Énergie grise

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L’énergie grise, ou énergie intrinsèque[1], est la quantité d'énergie consommée lors du cycle de vie d'un matériau ou d'un produit : la production, l'extraction, la transformation, la fabrication, le transport, la mise en œuvre, l'entretien et enfin le recyclage, à l'exception notable de l'utilisation. L'énergie grise est en effet une énergie cachée, indirecte, au contraire de l'énergie liée à l'utilisation, que le consommateur connaît, ou peut connaître aisément. Chacune des étapes mentionnées nécessite de l'énergie, qu'elle soit humaine, animale, électrique, thermique ou autre. En cumulant l'ensemble des énergies consommées sur l'ensemble du cycle de vie, on peut prendre la mesure du besoin énergétique d'un bien.

L'affichage de l'énergie grise peut guider ou renseigner les choix d'achats, notamment en vue de réduire l'impact environnemental.

Définition[modifier | modifier le code]

En théorie, un bilan d'énergie grise procède au cumul de l'énergie dépensée lors :

L'énergie incorporée est un concept proche de l'énergie grise, mais elle n'inclut pas l'énergie nécessaire en fin de vie du produit.

Pour l'Office fédéral de l'énergie suisse, l'énergie grise se limite à la consommation d'énergie primaire non renouvelable[2].

Exemples[modifier | modifier le code]

La consommation énergétique moyenne d'un Français ne serait visible qu'à hauteur d'un quart : c'est la consommation d'énergie au sens classique du terme. Les trois quarts restants correspondraient à l'énergie grise, soustraite à notre vue, et dont nous n'avons le plus souvent pas conscience[3]. Selon l'office statistique fédéral allemand, les ménages allemands consomment de l'énergie directement à hauteur de 40 % et consomment de l'énergie grise à hauteur de 60 %[4].

Par ailleurs, dans le cadre de la mondialisation, il s'avère que les pays industrialisés exportent de l'énergie grise vers les pays peu industrialisés, ou qui ont perdu des pans entiers de leur industrie. C'est ainsi que la Chine est devenue au cours du temps un grand exportateur d'énergie grise[5] et même à hauteur d'environ 30 % de sa production d'énergie[3] ; l'Allemagne exporte de l'énergie grise vers la France[6]. À cet égard, même si les émissions de CO2 ne sont pas directement liées à l'énergie grise (on sait qu'en fait une forte corrélation existe entre les deux), il est symptomatique de constater que, selon les statistiques officielles du gouvernement français, les Français émettent huit tonnes de CO2 par an et par personne. Mais si on tient compte des émissions liées à la fabrication à l'étranger des produits qu'ils consomment, les émissions de CO2 par Français et par an passent à douze tonnes[7],[8],[9], soit 50 % de plus que le chiffre affiché précédemment. Pire, si les émissions par personne et par an produites en France ont bien baissé depuis 1990, lorsqu'on leur ajoute les émissions liées à la fabrication à l'étranger de ce qui est consommé en France, elles ont augmenté depuis cette même date[6]. La baisse apparente de la consommation d'énergie résulte avant tout d'une délocalisation de la production des produits utilisés en France.

Une réduction très significative des déchets, telle que la propose la démarche « zéro déchet », aurait pour avantage de réduire l'énergie grise. Les low-techs permettent également la diminution de l'énergie grise[10], les techniques de pointe, telles que celles mises en œuvre pour produire les puces électroniques, nécessitant au contraire une grande quantité d'énergie[11].

L'obsolescence programmée constitue un grave problème, qu'il convient de résoudre si l'on veut réduire la part de l'énergie grise dans la consommation totale d'énergie. Les Amis de la Terre recommandent d'étendre la durée de la garantie légale de conformité de deux ans (comme c'est le plus souvent le cas) à dix ans[12]. D'un point de vue industriel, eu égard au bon taux de retour énergétique de l'énergie solaire thermique, on peut imaginer que les usines qui fonctionnent à partir de chaleur solaire sont appelées à un avenir brillant[13]. Pour les usines situées dans des régions où l'ensoleillement est plus faible, le recours à la cogénération s'impose. Dans son nouveau scénario actualisé[14],[15], l'association négaWatt souligne la nécessité de la diminution de l'énergie grise. Ainsi, elle prévoit un développement du recyclage, ainsi qu'une diminution des emballages.

Unités[modifier | modifier le code]

L'énergie grise s'exprime en joule (et ses multiples : kilojoule (kJ), mégajoule (MJ), gigajoule (GJ)), souvent rapporté à une unité de masse (kilogramme) pour un matériau produit, ou de surface (mètre carré). Le kilowatt-heure (kWh), qui vaut 3,6 MJ, est aussi employé par commodité.

Énergie grise appliquée au bâtiment[modifier | modifier le code]

L'industrie de la construction utilise plus de matériaux en poids que toute autre industrie (États-Unis)[16].

L'énergie consommée au cours du cycle de vie d'un bâtiment peut être divisée en énergie opérationnelle, énergie grise et énergie de mise hors-service[16],[Note 1]. L'énergie opérationnelle est requise pour le chauffage, le refroidissement, la ventilation, l'éclairage, l'équipement et les appareils. L'énergie de mise hors-service est l'énergie utilisée pour la démolition/déconstruction du bâtiment et le transport des matériaux démolis/récupérés vers les centres d'enfouissement/recyclage[16]. L'énergie grise non renouvelable est requise pour produire initialement un bâtiment et le maintenir pendant sa durée de vie utile. Il comprend l'énergie utilisée pour acquérir, traiter et fabriquer les matériaux de construction, y compris tout transport lié à ces activités (énergie indirecte); l'énergie utilisée pour transporter les produits de construction sur le site et construire le bâtiment (énergie directe); et l'énergie consommée pour maintenir, réparer, restaurer, remettre en état ou remplacer des matériaux, des composants ou des systèmes pendant la durée de vie du bâtiment (énergie récurrente)[16]. Les bâtiments consomment jusqu'à 40 % de toute l'énergie et contribuent jusqu'à 30 % des missions annuelles mondiales de gaz à effet de serre[17].

On pensait jusqu'à récemment que l'énergie grise était faible par rapport à l'énergie opérationnelle. Par conséquent, les efforts jusqu'ici consentis ont consisté à réduire l'énergie opérationnelle en renforçant l'efficacité énergétique de l'enveloppe du bâtiment. La recherche a montré que ce n'est pas toujours le cas. L'énergie grise peut être l'équivalent de plusieurs années d'énergie opérationnelle. La consommation d'énergie opérationnelle dépend des occupants tandis que l'énergie grise n'est pas dépendante de l'occupant - l'énergie est intégrée dans les matériaux. L'énergie grise est encourue une seule fois (à l'exception de la maintenance et de la rénovation) alors que l'énergie opérationnelle s'accumule avec le temps et peut être fluctuante pendant toute la durée de vie du bâtiment. Les recherches du CSIRO australien, ont révélé qu'une maison moyenne contient environ 1 000 GJ d'énergie grise[Note 2], incorporée dans les matériaux utilisés dans la construction. Cela équivaut à environ 15 ans d'utilisation normale de l'énergie opérationnelle. Pour une maison qui dure 100 ans, c'est plus de 10 % de l'énergie utilisée dans sa vie[18].

La connaissance de l'énergie grise incorporée dans un bâtiment permet d'apprécier la pression que sa construction exerce sur les ressources naturelles. Dans l'habitat, l'association négaWatt prône le recours plus poussé aux matériaux naturels, tels que le bois. L'énergie grise des bâtiments est si élevée que l'association préconise une réorientation de la politique qui consiste à démolir puis reconstruire les bâtiments mal isolés thermiquement, vers une autre politique plus centrée sur la rénovation thermique des bâtiments existants[14],[19]. Dans des standards comme le « passif », ou encore la « basse consommation », la performance énergétique a atteint un tel niveau qu'il n'y est pratiquement plus besoin d'énergie pour chauffer ou éclairer. Les enjeux se déplacent dans ce type d'habitation vers l'énergie grise[20] qui représente de 25 à 50 ans de consommation de ces bâtiments[réf. nécessaire].

L'association négaWatt affirme que la maison individuelle ne constitue plus un modèle soutenable[21].

Exemples de bilan d'énergie grise[modifier | modifier le code]

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Les métaux et les matières synthétiques incorporent beaucoup d'énergie grise. Les produits qui viennent de loin également. Les matériaux les moins transformés et consommés proches de leur lieu de production contiennent peu d'énergie grise.

Dans le bâtiment, pour minimiser l'énergie grise, on recherche autour du lieu de la construction les matériaux végétaux (chanvre, bois, paille, lin, liège), animaux (laines de mouton, plumes de canard) ou minéraux (terre crue, pierres, galets).

Les matériaux suivants ont été classés dans l’ordre du moins gourmand au plus gourmand en énergie grise :

Ces différents matériaux ne sont toutefois pas comparables car leurs utilisations et performances sont différentes.

Énergie grise de différents matériaux[modifier | modifier le code]

Données d'après le site ecoconso.be[22].

Métaux[modifier | modifier le code]

Canalisations[modifier | modifier le code]

  • tuyau en grès : 3,2 MWh/m3 ;
  • tuyau fibrociment : 4 MWh/m3 ;
  • tuyau PVC : 27 MWh/m3 ;
  • tuyau d'acier : 60 MWh/m3 ;

Murs porteurs[modifier | modifier le code]

  • béton poreux (cellulaire) : 200 kWh/m3 ;
  • brique silico-calcaire creuse : 350 kWh/m3 ;
  • brique terre cuite (nid d’abeilles) : 450 kWh/m3 ;
  • béton : 500 kWh/m3 ;
  • brique silico-calcaire de parement : 500 kWh/m3 ;
  • brique terre cuite perforée : 700 kWh/m3 ;
  • brique ciment : 700 kWh/m3 ;
  • brique terre cuite pleine : 1 200 kWh/m3 ;
  • béton armé : 1 850 kWh/m3 ;

Enduits[modifier | modifier le code]

  • enduit argile ou terre crue : 30 kWh/m3;
  • enduit à la chaux : 450 kWh/m3;
  • enduit plâtre : 750 kWh/m3 ;
  • enduit ciment : 1 100 kWh/m3 ;
  • enduit synthétique : 3 300 kWh/m3 ;

Charpente[modifier | modifier le code]

Cloisons légères[modifier | modifier le code]

Isolation thermique[modifier | modifier le code]

Couverture[modifier | modifier le code]

  • tuile béton : 500 kWh/m3 ;
  • tuile terre cuite : 1 400 kWh/m3 ;
  • tuile fibrociment : 4 000 kWh/m3.

Énergie grise énergétique[modifier | modifier le code]

Le taux de retour énergétique (EROEI en anglais) constitue une mesure de l'énergie grise utilisée pour extraire l'énergie d'une source primaire. Il faut majorer l'énergie finale consommée d'un facteur de pour obtenir l'énergie grise[Note 3]. Un EROEI égal à huit signifie qu'un septième de la quantité d'énergie finale utilisable est dépensée pour extraire cette énergie.

Pour calculer correctement l'énergie grise, il faudrait tenir compte de l'énergie nécessaire pour la construction et la maintenance des centrales énergétiques, mais les données ne sont pas toujours disponibles pour réaliser ce calcul.

L'EROEI est un concept de nature extractiviste, lié à l'exploitation des ressources naturelles. Chaque unité d'énergie grise permet l'exploitation de plusieurs unités d'énergie d'un autre type, que ce soit dans les mines d'uranium ou les puits de pétrole.

Des bilans énergétiques détaillés ont été effectués pour calculer l'énergie grise de diverses sources d'énergie : ainsi, l'énergie grise d'une éolienne de 1,5 MW au Danemark a été évaluée à 32 575 GJ en offshore et 14 091 GJ à terre[Note 4], ce qui donne respectivement des temps de retour énergétiques de 3 mois et 2,6 mois[23].

Électricité[modifier | modifier le code]

En France, le rapport entre l'énergie primaire et l'électricité est de 2,58 (chiffre fixé par un arrêté en 2006)[24],[25],[26], alors qu'en Allemagne, il ne vaut que 1,8[27], en raison du développement des énergies renouvelables. Cela correspond à rendement qui vaut 38,8 % en France, contre 55,5 % en Allemagne. Comme tout coefficient établi sur des fondements pour partie subjectifs, ce coefficient de 2,58 fait l'objet de critiques, notamment de Brice Lalonde[28].

L'éco-calculateur de l'Union internationale des chemins de fer EcoPassenger[29] annoncerait une efficacité de 29 % pour la France et 36 % pour l'Allemagne, ce qui conduirait à des coefficients de 3,45 en France et 2,78 en Allemagne[30], en intégrant toutes les pertes.

Ici, le concept est étranger à l'EROEI et à l'extractivisme. La notion la plus proche est celle de rendement, car il y a transformation, avec pertes, de la même énergie. Ainsi, en France, le coefficient de 2,58 montre que pour une unité d'énergie électrique, 1,58 unité d'énergie supplémentaire aura été nécessaire.

Remarque : les pertes sur le réseau électrique français sont de 2,5 %, ce qui correspond à 11,5 TWh/a[31].

Énergie grise dans les transports[modifier | modifier le code]

En théorie, l'énergie grise rend compte de l'énergie mobilisée pour extraire, dans les mines, les matériaux qui servent à la fabrication des véhicules, pour les assembler, les transporter, assurer leur maintenance, pour transformer et transporter l'énergie (essentiellement essence et gazole), et in fine, pour recycler ces véhicules. En toute logique, il faudrait aussi tenir compte de l'énergie nécessaire à la construction et à la maintenance des réseaux de transports, qu'ils soient routiers ou ferroviaires. Le processus à mettre en œuvre est tellement complexe que nul ne se hasarde à avancer un chiffre.

Selon l'IDDRI, en matière de transport[3],[32],[Note 5],

« Il est frappant de noter que l'on consomme davantage d'énergie grise dans nos dépenses de transport que d'énergie directe [...]. Dit autrement, nous consommons moins d'énergie pour nous déplacer dans nos véhicules individuels que nous consommons d'énergie nécessaire pour produire, vendre et acheminer les voitures, les trains ou les bus que nous utilisons. »

Jean-Marc Jancovici plaide en faveur d'un bilan carbone de tout projet d'infrastructure de transport, avant sa construction[33].

Énergie grise d'une auto[modifier | modifier le code]

Cycle de vie d'une automobile

Nous ne disposons que de chiffres qui reposent sur une base incomplète, et qui sont vraisemblablement sous-estimés. Dans le cas d'une Golf à essence de Volkswagen, on peut estimer l'énergie grise à 18 000 kWh (c'est-à-dire 12 % des 545 GJ indiqués dans le rapport[34]). Dans le cas d'une Golf A4 (à moteur TDI), on obtient 22 000 kWh (soit 15 % des 545 GJ indiqués dans le rapport[34]). Selon Global Chance, dans le cas des véhicules électriques, l'énergie grise due à la batterie serait tout particulièrement élevée[35],[11]. Une étude de l'ADEME parue en 2012[36] évalue l'énergie grise d'un véhicule thermique à 20 800 kWh et celle d'un véhicule électrique à 34 700 kWh. Une étude publiée en 2017 en France évalue les émissions de CO2 sur le cycle de vie d'une voiture électrique citadine à 10,2 tCO2-éq pour la production et le recyclage (énergie grise) plus 2,1 tCO2-éq en phase d'usage contre 6,7 tCO2-éq plus 26,5 tCO2-éq pour une voiture thermique citadine : malgré son énergie grise supérieure de moitié, la voiture électrique émet au total trois fois moins de CO2[37].

Un chiffre de 45 900 kWh est avancé pour la Prius[38]. Même si ce chiffre est à prendre avec précaution, il n'est pas irréaliste[39].

Un véhicule électrique présente une énergie grise plus élevée que celle d'un véhicule thermique[40], à cause de la batterie et de l'électronique. Selon Science et Vie, l'énergie grise des batteries est si élevée[Note 6] que les véhicules hybrides rechargeables constituent à leurs yeux la solution la plus pertinente[41], avec leur batterie plus petite que celle d'un véhicule entièrement électrique.

Énergie grise liés aux carburants[modifier | modifier le code]

Pour la partie énergétique, le taux de retour énergétique (EROEI en anglais) du carburant est de nos jours de l'ordre de huit[Note 7]. Cela signifie que l'énergie grise vaut environ 17 de l'énergie consommée. En d'autres termes, il faut ajouter 14,3 % à la consommation d'un véhicule thermique, rien que pour l'énergie grise énergétique.

Selon certains auteurs, il faut même 42 kWh d'énergie grise (soit environ l'équivalent en énergie de 4,2 litres d'essence) pour produire six litres de gazole[42].

Quant à l'électricité, nous avons vu plus haut que le rapport entre l'énergie primaire et l'électricité était de 2,58.

Énergie grise liée à la construction routière[modifier | modifier le code]

Les chiffres sont encore beaucoup plus difficiles à obtenir. L'énergie grise ne représenterait que 118 de l'énergie consommée par le véhicule[43], soit une consommation à majorer de 6 %.

Informatique[modifier | modifier le code]

La fabrication d'un ordinateur pourrait nécessiter une énergie quatre fois plus élevée que celle correspondant à son alimentation électrique sur une période de trois années[11], selon le magazine allemand Der Spiegel[44]. Le magazine fait remarquer qu'à raison de trois heures d'utilisation par jour pendant 300 jours, sur une durée de quatre ans, pour une puissance de 150 W, la consommation directe d'énergie s'élèvera à environ 400 kWh ; la fabrication d'un PC nécessite quant à elle 3 000 kWh.

La consommation mondiale d'énergie électrique due aux technologies de l'information était estimée en 2007 à 868 TWh/a, énergie grise non comprise, soit 5,3 % du total[45]. En 2013, d'après Greenpeace, l'informatique représentait déjà 7 % de la consommation mondiale d'électricité, énergie grise comprise, et les estimations pour 2017 portaient sur 12 %, avec une croissance annuelle prévue de +7 % jusqu'à 2030, soit le double de l'augmentation de la production électrique elle-même. Dans ces quantités, la part relative de l'énergie grise de fabrication des équipements aurait diminué de 18 % en 2012 à 16 % en 2017. La part de consommation directe d'électricité par les appareils aurait elle baissé de 47 à 34 %, eu égard au report des utilisateurs vers des terminaux moins consommateurs (tablettes et smartphones au lieu des ordinateurs), les centres de données et le réseau cumulés passant de 35 à 50 % dans le même temps[46],[47]. La consommation des centres de données correspond quant à elle à 1 % de la demande électrique mondiale en 2018[48].

Aux États-Unis, en 2007 la consommation des TIC, hors énergie grise, était de 350 TWh/a en 2007, soit 9,4 % de la production nationale totale[45].

En Allemagne, la consommation des centres de données s'élève à environ 10 TWh/a[Note 8], ce qui correspond à 1,8 % de la consommation électrique allemande[49]. Alors que la consommation des centres de données allemands augmentait fortement, depuis 2008 et jusqu'à aujourd'hui, la consommation semble rester stable en Allemagne, principalement grâce à des mesures d'économie d'énergie[49].

En France, selon l'association négaWatt, l'énergie grise (de nature électrique) liée au numérique s'élevait en 2015 à 3,5 TWh/a en matière de réseaux et à 10,0 TWh/a pour les centres de données (pour moitié consommée par les serveurs à proprement parler, l'autre moitié par la climatisation des locaux qui les abritent)[Note 9]. La construction des centres de données et la pose des câbles ne sont pas pris en compte. L'association prévoit une augmentation de +25 % de la consommation française entre 2017 et 2030, soit +1,5 %/an, modérée grâce à la « miniaturisation grandissante des supports numériques » vers lesquels les utilisateurs se reportent et à des progrès technologiques qui devraient améliorer l'efficacité énergétique des appareils et serveurs[50],[Note 10]. The Shift Project, présidé par Jean-Marc Jancovici, prévoit une empreinte énergétique numérique bien plus élevée, en croissance de 9 % par an[51],[52].

En 2009, Google affirmait qu'une recherche sur son moteur consommait 0,3 Wh[53].

Sur Wikipédia, des voix s'élèvent pour demander une diminution de son impact sur l'environnement[54], voix auxquelles une oreille attentive semble prêtée[55].

La télévision IP (par internet) nécessite le recours à des centres de données, qui consomment au moins 1 % de l'électricité totale consommée dans le monde. La transmission hertzienne est beaucoup plus efficiente que les technologies actuelles de streaming, pour les programmes de grande audience[56].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Il faut ajouter à l'énergie grise du secteur du bâtiment l'énergie nécessaire à la déforestation pour obtenir une surface bâtie.
  2. Soit environ 0,28 GWh.
  3. Pour une unité d'énergie grise, nous obtenons EROEI-1 unités d'énergie à consommer.
  4. Soit respectivement 9,0 et 3,9 GWh.
  5. Se posent les questions des soutes internationales, normalement exclues des comptabilités nationales, et l'énergie grise de la construction (routes, voie ferrée). Sont-elle prises en compte, ou non?
  6. De plus, il faut compter l'extraction du lithium et du cobalt pour les batteries, et des terres rares pour le moteur et l'électronique qui va de pair, toujours selon Science et Vie.
  7. Voir Taux de retour énergétique des principales sources d'énergie.
  8. 10,0 TWh/a rapportés à une population de 82 millions d'habitants équivalent à 122 kWh/a/hab, ou encore à une consommation continue de 14 W/hab.
  9. 13,5 TWh/a rapportés à une population de 65 millions d'habitants équivalent à 208 kWh/a par habitant, ou encore à une consommation continue de 24 W par habitant.
  10. Selon Clubic, la consommation des centres de données en France était de 4 TWh/a en 2009 ; voir « En France, les TIC représentent 13 % de la consommation électrique annuelle », sur Clubic, (consulté le 25 mars 2018).

Références[modifier | modifier le code]

  1. « énergie intrinsèque », Le Grand Dictionnaire terminologique, Office québécois de la langue française (consulté le 27 août 2019).
  2. « L'énergie grise dans les nouveaux bâtiments », sur Office fédéral de l'énergie, (consulté le 25 mars 2018).
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  5. (en) Cui Lianbiao, « Embodied energy, export policy adjustment and China's sustainable development: A multi-regional input-output analysis », Energy, no 82,‎ (DOI 10.1016/j.energy.2015.01.056).
  6. a et b « Les émissions importées : le passager clandestin du commerce mondial », Réseau Action Climat [PDF].
  7. « Le point sur l'empreinte carbone », sur developpement-durable.gouv.fr [PDF].
  8. Empreinte Carbone : en 20 ans,les Français ont pris du poids!, sur carbone4.com [PDF], voir figure 3 en page 3.
  9. « Dérèglement climatique : les Américains et les Chinois sont-ils les seuls responsables ? », sur Décrypter l'énergie (site de l'association négaWatt).
  10. « « L'Âge des Low Tech » : vers une civilisation techniquement soutenable », sur Reporterre, (consulté le 25 mars 2018).
  11. a b et c (en) « The monster footprint of digital technology », sur Low-tech magazine, (consulté le 25 mars 2018).
  12. Allonger la durée de vie de nos biens : la garantie a 10 ans Maintenant, Les Amis de la Terre, septembre 2016 [PDF].
  13. (en) « The bright future of solar thermal powered factories », sur lowtechmagazine.com, 26 juillet 2011.
  14. a et b « Scénario négawatt 2017-2050 : Dossier de synthèse » [PDF], Association négaWatt, , p. 20-21.
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  16. a b c et d Estimating Energy Consumption during Construction of Buildings: A Contractor’s Perspective. Sandeep Shrivastava, leed-ap Abdol Chini, phd Rinker School of Building Construction, University of Florida, Gainesville, FL, USA. accessed May 14 2018.
  17. P. Huovila, M. Alla-Juusela, L. Melchert, S. Pouffary Buildings and Climate Change: Summary for Decision-Makers. United Nations Environment Programme (2007) lire en ligne
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  19. Architectes, ne cassez rien ! sur monde-diplomatique.fr
  20. Philippe Lequenne. Construction passive et énergie grise: une démarche globale pour économiser l’énergie dans la construction. Sur le site encyclopedie-energie.org
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  25. Conversion énergie primaire finale, sur conseils-thermiques.org
  26. Les cahiers de Global Chance, Global Chance [PDF] page 7, encadré intitulé « Et si l'on négociait le rendement de Carnot ? ».
  27. (de) Verordnung über energiesparenden Wärmeschutz und energiesparende Anlagentechnik bei Gebäuden (Energieeinsparverordnung - EnEV), sur gesetze-im-internet.de, paragraphe 2.1.1.
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  30. (en) EcoPassengerEnvironmental Methodology and DataUpdate 2016, sur ecopassenger.hafas.de [PDF], page 15, tableau 2-3.
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    L'énergie grise y est décomposée en « énergie grise importée » (énergie mobilisée à l'étranger pour produire en France des composants destinés aux transports), « importations » (énergie mobilisée à l'étranger pour les produits utilisés en France dans le cadre des transports) et enfin l'énergie consommée en France pour les transports et qui n'est pas du ressort direct des consommateurs (énergie mobilisée pour la fabrication de produits de transport en France, mais aussi les dépenses d'énergie de la SNCF ou des compagnies d'aviation, par exemple).
  33. Pour un bilan carbone des projets d’infrastructures de transport sur jancovici.com
  34. a et b (de) Données sur l'énergie et les matériaux nécessaires à la fabrication d'une voiture Volkswagen Rapport environnemental 2001/2002 voir page 27
  35. [PDF] Véhicule électrique, site web Global Chance.
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    Énergie grise de 0,272 TJ pour une voiture et 1,088 TJ pour un camion ; l'énergie grise d'une automobile s'élèverait à 75 550 kWh.
  40. Les métaux rares, le visage sale des technologies « vertes », Reporterre.
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  49. a et b (de) Centres de données en Allemagne sur bitkom.org [PDF] p. 38-39.
  50. « La révolution numérique fera-t-elle exploser nos consommations d'énergie ? », sur decrypterlenergie.org, association négaWatt, .
  51. Lean ITC : Pour une sobriété numérique, The Shift Project, octobre 2018 [PDF], p. 4.
  52. « Climat: l'insoutenable usage de la vidéo en ligne », The Shift Project, juillet 2019 [PDF].
  53. (en) « 6 Things You’d Never Guess About Google’s Energy Use » sur techland.time.com, 9 septembre 2011.
    Remarque : 60 W pendant 17 s correspondent à 0,28 Wh.
  54. (en) « Sustainability Initiative », sur Wikimedia.
  55. (en) « Resolution:Environmental Impact » [« Résolution : impact environnemental »], sur Wikimedia Foundation.
  56. « Climate change: Is your Netflix habit bad for the environment? », sur BBC News, .

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Prospective et entreprise, Quelle place pour l’énergie dans la compétitivité industrielle ? Usages, énergie grise, efficacité énergétique. Mathieu Bordigoni et Marc Berthou. Chambre de commerce et d'industrie de Paris, 3 avril 2014
  • [PDF]Énergétique du Bâtiment, Nicolas Morel (Laboratoire d'Energie Solaire et de Physique du Bâtiment (LESO-PB), ENAC), Edgard Gnansounou (Laboratoire des systèmes énergétiques (LASEN), ENAC)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]