Néguentropie

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La néguentropie est l'entropie négative. Elle se définit par conséquent comme un facteur d'organisation des systèmes physiques, biologiques et éventuellement sociaux et humains, qui s'oppose à la tendance naturelle à la désorganisation (entropie). Selon le principe de néguentropie de l'information, l'information ne peut être obtenue qu'en empruntant de la néguentropie à un système physique, par l'intermédiaire d'un appareil de mesure[1].

Présentation[modifier | modifier le code]

L'entropie a été initialement introduite, à la suite des travaux de Sadi Carnot (Réflexions sur la puissance motrice du feu), par Rudolf Clausius (Sur diverses formes facilement applicables qu'on peut donner aux équations fondamentales de la théorie mécanique de la chaleur, 1865)[2].

Le terme de « néguentropie » a été créé plus tard, dans le contexte d'un grand débat scientifique, par plusieurs physiciens, dont, en 1944, l'autrichien Erwin Schrödinger, dans son ouvrage Qu'est-ce que la vie ? pour expliquer la présence de « l'ordre » à l'intérieur des êtres vivants et leur tendance à s'opposer au chaos et à la désorganisation qui régit les systèmes physiques, puis développé et mis en perspective à partir des travaux du mathématicien Claude Shannon par le physicien français Léon Brillouin, dans son ouvrage La Science et la théorie de l'information (1956)[3],[4]. La néguentropie ne contredit pas les travaux de Sadi Carnot.

L'entropie est énoncée, dans le second principe de la thermodynamique de Rudolf Clausius, comme spontanément croissante en système isolé. Sous cette condition, la notion de néguentropie est donc nécessairement limitée dans le temps ou l'espace ou ne peut s'appliquer qu'à un système ouvert.

D'origine thermodynamique, la néguentropie est donc utilisée en systémique comme synonyme de la force de cohésion. Norbert Wiener la décrit ici socialement comme une traduction physique de l'information.

On parle dans l'étude de système dynamique de « dysentropie ». Dans un tel système, une néguentropie partielle mène à un état d'auto-organisation de niveau supérieur par un phénomène de percolation.

Bernard Stiegler[5] et Michel Serres[6], qui défendent la néguentropie, se réfèrent au livre de Sadi Carnot[7].

Exemple et application[modifier | modifier le code]

Interprétation en termes d'énergie[modifier | modifier le code]

En prenant l'exemple d'une cellule, on peut voir la vie comme une forme de néguentropie. Elle tend à conserver sa néguentropie, c’est-à-dire une organisation, une structure, une forme, un fonctionnement, et cela grâce à la consommation d'énergie, venant de l'extérieur de la cellule. Une cellule morte n'entretient plus cette néguentropie, donc elle se désagrège.

Interprétation en terme d'information[modifier | modifier le code]

Ce qui rend possible le maintien d'une structure « ordonnée » (capable de s'adapter en permanence à un environnement changeant) : ce sont les voies de communication sélectives entre le corps de la cellule et son environnement. Les membranes des cellules sont poreuses, mais seulement de façon sélective ; si une cellule perd cette capacité de sélection dans ses échanges avec son environnement, elle meurt rapidement, notamment sous l'effet de toxines dont elle ne peut plus se protéger.

À une échelle beaucoup plus large, la planète Terre n'est pas un système isolé : elle reçoit de l'énergie, essentiellement solaire, réémet une partie vers l'univers, et, au passage, une partie est captée par les formes de vie sur Terre, contribuant à donner cette vision de néguentropie présentée par Schrödinger [8].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Henri Atlan, L'Organisation biologique et la théorie de l'information, Seuil, coll. « Sciences humaines », (1re éd. 1972), 306 p. (lire en ligne), p. 182
  2. Richard Loiret, « Thesis in Ecological Economics : The ecological Balance sheet. Measuring the anthropogenic disturbance of the Ecosphere and the Biosphere (an Anthropocene assessment). Characterizing the ways of the territories ecological development. 2016 », HAL (https://hal.archives-ouvertes.fr/), Université Paris-Saclay,‎ (lire en ligne, consulté le 7 novembre 2017).
  3. « Qu’est-ce que la néguentropie ? » (consulté le 10 août 2016)
  4. Encyclopædia Universalis, « NÉGUENTROPIE », sur Encyclopædia Universalis (consulté le 19 août 2017).
  5. Bernard Stiegler à radio debout : de l'entropie à la néguentropie.
  6. Sadi Carnot par Michel Serres (de La Légende des Sciences).
  7. Dialogue Michel Serres et Bernard Stiegler (Dans ce dialogue est cité le bond technologique néguentropique que nous sommes en train de vivre au XXIe siècle)
  8. François Roddier, Thermodynamique de l’évolution : Un essai de thermo-bio-sociologie.

Lien externe[modifier | modifier le code]