Jean-Marc Jancovici

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Jean-Marc Jancovici, né le , est un ingénieur, enseignant et conférencier français.

Ingénieur de l'École polytechnique, diplômé de l'École nationale supérieure des télécommunications, il est le créateur du bilan carbone, qu'il a développé au sein de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (ADEME). Il a cofondé en 2007 avec Alain Grandjean Carbone 4, un cabinet de conseil qui vend des bilans carbone aux entreprises, ainsi que l'association The Shift Project en 2010. Depuis 2008, il est enseignant vacataire à l’École nationale supérieure des mines de Paris. Connu pour ses conférences de sensibilisation et de vulgarisation sur les thèmes du réchauffement climatique et de l'énergie, il bénéficie d'une notoriété croissante à partir des années 2010. Depuis 2018, il est membre du Haut Conseil pour le climat auprès du Premier ministre.

Engagé en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique, en particulier dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre, il milite notamment pour la taxe carbone et la production d’énergie nucléaire civile, positions qui lui attirent des critiques. Selon lui, le modèle des sociétés occidentales est voué à la décroissance, car leur système économique dépendant d’énergie provenant essentiellement des combustibles fossiles n’est pas pérenne.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille, formation et premiers emplois[modifier | modifier le code]

Fils de Bernard Jancovici, physicien et professeur à l’université Paris-Sud[1],[2], Jean-Marc Jancovici est né le 13 février 1962 à Paris[1].

Après avoir mené une partie de ses études à Grenoble où son père est nommé à un poste de professeur, il suit l'enseignement de mathématiques spéciales au lycée Louis-le-Grand[3]. Il est ingénieur de l'École polytechnique[Note 1] (promotion 1981[2]) et ingénieur civil diplômé de l'École nationale supérieure des télécommunications (promotion 1986)[2],[3].

Indiquant avoir vécu « une crise d'adolescence à retardement » à l'issue de sa formation, il répond à l'annonce lancée par l'acteur Franck Cabot-David et monte avec lui la société Ciné Magma production, au sein de laquelle il travaille jusqu'en 1989[2]. Il indique avoir ensuite « fait des trucs divers et variés, du contrôle de gestion, des missions comme indépendant »[2]. Selon Libération, il travaille « dans les télécoms pour étudier les conséquences du télétravail, notamment les réductions de dépenses d'énergie »[1].

Marié, il vit à Orsay et est père de deux filles[1].

Création et développement du bilan carbone[modifier | modifier le code]

Ayant commencé à s’intéresser au réchauffement climatique dans le courant des années 1990, il développe l'idée de « bilan carbone » à destination des entreprises[2],[1]. Par l'intermédiaire de l'ingénieur Benjamin Dessus, il rejoint l'Ademe, au sein de laquelle il développe la méthode du bilan carbone entre 2000 et 2004 — notamment du bilan carbone personnel —, tout en menant des missions plus rémunératrices en parallèle[2],[4]. Le bilan carbone français est l'une des deux seules méthodes existantes en la matière au début des années 2000, avec le GreenHouse Gas Protocol aux États-Unis[2].

Alain Grandjean en 2009.

En 2007 également, il fonde avec Alain Grandjean Carbone 4, un cabinet de conseil qui vend des bilans carbone aux entreprises et construit leurs plans d’actions pour réduire leurs émissions des gaz à effet de serre[2],[5]. Il s'agit du premier cabinet de conseil en stratégie carbone[3]. Carbone 4 se développe particulièrement avec la conférence de Paris de 2015 sur les changements climatiques, ainsi qu'avec l’arrivée en 2017 de l'homme d’affaires Laurent Morel, dirigeant de nombreuses sociétés ayant fait fortune avec le groupe immobilier Klépierre[2]. L’entreprise compte essentiellement des entreprises parmi ses clients, à la fois des acteurs microéconomiques (entreprises, administrations, collectivités locales) et des entreprises de très grande envergure comme Bouygues, EDF, Engie, Lafarge, Orange, TF1, Total et Veolia[2],[1],[4]. Alain Grandjean indique en 2021 qu'aucun client de Carbone 4 ne représente plus de 5 % du chiffre d'affaires[6]. La société emploie 31 salariés en 2018, 70 en 2021[2],[6]. Jean-Marc Jancovici possède 40 % du capital de la société, contre 40 % pour Laurent Morel et 20 % pour Alain Grandjean[2].

Activités comme conférencier et enseignant[modifier | modifier le code]

En 2006, il crée, avec le journaliste Jean-Louis Caffier et le climatologue Hervé Le Treut, les entretiens de Combloux, un séminaire annuel lors duquel des rédacteurs en chef et patrons de rédaction sont invités à s’initier au climat, à l’énergie, au nucléaire en un week-end dans une station de montagne[1],[2],[7]. Gilles Bouleau, David Pujadas, Thomas Sotto ou encore Bernard de la Villardière y participent entre 2006 et 2014[7].

Depuis 2008, il est enseignant vacataire à l’École nationale supérieure des mines de Paris[2],[4], où il dispense un cours sur l’énergie et le changement climatique[8]. Avec les climatologues Hervé Le Treut et Jean Jouzel, il organise également, à partir de la fin des années 1990, des conférences au sein de X-Environnement, un groupe d’anciens polytechniciens motivés par ces questions, dont il devient président en 2001[2],[9],[3].

Il donne régulièrement des conférences rémunérées dans des entreprises, dont les revenus sont reversés, selon ses indications, à sa structure Manicore[2]. Son site personnel, manicore.com, propose un modèle de vulgarisation qui draine plusieurs milliers de visiteurs par jour en 2009[1].

Activités comme expert et conseil[modifier | modifier le code]

Jean-Marc Jancovici rencontre Nicolas Hulot par l'entremise de Dominique Bourg[3]. En 2001, il entre au comité de veille écologique de la Fondation Nicolas-Hulot[2], puis en 2005 au comité stratégique de cette même fondation. En 2007, il participe à l'élaboration du Pacte écologique signé par les différents candidats à l'élection présidentielle, ainsi qu'au Grenelle de l'environnement[10]. Il ne fait plus partie en 2019 du comité scientifique de la fondation Nicolas-Hulot, dont le président est Alain Grandjean[11].

Il est membre de l'association ASPO France[12], qui a pour thème l'étude du pic pétrolier et de ses conséquences.

Il est membre du conseil scientifique du Service de l'observation et des statistiques (SOeS) du ministère de la Transition écologique et solidaire et du Haut Conseil pour le climat, créé en 2018 et placé auprès du Premier ministre[13].

The Shift Project[modifier | modifier le code]

Il lance en 2010 The Shift Project, dont il préside le conseil d'administration et qui « œuvre en faveur d’une économie libérée de la contrainte carbone » : selon Hervé Kempf[Note 2] de Reporterre, l'association diffuse « des analyses sur la transition énergétique au moyen, surtout, de rapports d’expertise de qualité, par exemple sur le numérique ou sur l’approvisionnement pétrolier futur de l’Europe »[2],[14],[15]. Selon Le Courrier des maires, il s'agit d'un think tank « luttant contre le réchauffement climatique et défendant une transition bas carbone (reposant, entre autres, sur le nucléaire) »[4]. Les membres de l'association pratiquent le lobbying en direction des élus et des collectivités, notamment en luttant contre l’utilisation du chauffage au gaz dans la nouvelle réglementation de construction du bâtiment, ou en soutenant la création d’un Haut-commissariat au plan[7]. Lors de la campagne présidentielle de 2022, Jean-Marc Jancovici présente, au nom du Shift Project, un « Plan de transformation de l’économie française », qui connaît un succès de librairie[7],[15]. L'association est financée par de grandes entreprises telles que Vinci, EDF, Bouygues, BNP Paribas ou Veolia[2],[7].

En 2021-2022, The Shift Project compte, selon les sources, 8 000 bénévoles revendiqués[5] et environ 10 000 « sympathisants »[7], et assure avoir l'oreille de plusieurs députés et conseillers du palais de l'Élysée[6]. L'association est surtout constituée, selon Libération, d'ingénieurs, de cadres et de start-uppers[5] ; en 2022, Le Monde indique qu'elle « a été récemment rejointe par des trentenaires sensibles à la question climatique venus d’horizons divers », après avoir été « dans un premier temps essentiellement composée de jeunes ingénieurs »[7].

Notoriété[modifier | modifier le code]

En 2007, Stéphane Foucart souligne dans Le Monde « sa percée médiatique », évoquant son passage régulier sur les plateaux de télévision « depuis près de six ans »[3].

Depuis les années 2010, il bénéficie d'une notoriété croissante et d'une communauté de soutiens active sur internet — au point d'être parfois qualifié de « gourou » —, notamment grâce à « des conférences sur internet vues des centaines de milliers de fois, et un talent de vulgarisation certain », selon Hervé Kempf[Note 2] de Reporterre[2]. Il bénéficie régulièrement dans la presse de portraits, interviews, chroniques[2]. Hervé Kempf indique qu'il « fait le buzz »[2], tandis que Libération le présente comme un « excellent client » pour les journalistes, « doté de formules chocs »[1]. Le Monde considère que « c’est surtout la forme qui produit « l’effet Janco », la « claque » comme disent les étudiants : humour noir et acerbe, expressions récurrentes telles que « ordre de grandeur » et ou « règle de trois » , critique appuyée des médias, du personnel politique et des études supérieures inadaptées au monde sous contraintes qui s’annonce »[8].

Sa notoriété se développe tout particulièrement à partir de 2018, année marquée par les Marches pour le climat, qui lui attirent un public nouveau, ainsi que des incendies majeurs en Californie et la démission, en France, de Nicolas Hulot du gouvernement Édouard Philippe[2],[6]. L'Obs indique en 2021 qu'il « est devenu une véritable star des milieux écologistes » et estime que sa popularité s'est « encore renforcée par son mépris pour les élites »[6]. Son compte YouTube enregistre, en , 160 000 abonnés et un cumul de plus de 23 millions de vues[16]. Sa bande dessinée Le Monde sans fin, publiée en novembre 2021 et coécrite avec Christophe Blain, est un succès de librairie avec plus de 250 000 exemplaires vendus à la mi-mars 2022[7].

En 2022, Le Monde souligne la diversité de ses soutiens, parmi lesquels on trouve « des polytechniciens retraités de Total, des patrons du CAC 40 ou de PME, des militants écolos ou de La France insoumise, des députés LRM ou des hauts fonctionnaires ». Le journal évoque « une « fanbase » plutôt urbaine, masculine et très diplômée, qui se répète ses répliques les plus fameuses », et indique que « le côté très franchouillard de « Janco » et sa critique acerbe des politiques énergétiques allemandes séduisent aussi dans les rangs souverainistes »[7].

Prises de positions[modifier | modifier le code]

Jean-Marc Jancovici, en 2019.

Macroéconomie[modifier | modifier le code]

Jean-Marc Jancovici est convaincu d'une relation quasi linéaire entre l'énergie utilisée et la croissance économique, notamment depuis sa lecture de Sixième discours. Considérations sur les avantages de l’industrie et des machines, en France et en Angleterre, de Charles Dupin (1821)[2],[6]. De la démocratie en Amérique d'Alexis de Tocqueville (1835), Les Limites à la croissance du Club de Rome (1972), ainsi que les travaux des économistes Gaël Giraud et Zeynep Kahraman (qui estiment que l'évolution du produit intérieur brut dépend à 60 % de la consommation d'énergie) figurent également parmi ses sources d'inspiration[17],[6],[3].

Il postule l'arrivée imminente — d'ici les années 2030 — d'un pic pétrolier, entraînant une envolée des prix de l'énergie, une chute de la consommation, la récession de l'économie mondiale et l'appauvrissement des classes moyennes[17],[3]. Selon lui, le pic de production du pétrole conventionnel a été franchi et le pétrole de schiste et les sables bitumineux ne seront pas suffisants pour compenser la baisse[6]. Selon ce scénario, Jean-Marc Jancovici anticipe également une accentuation de la pression migratoire aux portes de l'Europe et de l'Amérique du Nord, et une tentation de dérive autoritaire dans les grandes démocraties[3].

Le Monde indique en 2021 que « Jean-Marc Jancovici est devenu ces dernières années un des principaux porte-voix de la décroissance en France », relevant que « sa conférence « CO2 ou PIB », donnée à Sciences Po Paris en 2019, a atteint 1,7 million de vues sur Internet »[18]. Selon lui, la tertiarisation de l'économie est insuffisante pour déconnecter les flux matériels de la croissance[3]. Sa défense de la décroissance se retrouve dans le Plan de transformation de l’économie française présenté par le Shift Project en 2022[15]. Dans le même temps, il se présente comme tenant d’une « écologie positive », expliquant que « ce qui nous fait rêver, ce n’est jamais l’interdiction » ou encore qu'« avec le Shift, nous proposons de faire la fête plus longtemps, même si elle est moins intense ». L'Opinion estime alors qu'il s'agit de « positions très adoucies par rapport à celles qu’il défend dans sa BD, Un monde sans fin, écrite avec Christophe Blain »[15].

Avec Alain Grandjean, il considère que la sortie du capitalisme, qu'il définit « seulement comme la propriété privée des moyens de production », « a autant de chances de se produire à brève échéance que l'apparition d'une deuxième Lune la semaine prochaine ». Il s'oppose en cela au journaliste Hervé Kempf[Note 2],[19].

Tout comme la Fondation Nicolas Hulot dont il anime un temps le comité scientifique, il défend l'instauration d'une taxe carbone, estimant que « tout le monde, même les Français modestes, va devoir faire des efforts » parce que « même les Français modestes consomment trop d'énergie », tout en ajoutant que la mesure ne passera pas « sans une pédagogie forte »[20],[21]. Cette mesure, qui est en 2007 « à contre-courant de l'opinion et du monde politique », constitue l'« unique manière, selon lui, d'affronter le double choc qui vient : raréfaction du pétrole et changement climatique »[3].

Modes de transport[modifier | modifier le code]

Privilégiant le train et le vélo pour ses déplacements, Jean-Marc Jancovici considère que le geste écologique prioritaire est le renoncement à l'avion[1].

Il critique le consensus autour du développement nécessaire de la voiture électrique, en partant du postulat que la voiture électrique n'est propre que si l'électricité l'est aussi, ce qui n'est pas le cas à l'échelle planétaire[22].

Nucléaire et énergies renouvelables[modifier | modifier le code]

Jean-Marc Jancovici est connu pour être un partisan affirmé de l'énergie nucléaire[23],[8]. Il défend sa position en soulignant que le nucléaire émet peu de gaz à effet de serre, produit à la demande, occupe une surface de territoire réduite pour fabriquer un maximum d’énergie, et constitue « une forme de production d’électricité qui présente le moins d’inconvénients pour une production donnée »[17],[24],[7].

Pour décarboner l'économie, il considère que les premières actions pourraient être de développer des réseaux de chaleur en ville et des pompes à chaleur en milieu rural, alimentés par l'énergie nucléaire ou hydraulique[25].

Il estime par ailleurs que les éoliennes et les panneaux solaires ne sont pas le moyen le moins onéreux de produire une énergie décarbonée : à investissement égal, la décarbonation serait, selon lui, meilleure avec les pompes à chaleur, les poêles à bois et le biogaz pour des utilisations de niche (engins agricoles, transports en commun)[26].

Il estime que la diminution de la consommation énergétique est inéluctable, mais considère que cette « décroissance » ne peut écarter l'usage du nucléaire, car le solaire et l’éolien utilisent selon lui trop d’espace et sont des sources d'énergie intermittentes[26]. Cette intermittence ne pourrait, selon lui, pas être acceptée par les populations, qui refuseraient de diminuer leur consommation énergétique sur certains créneaux horaires. Il considère que la décroissance énergétique sans le nucléaire pourrait conduire à un « effondrement social »[26]. Il qualifie le nucléaire d'« amortisseur de la décroissance »[6],[7] et de « parachute ventral »[26].

Selon Le Monde, « son positionnement inédit participe déjà à recomposer le paysage politique autour de la question climatique. Il est ainsi adoré par les pronucléaire et soutenu par certains écologistes »[7].

Selon lui, les énergies renouvelables ne doivent venir qu'en appoint du nucléaire et leur impact sur l'environnement est beaucoup plus néfaste qu'annoncé par leurs promoteurs[27].

Démographie[modifier | modifier le code]

Jean-Marc Jancovici est favorable à une régulation démographique « partout » sur Terre afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre, estimant que « la seule question, c’est comment va se faire la régulation. Ou bien on essaie de la gérer au moins mal nous-mêmes, ou bien ça se fera de manière spontanée par des pandémies, des famines et des conflits »[28]. En 2015, la journaliste Irène Inchauspé le juge « quelque peu malthusien »[iJMJ 1]. En lien avec son postulat de l'arrivée imminente d'un pic pétrolier, l'historien Jean-Baptiste Fressoz estime qu'il est marqué par des « idées néomalthusiennes très en vogue dans les années 1970 »[6].

Craignant les effets néfastes de la surpopulation, Jean-Marc Jancovici déclare en 2019 qu'afin de « réguler la population de façon raisonnablement indolore », « dans les pays occidentaux », il conviendrait de cesser « de tout mettre en œuvre pour faire survivre les personnes malades » : il préconise à ce titre l'instauration d'un âge limite pour les receveurs d'organe, comme cela se pratiquerait selon lui au Royaume-Uni, ce qui, note le journaliste Cédric Stanghellini, est inexact : le Royaume-Uni n'a pas instauré de limite d'âge, mais évalue chaque receveur selon des critères suivant la probabilité de succès des interventions. L'âge constitue donc un facteur de risque, mais qui n'est pas forcément décisif pour le choix d'un receveur d’une greffe. Aucun pays n'instaure d'âge limite en la matière[29].

Système politique[modifier | modifier le code]

Selon Hervé Kempf[Note 2], Jean-Marc Jancovici est critique de la démocratie, qu'il présente comme un « système myope, lent, incohérent souvent », qui ne serait pas capable de prendre en charge le défi de long terme que constitue le réchauffement climatique, et dont les citoyens sont « gouvernés par [leurs] désirs plus que par la raison », ramenant « la compétition électorale […] le plus souvent à une surenchère de promesses corporatistes ou sectorielles balayant aussi large que possible »[30]. Pour parvenir à réduire suffisamment les émissions de gaz à effet de serre, il estime qu'il faudra probablement agir par la contrainte, craint que la démocratie se révèle inefficace et « ne survive pas à la fin des énergies fossiles ». Il n'exclut pas qu'« un système de type chinois » puisse être « un bon compromis » : « Pour lutter contre le changement climatique, il faut être capable d’imposer des efforts extrêmement significatifs et cela veut dire qu’il faut qu’on ait un pouvoir très fort pour être capable de faire respecter ces efforts »[2],[30],[31].

Dans sa bande dessinée Le Monde sans fin (2021), il affirme : « La vitesse à laquelle il faut réformer le système n’est pas compatible avec le maintien d’une liberté individuelle accompagnée du niveau de vie auquel on est habitué aujourd’hui ». L'Opinion y voit « un discours plus radical que celui qu’il tient aujourd’hui sur les plateaux » et considère que « c'est sans doute une stratégie pour ne pas effrayer les politiques, qu’il tente de convaincre depuis de nombreuses années de la pertinence de ses analyses »[15].

Très critique à l'égard de la classe politique française, il plaide également pour une meilleure considération de l'expertise scientifique en politique[30],[15]. Avec Alain Grandjean, il propose la nomination à tous les postes de l'État d'un conseiller technique ressources et énergie[19].

Positionnement sur l'axe gauche-droite[modifier | modifier le code]

Libération indique en 2009 qu'il « n'est ni à droite, ni à gauche » mais qu'« il énerve les objecteurs de croissance qui le décrivent comme un libéral repeint en vert fricotant avec les gros pollueurs de la planète »[1] ; en 2021, qu'« il agace à gauche par ses positions pro-nucléaire et sa proximité avec les industriels », mais qu'« il désespère à droite par son discours de décroissance, sa critique du libre-échange et sa volonté de planifier l’économie »[5]. En 2022, Le Monde relève que « Jancovici énerve aussi bien le site écolo Reporterre que le journal libéral L’Opinion », et juge « difficile de placer sur un axe gauche-droite ce porte-parole des inquiets du climat et des ingénieurs en mal de reconnaissance »[7].

Jean-Marc Jancovici rejette le clivage gauche-droite et privilégie celui « entre ceux qui ont compris qu’il y a un monde fini et ceux qui continuent de croire que la croissance infinie est possible », selon le résumé du Monde[7]. Il indique avoir voté pour François Mitterrand lors de l'élection présidentielle de 1981, pour Jacques Chirac lors de celle de 2002, pour Nicolas Sarkozy lors de celle de 2007 et pour la liste conduite par Jean-Paul Huchon (PS) pour les élections régionales de 2004 en Île-de-France[1]. Il déclare à ce propos : « Un vote, ce n'est pas une déclaration d'amour. Quand je vote, j'élimine[1]. » Il aide par ailleurs Julien Aubert à concevoir le programme énergie climat de son mouvement Oser la France, situé à la droite des Républicains[Quand ?][7]. Sondé pour entrer au gouvernement Élisabeth Borne, il refuse[32].

Critiques[modifier | modifier le code]

Critiques générales[modifier | modifier le code]

Hervé Kempf en 2009.

Jean-Marc Jancovici est critiqué pour ses propos parfois jugés péremptoires, un défaut qu'il assume : « C'est la conséquence du manque de temps. Le sujet est si vaste »[1]. Selon Le Monde, il « ne s’embarrasse pas de nuances sur certains sujets qu’il ne maîtrise pas »[7]. Certains représentants des sciences sociales lui reprochent également son déterminisme ramenant tous les sujets à la variable énergétique, qu'il s'agisse de la stagnation économique, du Printemps arabe ou du développement du divorce, tandis que ses défenseurs vantent sa mise en avant de cette variable face à un développement économique qui négligerait les contraintes physiques[6]. Jean-Marc Jancovici est notamment critiqué par Hervé Kempf[Note 2] dans une enquête datant de mai 2021, où il estime que Jancovici « multiplie erreurs et argumentations discutables sur l’énergie et le nucléaire », suscitant un « vif agacement […] chez les spécialistes de l’énergie ou les économistes »[17].

S'il voit en lui « un excellent vulgarisateur, notamment en sciences de l’ingénieur », François Levêque, professeur à l’École des mines, estime qu'« il pèche […] souvent par une vision caricaturale et ancienne de la science économique »[15].

L'Obs considère en 2021 que « ses écrits transpirent d'une méfiance pour le libéralisme des trente dernières années et de la nostalgie d'un État planificateur, des grands récits collectifs et des politiques capables de les porter »[6]. Le Monde le présente en 2022 comme « un fervent partisan d’une planification teintée d’une forme de nostalgie de la manière dont l’État pouvait diriger l’économie dans les années 1960 »[7]. Concernant les propos politiques développés par Jean-Marc Jancovici, Hervé Kempf affirme qu'il s'agit d'« une vision du monde imprégnée d’un mépris pour les gens et de l’aspiration à un gouvernement fort des experts [qui] repose sur une théorie si lacunaire de la démocratie qu’elle est mensongère », liée à « des conceptions politiques et sociales platement réactionnaires ». L'évocation par Jean-Marc Jancovici du général de Gaulle viendrait, selon Hervé Kempf, « réactiver implicitement la nostalgie des Trente Glorieuses » et le « rêve d’un régime décroissant et nucléaire qui serait structuré par un ordre autoritaire, un capitalisme familial qui penserait le temps long, une élite de polytechniciens supposée rationnelle et désintéressée »[30].

Le sociologue Jean-Baptiste Comby[33], critique du capitalisme, critique le principe du bilan carbone, estimant que cela « vient alimenter les cadrages qui, en imputant la responsabilité du problème aux individus, consolident la légitimité des mesures visant à verdir l’offre et la demande en influençant le comportement des acteurs économiques »[21]. L'économiste Christian Gollier relève qu'il « ne fait jamais mention du prix du carbone comme solution qui permet d’éviter de se tirer une balle dans le pied aujourd’hui »[15].

Le 22 juin 2021, une tribune intitulée « Jean-Marc Jancovici… une imposture écologique ? », cosignée par une quarantaine d'associations écologistes, est publiée sur plusieurs sites (dont Regards et Reporterre)[34]. Elle attribue à Jean-Marc Jancovici « un discours social inégalitaire, la défense du système économique et politique en place, l’appel à une gouvernance autoritaire, conduite par des élites sous influence d’“experts”, un discours patriarcal, la connivence avec les multinationales, la négation des plus importantes catastrophes industrielles, la promotion du nucléaire dont la crise climatique renforce les dangers »[35].

D'après Le Monde, « il est perçu comme un macho à l’ancienne par une partie des écolos. Comme quand il souligne que son bilan carbone familial est bas parce que son épouse est à la maison – « ce qui supprime la nécessité d’une deuxième voiture ». Ou qu’il assure que « la politique, c’est un parcours de brutes et ça ne correspond pas à l’essentiel de la psychologie féminine » »[7].

Nucléaire et énergies renouvelables[modifier | modifier le code]

Jean-Marc Jancovici, qui se présente comme un « décroissant pronucléaire », est critiqué par des militants antinucléaires qui l'accusent de « greenwashing » et lui reprochent de promouvoir une reprise en main autoritaire de la société sous le couvert d'une lutte contre le changement climatique[36],[35].

Des divergences de point de vue naissent entre lui et Nicolas Hulot alors que celui-ci propose de fermer 17 réacteurs nucléaires lors de sa nomination comme ministre d'État[37].

Selon Hervé Kempf[Note 2] de Reporterre, « Jancovici néglige des aspects cruciaux, comme les déchets radioactifs […] mais aussi les conséquences des accidents nucléaires ». Hervé Kempf estime également qu'il sous-évalue le coût de l'électricité nucléaire et oublie « un paramètre économique crucial : le nucléaire n’est pas assuré pour le coût des accidents qu’il peut provoquer, ce coût potentiel étant supporté par l’État depuis la Convention de Paris en 1960 »[17].

Yves Marignac, responsable du cabinet antinucléaire Wise-Paris, le juge « caricatural » sur le nucléaire : « Il méconnaît profondément la question des déchets, la sûreté, le coût des EPR… Et il assène l'idée que la nécessité du nucléaire est une vérité scientifique, comme si ce n'était pas un choix politique et même de société »[6].

Éric Vidalenc, responsable du pôle Transition énergétique de l'ADEME Hauts de France, affirme de son côté que le propos critique de Jean-Marc Jancovici sur les énergies renouvelables n'a pas évolué en dix ans alors que « les coûts de ces énergies ont énormément baissé et [que] plusieurs pays européens ont plus de 30 % de renouvelables dans leur mix énergétique »[6]. Selon Perrine Mouterde et Stéphane Mandard du journal Le Monde, Jancovici est la « caution scientifique du mouvement antiéolien » car il prend parole dans le film Eoliennes. Du rêve aux réalités[38].

Delfina Muñoz, chercheuse spécialisée sur les technologies solaires au Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives, réagit aux positions de Jean-Marc Jancovici en affirmant que certaines énergies renouvelables peuvent atteindre « un niveau de production correct et un impact environnemental fortement réduit », et estime que la solution est dans une combinaison de technologies, comprenant non seulement le solaire, l’éolien, l’hydroélectricité et le bois, mais aussi la géothermie et l'énergie houlomotrice[26].

Filmographie[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Préfaces[modifier | modifier le code]

  • Patrice Drevet (préf. Jean-Marc Jancovici), La planète se réchauffe ! : comprendre pour mieux lutter, Éditions du Chêne, (ISBN 9782842777692).
  • Jean-François Mouhot (préf. Jean-Marc Jancovici), Des esclaves énergétiques : réflexions sur le changement climatique, Champ Vallon éditions, (ISBN 9782876735545).
  • Bertrand Barré (préf. Jean-Marc Jancovici), Pourquoi le nucléaire, De Boeck, (ISBN 9782807306561).
  • The Shift Project, Le plan de transformation de l'économie française, éditions Odile Jacob, 2022[39]

Bande dessinée[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. AX De la promotion X 1981, voir « Fiche de Jean-Marc Jancovici », sur polytechniciens.com, Paris, Association des anciens élèves et diplômés de l'École polytechnique (consulté le ).
  2. a b c d e et f Hervé Kempf est le fondateur de Reporterre, et un journaliste, militant écologiste et anti-nucléaire, engagé dans la lutte contre le réchauffement climatique, qui s’oppose à Jean-Marc Jancovici sur la manière de résoudre cette crise[19].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g h i j k l m et n Laure Noualhat, « Il chauffe sur le climat », sur liberation.fr, (consulté le ).
  2. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y et z Hervé Kempf, « On ne parle pas assez du génie de Jean-Marc Jancovici », sur Reporterre, (consulté le ).
  3. a b c d e f g h i j et k Stéphane Foucart, « Jean-Marc Jancovici, pessimiste mais pas désespéré », sur lemonde.fr, (consulté le ).
  4. a b c et d Hugo Soutra, « Jean-Marc Jancovici : « Les villes n’atteindront pas seules la neutralité carbone » », sur Le Courrier des maires.fr, (consulté le ).
  5. a b c et d Jérôme Lefilliâtre, « Jean-Marc Jancovici et Carbone 4, du vert inclassable pour le CAC 40 », sur liberation.fr, (consulté le ).
  6. a b c d e f g h i j k l m et n Sébastien Billard, Rémi Noyon et Arnaud Gonzague, « Jean-Marc Jancovici, l’écolo qui atomise tout le monde », sur nouvelobs.com, (consulté le ). Interview reproduite sur le site jancovici.com.
  7. a b c d e f g h i j k l m n o p q et r Nabil Wakim, « Jean-Marc Jancovici, un décroissant pronucléaire en campagne », sur lemonde.fr, (consulté le ).
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  22. « Jean-Marc Jancovici : "La voiture électrique n'est qu'un rêve high-tech parmi d'autres" », sur sudouest.fr, (consulté le )
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  29. Cédric Stanghellini, « Existe-t-il un âge limite pour recevoir un don d'organe ? », sur LCI, (consulté le ).
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  33. M. Jean-Baptiste COMBY, Maître de conférences en Sciences de l'information et de la communication, Université Paris II.
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  36. Dominique Méda, Pour en finir avec ce vieux monde : Les chemins de la transition, Les Éditions Utopia, , 280 p. (ISBN 978-2-919160-78-5, lire en ligne).
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  38. « Derrière l’opposition aux éoliennes, une galaxie influente et pronucléaire », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  39. « Le Shift publie le livre du Plan de transformation de l'économie française ! », sur The Shift Project, (consulté le )

Articles sur l’œuvre de Jean-Marc Jancovici[modifier | modifier le code]

  • François-Marie Bréon, « Revue du livre de Jancovici : Dormez tranquille jusqu'en 2100 et autres malentendus », La météorologie, 94,‎ (meteo_2016_94_52.pdf).
  • Charles Jaigu, « Il n'y a de richesse que d'énergie », Le Figaro du 12/11,‎ .
  • Astrid de Larminat, « Le monde sans fin : amortir le choc énergétique », Le Figaro du 20/10,‎ (lire en ligne).
  • Audrey Parmentier, « Le nucléaire meilleur allié du climat ? Pourquoi l'Europe est divisée », L'express du 11/10,‎ (lire en ligne).

Interviews de Jean-Marc Jancovici[modifier | modifier le code]

  1. Irène Inchauspé, « Face au réchauffement climatique, la France ne doit pas avoir le nucléaire honteux », L'Opinion, (consulté le ).

Publications de Jean-Marc Jancovici[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bases de données et notices[modifier | modifier le code]

Conférences en ligne[modifier | modifier le code]