Système d'échange local

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Un système d'échange local (ou Sel) est un système d'échange de produits ou de services au sein d'un groupe fermé, généralement constitué en association. Ses membres échangent des biens et services selon une unité propre à chaque groupe. L’objectif est d'accéder aux biens et services de façon égalitaire et ainsi de tisser des liens, ce que ne permet pas l'échange marchand classique, médiatisé de façon abstraite par l'argent.

Le Sel permet à tout individu d'échanger des compétences, des savoirs, des savoir-faire et des biens avec les autres membres du groupe. Chaque Sel est un groupe de personnes vivant dans un même secteur géographique. Pour comptabiliser les échanges, le Sel crée sa propre unité d'échange, le plus souvent basée sur le temps (1 heure = 60 unités), 1 service rendu pour 1 heure donnée (1 heure = 1 service). L'acronyme Sel a été choisi pour son homonymie avec le sel, aliment, monnaie d'échange ancienne, à l'origine du mot « salaire ».

L’association est locale : les membres se rencontrent, se connaissent et développent convivialité et confiance, qui sont les valeurs fondamentales des Sel. Il en existe plus de 1000 en France, généralement classés dans l'économie sociale et solidaire.

Intérêt[modifier | modifier le code]

Les promoteurs d'un Sel cherchent à répondre à des besoins qui ne sont pas satisfaits pour certaines personnes, à créer de la solidarité et du lien social entre les membres du groupe. Quand l'échange est un échange de temps, la valeur est simplifiée à l'extrême : une heure d'échange vaut une heure, quelle que soit la difficulté ou la pénibilité de la tâche. Les échanges de biens, quant à eux, se font de gré à gré.

La monnaie des Sel est limitée à sa fonction d'échange et d'unité de mesure, elle ne remplit pas la fonction d'épargne (et ses corollaires : taux d'intérêt, spéculation, etc.). L'intérêt d'un Sel est de développer une économie solidaire et locale. Chaque membre peut profiter de biens et des services en échange de son temps, en offrant à son tour biens et services. Faire partie d'un Sel permet ainsi de sortir de l'isolement[1], de bénéficier d'un réseau d'entraide et de prendre conscience de ce que l'on a à offrir à d'autres personnes. Contrairement au troc, on n'est pas tenu de rendre à celui dont on reçoit : cette disposition élargit les possibilités d'échanges.

Organisation[modifier | modifier le code]

schéma simplifié des échanges multilatéraux.

Forme juridique[modifier | modifier le code]

Un Sel est une structure associative, déclarée ou de fait.

Mode de transaction[modifier | modifier le code]

La comptabilité des unités peut être centralisée ou individuelle. Les débits et les crédits sont enregistrés sur les comptes des adhérents. Le fournisseur du produit ou du service voit son solde augmenter, le receveur voit son solde diminuer. Chaque Sel choisit sa propre unité d'échange. Si la valeur de l'unité ne change pas, le nom varie : le temps (temps-énergie-matière première-services), le grain de Sel, la cacahuète. L'unité peut être matérialisée par des jetons, elle peut prendre la forme d'un compte électronique, elle peut être scripturale à l'aide de feuilles de compte contresignées par les partenaires d'un échange, ou de carnets d'échanges.

Publicité des offres et demandes[modifier | modifier le code]

La majorité des Sel dispose d'un site Internet où les adhérents postent leurs propositions d'échanges. Certains Sel font des tours de table lors de réunions régulières, des panneaux d'affichage, des listes en papier.

Aspect légal[modifier | modifier le code]

En France, les transactions réalisées ne sont exonérées de TVA et d’impôts que dans la mesure où il s’agit d’une activité non répétitive et ponctuelle, type « coup de main » et n’entrant pas dans le cadre d'une profession. Mais si on se livre à une activité répétitive ou entrant dans le cadre de son métier, on se doit de le déclarer aux organismes concernés.

Des poursuites judiciaires ont été intentées à certains Sel par des artisans locaux qui les accusaient de concurrence déloyale. Toutefois, cette accusation est invalidée si la réciprocité des échanges est effective[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

En 1930 le maire de Wörgl en Autriche décidait d'émettre des bons de travail convertibles en schillings, afin de lutter contre l'endettement et le chômage. L'expérience fut interdite en 1933 par les autorités régionales et la banque centrale autrichienne[2]. De même en 1954 à Lignières-en-Berry, en France, furent instaurés des bons d'échange pour tenter de revitaliser l'activité locale[2].

Le premier Sel (LETS en anglais, pour Local Exchange Trading System) a été fondé au Canada, dans les années 1980. Michael Linton, Écossais, qui vivait sur l'île de Vancouver, voulait ainsi aider les habitants de cette région touchée par le chômage. Il a donc proposé de créer un système basé sur le troc, dans une grande communauté, à l'aide d'une monnaie locale, le green dollar[réf. souhaitée]. L'expérience fut positive, malgré les réticences de certains éléments clés de la région. Elle a duré cinq ans, avant de s'arrêter, à la suite de problèmes internes de bureaucratie trop lourde et manquant de transparence, ce qui a amené une perte de confiance des adhérents. Une vingtaine de systèmes semblables avaient cependant été lancés un peu partout en Amérique du Nord entre-temps.

En 1990 un entrepreneur privé, Franck Fouqueray[3], et son entreprise, Trader Franceystème a été à l'origine d'un système d'échange au Mans. Le système était baptisé Troc Temps et gérait les échanges de services entre les cinq cents adhérents grâce au minitel.

Le premier Sel français a vu le jour en 1994, en Ariège[4]. Après le Sel de l'Ariège, Toulouse[5] était l'une des premières grandes villes de France à voir naître un Sel en 1995. La même année un Sel est initié dans les Pyrénées-Orientales.

En Ariège toujours, est créée en mai 1995 la coordination des systèmes d’échanges locaux. Son but : donner des outils pour faciliter l’organisation, le développement et la création des systèmes d’échanges locaux. D‘une manière générale stimuler la création de groupes Sel.

En 1999, lors de la rencontre annuelle des Sel dans le Tarn, a été créée la Route des Stages, pour des échanges d'adhérent à adhérent de Sel différents.

La même année, est née la Route des Sel, pour des hébergements de type couchsurfing entre adhérents de France et d'autres pays, tels que la Suisse, l'Espagne, la Belgique.

En 2006, une autre approche des Sel a été expérimentée à Abbeville dans la Somme. Elle était basée sur la réinsertion[6]. Elle œuvrait à la réinsertion des publics marginalisés par la société (allocataires notamment). Le travail informel était considéré comme un outil de maintien et de développement des compétences, en vue d'une valorisation monétaire sur le marché du travail. Cette expérience avait l'aval du fisc qui permettait la défiscalisation des activités en partie rémunérées. Faute de soutien public et d'une relève capable - à la suite du départ du concepteur de ce Sel particulier -, l'expérience n'a pas été poursuivie.

En 2003, La coordination se constitue en une association dénommée Sel'idaire.

En 2014 a été fondé le Collectif des Sel, qui propose grâce à un wiki un accompagnement aux créateurs de Sel et la mutualisation de services tels que l'assurance, l'informatique. La même année un Annuaire des Sel collectif voit le jour.

On trouve également des Sel en Australie, au Japon ou en Amérique latine et dans d'autres pays d'Europe : Belgique, Suisse.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Jacques Prades et Bernadette Costa-Prades, L'économie solidaire : Prendre sa vie en main, Toulouse, Milan, coll. « Les essentiels »,‎ , 63 p. (ISBN 978-2745917201), p. 23
  2. a et b Claire Cousin, « Les frappés de la monnaie locale », Le Monde magazine, no 64,‎ (ISSN 0395-2037)
  3. Réponse à tout - Avril 1991 [1]
  4. Alternatives économiques, janvier 2006
  5. [2]
  6. PIC MAR SEL - un SEL un peu différent

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Hubaud, Marie ; « Une expérience associative dans un système d’échange local », Connexions, no 77 2002/1, p. 77 à 88. [lire en ligne] [PDF]
  • Laacher, Smaïn ; « Les systèmes d’échange local (Sel) : entre utopie politique et réalisme économique », Mouvements, no 19 2002/1, p. 81 à 87. [lire en ligne] [PDF]
  • Liatard, Bertrand et Lapon, Daniel ; « Un sel entre idéal démocratique et esprit du capitalisme. Essai d’analyse institutionnelle », Revue du MAUSS, no 26 2005/2, p. 317 à 338. [lire en ligne] [PDF]
  • Bayon, Denis ; Blanc, Jérôme ; Guérin, Isabelle ; Malandrin, Gilles et Valat, David ; sous la direction de Jean-Michel Servet, Une économie sans argent. Les systèmes d’échange local, Seuil, 1999.
  • Mandin, David.- les systèmes d'échanges locaux (Sel) : circulations affectives et économie monétaire.- PARIS : éditions L'Harmattan, 2009, 232 p. no 13519.
  • "Tentative d'analyse interne d'un Sel ", [lire en ligne]
  • Bayon, Denis, "Les Sel pour un vrai débat", Éditions Yves Michel, 1999

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Précurseurs