Graphique en crosse de hockey

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Courbe des températures dite en forme de « crosse de hockey ».

Le graphique en « crosse de hockey » désigne la forme des reconstitutions dites « MBH98 » et « MBH99 » de la variation de la température moyenne du globe depuis 1 000 ans proposée en 1998 puis 1999 par Michael E. Mann (en) assisté de Raymond S. Bradley et Malcolm K. Hughes[1],[2].

Origine du terme[modifier | modifier le code]

Le terme crosse de hockey a été suggéré par le chef du Geophysical Fluid Dynamics Laboratory de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) Jerry Mahlman pour décrire le modèle.[réf. nécessaire]

Représentation emblématique, impact et controverse[modifier | modifier le code]

Ce graphique souligne l'accroissement marqué de température depuis 1900. Il revoit à la baisse l'importance donnée à la période chaude correspondant au Moyen Âge européen (optimum climatique médiéval), suivie d'une période froide à partir de la Renaissance jusqu'au milieu du XIXe siècle (petit âge glaciaire), deux périodes que les historiens supposaient plus marquées. La reconstitution de Mann et al. représente un argument parmi d'autres en faveur du réchauffement climatique d'origine principalement anthropique et a été mentionné dans le rapport 2001 du GIEC[3]. Il est considéré comme un des graphiques les plus emblématiques du réchauffement climatique et à ce titre ce graphique a fait l'objet d'importantes controverses auxquelles les querelles d'opinion politique ne sont pas étrangères, surtout aux États-Unis où les avis sur la problèmatique du climat sont très polarisés. Au vu des critiques méthodologiques émises essentiellement à l'encontre de son approche statistique, il a été cependant complété et amendé depuis sans qu'il puisse être fondamentalement remis en question.

Le débat reste cependant enflammé entre les partisans de la thèse d'un réchauffement inégalé au XXe siècle depuis un millénaire et ses opposants. La question de savoir si le réchauffement au Moyen Âge était un phénomène global ou seulement limité à une partie de l'hémisphère nord est actuellement débattue[4],[5],[6] :

  • Emmanuel Le Roy Ladurie se veut très prudent sur le « petit optimum médiéval » (POM) dont on a exagéré l'importance par le passé : il se veut prudent tant sur la durée réelle du POM qui a été limitée que pour son extension prétendument supposée au monde entier[7].
  • Michael Mann et Phil Jones ont publié d'autres reconstitutions qui accordent à la période chaude du Moyen Âge moins d'importance que le réchauffement actuel[8].
  • Moeberg et al. (2005)[9], Loehle et McCulloch (2008)[10], Soon et Baliunas (2003)[11] ont publié des reconstitutions faisant apparaître une période au sein du Moyen Âge plus chaude que la fin du XXe siècle. L'article de Willie Soon et Sallie Baliunas (en) (2003) paru dans la revue Climate Research a lui-même été très critiqué pour sa faible qualité et pour le manque de rigueur de son processus de revue par les pairs. Ceci a même entraîné la démission de cinq des éditeurs de ce journal dont l'éditeur en chef.
  • D'autres publications comme celle de Li et al. (2007) proposent des reconstitutions qui, au contraire, font apparaître un réchauffement des dernières décennies exceptionnel pour ce dernier millénaire[12].

Controverses techniques[modifier | modifier le code]

La reconstitution MBH98/MBH99 a fait l'objet de plusieurs controverses méthodologiques portant sur :

  • le type de données privilégié (taille et densité des cernes des arbres, qui mêlent plusieurs facteurs climatiques focalisés sur les journées d'été et des facteurs purement individuels)
  • les données sélectionnées (arbres au profil atypique)
  • la couverture (géographiquement lacunaire et de plus en plus ténue avec l'ancienneté du temps)
  • et surtout les méthodes statistiques (moyenne sur le XXe siècle, variance sur le millénaire aboutissant à une focalisation sur les crosses de hockey, surpondération de certaines données dendrochronologiques).

La courbe résultante a fait l'objet de vives controverses dans la blogosphère[13] pour avoir, selon ces avis critiques, « sous-estimé les variations de températures de l'optimum climatique médiéval et du petit âge glaciaire et affiché une jonction douteuse avec les températures thermométriques contemporaines. »

Une accusation de biais dans le choix des données et le traitement statistique a été formulée en 2003 par Steve McIntyre, un ingénieur de l'industrie minière, assisté de Ross McKitrick, un professeur d'économie, tous deux canadiens[14] puis par Eward J. Wegman, chairman statistique de l'académie nationale des sciences (États-Unis), assisté de deux autres statisticiens dans leur rapport[15] de juillet 2006 établi à l'issue d'un audit commandité par une commission parlementaire. Ce rapport indique notamment que le traitement statistique non modifié de Michael Mann permettrait d'obtenir une « crosse de hockey » avec des données aléatoires. En outre, le traitement avec un centrage différent des données permettrait de retrouver, bien que sur une base de données en nombre faible vu leur âge, la période chaude du Moyen Âge et le Petit Âge Glaciaire affichés dans le rapport 1990 du GIEC. Pour calculer sa reconstitution globale en fusionnant les nombreuses séries chronologiques des reconstitutions locales Michael Mann leur avait appliqué une analyse en composantes principales calculée avec la procédure remise en question : la moyenne était calculée sur le XXe siècle, et les coefficients de covariance étaient calculés sur l'ensemble des siècles étudiés, ce qui donnerait un poids dominant aux séries ayant une croissance forte au XXe siècle[16].

Le comité de l'académie nationale des sciences (États-Unis) chargé des reconstitutions climatiques des deux millénaires les plus récents a publié en juin 2006 un rapport modérant les conclusions de Michael Mann mais qualifiant de « plausible » sa thèse minimisant l'importance de la période chaude du Moyen Âge. Ce rapport accréditait également certaines critiques, concernant notamment la méthode statistique mise en cause pour un biais possible et la faiblesse de la couverture géographique aux temps anciens. Néanmoins, ce rapport a souligné certaines qualités originales de l'approche, notamment la méthode statistique une fois débiaisée[17].

D'autres études confirmant la courbe du hockey stick sont mentionnées à coté de celle-ci dans le rapport 2007 du GIEC.

En décembre 2011, le mathématicien et climatologue Pascal Yiou, du Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement, conclut de la façon suivante : « qu'il y a bien eu une discussion technique légitime sur la méthode statistique utilisée pour traiter les données mais que les mêmes données traitées avec d'autres méthodes ne changent pas la forme de la courbe[18] », ce que conteste le mathématicien Benoît Rittaud, dans un livre où il illustre comment différentes méthodes appliquées aux mêmes données peuvent donner des résultats très variables[19].

Controverses épistémologiques[modifier | modifier le code]

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Les circonstances ayant conduit à l'élaboration, la validation et la promotion de cette reconstitution controversée ont elles-mêmes fait l'objet de controverses. La période chaude du Moyen Âge aurait gêné les climatologues les plus alarmistes et certains d'entre eux auraient délibérément cherché à la minimiser [réf. nécessaire]. Ainsi le Dr. David Deming (en), géophysicien, spécialiste des reconstitutions utilisant la technique des mesures thermométriques de forages[20], a témoigné au cours d'une audition devant une commission du sénat américain[21] qu'au milieu des années 1990 un climatologue influent lui avait suggéré par écrit de « se débarrasser du réchauffement climatique du Moyen Âge ». Plusieurs autres reproches déontologiques ou épistémologiques ont été formulés[réf. nécessaire], notamment la dissimulation d’hétérogénéités au sein d'une même courbe (« hide the decline ») et la rétention de données scientifiques associées aux articles publiés.

Michael Mann, le chercheur pourchassé[modifier | modifier le code]

En 2012, Michael Mann publie The Hockey Stick and the Climate Wars. Dispatches From the Front Lines (Columbia University Press), un ouvrage qu'il consacre comme son nom l'indique (« La crosse de hockey et la guerre du climat. Dernières nouvelles du front ») à la guerre à outrance menée contre les sciences du climat, campagne intense de diffamation essentiellement financée, d'après lui, par l'industrie et appuyée par le parti républicain. Au delà de la controverse que son étude a suscité, des pressions sont réalisées directement à son encontre. Fin 2009, à la veille de la conférence des parties (COP15) de Copenhague sur le climat, ses courriels ainsi que ceux d'un certain nombre d'autres climatologues sont piratés et publiés sur la Toile. La plupart des phrases, sorties de leur contexte, laissent penser à des manipulations. Plusieurs enquêtes sont menées contre lui, notamment à l'instigation de Joe Barton, sénateur républicain, de Ken Cuccinelli (républicain, attorney général de l'état de Virginie de 2010 à 2014) et de la Pennsylvania State University où il est chercheur, mais elles n'aboutiront pas. Lorsque les choses s'emballent il est même menacé physiquement. D'après Michael Mann : « Nier le changement climatique anthropique ou l'évolution est devenu un test de passage pour le Parti républicain (...). C'est quelque chose d'assez nouveau et de très effrayant. »[18].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. On en voit une représentation en p.4 du rapport 2001 du GIEC (en) GIEC, « Variations de la température à la surface de la Terre au cours des 1000 dernières années »,‎ 2001 (consulté le 30 décembre 2009)
  2. La courbe en crosse de hockey telle qu'elle apparait dans le rapport de 2001 du GIEC. Ce graphe montre la reconstitution de Mann et al. de 1999. La ligne rouge porte sur les données thermométriques et les lignes bleues portent sur les reconstitutions dendrologiques tronquées de leurs décennies récentes(qui divergent des données thermométriques), la zone grisée représente une estimation des incertitudes.
  3. GIEC IPCC 3rd Assesment, Scientific Basis, p.29 (2001)
  4. « …current evidence does not support globally synchronous periods of anomalous cold or warmth over this time frame, and the conventional terms of 'Little Ice Age' and 'Medieval Warm Period' appear to have limited utility in describing trends in hemispheric or global mean temperature changes in past centuries » [(en) Climate Change 2001: Working Group I: The Scientific Basis 2.3.3 Was there a “Little Ice Age” and a “Medieval Warm Period”? (page consultée le 4 mai 2006)]
  5. John Daly[1]The hockey stick : a new low in climate science
  6. David Deming [2] Global Warming, the Politicization of Science, and Michael Crichton's "State of Fear"* Journal of Scientific Exploration, juin 2005
  7. Emmanuel Le Roy Ladurie : « Laissons de côté, ou du moins considérons avec prudence, la notion de petit optimum médiéval (POM). On a voulu le faire durer du IXe au XIIIe siècle et l'étendre au monde entier ! [...] Je veux me borner ci-après à une constatation essentiellement séculaire : il y a bien en tout état de cause au XIIIe siècle, en Europe occidentale, une longue série d'étés secs, vraisemblablement chauds, qui se montrent dans l'ensemble plutôt favorables aux agriculteurs, et par voie de conséquence, aux consommateurs » in Histoire humaine et comparée du climat, Canicules et glaciers, XIIIe ‑ XVIIIe siècles, Fayard (2004), p.8-9.
  8. Multigraphe du GIEC Image:1000 Year Temperature Comparison.png reconstituées entre 1998 et 2005, ou bien Reconstitutions de l’anomalie de température moyenne de surface, entre 1999 et 2006 sur le site de Météo France. La courbe de Michaël Mann est la MBH1999
  9. Moberg, Anders, Sonechkin, Dmitry M. ; Holmgren, Karin ; Datsenko, Nina M. ; Karlén, Wibjörn ; Lauritzen, Stein-Erik. (2005). Highly variable Northern Hemisphere Temperatures Reconstructed from low- and high Resolution Proxy Data. Nature, 433: 613-617
  10. Loehle, C., McCulloch J.H., « Correction to: A 2000-year global temperature reconstruction based on non-tree ring proxies », Energy and Environment, 19, 2008, p. 93-100
  11. Soon, W. and Baliunas, S., "Proxy climate and environmental changes of the past 1000 years", Climate Research, Vol 23: 89-110 (2003)
  12. Li Bo, Nychka, Douglas W., Ammann, Caspar M., « The `hockey stick' and the 1990s: a statistical perspective on reconstructing hemispheric temperatures », Tellus A, Volume 59, Number 5, October 2007, pp. 591-598(8)[3]
  13. Des variations qui varient… Quand et comme il faut !
  14. McIntyre, Stephen; McKitrick, Ross (2003), "Corrections to the Mann et. al. (1998) Proxy data base and northern hemispheric average temperature series" (PDF), Energy & Environment 14 (6), [4]
  15. (en) Wegman, « Testimony of Edward J. Wegman »,‎ 2006 (consulté le 3 février 2009)
  16. IH [5]Climategate : how to make your own hockey stick Anorack, décembre 2009
  17. [6] 'High Confidence' That Planet Is Warmest in 400 Years; Less Confidence in Temperature Reconstructions Prior to 1600 National Academy of Science, 22 juin 2006
  18. a et b Stéphane Foucart. Michael Mann, le chercheur pourchassé. Le Monde Science et Techno | 23.12.11 sur le site lemonde.fr
  19. Benoît Rittaud, Le Mythe Climatique, chap. 2.
  20. David Deming [7] The Warmest Year on Whose Record? 31 août 2001
  21. (en) Deming, « Testimony of D. Deming »,‎ 2001 (consulté le 3 février 2009)