Amélie de Hesse-Darmstadt

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Amélie de Hesse-Darmstadt, margravine héréditaire de Bade

Amélie de Hesse-Darmstadt fut l'épouse du prince héréditaire de Bade. Elle eut une grande influence sur son gendre le tsar Alexandre Ier de Russie.

Biographie[modifier | modifier le code]

Entre Berlin et Saint-Petersbourg[modifier | modifier le code]

Amélie est la fille du landgrave Louis IX de Hesse-Darmstadt. Grand admirateur du feu roi Frédéric-Guillaume II de Prusse, le landgrave consacra son règne à développer son armée. D'ailleurs, il était également officier dans l'armée prussienne et c'est pour cette raison qu' Amélie naquit le 20 juin 1754 à à Prenzlau, ville où stationnait le régiment de son père. La mère de la princesse Amélie était Caroline de Palatinat-Deux-Ponts-Birkenfeld, princesse cultivée qui fit l'admiration de toute l'Europe et qui inspirait de l'estime même au très mysogine Frédéric II de Prusse. Cette admiration amena le souverain prussien à marier son neveu et héritier à Frédérique, aînée des filles du landgrave et de la landgravine.

Ce premier mariage en entraîna d'autres. La tsarine Catherine II de Russie voulait marier son fils et en 1772 invita la landgravine et ses trois filles nubiles, Amélie, Louise et Wilhelmine à Saint-Pétersbourg. C'est Wilhelmine qui fut choisie. Arrivée en Russie en juin 1773, elle y fut mariée dès le mois de septembre, n'y fut guère heureuse, prit un amant et mourut en couches après trois ans de mariage.

Ce faisant, les princesses de Hesse, belles-sœurs du prince royal de Prusse et du tsarévitch, devenaient des partis de plus en plus intéressants. Louise épousa le duc Charles-Auguste de Saxe-Weimar-Eisenach tandis qu'Amélie épousait le 15 juillet 1775 son cousin Charles-Louis,prince héréditaire de Bade.

Bade[modifier | modifier le code]

Le margrave héréditaire Charles-Louis

Très vite, Amélie s'ennuya. Elle n'eut jamais des relations simples avec sa belle-mère et tante, la margravine Caroline-Louise se plaignit de la froideur de son beau-père le margrave Charles-Frédéric de Bade — dont le gouvernement était loué par l'Europe des Lumières — et de l'immaturité de son mari. La vie à la cour de Bade lui parut bien provinciale en comparaison des cours de Berlin et de Saint-Pétersbourg. Nonobstant cette vie sans joie, Amélie mit au monde sept enfants :

En 1783, la margravine Louise-Caroline mourut et Amélie tint le rôle de première dame jusqu'au mariage de son fils en 1806.

Cependant le margrave Charles-Frédéric était toujours ardent et souhaitait se remarier. Attachée à son rang comme son mari à son héritage, le couple des princes héréditaires voyait avec crainte une nouvelle margravine tenant le premier rôle à Bade et donnant d'autres princes à la couronne. Ils poussaient leur père et beau-père à trouver une favorite plutôt qu'une épouse. Le choix du margrave sexagénaire se fixa sur une jeune fille de 18 ans, Louise Geyer de Geyersberg qui fut titrée baronne puis comtesse de Hochberg.

Celle-ci ne voulut céder que si le margrave l'épousait. Il fallut donc en passer par un mariage morganatique : la nouvelle épousée ne porterait pas le titre et ne remplirait pas les devoirs d'une margravine de Bade et les enfants issus de ce mariage seraient déclarés légitimes mais inaptes à succéder au trône de Bade. Une telle union hypothéqua gravement l'histoire du pays de Bade au siècle suivant.

L'ombre de l'Europe[modifier | modifier le code]

Deux années plus tard la révolution éclata en France. Le margraviat de Bade, frontalier du Royaume, voyant avec crainte les évènements se précipiter, accorda l'asile à de nombreux nobles français, notamment au Duc d'Enghien prince du sang et trouva rapidement un protecteur.

En effet, La tsarine Catherine II de Russie toujours soucieuse de marier intelligemment ses descendants et de porter son influence au coeur des états allemands, songea à la jeune princesse Louise-Auguste comme épouse pour son petit-fils le futur tsar Alexandre Ier. Le mariage eut lieu en 1793. a son tour, cette union brillante en provoqua d'autres : tandis que les troupes françaises déferlaient sur l'Europe la princesse Caroline de Bade épousait en 1796 le duc Maximilien de Deux-Ponts, héritier de l'électeur de Bavière, Frédérique de Bade épousait en 1797, le roi Gustave IV de Suède.

Si la margravine héréditaire Amélie eut une grande influence sur le futur tsar, il n'en fut pas de même pour le roi de Suède. En effet, Gustave IV s'était épris d'une sœur du tsar. Or celui-ci ne voulait pas d'une alliance avec la Suède. Des différences de religion rendaient également difficiles la concrétisation de l'union et servirent de prétexte à l'abandon du projet. Le roi de Suède gardait sa rancune envers la Russie. Néanmoins le mariage du roi de Suède avec une belle-sœur du tsar n'était qu'une manœuvre diplomatique pour rapprocher la Suède de la Russie.

Amélie usa de tout son charme pour obtenir la réconciliation de se gendres; mais le roi de Suède n'y fut pas sensible. Destitué en 1809 après une guerre désastreuse contre la Russie, le couple royal et ses enfants trouva refuge en Bade mais divorça en 1812. La margravine Amélie s'occupa d'assurer à sa fille un train de vie correspondant à son rang et de l'éducation de ses petits-enfants.

L'héritier[modifier | modifier le code]

En 1801 à la faveur de l'accession au trône de leur gendre, le margrave héréditaire, la margravine héréditaire et leurs enfants avaient effectué une visite en Russie puis en Suède pour visiter leurs filles.

Lors d'une course en traîneau, le margrave héréditaire tomba et se tua. Amélie ne rentra en Bade qu'au printemps 1802. N'ayant plus aucun espoir de monter sur le trône de Bade, elle plaça toutes ses ambitions sur son unique fils, Charles, 16 ans, qui étouffa bien vite sous l'emprise maternelles. Il se confia à son oncle prince Louis, qui avait toute la confiance du margrave régnant de plus en plus vieillissant. Or celui-ci, ambitieux et débauché notoire - il aurait été l'amant de la comtesse de Hochberg, l'épouse de son père - , pervertit l'adolescent en l'entrainant dans ses frasques pour mieux le maintenir sous sa coupe.

de plus le jeune margrave affichait une admiration sans borne pour le premier Consul puis empereur des Français Napoléon Bonaparte qu'Amélie abhorrait.

Grandeur et misère d'un empereur[modifier | modifier le code]

La margravine héréditaire, belle-mère du tsar, elle exerça sur celui-ci une forte influence

Suite au Traité de Lunéville, le Recès d'Empire de 1803, influencé par la France et la Russie, avait profondément remanié la carte de l'Allemagne, supprimant la plupart des villes libres, les principautés ecclésiastiques et les petits états qui avait été donnés en compensation aux souverains dont les possessions étaient devenues Françaises. De même le nombre de membres du collège électoral fut augmenté au bénéfice de princes forcément reconnaissant envers la France.

Ainsi Bade fut obtint une grande partie du Palatinat et de la principauté ecclésiastique de Spire avec le câateau de Bruchsal qu'affectionna Amélie et le titre honorifique d'électeur.

Amélie ayant ensuite empêché son fils de suivre l'empereur dans une nouvelle campagne, Bade resta un grand-duché tandis que les électeurs de Bavière, de Saxe et de Wurtemberg devenaient rois et agrandissaient encore leur possessions.

La France se comportait en maître; en 1804, des troupes françaises s'introduisirent clandestinement dans le margraviat et enlevèrent le duc d'Enghien qui fut ramené à Paris et exécuté après un procès sommaire. Cette acte barbare causa un scandale énorme en Europe mais n'ébranla pas le pouvoir de "'l'ogre" qui la 2 décembre suivant se couronna lui-même empereur en présence du pape Pie VII.

Napoléon traitait les princes allemands comme des vassaux : il n'hésita pas à faire connaître au vieux margrave les dilapidations du prince Louis et à exiger son éloignement de la cour.

Entretemps, le mari de Caroline avait accédé au trône Bavarois et pour resserrer encore les liens entre Bavière et Bade, le jeune Charles avait été fiancé à la princesse Augusta de Bavière, fille que Maximilien avait eu d'un premier lit. Or Napoléon voulait l'alliance de la Bavière, avec l'aide du prince Louis de Bade, il "défiança" le jeune Charles et lui donna comme épouse Stéphanie de Beauharnais, une nièce du premier mari de son épouse qu'il adopta et fit "princesse impériale", et qui apporta en dot le Brisgau pris à l'Autriche. Augusta épousa Eugène de Beauharnais.

Pendant le Congrès de Vienne qui réorganisait l'Europe après la chute de l'empire Français, Amélie profita de l'influence qu'elle exerçait sur son gendre le tsar pour conserver à Bade ses acquisitions.

Le mariage et la mort du fils[modifier | modifier le code]

Amélie ne put empêcher le mariage de son fils mais à la chute de l'empire Français, fort de l'appui du tsar, le grand-duché de Bade conserva ses possessions. Malgré les pressions familiales, le jeune grand-duc qui avait succédé à son grand-père en 1811, refusa de se séparer de son épouse française et catholique. D'abord très éloigné l'un de l'autre, Charles et Stéphanie s'étaient peu à peu rapprocher et de leur mariage étaient nés trois filles et deux fils dont l'aîné mourut au berceau das des conditions étranges. La comtesse de Hochberg, veuve morganatique du feu grand-duc, fut soupçonnée d'avoir fait enlever le petit prince et de l'avoir échangé contre le corps sans vie d'un enfant mort-né.

La question de la succession au trône se posait d'autant plus que sa vie de débauche avait ruiné la santé du jeune grand-duc. En 1817, celui-ci décida que ses grands-oncles Hochberg seraient dynastes. Pour affermir les droits de l'aîné d'entre eux, on le maria prestement à la princesse Sophie de Suède, une fille de la reine Frédérique qui, vivant aux crochets de sa famille badoise, n'avait pu refuser cette union.

Le grand-duc mourut en 1818 à l'âge de 32 ans. Son oncle Louis lui succéda mais était resté célibataire. Il mourut en 1830 et Léopold de Hochberg lui succéda sans problème.

La grand-mère de l'Europe[modifier | modifier le code]

Une petite-fille et l'arrière-petit-fils d'Amélie : l'archiduchesse Sophie et le futur empereur François-Joseph

Retirée à Bruchsal, loin des intrigues de la cour depuis le mariage de son fils, Amélie se prit d'affection pour la belle-fille Française qu'elle méprisait : Stéphanie de Beauharnais s'était montrée bonne épouse et mère attentive, elle fut une veuve irréprochable.

Ayant fort brillamment marier ses filles, Amélie eut le bonheur de voir ses petites-filles occuper les trônes européens. Les filles de Caroline, Amèlie et Marie furent reines de Saxe, Élisabeth, reine de Prusse et Sophie, en épousant en 1824 l'archiduc François-Charles d'Autriche, devint la mère de l'empereur François-Joseph Ier d'Autriche. La cadette, Ludovika ne porta pas la couronne mais fut La mère de la célèbre Sissi, de la reine Marie de Naples et de la duchesse d'Alençon.

En 1830, la fille aînée de Charles, Louise de Bade épousa son cousin, Gustave prince de Vasa, le fils aîné de la reine Frédérique, qu'Amélie continuait de présenter comme prince héritier de Suède au grand dam des Bernadotte. Joséphine de Bade se maria après la mort de sa grand-mère mais fut l'ancêtre de la Maison royale de Roumanie. Quant à Marie de Hesse, fille cadette de Wilhelmine, elle devint comme sa tante Louise-Auguste, tsarine de Russie.

En 1828, un jeune garçon inconnu apparut en Bavière. Cet adolescent devint célèbre sous le nom de Kaspar Hauser et son histoire fit le tour de l'Europe. Ses protecteurs crurent reconnaître en lui le fils aîné du grand-duc Charles et de la grande-duchesse Stéphanie mort subitement en 1812. La grande-duchesse douairière Stéphanie qui le vit de loin, lui trouva une certaine ressemblance avec son feu mari et fut convaincu qu'il était son fils. Le jeune homme fut assassiné en 1833 dans des conditions aussi mystérieuses que celle de son apparition.

Amélie ne vécut pas assez longtemps pour connaître la fin tragique de ce jeune homme énigmatique. Elle était décédée le 2 juin 1832 à Bruchsal.

Sources[modifier | modifier le code]