Système d'échange local

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Les échanges locaux se font à l'aide d'une unité. Généralement, une unité équivaut à une minute.

Un Système d'échange local (ou Sel) est un système d'échange de produits ou de services au sein d'un groupe fermé, généralement constitué en association. Ses membres échangent des biens et services selon une unité propre à chaque groupe. L’objectif est d'accéder à des échanges égalitaires et de tisser des liens.

Les Sel sont des associations locales. L'acronyme « Sel » a été choisi pour son homonymie avec le sel, aliment, monnaie d'échange ancienne, à l'origine du mot « salaire ».

Il existe plus de 1000 Sel en France, généralement classés dans l'économie sociale et solidaire.

Intérêt[modifier | modifier le code]

Les promoteurs d'un Sel cherchent à créer de la solidarité et du lien social entre les membres du groupe. Une égalité entre les personnes se recrée[1].

La monnaie des Sel est limitée à l'échange, elle ne permet pas l'épargne (et ses corollaires : taux d'intérêt, spéculation, etc.). L'intérêt d'un Sel est de développer une économie solidaire et locale. Chaque membre profite de biens et des services en échange de son temps, en offrant à son tour biens et services. Faire partie d'un Sel permet ainsi de sortir de l'isolement[2], de bénéficier d'un réseau d'entraide et de prendre conscience de ce que l'on a à offrir à d'autres personnes. Contrairement au troc, le « Séliste » n'est pas tenu de rendre à celui dont il reçoit ; cette disposition élargit les possibilités d'échanges.

Organisation[modifier | modifier le code]

Forme juridique[modifier | modifier le code]

Un Sel est une association, déclarée ou de fait. N'importe quel groupe de personnes peut créer un Sel. Il existe des associations qui fédèrent les Sel, telles que le Collectif des Sel ou l'association Sélidaire. Cette dernière se déclare statutairement représentative des Sel adhérents. Mais il n'y a pas d'obligation pour un Sel à adhérer à une association.

Les transactions[modifier | modifier le code]

La comptabilité des unités est centralisée ou individuelle. Les débits et les crédits sont enregistrés sur les comptes des adhérents. Le fournisseur du produit ou du service voit son solde augmenter, le receveur voit son solde diminuer. Chaque Sel choisit sa propre unité d'échange.

Valeur de l'unité[3][modifier | modifier le code]

L'unité d'échange est déterminée de gré à gré, comme dans le Sel de Paris. Dans le Sel de Caen[4], elle est une monnaie temps ː une heure = une heure, quel que soit le service rendu. C'est la tendance qui prévaut actuellement. Le Sel de Saint-Quentin-en-Yvelines utilise une monnaie fondante.

Forme de l'unité[modifier | modifier le code]

L'unité de compte existe sous plusieurs formes ː elle est matérialisée par des jetons, des bons ; elle utilise un compte électronique ; elle est scripturale à l'aide de feuilles de compte contresignées par les partenaires d'un échange, ou de carnets d'échanges. Chaque Sel choisit le nom de son unité.

Publicité des offres et demandes[modifier | modifier le code]

La majorité des Sel dispose d'un site Internet où les adhérents postent leurs propositions d'échanges. Certains Sel font des tours de table lors de réunions régulières, des panneaux d'affichage, des listes en papier.

Aspect légal[modifier | modifier le code]

En France, les transactions réalisées ne sont exonérées de TVA et d’impôts que dans la mesure où il s’agit d’une activité non répétitive et ponctuelle, type « coup de main » et n’entrant pas dans le cadre d'une profession. Mais si on se livre à une activité répétitive ou entrant dans le cadre de son métier, on se doit de le déclarer aux organismes concernés.

Histoire[modifier | modifier le code]

En 1930 le maire de Wörgl en Autriche décidait d'émettre des bons de travail convertibles en schillings, afin de lutter contre l'endettement et le chômage. L'expérience fut interdite en 1933 par les autorités régionales et la banque centrale autrichienne[5]. De même en 1954 à Lignières-en-Berry, en France, furent instaurés des bons d'échange pour tenter de revitaliser l'activité locale[5].

Le premier Sel (LETS en anglais, pour Local Exchange Trading System) a été fondé au Canada, dans les années 1980. Michael Linton, un Écossais vivant sur l'île de Vancouver, voulait aider les habitants de cette région touchée par le chômage. Il a proposé de créer un système basé sur le troc, dans une grande communauté, à l'aide d'une monnaie locale, le green dollar[réf. souhaitée]. L'expérience fut positive, malgré les réticences de certains éléments clés de la région. Elle a duré cinq ans, avant de s'arrêter, à la suite de problèmes internes, ce qui a amené une perte de confiance des adhérents. Une vingtaine de systèmes semblables avaient cependant été lancés un peu partout en Amérique du Nord entre-temps.

En 1990 un entrepreneur privé, Franck Fouqueray et son entreprise Trader France[6] a été à l'origine d'un système d'échange au Mans. Le système était baptisé Troc Temps et gérait les échanges de services entre les cinq cents adhérents grâce au Minitel.

Le premier Sel français a vu le jour en 1994, en Ariège[7].

En 2006, une autre approche des Sel a été expérimentée à Abbeville dans la Somme. Elle était basée sur la réinsertion[8]. Elle visait des publics marginalisés par la société. Le travail informel était considéré comme un outil de maintien et de développement des compétences, en vue d'une valorisation monétaire sur le marché du travail. Cette expérience avait l'aval du fisc qui permettait la défiscalisation des activités en partie rémunérées. Faute de soutien public et d'une relève capable - à la suite du départ du concepteur de ce Sel particulier -, l'expérience n'a pas été poursuivie.

On trouve également des Sel en Australie, au Japon ou en Amérique latine et dans d'autres pays d'Europe : Belgique, Suisse.

Associations complémentaires aux Sel[modifier | modifier le code]

En mai 1995 est fondée en Ariège la coordination des Systèmes d’échanges locaux. Son but : donner des outils d’organisation, de développement et de création des Systèmes d’échanges locaux.

En 1999, lors de la rencontre annuelle des Sel dans le Tarn, est créée la Route des Stages, pour des échanges d'adhérent à adhérent de Sel différents.

En 2003 la coordination se constitue en une association dénommée Sélidaire. La même année est née la Route des Sel, pour des hébergements de type couchsurfing entre adhérents de France et d'autres pays, tels que la Suisse, l'Espagne, la Belgique.

En 2014 se crée le Collectif des Sel, qui offre la mutualisation de services tels que l'assurance, le numérique, l'hébergement de sites, ainsi qu'un accompagnement aux créateurs de Sel, de manière collaborative grâce à un wiki.

En 2015 un Annuaire des Sel collectif et gratuit voit le jour.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Laacher 2002
  2. Jacques Prades et Bernadette Costa-Prades, L'économie solidaire : Prendre sa vie en main, Toulouse, Milan, coll. « Les essentiels », , 63 p. (ISBN 978-2745917201), p. 23
  3. Laacher 2002
  4. « Monnaie temporelle dans les Sel », sur passerelles.eco.free.fr (consulté le 13 août 2016)
  5. a et b Claire Cousin, « Les frappés de la monnaie locale », Le Monde magazine, no 64,‎ (ISSN 0395-2037)
  6. « Les centrales du troc », sur franckfouqueray.biz (consulté le 13 août 2016)
  7. « Système d’échange local (Sel) », sur alternatives-economiques.fr,‎ (consulté le 13 août 2016)
  8. « Les Systèmes d’échanges locaux (Sel) », sur social-et-solidaire.fr (consulté le 13 août 2016)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Documentation[modifier | modifier le code]

  • Les Sel pour un vrai débat, Yves Michel, (ISBN 2913492029)
  • Jean-Michel Servet (dir.), Denis Bayon, Jérôme Blanc, Isabelle Guérin, Gilles Mandrin et David Valat, Une économie sans argent. Les Systèmes d’échange local, Paris, Seuil, (ISBN 2020354993)
  • Marie Hubaud, « Une expérience associative dans un Système d’échange local », Connexions, no 77,‎ , p. 77-88 (DOI 10.3917/cnx.077.0077)
  • Smaïn Laacher, « Les Sel ː entre utopie politique et réalisme économique », Mouvements, no 19,‎ , p. 81-87 (lire en ligne)
  • Daniel Lapon et Bertrand Liatard, « Un Sel entre idéal démocratique et esprit du capitalisme : Essai d’analyse institutionnelle », La Revue du Mauss, no 26,‎ , p. 317—338 (DOI 10.3917/rdm.026.0317., lire en ligne)
  • Lieux communs, « Tentative d'analyse interne d'un Sel », sur collectiflieuxcommuns.fr (consulté le 13 août 2016)
  • David Mandin, Les Sel ː circulations affectives et économie monétaire, Paris, L'Harmattan, coll. « Logiques Sociales », (ISBN 2296099130)


Articles connexes[modifier | modifier le code]

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