Anne Morelli

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Anne Morelli

Époque contemporaine

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Anne Morelli

Naissance 1948 en Belgique

Anne Morelli est une historienne belge d'origine italienne, spécialisée dans l'histoire des religions et des minorités.

Docteure en histoire, elle est directrice du Centre interdisciplinaire d'étude des religions et de la laïcité de l'Université libre de Bruxelles (ULB), université où elle enseigne également la critique historique, les contacts de culture, l'histoire des religions et la didactique de l'histoire.

Se déclarant d'extrême gauche[1] et athée, Anne Morelli est connue pour ses prises de position concernant la propagande de guerre, ainsi que sur les sectes.

Anne Morelli est la mère de Vittorio Mettewie, président du PS de Molenbeek-St-Jean.

Prises de position[modifier | modifier le code]

Anne Morelli, comme d'autres historiens et sociologues, estime que les Églises ne se distinguent des sectes que par leur rapport au pouvoir. Selon elle et à la suite de Michel Foucault, ce sont des « institutions totalitaires » à l'instar de la prison, l'hôpital, la caserne, le pensionnat mais aussi certaines entreprises[2].

Lors de la 36e conférence annuelle du International Association of Labour History Institutions à Gand en 2005, elle déclare au colloque international de l'anti-globalisme qu'aucun mouvement dans l'histoire n'a jamais obtenu de changement sans utiliser la violence[3]. Elle a fait partie du groupe de sympathisants qui accueillent Pierre Carette, le principal chef du groupe terroriste les Cellules communistes combattantes, à sa sortie de prison[4].

Principes élémentaires de propagande de guerre[modifier | modifier le code]

Les dix « commandements » que propose Anne Morelli dans cet ouvrage sont avant tout une grille d’analyse qui se veut pédagogique et critique. Elle n’a pas pour but de prendre parti, ou de prendre la défense des « dictateurs », mais de constater la régularité de ces principes dans le champ médiatique et social. Au ban des accusés, on retrouve tant les vaincus que les vainqueurs.

« Je ne tenterais pas de sonder la pureté des intentions des uns ou des autres. Je ne cherche pas ici à savoir qui ment et qui dit la vérité, qui est de bonne foi et qui ne l’est pas. Mon seul propos est d’illustrer les principes de propagande, unanimement utilisés, et d’en décrire les mécanismes[5]. »

Il est néanmoins indéniable que depuis les dernières guerres qui ont marqué notre époque (Kosovo, guerre du Golfe, Afghanistan, Irak) ce sont nos démocraties occidentales et le champ médiatique qui leur correspond qui sont mis en question.

Anne Morelli réactualise, grâce à ce petit manuel du citoyen critique, des formes invariables pour des contenus divers. La propagande s’exerce toujours via les mêmes invariants quelle que soit la guerre, d’où la grande pertinence de la grille proposée. Il semble également essentiel dans cette introduction de citer Lord Ponsonby, qu’Anne Morelli remercie dès les premières pages de son ouvrage. En effet, Ponsonby a largement contribué à l’élaboration des principes. Lord Ponsonby était un travailliste anglais qui s’était radicalement opposé à la guerre. Déjà durant la Première Guerre mondiale il s’illustre par divers pamphlets et finit par écrire un livre sur ces mécanismes de propagande. C'est ce livre qu’Anne Morelli reprend, réactualise et systématise en dix principes élémentaires :

  1. Nous ne voulons pas la guerre
  2. Le camp adverse est le seul responsable de la guerre
  3. Le chef du camp adverse a le visage du diable (ou « l'affreux de service »)
  4. C'est une cause noble que nous défendons et non des intérêts particuliers
  5. L'ennemi provoque sciemment des atrocités, et si nous commettons des bavures c'est involontairement
  6. L'ennemi utilise des armes non autorisées
  7. Nous subissons très peu de pertes, les pertes de l'ennemi sont énormes
  8. Les artistes et intellectuels soutiennent notre cause
  9. Notre cause a un caractère sacré
  10. Ceux (et celles) qui mettent en doute notre propagande sont des traîtres

Lettre ouverte à la secte des adversaires des sectes[modifier | modifier le code]

Un des ouvrages les plus populaires[réf. nécessaire] d'Anne Morelli est sa Lettre ouverte à la secte des adversaires des sectes[6] (1997).

Elle y soutient la thèse qu'il n'y aurait aucune différence entre les sectes et les religions reconnues, ce qu'elle illustre avec des formules percutantes : « Je ne vois aucune différence de fond entre Mme Gabrielle, grande prêtresse du groupe Ananda, qui impose la capote, la pilule ou le stérilet à ses fidèles et M Wojtyla, « souverain pontife » qui les leur interdit. Tous deux, pour des raisons qui leur semblent excellentes, interviennent dans le plus intime des vies, viennent fouiller dans les tables de nuit et s’occupent de choisir à la place des individus » (p. 22) ou « Je pense que les sectes ne sont encore, en matière de « nocivité », que de pâles amateurs à côté des grandes multinationales des religions, dont les morts sont à comptabiliser par millions » (p. 68) et qu'il n'y aurait pas plus de différence entre le comportement de personnes que l'on dit appartenir à une secte et ceux qui les combattent (les antisectes) : « Il me semble suspect que, à travers le monde, des milliers de personnes liées entre elles par un réseau international aux multiples ramifications vivent pour et par la chasse aux sectes » (p. 73)[7]. Dans une interview, elle déclare à ce sujet que les associations antisectes lui apparaissent comme « des groupes de gens inquiétants », stimulés, par le fait des subventions, à « créer ou mettre en valeur des scandales »[8]. Elle considère que l'hystérie "antisecte" empêche tout examen sérieux et tout dialogue. Elle reproche aussi à la MIVILUDES ses pressions sur la télévision française à propos des nouveaux mouvements religieux[9].

Les grands mythes de l'histoire de Belgique, de Flandre et de Wallonie[modifier | modifier le code]

Anne Morelli a dirigé en 1995 la rédaction d'un ouvrage destiné à être une « (...) tentative globale de déconstruction des grands mythes nationaux et régionaux, [aucune] n'avait été entreprise jusqu'ici en Belgique, à la différence de la plupart de nos voisins européens »[10]
Une des motivations de l'ouvrage a été de remettre en cause les mythes identitaires, mythes différenciateurs, à l'instar d'autres nouveaux historiens de par le monde:

« Nous n'avons pas voulu démontrer, mais expliquer. On peut aimer une légende, mais il faut savoir que ce n'est qu'une légende. Bien plus, il ne faut pas être dupes des prochains mythes en construction. Les mythes identitaires se construisent le plus souvent contre quelque chose, ce sont des mythes différenciateurs. Ils gomment les tensions internes au groupe et le définisse par exclusion par rapport aux autres groupes[10]. »

« Je continue à croire que ces mythes nationaux (ou régionaux ou...) ont pour principale fonction de masquer les conflits sociaux d'un espace donné. En d'autres termes de me créer une solidarité avec Albert Frère, Andre Leysen... parce que nous vivons proches géographiquement[11]... »

Publications[modifier | modifier le code]

  • Lettres et documents d'Ersilio Ambrogi (1922-1936) (1977) par Anne Mettewie-Morelli
  • La Presse italienne en Belgique (1919-1945) (1981)
  • La participation des émigrés italiens à la Résistance belge (1983)
  • (it) Fascismo e antifascismo nell'emigrazione italiana in Belgio, 1922-1940 (1987)
  • Les grands mythes de l'histoire de Belgique, de Flandre et de Wallonie, Editions Couleur livres (dir.) (1995)
  • Rital-littérature. Anthologie de la littérature des Italiens de Belgique (1996)
  • Lettre ouverte à la secte des adversaires des sectes (1997)
  • Les émigrants belges : réfugiés de guerre, émigrés économiques, réfugiés religieux et émigrés politiques ayant quitté nos régions du XVIe siècle à nos jours (dir.) (1998)
  • Les religions et la violence avec Lemaire Jacques et Suzanne Charles (1998)
  • Le racisme, élément du conflit flamands-francophones ? (1998)
  • Principes élémentaires de propagande de guerre (utilisables en cas de guerre froide, chaude ou tiède...) (2001)
  • [PDF] « Sectes » et « hérésies » de l'antiquité à nos jours - avec Alain Dierkens (2002)
  • Les solidarités internationales. Histoire & perspectives avec Gotovitch José (2003)
  • Histoire des étrangers et de l'immigration en Belgique: de la Préhistoire à nos jours, Editions Couleur livres (dir.) (2004) (2)
  • Principes élémentaires de propagande de guerre (2010)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. «J'estime être d'extrême gauche, mais je pense que l'immobilisme que nous vivons aujourd'hui est dû en grande partie aux divisions de l'extrême gauche. » Eric Guillaume, Les 175 ans de la Belgique vus par Anne Morelli (ULB), Solidaire, html
  2. «La secte, comme la communauté charismatique, le couvent, la prison, l'hôpital, la caserne, le pensionnat (et peut-être aussi certains partis ou entreprises lorsqu'il s'agit de Disney ou MacDo) est l'une des institutions totalitaires qui prend, marque, change de nom ou immatricule, imprime dans un moule et déguise pour donner l'impression d'uniformité des corps et des esprits. » Anne Morelli, Lettre ouverte à la secte des adversaires des sectes, 1997
  3. (en) «At an international conference in Ghent in 2005 on the anti-globalisation movement, Anne Morelli told the astounded audience that not one single movement in history had ever enforced change without violence. » Francine Mestrum, The World Social Forum of Porto Alegre: what future?, 2006 Forum Social Mundial
  4. RTBF, Manifestation de soutien à Pierre Carette, le Manifestation de soutien à Pierre Carette
  5. Morelli, Anne, « Principes élémentaires de propagande de guerre », Bruxelles, Labor, 2001, p. 6.
  6. Lettre ouverte à la secte des adversaires des sectes
  7. Extraits du livre d'Anne Morelli : « La secte des adversaires des sectes »
  8. Interview vidéo d'Anne Morelli
  9. (fr) « Sectes : la télévision dans toute sa splendeur », sur Sectes (consulté le 21 février 2010)
  10. a et b Bernard Padoan, "De Charlemagne à Tintin, Anne Morelli et une équipe d'historiens démontent les grandes légendes belges. Très décoiffant. Infiniment salutaire", Le Soir, 7 août 1995
  11. Yves Le Manach, Une correspondance avec Anne Morelli, Artichauts de Bruxelles, no 2, Bruxelles, Février 1999 [lire en ligne]