Sobriété numérique

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La sobriété numérique est une démarche qui vise à réduire l'impact environnemental du numérique en limitant ses usages. L'expression « sobriété numérique » a été forgée en 2008 par l'association GreenIT.fr pour désigner « la démarche qui consiste à concevoir des services numériques plus sobres et à modérer ses usages numériques quotidiens ».

Le numérique est responsable, selon un rapport de l'association française The Shift Project, de 3,7 % des émissions de CO2 mondiales en 2018[1] et, selon un rapport de GreenIT.fr, de 3,8 % des émissions de gaz à effet de serre mondiales[2],[3]. Il contribue de plus à l'épuisement du stock de ressources abiotiques (minerais).

La « surconsommation numérique », selon The Shift Project, n'est ainsi ni soutenable, ni indispensable à la croissance économique, dont elle est décorrélée, ni compatible avec les engagements internationaux pris par la France et l’Union européenne, en particulier l'accord de Paris sur le climat (2015)[4]. L'association préconise donc de limiter les usages du numérique pour en réduire l'empreinte écologique.

Bien que l'on n'employât pas à l'époque l'expression « sobriété numérique », pour la préparation du passage informatique à l'an 2000 — dans les années 1995 à 1999 — la communauté informatique mondiale a déjà été amenée à concentrer ses efforts sur les systèmes critiques pour assurer la survie des organisations[réf. souhaitée].

Historique[modifier | modifier le code]

  • 2004 : lancement de GreenIT.fr[5],[6],[7].
  • 2008 : Frédéric Bordage crée l'association GreenIT.fr[8] et forge l'expression « sobriété numérique »[9].
  • 2009 : le concept est décliné au Royaume-Uni en sobriété des centres de données (data centers en anglais)[10].
  • 2015 : le philosophe Fabrice Flipo exprime cette préoccupation dans un livre[11].
  • 2017 : le magazine Socialter publie un « manifeste pour une sobriété numérique »[12].
  • 2018,  : L'association française The Shift Project, présidée par Jean-Marc Jancovici reprend cette notion dans son rapport Lean ICT : Pour une sobriété numérique[13].
  • 2019,  : l'association française The Shift Project publie un rapport sur la sobriété numérique centré sur le streaming vidéo, intitulé Climat : l'insoutenable usage de la vidéo en ligne[14].
  • 2019 : Frédéric Bordage estime également que la sobriété numérique est nécessaire afin de réduire l'empreinte écologique. Il prône notamment le recours à la « low-tech » ainsi que d'éviter de regarder des vidéos en streaming[15].
  • 2019 : GreenIT.fr publie le rapport Empreinte environnementale du numérique mondial[16].
  • 2020,  : The Shift Project publie un rapport intermédiaire Déployer la sobriété numérique[17].
  • 2020,  : George Kamiya, expert de l'International Energy Agency, conteste les chiffres de The Shift Projet sur l'impact environnemental du streaming vidéo[18].
  • 2020,  : The Shift Project reconnaît ses erreurs dans le calcul de l'impact du streaming vidéo, sans conséquence sur les résultats publiés dans ses rapports[19].
  • 2020,  : The Shift Project publie son troisième rapport, intitulé Déployer la sobriété numérique[20].

Rapport de 2018 du Shift Project[modifier | modifier le code]

En 2018, un rapport produit par The Shift Project, laboratoire d'idées français présidé par Jean-Marc Jancovici, donne une dimension presque institutionnelle à ce principe[13], qui formule plusieurs préconisations pour les grandes organisations[21] :

  • développer une pédagogie de la prise de conscience de l’impact environnemental du numérique ;
  • adopter le concept de sobriété numérique comme principe d’action de la transformation numérique, notamment en matière d’usage de la vidéo, de contrôle des copies numériques, de renouvellement des équipements d’infrastructure et des terminaux, mais également de prise en compte du bilan carbone des projets numériques parmi les critères d’arbitrage ;
  • intégrer des critères énergétiques et environnementaux dans les appels d’offres des grands donneurs d’ordre.

Les experts de l'association affirment que l'impact environnemental de la transition numérique devient gérable si elle est plus sobre.

Réduction de l'empreinte environnementale du numérique[modifier | modifier le code]

Le rapport Empreinte environnementale du numérique mondial, publié par GreenIT.fr en , préconise quatre principales mesures de réduction de l'empreinte environnementale du numérique[22] :

  • réduire le nombre d’objets connectés, en favorisant leur mutualisation et leur substitution, par l'ouverture de leurs APIs ;
  • réduire le nombre d’écrans, en les remplaçant par d’autres dispositifs d’affichage : lunettes de réalité augmentée / virtuelle, vidéo projecteurs LED, etc. ;
  • augmenter la durée de vie des équipements, en allongeant la durée de garantie légale, en favorisant le réemploi et en luttant contre certaines formules d’abonnement ;
  • réduire les besoins des services numériques et promouvoir leur écoconception.

L'entreprise de conseil Livosphere préconise en la stratégie suivante centrée sur deux axes :[23] :

  • mesurer :
    • mesurer son impact grâce à des outils de mesure intégrés et accessibles aux salariés,
    • se fixer des objectifs, qui s'appliquent en particulier aux achats et aux fournisseurs ;
  • réduire son impact numérique :
    • prolonger la durée de vie du matériel,
    • augmenter l'efficacité des serveurs de données (leur indicateur d'efficacité énergétique), adopter la norme européenne ETSI TS 105 174-2[réf. à confirmer] sur le data centre energy management (DCEM) qui en corrige les défauts, intégrer la production électrique renouvelable et la production d'énergie réutilisées, dont la chaleur par cogénération,
    • réduire le stockage par des techniques de suppression, déduplication ou compression automatisée de fichiers et données.

Concernant l'intelligence artificielle, l'apprentissage par transfert évite d'entraîner à de nombreuses reprises des modèles de réseaux neuronaux ayant de larges jeux de données communs très consommateurs en énergie. L'entraînement d'un réseau neuronal générique si possible open source, affiné par de petits entraînements spécifiques, permet de réduire fortement la consommation énergétique et donc les émissions de CO2, en mutualisant une partie des apprentissages[24]. Le numérique est aussi un levier environnemental permettant de réduire les émissions de gaz à effet de serre en réduisant le nombre de déplacements inutiles (tournées pour remplir des distributeurs automatiques, vider des bornes de vêtements ou des conteneurs grâce à des capteurs connectés, maintenance à distance...). Il permet de réduire les gaspillages énergétiques en adaptant l'utilisation de l'éclairage et du chauffage selon la présence de personnes. Une vision globale de l'impact du numérique requiert donc d'évaluer l'ensemble de ses impacts positifs et négatifs.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. The Shift Project 2018, p. 59.
  2. Bordage et GreenIT.fr 2019, p. 9.
  3. Le CO2 n'est en effet que l'un des gaz à effet de serre.
  4. The Shift Project 2018, p. 59.
  5. « Depuis notre lancement en 2004, nous avons touché plus de 2 millions de personnes différentes. Preuve que le sujet intéresse le plus grand nombre. » lire en ligne sur Greenit.fr
  6. Frédéric Bordage (fondateur et animateur de GreenIT.fr) : « En 2004, j’ai créé ce blog pour partager mon expertise et permettre à la communauté, alors naissante, de se regrouper », voir « Équipe », sur GreenIT.fr
  7. Frédéric Bordage : Expert Green IT et numérique responsable, « j'ai créé la communauté GreenIT.fr » en 2004. lire en ligne sur GreenIT.fr
  8. Frédéric Bordage, Vers une généralisation de la taxe carbone
  9. Frédéric Bordage, « La société s’empare de la sobriété numérique », GreenIT.fr, 2018.
  10. Thierry Roch, Au Royaume-Uni, une loi invite à la sobriété des datacenters
  11. Flipo F., Energie et développement durable : l’enjeu de l’équité et de la sobriété, in Ecole d’été CNRS : Développement durable et transdisciplinarité : penser la transition énergétique, Clermont-Ferrand, 24/25 août 2015.
  12. « Manifeste pour une sobriété numérique. », sur www.socialter.fr (consulté le ).
  13. a et b The Shift Project 2018.
  14. Maxime Efoui-Hess, Climat : l'insoutenable usage de la vidéo en ligne : Un cas pratique pour la sobriété numérique, The Shift Project, , 36 p. (présentation en ligne, lire en ligne [PDF]).
  15. « « Sobriété numérique », pour un emploi massif de la « low-tech » », La Croix,‎ (ISSN 0242-6056, lire en ligne, consulté le ).
  16. Bordage et GreenIT.fr 2019.
  17. Hugues Ferreboeuf (dir.), Déployer la sobriété numérique (rapport intermédiaire (v1)), The Shift Project, , 68 p. (présentation en ligne, lire en ligne [PDF]).
  18. George Kamiya, IEA, The carbon footprint of streaming video: fact-checking the headlines
  19. « Le Shift Project a-t-il vraiment surestimé l’empreinte carbone de la vidéo ? », sur The Shift Project, (consulté le ).
  20. The Shift Project 2020.
  21. « Sobriété numérique : vers une prise de conscience collective ? », CIGREF, lire en ligne.
  22. Bordage et GreenIT.fr 2019, p. 29.
  23. « Stratégie RSE : Sobriété numérique, Numérique, levier environnemental / Digital sustainability Vs Digital for Sustainability », sur Livosphere - Conseil Innovation : IA IoT, RSE Economie circulaire, (consulté le ).
  24. « Numérique, levier pour l'environnement, la RSE, l'économie circulaire et Sobriété Numérique (5G, IA...) », sur Livosphere, (consulté le ).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]