été pourtant amplement soutenue auparavant par le clergé français. Son allocution consistoriale du 20 décembre 1926, closant une série de condamnations plus ou moins indirectes, interdit explicitement la participation au mouvement de même que la lecture de ses publications. Neuf jours plus tard, les écrits de Charles Maurras, fondateur du mouvement, étaient mis à l'Index de même que le journal L'Action française.

Sa position lui permit de n'apparaître ni comme un libéral, ni comme un conservateur: un mot résume assez bien sa position "j'aime tellement les traditions que j'en crée de nouvelles".

Pie XI voulut également développer l'œuvre missionnaire de l'Église : en 1922, il rapatria à Rome l'Œuvre de la Propagation de la Foi et organisa en 1925 une exposition missionnaire. Soucieux de l'ouverture du clergé aux indigènes, il sacra en 1926 six évêques chinois.

Il est toujours soucieux des séminaires. Dès sa lettre d'août 1922, il préconise la création de séminaires interdiocésains en Italie. Ils sont alors cinq pour 688 élèves. À la fin du pontificat, ils seront quatorze pour 3 500 élèves. En 1931, par la constitution Deus scientarium Dominus, il fait rehausser le niveau des études supérieures ecclésiastiques.

La naissance de l'État du Vatican, succédant aux anciens États de l'Église[modifier | modifier le code]

Le pape Pie XI dans les jardins du Vatican

Le 11 février 1929, le cardinal Pietro Gasparri, secrétaire d'État, signa avec Benito Mussolini, le Président du Conseil italien, les accords du Latran, créant l'État de la Cité du Vatican. Ces accords plaçaient sous la seule autorité du pape un territoire de quarante-quatre hectares, érigé en État indépendant, pour lui assurer une base temporelle et une représentation diplomatique. Cela mettait fin au différend qui opposait la papauté au royaume d'Italie depuis 1870, connu sous le nom de Question romaine. Le pape renonçait à ses droits sur Rome et aux anciens États de l'Église, tandis que l'Italie reconnaissait un privilège à l'Église catholique et la rémunération des membres du clergé comme officiers de l'état-civil.

Confrontation avec le nazisme[modifier | modifier le code]

100 Lire or à l'effigie de Pie XI, an VIII, pièce frappée en 1929

Depuis 1920, année où monseigneur Pacelli, nonce de Munich, fut accrédité à Berlin dans ce but, un concordat était en cours de négociation avec l'Allemagne. Le 20 juillet 1933, le Pape mandata ce dernier, alors secrétaire d'État, pour signer en son nom le concordat avec l'Allemagne. La signature allemande fut assurée par Franz von Papen, chancelier catholique du gouvernement, qui se rallia à Adolf Hitler. Il est sans illusion sur les efforts d'une partie du clergé autrichien pour "convertir" Hitler à une politique procatholique[4].

  • Une position claire et officielle :

Le 14 mars 1937, il publie l'encyclique Mit brennender Sorge (Avec un souci brûlant).

Le 3 mai 1938, jour même de l'arrivée de Hitler à Rome, en visite d'État du 3 au 9 mai auprès de Benito Mussolini et de la monarchie italienne, le pape Pie XI, après avoir ordonné la fermeture des Musées du Vatican pour empêcher le dictateur d'y accéder, sort ostensiblement de la Ville Éternelle, entouré de toute la Maison pontificale, de la Gendarmerie pontificale et de la Garde suisse, et, à la stupeur générale, se retire à Castelgandolfo, faisant savoir publiquement qu'« il n'y a pas de place, à Rome, pour deux croix, la Croix du Christ et une autre croix » (sous-entendant la croix gammée du nazisme). Le pape rentra ostensiblement dans Rome dès que Hitler en repartit pour l'Allemagne.

Le 6 septembre 1938, alors que le gouvernement italien prépare les lois raciales fascistes, Pie XI déclare à un groupe de pèlerins belges :

« Par le Christ, et dans le Christ, nous sommes de la descendance spirituelle d'Abraham. Non, il n'est pas possible aux chrétiens de participer à l'antisémitisme. Nous reconnaissons à quiconque le droit de se défendre et de prendre les moyens de se protéger contre tout ce qui menace ses intérêts légitimes. Mais l'antisémitisme est inadmissible. Nous sommes spirituellement des sémites »[5], expression devenue célèbre.

Si cette déclaration n'est reprise ni par l'Osservatore Romano, ni par Radio Vatican[6], des comptes rendus paraissent cependant dans La Libre Belgique du 14 septembre 1938[7], à la une de La Croix du 17 septembre 1938[8], et dans La Documentation catholique[7]. Pour Sylvie Bernay, qui note la reprise de la déclaration par Mgr Saliège dans « La semaine catholique de Toulouse » et sa publication intégrale dans L'Univers israélite, « le pape ne semble manifestement pas prêt à intervenir contre le principe de ces lois racistes, puisqu'il pense qu'il est légitime qu'un État se défende, sans préciser d'ailleurs contre qui ou contre quoi »[5]. Le théologien Karl Thieme estime en 1940 que ce discours de Pie XI ne marque pas suffisamment la solidarité des chrétiens avec les Juifs, car ne constituant tout au plus qu'une « déclaration impromptue à des pèlerins » n'ayant pas la valeur d'un texte magistériel[6].

Pie XI ordonna également aux universités catholiques d'organiser un enseignement contre l'antisémitisme et le racisme[réf. nécessaire]. Juste avant son décès, il avait fait préparer une encyclique contre le nazisme et un discours dénonçant les écoutes et les déformations des propos de l'église par les fascistes. Ce discours était prévu pour le dixième anniversaire du Concordat entre l'Italie et le Vatican, en présence de Benito Mussolini, mais Pie XI mourut la nuit qui précédait (voir en fin d'article).

Confrontation avec le communisme[modifier | modifier le code]

Le 19 mars 1937, soit cinq jours après Mit brennender Sorge, il publia l'encyclique Divini Redemptoris par laquelle il condamnait sans appel le communisme, qu'il qualifie d'« intrinsèquement pervers », expression devenue mythique. Pour l'Église, les purges staliniennes de 1934 et 1936 n'ont pas encore convaincu les communistes qu'ils se battent non pas pour la liberté mais pour l'asservissement, et que le matérialisme dialectique est sans issue et débouche sur le néant. Tel est l'enseignement de l'encyclique Divini Redemptoris.

« On ne peut pas dire que de telles atrocités soient de ces phénomènes passagers qui accompagnent d'ordinaire toute grande révolution, des excès isolés d'exaspération comme il s'en trouve dans toutes les guerres ; non, ce sont les fruits naturels d'un système qui est dépourvu de tout frein intérieur. »

La révolte des Cristeros au Mexique[modifier | modifier le code]

Cristeros pendus le long de la voie ferrée

Pie XI eut à faire face à la politique anticatholique du gouvernement mexicain de Plutarco Elias Calles qui aggrave les dispositions de la Constitution mexicaine de 1917 à l'égard des Catholiques (interdictions de toute intervention de l'Église à l'école primaire, des ordres monastiques, des célébrations publiques du culte en dehors des églises, restrictions au droit de propriété des organisations religieuses, atteinte aux droits civiques des membres du clergé : interdiction de l'habit religieux, perte du droit de vote, de la liberté d'expression sur les affaires publiques dans les organes de presse) : les "Lois Calles" décident de la fermeture des écoles catholiques, de la limitation du nombre de prêtres par habitants, de l'expulsion des prêtres étrangers, de la condamnation à 5 ans de prison pour tout commentaire politique émanant d'un prêtre, de la fermeture de chapelles, de 142 églises, créent une immiscion de l’État dans les affaires internes de l’Église par le biais de l'enregistrement obligatoire des curés auprès des institutions locales et de leur autorisation d'exercice du culte, l’État de Tabasco allant même jusqu'à rendre le mariage obligatoire pour être "ministre d'un culte", ce qui visait implicitement le culte catholique, les lois sur l'interdiction de l'action publique catholique entraînent la fermeture d'hospices et d'institutions de bienfaisance. Le gouvernement répond par la violence à la résistance populaire à cette politique et de 1924 à 1937 le Mexique voit une révolte populaire sans précédent conduite au nom du "Christ Roi" (la guerre des cristeros). De nombreux prêtres furent pendus ou fusillés. Le clergé local était divisé sur l'attitude à adopter : conciliation ou révolte ? Le 11 décembre 1925, le pape promulgua l'encyclique Quas Primas, instaurant la fête du Christ-Roi, qui encourageait les catholiques mexicains à la résistance. La question mexicaine resta épineuse jusqu'en 1937.

Le style personnel du pape Pie XI : un Pontife d'autorité[modifier | modifier le code]

Le pape Pie XI avait ce qu'on appelle, en italien, la terribilità. Son allure et son maintien habituels étaient sévères, parfois tempérés d'un rare sourire, légèrement ironique ; mais paradoxalement, malgré cet aspect autoritaire, toute sa personne respirait une grande bonté. Il avait un sens redoutable de la formule qui fait mouche : à un camérier secret qui lui suggérait timidement d'alléger certaines règles du protocole, Pie XI répliqua : « Apprenez que le protocole sert à remettre à leur place les personnes qui ne savent pas rester à leur place. »[9] Le goût du pape pour l'ordre et la discipline était sans limite ; un employé de la Curie qui voulait faire parvenir directement une supplique personnelle au Souverain Pontife, la rédigea, la mit dans une grande enveloppe sur laquelle il avait calligraphié « À Sa Sainteté » et la déposa par terre sur le chemin que Pie XI allait emprunter au cours de sa brève promenade quotidienne dans les jardins du Vatican. L'un des camériers accompagnateurs se précipita, ramassa l'enveloppe et l'apporta à Pie XI ; le Pape la refusa et ordonna au camérier : « Remettez-la où vous l'avez trouvée. Ce n'est pas la voie ordinaire du courrier. »[9] La religieuse milanaise qui lui préparait ses repas étant devenue trop âgée fut remplacée dans cet office en 1926 par un petit groupe de moines franciscains allemands. Quand on les présenta au pape, il leur dit, avec ce mélange d'autorité et de fine ironie dont il avait le secret : « Je vous recommande la précision allemande ; je vous recommande le silence allemand ; mais pas la cuisine allemande. »[10] Pie XI donnait ses ordres avec une courtoisie à la fois bonhomme et sèche, ordres qui devaient être exécutés sans délai, « non subito, ma prima di subito » (« pas immédiatement, mais avant immédiatement »). Dans son amour du devoir parfaitement accompli, il disait souvent à son secrétaire personnel, le futur cardinal Carlo Confalonieri : « Niente press'a poco » (« Jamais rien à peu près »)[9].

Pie XI accordait rarement, et après un examen sévère, les dispenses qu'on sollicitait de lui, même quand elles étaient autorisées par le Droit canonique, faisant répondre souvent au solliciteur, civil ou ecclésiastique : « Les lois sont faites pour être observées, pas pour en être dispensé. »[9]. Des cardinaux ont raconté qu'ils tremblaient intérieurement et priaient au moment d'être reçus en audience par Pie XI ; le cardinal Luigi Sincero a confié que chaque fois qu'il s'y rendait, il s'y préparait « comme un écolier qui doit être examiné »[11].

Ayant une conscience très aiguë de sa charge apostolique de Vicaire de Jésus-Christ sur la terre, le pape Pie XI ne se mettait debout pour personne : il accordait audience aux souverains et aux chefs d'État toujours siégeant au trône pontifical, sans jamais se lever.

Controverse sur le dernier discours et le décès du pape[modifier | modifier le code]

Tombeau du pape Pie XI dans la crypte de la basilique Saint-Pierre de Rome

En 1939, à l'occasion du dixième anniversaire des accords du Latran, Pie XI convoqua pour le 11 février tous les évêques d'Italie pour, selon ce que croyaient certains, leur lire un discours dénonçant les persécutions raciales par les nazis et la marche vers la guerre de l'Italie fasciste. Mussolini multipliait alors les menaces à peine voilées sur l'attitude du pape. Le discours ne fut pas prononcé. La nuit du 10 février le pape mourut, officiellement d'un arrêt cardiaque. Il avait quatre-vingt-deux ans.

En janvier 1972, le cardinal Eugène Tisserant, que Pie XI avait fait cardinal en 1936, affirma à la presse française que le Saint-Père aurait été assassiné à l'instigation de Mussolini. Le professeur Francesco Petacci, médecin du Vatican, qui était aussi le père de Clara Petacci, la maîtresse du Duce, lui aurait fait une injection mortelle débarrassant le régime d'un souverain pontife encombrant. La presse a réagi diversement devant cette révélation, qualifiée parfois d'intrigue policière rocambolesque.

En s'appuyant sur les travaux d'Emma Fattorini, des journaux ont reproché à son successeur Pie XII d'avoir fait disparaître ce discours avant d'avoir une position plus prudente une fois élu. Les historiens (Giovanni Maria Vian) qui défendent Pie XII réfutent l'argument en s'appuyant sur la coutume au sujet des notes d'un pape défunt (que le camerlingue a mission de détruire). Ce sont donc les exemplaires imprimés qui auraient été détruits, l'original restant aux archives. L'église conteste en outre que le dernier discours de Pie XI ait pu porter sur une dénonciation du concordat et une critique plus vive du fascisme, du racisme ou de l'entrée en guerre de l'Italie[12], en s'appuyant sur une lettre de Jean XXIII du 6 février 1959 aux évêques d'Italie[13] qui donnait des extraits du manuscrit inachevé de Pie XI : le discours aurait porté sur l'attention aux séminaires, l'avertissement aux évêques sur la parole de l'Église trop souvent déformée et la fidélité au « tombeau séculaire de saint Pierre » et aux « ossements glorieux des apôtres du Seigneur qui apportèrent les premiers l'Évangile à Rome et y fondèrent l'Église universelle.»

Toutefois, le texte ayant été déclassifié en 2007, il apparaît que la seconde partie du discours sur la déformation de la parole de l'église[14], « même si elle n'est pas une condamnation du régime politique (...) constitue une critique du climat d’oppression et d’espionnage que le fascisme fait régner contre l’Église catholique »[15]. Le texte du pape y dénonce durement par exemple « une presse qui peut tout dire contre nous …, jusqu’à la ferme volonté de nier toute persécution en Allemagne ». Il y met en garde expressément et avec humour contre les "indicateurs" et... les écoutes téléphoniques du pouvoir et contre les conversations avec les membres du parti fasciste. Sa conclusion[16] sur la fidélité à la tombe de Saint Pierre est implicitement un appel à un changement de régime et s'oppose explicitement au racisme et au bellicisme[17]. « En outre, Pie XI avait demandé à un jésuite des documents pour réfléchir à la position de l’Église face à l’antisémitisme, et préparé un texte, Humani generis unitas, dont personne ne peut dire aujourd’hui s’il avait vocation ou non à devenir une encyclique »[15]. Ce texte qu'il demanda à lire rapidement après la Nuit de Cristal tarda aussi à lui être transmis[18].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Imposition de la barrette de cardinal, allocution du Pape Benoit XV, http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xv/speeches/documents/hf_ben-xv_spe_19210615_nuovi-cardinali_it.html
  2. Yves Chiron, op. cité P.31
  3. Illustration, 9 janvier 1937, interview de janvier 1922.
  4. Timothy Ryback "Dans la bibliothèque privée d'Hitler"
  5. a et b Sylvie Bernay, « L’Église de France face à la persécution des juifs : 1940-1944 », CNRS Editions, 2012, (ISBN 9782271074669) p.93
  6. a et b John Connelly, « Nazi Racism & the Church: How converts showed the way to resist », Commonweal, 24 février 2012 http://commonwealmagazine.org/nazi-racism-church
  7. a et b Giovanni Miccoli, « Les Dilemmes et les silences de Pie XII: Vatican, Seconde Guerre mondiale et Shoah », Éditions Complexe, 2005, (ISBN 9782870279373), p.401
  8. La Croix, 17 septembre 1938, page 1 sur Gallica, consulté le 12 novembre 1938
  9. a, b, c et d Yves Chiron, op. cité P.129
  10. Yves Chiron, op. cité P.120
  11. Yves Chiron, op. cité P.122
  12. "La voce che prima di morire egli stesse redigendo un documento contro la discriminazione razziale ed il regime fascista non ha trovato conferma. Il testo dell’ultimo incompleto discorso di Pio XI, rimasto a lungo inedito, è stato reso noto dal Papa Giovanni XXIII il 6 febbraio 1959". Extrait de la biographie officielle du Pape Pie XI sur le site du Vatican
  13. Documentation catholique, 1er mars 1959, col. 257-264.
  14. texte complet du discours
  15. a et b Isabelle De Gaulmyn, Pie XII a-t-il sciemment éliminé le discours de Pie XI contre le fascisme et le nazisme ?, in La Croix, 31/05/2007, article en ligne
  16. exultez en ce jour mémorable qui nous rappelle Dieu rendu à l’Italie et l’Italie rendue à Dieu, excellents auspices d’un avenir béni
  17. prophétisez, ossements chers et vénérés, prophétisez la venue de la foi ou son retour à tous les peuples, à toutes les nations, à toutes les lignées, toutes reliées et toutes unies par le sang dans le lien commun de la grande famille humaine ; prophétisez, ossements apostoliques, l’ordre, la tranquillité, la paix, la paix, la paix, à tout ce monde qui, quoiqu’il semble pris par une folie homicide et suicidaire d’armements, veut la paix et avec nous l’implore du Dieu de la paix et espère l’obtenir
  18. (en-it) un documentaire de la Rai

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Pie XI, premier pape à s'exprimer à la radio (Radio Vatican), le 12 février 1931
La tiare de Pie XI

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marc Agostino, Article « Pie XI » du Dictionnaire historique de la papauté, Philippe Levillain (s.dir), Fayard, 1994.
  • Marc Agostino, Le pape Pie XI et l'opinion (1922–1939), École française de Rome, 1991
  • Collectif, Achille Ratti, pape Pie XI, École française de Rome, 1996
  • Fabrice Bouthillon, La naissance de la Mardité, une théologie à l'âge totalitaire, Presses Universitaires de Strasbourg, 1995
  • Yves-Marie Hilaire (s.dir), Histoire de la papauté. 2000 ans de missions et de tribulations, Tallandier, 1993.
  • Mgr Yves Marchasson, Les Papes du XXe siècle, Desclée, 1990.
  • Yves Chiron, Pie XI, Perrin, 2004, 418 pp.
  • Bernard Lecomte : Les secrets du Vatican (Perrin, 2009) - Chapitre 1 : "Un pape contre les Soviets" (p. 11-31.
  • Lucia Ceci, L'interesse superiore. Il Vaticano e l'Italia di Mussolini, Laterza, Roma-Bari 2013.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]