Économie collaborative

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L’économie collaborative est une activité humaine qui vise à produire de la valeur en commun et qui repose sur de nouvelles formes d'organisation du travail. Elle s'appuie sur une organisation plus horizontale que verticale[1], la mutualisation des biens, des espaces et des outils (l'usage plutôt que la possession), l'organisation des citoyens en "réseau" ou en communautés et généralement l'intermédiation par des plateformes internet (à l'exception de modèles comme les réseaux d'échanges réciproques de savoirs)[2].

Popularisé par le livre de Rachel Botsman et Roo Rogers, le terme d'économie collaborative et le champ qu'il recouvre ne font pas l'objet d'un consensus[3],[4]. Dans une conception large, l'économie collaborative inclut la consommation collaborative (AMAP, couchsurfing, covoiturage etc.), les modes de vie collaboratifs (coworking, colocation, habitat collectif), la finance collaborative (crowdfunding, prêt d'argent de pair à pair, monnaies alternatives), la production contributive (fabrication numérique, DIY, Fablabs, imprimantes 3D, maker space) et la culture libre[5].

Elle prend différents types de formes (économie du partage, économie de fonctionnalité dont l’économie circulaire, économie des solutions, économie en pair à pair) selon les types de biens et services concernés ou de la finalité (empowerment du consommateur, éco-efficacité)[6].

Ce type d'économie s'inscrit dans un contexte de défiance des acteurs institutionnels du système capitaliste traditionnel, de crise économique mais aussi d'éthique environnementale[7].

Son essor est dû à l'utilisation des nouvelles technologies permettant d'améliorer la créativité collective et la productivité. Il répond également au désir de pratiques écologiques et de relations sociales plus conviviales.

Histoire[modifier | modifier le code]

En 1978, le terme consommation collaborative est utilisé par Felson et Spaeth pour désigner les « événements dans lesquels une ou plusieurs personnes consomment des biens ou des services économiques dans un processus qui consiste à se livrer à des activités communes »[8].

Mais c’est en 2010, que Botsman et Rogers[9]'[10] vont reprendre ce terme comme désignant un système et lui donner un nouvel essor. Botsman cristallise ce mouvement en 2010, notamment à Sydney en mai 2010 : « C’est en 2008 que nous avons buté contre le mur » affirme-t-elle. « Ensemble, Mère nature et le marché ont dit “stop !”. Nous savons bien qu’une économie basée sur l’hyperconsommation est une pyramide de Ponzi, un château de cartes. ».

Botsman et Rogers qualifient de consommation collaborative, les comportements collaboratifs, les comportements de consommation centrés sur l’accès, la mise en commun et le partage de biens et de services. L’économie collaborative peut donner lieu à des cessions de droits de propriété des objets dans des échanges basés sur le don ou le troc.

Les technologies[modifier | modifier le code]

L’économie collaborative s’étend grâce à l’essor des nouvelles technologies. La facilité d’utilisation et le faible coût d’Internet permettent la multiplication des communications. Les comportements en sont modifiés. Les modes de production et de distribution de l’énergie et de la logistique sont remodelés. La productivité est accrue.

L’Internet des communications[modifier | modifier le code]

L’utilisation d’Internet par les scientifiques leur permet de se communiquer leurs travaux. La recherche et les innovations en sont accélérées. En utilisant la licence Creative Commons les scientifiques des universités et des laboratoires mettent leurs travaux en ligne pour les partager avec leurs collègues au sein de communautés. La faculté de médecine de Harvard placera ainsi ses travaux de génomique dans le domaine public. Les scientifiques y accéderont librement sur Internet pour leurs recherches en laboratoire[11]. L'internet des objets (IoT) permet aussi une optimisation des ressources énergétiques en fonction des besoins réels de consommation (eau, électricité, bois...).

L’énergie renouvelable locale[modifier | modifier le code]

Les énergies renouvelables locales ont un coût d’utilisation (coût marginal) très faible. Les centres de traitement de données, qui sont de gros consommateurs d’électricité, s’y convertissent à l’instar d’Apple, malgré l’importance des coûts fixes initiaux. IKEA s’en équipe. Il est déjà indépendant en matière d’énergie pour ses opérations dans les pays nordiques et prévoit de l’être en tous lieux d’ici 2020[12]. La résilience procurée par les énergies renouvelables locales et le très faible coût de l’électricité produite, grâce à la longue durée d’amortissement, justifient ces décisions. Dans l’Union européenne, mais plus particulièrement au Danemark et en Allemagne, les communautés locales, épaulées par les banques coopératives, se dotent de coopératives qui produisent leur énergie localement. Les habitants participent aux décisions et bénéficient des prix les plus bas. Les réseaux collaboratifs, rendus possibles par Internet, assurent les interconnexions logistiques de la distribution de cette électricité. Les monopoles centralisés, privilégiant économiquement leurs propres structures, sont court-circuités[13].

Une logistique collaborative[modifier | modifier le code]

La mise en réseau collaboratif du stockage et de la distribution de produits accroîtrait l’efficacité, réduirait les coûts et diminuerait les émissions carboniques. Jeremy Rifkin constate que l’efficacité des transports au niveau mondial est inférieure à 10 %. Les camions, pleins au départ, s’allègent peu à peu à chaque livraison et rentrent souvent à vide. Aux États-Unis les camions effectuaient à vide, en 2002, en moyenne 20 % des kilomètres parcourus et beaucoup d’autres presque à vide. Les entrepôts de stockage de longue durée sont souvent très éloignés de l’endroit où les produits seront finalement envoyés.

En économie collaborative un premier chauffeur livrerait la cargaison au centre de distribution le plus proche. Et ainsi de dépôt en dépôt jusqu’au point final. Aux États-Unis les sociétés privées possèdent rarement plus de vingt dépôts. Si tous les dépôts se trouvaient en économie collaborative il y aurait 535 000 entrepôts à disposition de chaque entreprise. Grâce à Internet il n’y aurait pas de perte de temps lors du passage du relais. La livraison, dans le cas d’un parcours de Québec à Los Angeles, serait assurée en 60 heures au lieu de 120 dans le système actuel soit moitié moins de temps[14].

Les imprimantes en trois dimensions[modifier | modifier le code]

Les imprimantes en trois dimensions, répliquent les objets de la même façon qu’une photocopieuse réplique une image en deux dimensions. Elles copient des objets de taille diverse. Elles sont déjà utilisées en joaillerie, dans l’industrie aérospatiale, etc. et devraient l’être pour construire des maisons.

En économie collaborative les imprimantes 3D permettent de réaliser d’importantes économies. Les logiciels qui guident les machines sont disponibles en open source. Les redevances d’utilisation de brevets sont économisées. Les imprimantes 3D permettent la délocalisation de la production. Les coûts de transport sont supprimés. Les matériaux nécessaires à la fabrication peuvent se trouver localement. L’énergie utilisée peut également être une énergie renouvelable locale produite en économie collaborative au meilleur coût. Ainsi une imprimante 3D au Sahara disposerait du sable et de l’énergie photovoltaïque produite localement.

L’économique et le social[modifier | modifier le code]

Le partage[modifier | modifier le code]

De nos jours, le besoin de se rapprocher et de partager est devenu primordial.. Il a été souligné dans l’étude des modes de vie en 2050[15]. Le partage et les échanges ouvrent la porte à de nouveaux comportements. Ils réduisent les gaspillages[16].

Voitures[modifier | modifier le code]

Les sites de location ponctuelle de véhicules de particulier à particulier concernaient en France, en 2015, plus de 42 000 véhicules. Le coût y est moins cher de 30 % à 50 % qu’un loueur traditionnel[17]. Autolib est un service pris en charge par la municipalité. La généralisation du covoiturage entraînerait une réduction de 80 % du nombre de véhicules en circulation. La personne qui utiliserait le covoiturage et n’aurait ni à acheter, ni à entretenir un véhicule diminuerait de 20 % ses frais pour une même mobilité[18]. Plus généralement, la fourniture d'électricité à l'extérieur des bâtiments[19], peut être partagée, pour satisfaire les besoins d'électromobilité.

Logements[modifier | modifier le code]

Les sites de location de logements entre particuliers, qu’ils soient à but non lucratif ou en société commerciale, sont de plus en plus utilisés. Airbnb, en ligne depuis 2008, réservait en 2011 dix millions de nuitées à trois millions de personnes. CouchSurfing, créé en 2004, avait réuni, en 2011, 5,5 millions de membres. Il encourage ses membres à nouer des liens d’amitié durables entre logeurs et logés. Plus de 99 % des membres déclarent leur expérience positive[20].

Bateaux[modifier | modifier le code]

Les sites de location de bateaux entre particuliers sont en pleine effervescence depuis 2014[21],[22]. En effet, d'après une étude seulement 8 % des français possèdent un bateau. Cette proportion est faible pour des raisons variées, notamment le prix important. La faible utilisation des bateaux - en moyenne moins de 10 jours de navigation par an - rend le concept très pertinent sur ce secteur. Des sites comme Click and Boat, SamBoat, Boaterfly ou PLACEdelaLOC permettent aux propriétaires de faire louer leurs bateaux à d'autres particuliers. Ces services encourage leur communauté à s'entraider, se conseiller et créer des liens pour la passion du nautisme.

Savoirs[modifier | modifier le code]

Le partage des savoirs, qu’ils soient scientifiques ou profanes, est source d’avancées. Le site de santé PatientsLikeMe est piloté par les patients. Il rassemble 200 000 patients et suit la progression de 1 800 maladies. À partir de ses données il a réfuté les conclusions d’une étude selon laquelle le lithium ralentissait la progression de la sclérose latérale amyotrophique[23]. Wikipédia est le fruit des multiples contributions bénévoles d'internautes dans le monde : l'encyclopédie en ligne permet à tous de contribuer et d'avoir accès aux articles répertoriés.

L'économie collaborative s'intéresse également à l'éducation : les MOOCs par exemple en sont une application. En effet, des entreprises comme edX, Coursera ou la Khan Academy proposent gratuitement ou moyennant un abonnement de suivre en ligne des cours sur des thèmes divers et ouverts à tous. De plus, les personnes inscrites à ces formations en ligne peuvent interagir (en commentaire de la vidéo du cours par exemple) entre elles et avec l'enseignant.

Compétences[modifier | modifier le code]

Les sites de partage de compétences sont de plus en plus nombreux sur internet. Des plate-formes collaboratives, telles que Kang, permettent à des entreprises et/ou des particuliers de faire appel à des professionnels, dans des domaines d'activité divers et variés. Aujourd’hui[Quand ?], 57 % des Français complètent leurs revenus mensuels[24] en partageant leurs compétences et leur savoir-faire.

La mutualisation[modifier | modifier le code]

La location à plusieurs et l’habitat groupé s'imposent face à la difficulté à se loger et a l'esprit écologique. Ils confirment l'augmentation de l’empathie et le besoin de lien social. Dans l’habitat groupé et dans les écoquartiers l'échange de services, les espaces verts et le partage des biens sont devenus indispensables[25].

La coproduction

Il est de plus en plus courant de voir plusieurs personnes mettre en commun leur savoir et leurs connaissances afin de concrétiser un projet. C'est le cas par exemple dans l'industrie automobile où le prototype d'une voiture a entièrement été créé grâce à la coproduction.

Cette méthode s'étend aussi auprès des agriculteurs qui proposent aux consommateurs de pouvoir commander leur légumes via une plateforme et venir les récupérer ou se les faire livrer.

Outils[modifier | modifier le code]

La mise en commun d’outils ou de machines peut prendre une forme lucrative ou une mise à disposition par des communautés de pairs. Elle est très pratiquée concernant l’utilisation des imprimantes 3D. Les fablabs sont des ateliers collectifs équipés d’imprimantes 3D. Les logiciels sont en source ouverte.

Financement[modifier | modifier le code]

Le financement participatif, en anglais crowdfunding, est un dérivé du prêt social pair à pair. Un projet d’investissement est mis en ligne. Les internautes apportent l’argent nécessaire à la réalisation du projet. Ils peuvent le remettre sous forme de don ou recevoir, une fois le projet lancé, des biens et services en liaison avec l’investissement ou percevoir des intérêts ou encore recevoir des parts dans le projet. De 2006 à 2015 plus d’un million de Français ont contribué à un financement participatif[26]. Ulule, le leader européen du financement participatif est français. Depuis sa création en 2010 il a financé 8 540 projets créatifs, solidaires et innovants et compte 700 900 membres dans 150 pays. Son taux de succès est de 67 % en 2015[27]. Zopa est le premier site de crédit pair à pair en Grande-Bretagne. Il a traité, fin 2012, plus de 414 millions de livres de prêts. À cette date le crédit social pair à pair représentait 1,8 milliards de dollars. En 2013 Kickstarter, la principale entreprise de crowdfunding, avait aidé 51 000 projets[28]. Lending Club aux États-Unis a collecté en 2014 six milliards et demi de dollars de fonds participatifs[29].

Le coopératisme de plateformes[modifier | modifier le code]

Le coopératisme de plateformes, en anglais platform cooperativism est un modèle alternatif aux modèles des grandes plateformes de l'économie collaborative et de l’économie numérique en général.

Une vision critique de l'économie collaborative ?[modifier | modifier le code]

Ce modèle prend racine dans une critique adressée aux acteurs dominants de l'économie collaborative et aux modèles qui les soutiennent[30]. Dans cette perspective, l’économie collaborative tiendrait plus de l’économie à la demande et d’un capitalisme de plateforme que d'une réelle économie basée sur le partage et les sociétés qui structurent ce secteur tireraient de la valeur de ce qui relevait auparavant du social : nos biens, notre espace, notre temps voire nos émotions[31].

Ces entreprises généreraient en toile de fond de la précarité et de l'inégalité pour leurs utilisateurs, notamment en exploitant l’insécurité économique et le vide politique actuel autour des transformations qu’elles imposent[32]. Dans le même temps, ces entreprises modifieraient la nature même du travail et leur position de monopole les placerait en position de force face aux logiques de régulation, elles capteraient une valeur excessive sans la redistribuer équitablement, ou encore, se baseraient sur des modèles de gouvernance opaques[33]. Autant de points face auxquels le modèle de coopératisme de plateformes ambitionne d'apporter des nouvelles alternatives.

Un modèle alternatif[modifier | modifier le code]

Cette alternative vise plusieurs objectifs, parmi lesquels repenser et réorganiser la manière dont les plateformes en ligne sont détenues, administrées ou gouvernées[34], en plaçant les utilisateurs au cœur de ces logiques. Dans cette optique, il est également question de garantir plus de stabilité pour ces utilisateurs via un revenu régulier et surtout équitable[35]. L’enjeu est également de créer de la protection, de la relation, de la transparence, de l’appropriation. Autrement dit, bâtir une contrepartie éthique de ce que l’Internet peut apporter au sein de l’économie collaborative. Ce modèle s'inspire cela dit de mouvements antérieurs comme l'open source, le pair à pair et bien entendu les modèles coopératifs.

Pour Trebor Scholz et Nathan Schneider qui sont parmi les initiateurs de ce modèle, le coopératisme de plateformes a besoin de son propre écosystème pour exister, d'investissements et de partages équitables de la valeur prenant en compte toutes les parties prenantes (les utilisateurs y compris) et d'entrepreneurs ayant l'ambition de construire des modèles communs, durables et coopératifs[36]. Enfin, pour Trebor Scholz, « les plateformes coopératives ne posent pas une question technologique, mais portent un enjeu de changement idéologique »[37], ce qui lie invariablement ce modèle à sa dimension politique.

Exemples de plateformes coopératives[modifier | modifier le code]

Les plateformes coopératives consistent à cloner de manière quasi analogue les technologies des plateformes existantes, mais en les faisant fonctionner sous des formes plus coopératives afin, par exemple, de permettre à leurs utilisateurs de ne pas seulement accepter les modalités des services en ligne mais de créer des liens de solidarité et des logiques plus démocratiques.

Les exemples sont nombreux et dans des secteurs variés : Loconomics est une coopérative détenue par ceux qui y proposent leurs services ; Stocksy est une banque photographique gérée par des photographes ; Resonate est une coopérative de musique en streaming administrée par des musiciens ; Members est une coopérative de producteurs de films ; Backfeed est une application basée sur la technologie blockchain ; Fairmondoest une place de marché et d’échange allemande de produits qui appartient à ses utilisateurs ; TimesFree est un système de partage de temps permettant à des familles de s’échanger des temps de babysitting[37].

Les échanges[modifier | modifier le code]

Certains échanges peuvent être directs, comme dans la plupart des SEL. Il arrive souvent que les objets échangés ne représentent pas une valeur égale, il est donc possible d'utiliser des plateformes d'échange afin de convertir les objets en points. Ceux-ci serviront ensuite de monnaie d'échange pour d'autres biens, il s'agit des unités de compte, le plus souvent des points. Les dons représentent une autre forme de transferts de biens de particulier à particulier.

Les SEL[modifier | modifier le code]

En relation avec le besoin grandissant de porter attention à l'écologie par la consommation de proximité, un nouveau système d'échange de biens et de services a vu le jour. Il s'agit des systèmes d’échanges locaux (SEL). Une personne échangera par exemple des cours d’informatique contre la peinture d’une chambre. Le plus souvent l’unité d'échange peut être le temps passé à effectuer le service. En 2010 il existait 300 à 350 SEL en France qui impliquent 25 à 30 personnes pour les plus petits et 300 à 500 personnes pour les plus importants[38]. En 2015, en Île-de-France, 50 SEL totalisaient environ 3 000 familles[39]. À l’étranger le système porte le terme de LETS.

Les plateformes d’échange[modifier | modifier le code]

Les trocs de biens peuvent s'effectuer également sur des plateformes d’échange. ThredUP en est une. La personne qui y place un article reçoit des points au moment où il est vendu. Avec ces points elle peut acquérir d’autres articles. Forte de 400 000 membres elle a vendu plus de 350 000 articles en 2012[40]. En France la plateforme Too-Short s’inspire de ThredUP. Elle trie les vêtements et les reconditionne dans son entrepôt de Normandie. Elle fait partie de la chaîne CtoBtoC. Pretachanger créée en 2011 à Nîmes comptait 50 000 membres fin 2013. Myrecyclestuff créé en 2008 représente une communauté de 15 000 personnes dont 5 000 troqueurs actifs. Digitroc est passé de 60 000 membres en 2005 à 2,5 millions en 2012[41]. La plateforme mutum est un site de prêt d'emprunts d'objets lancée en 2014 qui s'inscrit aussi pleinement dans la démarche de l'économie collaborative[42]. En 2016, 4 000 personnes l'utilisent[réf. nécessaire].

Ce type de plateformes se multiplie en France et inclut de plus en plus des offres à durée de vie limitée, compte tenu de la date de consommation qui s'y rapporte. Dans le domaine de l'hôtellerie, RoomRoom propose d'échanger sa chambre d'hôtel non annulable contre un tarif réduit, plutôt que de la perdre entièrement. Le même principe est appliqué par KelBillet pour les voyageurs. Certaines de ces plateformes s'inscrivent dans un modèle d'économie sociale et solidaire, souvent en réaction à un modèle capitaliste prédominant, dans le but d'encourager une consommation plus responsable et de renforcer le lien social entre les différents utilisateurs[43].

Les monnaies locales[modifier | modifier le code]

Les monnaies locales sont nées dans l’économie collaborative car elles financent l'économie de proximité, les infrastructures de connexion producteurs/consommateurs et les projets locaux à faible rentabilité. Elles favorisent l’esprit de communauté et accroissent la résilience[44].

Les dons[modifier | modifier le code]

Environ un tiers des biens sont remplacés alors qu’ils sont encore en état de fonctionner[45]. Le gaspillage des ménages concerne principalement les produits de consommation directe comme la nourriture, notamment lorsque la date de préemption est dépassée. Il y a aussi les objets du quotidiens qui sont trop souvent jetés alors qu’ils sont encore utilisables et les vêtements alors qu'ils sont encore souvent neufs et en état. Les dons répondent au désir d’entraide et de lutte contre le gaspillage. L’association à but non lucratif Freecycle fonctionne sur la base de dons. Elle est organisée en 5 000 groupes locaux dans 85 pays. Les utilisateurs mettent en ligne les articles dont ils ne veulent plus et les autres membres de la communauté peuvent en disposer gratuitement[46].

L’économie circulaire[modifier | modifier le code]

L’économie circulaire se définit comme un ensemble d’industries dont chacune réutilise les déchets produits par l’industrie précédente. La quantité finale de déchets est minimisée. Ce recyclage des matériaux non renouvelables répond à un objectif de durabilité. L’exploitation des ressources primaires est diminuée. L’économie circulaire est optimalisée économiquement et écologiquement lorsque sont créés au niveau régional des parcs de symbiose industrielle. Cette relocalisation a de nombreux avantages. En périodes d’incertitudes écologiques et économiques elle accroît considérablement la résilience. Elle optimalise l’utilisation des matières premières et du savoir-faire locaux.

Les gains écologiques[modifier | modifier le code]

Le partage, les échanges et les dons diminuent les besoins en biens neufs. Les ménages font des économies. L’extraction de matières premières et la consommation d’énergie sont minorées. Cependant les gains écologiques ne sont obtenus que si les ménages n’utilisent pas ces économies en achetant d’autres biens écologiquement plus néfastes. De même le covoiturage procure des gains écologiques. Mais il peut aussi encourager une multiplication des déplacements. L’Iddri estime que les modèles collaboratifs peuvent favoriser une hyperconsommation[47]. Enfin le covoiturage et l’auto-partage peuvent dissuader d’investir dans les transports collectifs. Ce que confirme l’analyse de la SNCF qui voit dans le covoiturage le principal concurrent des TGV[48].

Un changement sociétal ?[modifier | modifier le code]

Le capitalisme fragilisé[modifier | modifier le code]

Jeremy Rifkin estime que la conjonction des nouvelles technologies (Internet, énergies renouvelables, imprimantes 3D) et de l’économie collaborative (licences libres, fablabs, financement participatif) entraînera l’éclipse du capitalisme[49].

Le coût marginal zéro[modifier | modifier le code]

Le coût marginal est le prix de revient d’un article dès lors que l’amortissement de ce produit a été couvert par les ventes déjà effectuées. Ce coût ne concerne que les frais d’utilisation. Il est extrêmement faible dans le cas d’Internet (coût de diffusion), des énergies renouvelables (hydraulique, photovoltaïque, éolienne) ou des imprimantes 3D. La faiblesse du coût d’utilisation de ces nouvelles technologies (Rifkin parle même de « coût marginal zéro ») et les nouvelles formes collaboratives ne permettront pas de répondre aux exigences de rentabilité des capitaux en secteur capitaliste.

La fin de la concentration capitaliste[modifier | modifier le code]

Rifkin explique que le capitalisme s’est développé pour répondre aux besoins des révolutions industrielles de la seconde moitié du XIXe siècle. Il fallait de gros capitaux pour tirer les matières premières du sol, créer les structures matérielles nécessaires à leur acheminement (chemins de fer, routes) et édifier les réseaux indispensables de communication et de fourniture d’énergie. La gestion de ces chantiers ne pouvait être que centralisée. La concentration devenait d’autant plus importante qu’il fallait réaliser des économies d’échelle pour garantir un retour sur investissement. Avec Internet, les énergies renouvelables et les imprimantes 3D, cette centralisation n’a plus sa justification.

La relocalisation de l’économie est un facteur de résilience. Des recherches sur les écosystèmes naturels ont établi que la nature n’optimise pas l’efficacité mais assure une balance optimale entre l’efficacité et la résilience[50]. Le journal Science du 22 mai 2015 rapporte les enseignements d’une analyse du plancton océanique effectuée entre 2009 et 2013. Pour la plupart des organismes marins la collaboration est plus importante que la compétition[51]. La conjonction de la collaboration et de la résilience dans l’économie pourrait être la source d’une supériorité de l’économie collaborative délocalisée sur l’économie capitaliste.

Une alternative incertaine[modifier | modifier le code]

La substitution de l’économie collaborative à l’économie capitaliste n’est pas assurée. D’une part il lui faudra trouver ses propres modes de financement. D’autre part fondée souvent sur des rapports entre individus elle requiert la confiance. Enfin les entreprises fonctionnant sur une base capitaliste se rentabilisent également en fonctionnement collaboratif. C’est le cas de Uber et de Blablacar dans le partage de voitures, Airbnb dans le logement, Lending Club dans le financement et pour les dépôts-ventes dans les vêtements ou les biens. Elles trouvent facilement des capitaux financiers et font des bénéfices à l'instar des autres entreprises capitalistes. Blablacar a procédé à une levée de capital de 100 millions de dollars et a racheté successivement l'européen Car.pooling, le hongrois Auto-Hop et le mexicain Rides[52]. Uber France transfère ses bénéfices à sa maison mère aux Pays-Bas[53].Des entreprises capitalistiques normalement non collaboratives intègrent également des comportements collaboratifs dans leurs activités habituelles. Leroy Merlin teste la vente de produits d’occasion. Decathlon ou M. Bricolage servent d’intermédiaires dans la vente, voire la location, de matériel d’occasion entre particuliers[54]. Facebook utilise la production participative (crowdsourcing) pour améliorer les services qu’il fournit à ses utilisateurs. Ceux-ci peuvent développer de petits logiciels connexes et les greffer à son code informatique[55]. Amazon accroît son audience en diffusant les avis, qu’ils soient bons ou mauvais, de ses clients sur ses produits et en servant d’intermédiaire dans la vente de produits d’occasion.

Débat autour d'une régulation[modifier | modifier le code]

En France, plusieurs acteurs de l'économie collaborative sont critiqués par les acteurs dits « traditionnels ». On peut citer le combat des taxis[56] contre la société Uber, l'inquiétude des hôteliers[57] face à AirBnb, ou encore la grogne des restaurateurs[58] face aux cuisiniers amateurs. Face aux protestations des différentes filières, le gouvernement a commencé à étudier plusieurs pistes pour réguler les acteurs de l'économie collaborative. En septembre 2015, un rapport [59] de la commission des Finances du Sénat propose d'instaurer une franchise de 5 000 €[60] pour les revenus liés à cette économie. Les plateformes seraient chargées de transmettre les revenus des particuliers à un « Central », une plateforme indépendante. Le Central transmettrait alors les données au fisc.

Dans leur rapport, les sénateurs font le constat qu'"en théorie, les revenus des particuliers sur les plateformes Internet sont en effet imposables dans les conditions de droit commun"[61]. Mais dans la réalité, « les revenus sont rarement déclarés, rarement contrôlés, et rarement imposés[61] ». Une autre mission parlementaire a été lancée en octobre 2015. Le député PS de l'Ardèche, Pascal Terrasse, est chargé de faire des propositions, notamment pour « limiter les comportements abusifs, protéger les travailleurs et les consommateurs[62] ».

L’investissement[modifier | modifier le code]

Le financement participatif fournit des fonds à l’économie collaborative. Ce n’est pas suffisant. Les investissements peuvent être importants (fablabs, énergies alternatives). Rifkin estime que l’État ou les collectivités territoriales sont à même de prendre la relève. Les retombées quantitatives et qualitatives dans les domaines économiques, écologiques ou sociaux justifient cette dotation.

La confiance[modifier | modifier le code]

Les échanges, le partage, la coproduction, la mutualisation nécessitent, à des degrés divers, la confiance entre participants. L’éthique collaborative exige un haut niveau de confiance entre partenaires. Elle peut être obtenue par une notation des membres. Déjà la quasi-totalité des grands réseaux sociaux collaboratifs ont institué un classement fondé sur la réputation et la fiabilité des membres[63]. Chaque membre est ainsi doté d’un « capital social ».

Une société du commun ?[modifier | modifier le code]

La conjonction de l’économie collaborative et de la relocalisation accroît le champ de la démocratie. Le lien social est favorisé. Les individus acquièrent un réel pouvoir sur leur mode de vie. En impliquant les populations dans les décisions concernant l’économie locale elle promeut la démocratie. Geneviève Azam estime que la relocalisation permet une réappropriation du monde vécu et fournit une réponse démocratique à la crise sociale, écologique et économique[64]. Ce sont de nouvelles formes de démocratie qui se mettent en place au même titre que la prise de conscience de l’importance du commun que décèlent Dardot et Laval[65].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Daniel Kaplan, "Collaboratif – Trois questions à… Daniel Kaplan, Fing", Alliancy, le mag, 30 janvier 2014. .(lire en ligne)
  2. Côme Bastin, "Michel Bauwens : « le peer-to-peer est l'idéologie des travailleurs de la connaissance »", wedemain, 25 novembre 2013. (lire en ligne)
  3. (en) Juliette Schor, « Debating the Sharing Economy », Great Transition Initiative,‎ (lire en ligne)
  4. (en) Rachel Botsman, « The Sharing Economy Lacks A Shared Definition », Fast Company,‎ (lire en ligne)
  5. Alain Guillomes, « L’économie collaborative bouscule les règles », La Croix,‎ (lire en ligne)
  6. (en) James Edward Meade, Public Policy Centre, Different forms of share economy, Public Policy Centre, , 57 p.
  7. (en) Lorna Gold, The Sharing Economy. Solidarity Networks Transforming Globalisation, Ashgate, , p. 7
  8. (en) Marcus Felson et Joe L. Spaeth, « Community Structure and Collaborative Consumption: A Routine Activity Approach », American Behavioral Scientist,‎
  9. « What’s mine is Yours : The rise of Collaborative consumption »
  10. (en) Rachel Botsman and Roo Rogers, What's Mine is Yours : The rise of collaborative consumption, Harper Business,
  11. Rifkin, 2014, p. 272
  12. Le Monde du 5 juin 2015
  13. Rifkin 2014, p. 130, 131, 209, 309, 323 à 326
  14. Rifkin 2014, p. 327, 330 et 331
  15. iddri, p. 21 et 26
  16. Rifkin 2014, p.28, 29, 354, 408
  17. Le Monde du 3 avril 2015
  18. Rifkin 2014, p. 343
  19. pluggle 2015
  20. Rifkin, 2014, p. 351 et 352
  21. Le nouvel horizon de la location de bateaux entre particuliers, 21/05/2015 article France 3
  22. « Reportages sur la location de bateaux entre particuliers », sur YouTube
  23. Rifkin 2014, p. 363
  24. http://www.ifop.com/media/pressdocument/714-1-document_file.pdf
  25. iddri, p. 24
  26. Le Monde du 31 mai 2015
  27. http://fr.ulule.com/about/faq, consulté le 6 mai 2015
  28. Rifkin 2014, p. 382
  29. Le Monde du 2 juin 2015
  30. (en) Trebor Scholz, « Platform Cooperativism vs. the Sharing Economy », sur Medium,‎ (consulté le 21 juin 2016)
  31. (en) « Emotional labor », Wikipedia, the free encyclopedia,‎ (lire en ligne)
  32. (en) Neal Gorenflo, « How Platform Coops Can Beat Death Stars Like Uber to Create a Real Sharing Economy », sur Shareable,‎ (consulté le 21 juin 2016)
  33. Julien CANTONI, « Le Platform cooperativism : pour faire émerger une économie collaborative, sociale, solidaire et… », sur Medium,‎ (consulté le 21 juin 2016)
  34. (en) Nathan Schneider et Trebor Scholz, « The Internet Needs a New Economy - The Next System Project », sur The Next System Project,‎ (consulté le 21 juin 2016)
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  38. Jean-Michel Cornu, De l’innovation monétaire aux monnaies de l’innovation, éditions FYP, 2010, p. 52
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  42. Ils ont conçu un site pour tout emprunter à son voisin sur letudiant.fr, janvier 2016
  43. Quelle alternative porte l’Économie sociale et solidaire ?
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  45. Futuribles, septembre-octobre 2014, p. 18
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  65. Pierre Dardot et Christian Laval, Communs, La Découverte, 2014

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) The Sharing Economy. Solidarity Networks Transforming Globalisation de Lorna Gold, Ashgate, 2004
  • (en) The Share Economy. Conquering Stagflation de Martin L. Weitzman, Harvard University Press, 1986
  • Le « capitalisme distribué », chapitre de Troisième révolution industrielle de Jeremy Rifkin, Éditions Les Liens qui libèrent, 2012
  • Jeremy Rifkin, La nouvelle société du coût marginal zéro, Les Liens qui Libèrent, 2014
  • http://www.iddri.org/Publications/Les-cahiers-du-CLIP/Clip21_modes%20de%20vie%20prospective%202050.pdf [archive].
  • L'économie collaborative, Les dossiers d'Alternatives économiques N°4, novembre 2015
  • Filippova, D., Dagnaud, M., & Mouzon, C. (2015). D'où vient le succès de l'économie du partage?. Alternatives économiques, (11), 24-24 (résumé).
  • William J (2015) L'économie de partage en France ; Docs. school Publications.
  • Duthoit, A, Petit manuel d'économie collaborative à l'usage des entreprises, Eyrolles, 2015 (ISBN 978-2-212-56257-6) édité erroné (notice BnF no FRBNF44360842)
  • Êtes-vous Uber ou Blablacar?, Le 1, n°107, mai 2016.
  • (en)Trebor Scholz, PLATFORM COOPERATIVISM Challenging the Corporate Sharing Economy, Rosa Luxemburg Stiftung, New York Office, 2016 (pdf)

Liens externes[modifier | modifier le code]