Gauche antilibérale

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La gauche antilibérale est un courant politique hétérogène qui rassemble des mouvements politiques de gauche dont le dénominateur commun est l'opposition au libéralisme économique. La gauche antilibérale est comprise dans un espace situé à gauche entre les partis sociaux-démocrates et l'extrême gauche.

Histoire et origines[modifier | modifier le code]

Dans le courant des années 1990, en réaction à ce qu'il considère comme l'hégémonie du « néolibéralisme » dans la période post-communiste, ce courant a connu un nouvel essor, notamment au travers du mouvement altermondialiste. Il est néanmoins difficile de dater son apparition précisément.

Le mouvement de grève de novembre-décembre 1995 contre le plan Juppé est considéré par la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) comme la « première révolte antilibérale », marquant la fin d'une baisse des mouvements sociaux et le début de leur remontée[1]. L'armée zapatiste de libération nationale (EZLN), à la suite de la révolte du Chiapas de 1994, publie des communiqués contre le néolibéralisme et organise en juillet 1996 une « rencontre intercontinentale pour l'humanité et contre le néolibéralisme », annonciatrice du courant altermondialiste. En juillet 1997, une « seconde rencontre intercontinentale des peuples contre le néolibéralisme » se tient en Espagne. L'association ATTAC est constituée en France en juin 1998, à partir d'un appel lancé par Ignacio Ramonet dans Le Monde diplomatique[2]. Elle revendique une taxe Tobin pour lutter contre la spéculation boursière et contribuer au développement écologique et social.

D'autre part, l'accompagnement de la mondialisation libérale par les partis socialistes de gouvernement entraîne une réaction d'une partie de la gauche hostile à celle-ci. En conséquence, une gauche antilibérale multiforme se structure entre la gauche sociale-démocrate et l'extrême gauche.

Idéologie[modifier | modifier le code]

Les courants de la gauche antilibérale se prononcent pour des réformes profondes, s'opposant au libéralisme et promouvant un monde écologiste, féministe, antiraciste et « solidaire ». En revanche, à la différence de l'extrême gauche, les antilibéraux n'agissent pas dans le but du renversement du système capitaliste, ni ne se revendiquent comme partie prenante de la lutte des classes[réf. nécessaire], mais se situent plutôt dans le registre de l'action citoyenne. Ils se prononcent notamment pour une Europe sociale, pour une extension des services publics, pour un développement respectueux de l'environnement et contre la logique « gaspilleuse et prédatrice » du libéralisme[3].

La gauche antilibérale en Europe[modifier | modifier le code]

Selon Clotilde Monteiro, journaliste de la revue de gauche antilibérale Politis, l’exemple de l’Allemagne et des Pays-Bas « montre que des mouvements de gauche antilibérale peuvent émerger et se développer dans l’Europe actuelle »[4]. Cependant il est parfois difficile de qualifier de gauche antilibérale des mouvements qui ne se revendiquent pas comme tels, car le vocabulaire politique employé n'est pas forcément le même d'un pays à l'autre.

France[modifier | modifier le code]

En France, ce mouvement regroupe les mouvements altermondialistes (associations, syndicats et citoyens non organisés), les Alternatifs, le Mouvement républicain et citoyen, le Front de gauche (autour du Parti communiste français et du Parti de gauche jusqu'en juillet 2016), La France insoumise (depuis juillet 2016) et une partie des Verts.

La gauche antilibérale française fut assez médiatisée en 2005 lors de la campagne du « non » au référendum français sur le traité établissant une Constitution pour l'Europe. Des forces antilibérales se sont rassemblées autour de l'appel des 200 lancé par la Fondation Copernic, pour un « non de gauche ». Plusieurs personnes et organisations politiques ont souhaité poursuivre l'expérience unitaire menée au travers des collectifs du 29 mai, qui ont adopté une charte anti-libérale.

Un collectif national d’initiative pour un rassemblement antilibéral de gauche et des candidatures communes a été créé en mai 2006, dans le but de coordonner et d'animer le débat dans les collectifs locaux associés. Mais la question de la participation gouvernementale, qui n'a pas fait l'objet d'un consensus, n'a pas permis une alliance nationale lors des élections présidentielle et législative de 2007. Aucun candidat n'a pu rassembler, sur son nom, les différents courants de la gauche antilibérale et se réclamer des collectifs unitaires[5]. En conséquence, trois candidats ayant participé à ce collectif se sont présentés à l'élection présidentielle française de 2007 : la communiste Marie-George Buffet (PCF)[6], l’altermondialiste José Bové et le communiste (trotskiste) Olivier Besancenot (LCR).

Néanmoins, ils ne sont pas les seuls à se revendiquer de l'antilibéralisme à gauche. Jean-Pierre Chevènement se qualifiait de « meilleur candidat antilibéral républicain »[7] avant de se retirer de l'élection présidentielle. Tandis que François Hollande, premier secrétaire du Parti socialiste, a affirmé : « Avec le PC, nous voulons établir des convergences, et nous respectons son choix de présenter à côté de nous une candidature unique de la gauche antilibérale... même si je suis moi aussi de gauche et antilibéral. »[8]

Certains veulent encore croire à l'unité de la gauche antilibérale, comme Yves Salesse, président de la Fondation Copernic et ex-candidat à la candidature antilibérale[9]. Un texte sur « l’heure des choix » a été coécrit par plusieurs représentants de la gauche antilibérale[10]. Gauche alternative 2007 est le nom d'un rassemblement politique qui a présenté ou soutenu des candidats aux élections législatives de 2007. Plus récemment, fin juin 2007, le club « Maintenant, à gauche ! » s'est constitué pour faciliter la refondation d’une « gauche de transformation ».

Plusieurs composantes de cette gauche antilibérale se sont rassemblées dans le Front de gauche, constitué en 2009 pour les élections européennes autour du PCF, du Parti de gauche (fondé notamment par PRS et MARS) et de Gauche unitaire (issue d'une scission d'Unir, courant minoritaire de la LCR), mais avec également le soutien de République et Socialisme (ex-membres du MRC). Les députés européens du Front de gauche sont inscrits dans le groupe parlementaire Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique (GUE/NGL).

Allemagne[modifier | modifier le code]

Le Linkspartei et la WASG ont fusionné le , les deux formations allemandes de la gauche radicale sont désormais unies au sein de Die Linke (La Gauche), qui appartient au Parti de la gauche européenne. Ses dirigeants Lothar Bisky et Oskar Lafontaine étaient respectivement leaders du WASG et du Linkspartei. Une première tentative d'alliance avait permis de recueillir 8,7 % aux élections fédérales allemandes de 2005, à la suite de la déception suscitée par les compromis du SPD. L'alliance, qui est le quatrième parti du Bundestag, se revendique d'un socialisme démocratique qui devrait remplacer le système capitaliste[11][réf. insuffisante]. Die Linke effectue une progression en recueillant 12,4 % aux élections fédérales allemandes de 2009[12]. Ensuite, le parti souffre de divisions et affrontements internes et aux élections fédérales allemandes de 2013, et ne recueille plus, avec une équipe entièrement renouvelée, que 8,6 % des votes formant le troisième des quatre groupes du Bundestag, mais loin derrière les blocs SPD et CDU/CSU.

Belgique[modifier | modifier le code]

Le Comité pour une autre politique (CAP) est une figure de la gauche antilibérale, avec des résultats électoraux extrêmement faibles. Il s'est formé en réaction au projet de Constitution européenne et contre le « pacte des générations », projet du gouvernement qui impose un rallongement du temps de travail jusqu'à 65 ans[13].

Espagne[modifier | modifier le code]

Un nouveau parti créé en janvier 2014, Podemos, pourrait également remporter les élections générales espagnoles de 2015 ou du moins devenir un élément central d'une nouvelle majorité de gauche[14], avec des prévisions le situant vers 25 à 30 %.

Du fait de la progression fulgurante de ce parti, le parti historique de la gauche antilibérale, Izquierda Unida, articulé autour du PCE, serait en baisse par rapport aux 10 % obtenus lors des élections européennes de 2014, tout en se maintenant aux alentours des 5 %.

Grèce[modifier | modifier le code]

Le parti SYRIZA qui a remporté les élections législatives du .

Pays-Bas[modifier | modifier le code]

Le Parti socialiste s'inscrit lui aussi dans l'opposition au néolibéralisme[15]. Il s'inscrit dans la Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique (GUE/NGL). Ce groupe du Parlement européen promeut un nouveau modèle de développement, en rupture avec les politiques économiques actuelles, visant à créer un « espace social commun qui offrirait des droits égaux au plus haut niveau à tous les citoyens »[16].

Slovénie[modifier | modifier le code]

Le parti Gauche unie, fondé en mars 2014, est représenté au parlement depuis 2014 avec 6 députés sur 90 (4e parti).

Critiques[modifier | modifier le code]

L'opposition d'une partie de la gauche au libéralisme est vu par certains penseurs de gauche[réf. nécessaire] comme une menace pour les fondements des démocraties[réf. insuffisante]. Le politologue, Thierry Leterre, dans La gauche et la peur libérale (p. 11) écrit par exemple : « La France, parce qu'elle est une démocratie libérale, ne peut éviter de considérer la liberté comme l'un de ses fondements naturels : de ce fait, une gauche gouvernante à ce point rebelle au libéralisme met en cause notre existence démocratique. »

Le philosophe Nicolas Tenzer développe une position proche dans la revue Le Banquet et ajoute qu'un libéralisme encadré est la meilleure façon pour la gauche de réaliser ses objectifs : « De proche en proche se dessine aussi un effet vertueux de la concurrence sur l'égalité. À partir du moment où les services publics marchent mieux (ce à quoi concourent des recrutements davantage fondés sur le talent et une sélection des meilleurs effectifs), ils peuvent mieux remplir leur fonction. Et chacun sait que la vertu essentielle d'un service public est de corriger, par un accès égal à tous (ce qui peut signifier gratuit pour les plus pauvres et payant pour d'autres, y compris d'ailleurs pour l'école), les inégalités. Quand l'école se délite (ou la médecine publique), les plus riches n'en sont guère pénalisés ; les plus pauvres n'ont pas le choix. » ("Ne pas se tromper de gauche" dans Le Banquet).

L'économiste italien Alberto Alesina considère qu'en s'éloignant du libérisme (qu'on pourrait traduire approximativement par libéralisme économique), la gauche trahit ses buts : en luttant supposément contre les rentes et les situations établies grâce à une concurrence jugée fertile, le libéralisme est supposé donner sa chance à chacun et améliorer la situation des plus démunis. Il écrit dans Il liberismo è di sinistra (le libéralisme économique est de gauche) : « Notre argument est que ce sont les objectifs traditionnellement chers aux partis de gauche européens – comme la protection des plus faibles ou le refus de trop grandes inégalités et des privilèges – qui doivent les amener à adopter des politiques pro-marché. Ce qui a souvent été la norme depuis les années 1960, comme une forte réglementation, la protection des statuts, un secteur public très développé qui ne bénéficie pas aux plus pauvres mais aux plus connectés et impose de lourds prélèvements, des universités qui produisent la médiocrité au nom du principe d’égalitarisme (alors que les très riches se débrouillent d’une manière ou d’une autre pour obtenir une bonne éducation), tout cela n’est pas seulement inefficace, mais socialement injuste. »

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marie-Agnès Combesque, Patrick Silberstein, Michel Vakaloulis et alii, Un Autre Monde en marche ! Gauche alternative, Éditions Au Diable Vauvert, 2007.
  • Thierry Leterre, La gauche et la peur libérale, Presses de Sciences Po, 2000, (ISBN 2-7246-0803-8)
  • Monique Canto-Sperber et Nicolas Tenzer, Faut-il avoir peur du libéralisme
  • Alberto Alesina et Francesco Giavazzi, Il liberismo è di sinistra
  • Yves Salesse et Christine Delphy, Pour sortir du libéralisme, Éditions Syllepse, 2002.
  • Yves Salesse, Réformes et révolution : propositions pour une gauche de gauche, Éditions Agone, 2001.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Nouveau cycle politique », à propos de la grève de novembre-décembre 1995.
  2. Ignacio Ramonet, « Désarmer les marchés », Le Monde diplomatique, décembre 1997.
  3. Comité pour l'Unité de la Gauche Antilibérale, Alternative et Écologiste autour de José Bové ou dans la charte antilibérale.
  4. Clotilde Monteiro, « Le retour de la gauche radicale », Politis, .
  5. Compte-rendu de la réunion du Collectif National Unitaire du 30 janvier 2007
  6. Marie-George Buffet s'est présentée à cette élection sous l'étiquette « Gauche populaire et antilibérale ».
  7. Le Figaro, 14 novembre 2006
  8. Libération, 6 novembre 2006
  9. Yves Salesse, « L’unité est une perspective indispensable », Politis, 26 avril 2007.
  10. « Gauche, l’heure des choix », Politis, .
  11. [1]
  12. Michel Soudais, « La gauche antilibérale perce en Allemagne et au Portugal », Politis, 28 septembre 2009.
  13. Le site du CAP
  14. Élections générales espagnoles de 2015
  15. Murray Smith, « Pays-Bas : la gauche radicale cartonne »
  16. « Déclaration constitutionnelle » sur le site de la Gauche unitaire européenne.