Limites planétaires

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Le concept de limites planétaires désigne les limites à ne pas dépasser si l'humanité veut pouvoir se développer dans un écosystème sûr, c’est-à-dire évitant les modifications brutales et difficilement prévisibles de l'environnement planétaire.

Une équipe internationale de 26 chercheurs a exposé ce concept en 2009, identifiant neuf limites planétaires et considérant que les seuils étaient dépassés pour trois des sept limites pour lesquelles ils proposaient des valeurs limites. Une actualisation publiée en 2015 ajoute une dixième limite et relève un quatrième dépassement de limite.

Définition initiale de 2009[modifier | modifier le code]

Limites planétaires selon le rapport de Rockström & al. publié dans Nature en 2009[1] Les zones en rouge représentent l'état actuel estimé et le cercle vert définit les limites estimées.

En 2009, une équipe internationale de 26 chercheurs, menés par Johan Rockström (en) du Stockholm Resilience Centre (en) et Will Steffen de l'Université nationale australienne, publiait un article dans Nature[1] dans lequel elle identifiait neuf limites planétaires (Planetary Boundaries) à ne pas dépasser si l’humanité veut pouvoir se développer dans un écosystème sûr, c’est-à-dire évitant les modifications brutales, non-linéaires, potentiellement catastrophiques et difficilement prévisibles de l’environnement. Parmi ces chercheurs, on peut noter entre autres le climatologue James E. Hansen (directeur du Goddard Institute for Space Studies de la NASA, pionnier des recherches sur le changement climatique), Paul Crutzen (prix Nobel de chimie 1995), le climatologue allemand Hans Joachim Schellnhuber (fondateur du Potsdam-Institut für Klimafolgenforschung et conseiller du gouvernement allemand et de la Commission européenne sur le réchauffement climatique) et le géographe belge Eric Lambin.

Les auteurs considéraient alors que les seuils étaient dépassés pour trois des sept limites pour lesquelles ils proposent des valeurs limites, en termes de volume émis ou extrait de l’environnement :

  1. changement climatique : concentration atmosphérique en CO2 < 350 ppm et/ou une variation maximale de +1 W/m2 du forçage radiatif.
  2. érosion de la biodiversité : taux d’extinction « normal » des espèces < 10 espèces par an sur un million. Or, le taux actuel d’extinction planétaire serait 10 à 100 fois supérieur. Ces disparitions ont des impacts majeurs sur les écosystèmes et sur les fonctions qui ne sont plus remplies par les espèces disparues.
  3. perturbation des cycles biochimiques de l'azote et du phosphore : limite à la fixation industrielle et agricole de N2 à 35 Tg N/an et apport annuel de phosphore aux océans < 10 fois le lessivage naturel du phosphore. La modification des cycles de l’azote et du phosphore contenu dans les sols résulte notamment de l’agriculture et de l’élevage intensifs. L’usage d’engrais et les déjections issues de l’élevage contribuent à perturber ces cycles indispensables au bon état des sols et des eaux. La limite était déjà atteinte pour l’azote en 2009.

Quatre limites planétaires n’avaient pas encore été franchies :

  1. modifications des usages des sols : maximum de 15 % de la surface de terres libres de glaces convertie en terres agricoles.
  2. utilisation d’eau douce : < 4 000 km3/an de consommation des ressources en eaux de ruissellement,
  3. diminution de la couche d’ozone stratosphérique : réduction < 5 % dans la concentration en ozone par rapport au niveau pré-industriel de 290 unités Dobson,
  4. acidification des océans : taux moyen de saturation de l'eau de mer de surface en aragonite ≥ 80 % du niveau pré-industriel.

Deux limites ne pouvaient pas encore être quantifiées, par manque de données :

  1. pollution chimique (composés radioactifs, métaux lourds, composés organiques synthétiques),
  2. concentration des aérosols atmosphériques.

Les auteurs insistaient sur les interactions entre ces limites (synergies possibles). Le concept de « limites planétaires » permet de définir le « terrain de jeu planétaire » (planetary playing field) dans les limites duquel l'humanité pourrait vivre en sécurité (du point de vue de la durabilité des ressources naturelles et des services écosystémiques.

Prise en compte par les Nations Unies[modifier | modifier le code]

Le Secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon entérina le concept de limites planétaires le 16 mars 2012, tout en présentant les points clés du rapport de son « Groupe de haut niveau sur la durabilité mondiale » à une session plénière informelle de l'Assemblée Générale des Nations Unies[2],[3].
Il déclara : « La vision du Groupe de haut niveau est d'éradiquer la pauvreté et de réduire l'inégalité, de rendre la croissance inclusive et la production et la consommation plus durables, tout en combattant le changement climatique et en respectant une série d'autres limites planétaires »[4]. Le concept fut incorporé dans la version initiale des conclusions de la Conférence des Nations unies sur le développement durable à convoquer à Rio de Janeiro les 20–22 juin 2012, mais l'utilisation du concept fut ensuite retirée du texte de la conférence, en partie à cause de craintes de quelques pays pauvres que son adoption puisse mener à la mise à l'écart de la réduction de la pauvreté et du développement économique. C'est aussi, selon des observateurs, « parce que l'idée est tout simplement trop nouvelle pour être adoptée officiellement, et avait besoin d'être soumise à la contestation, murie et retravaillée pour tester sa robustesse avant d'avoir une chance d'être acceptée internationalement aux négociations des Nations Unies »[5].

Actualisation de 2015[modifier | modifier le code]

En janvier 2015, ces chercheurs ont publié dans Science une actualisation de leurs travaux, qui conclut que quatre limites planétaires sont aujourd’hui dépassées ou sur le point de l’être[6],[7] :

  1. changement climatique : la communauté scientifique internationale admet que, pour limiter l’ampleur du réchauffement climatique mondial à 2 °C d’ici 2100 (par rapport à 1990), la concentration atmosphérique en CO2 ne devrait pas dépasser une limite comprise entre 350 et 450 ppm (parties par million). Or, la concentration actuelle atteint depuis peu 400 ppm, et les 450 ppm pourraient être dépassés si la croissance actuelle des émissions de gaz à effet de serre se poursuit.
  2. érosion de la biodiversité : limite déjà dépassée en 2009.
  3. perturbation du cycle de l'azote : la limite était déjà atteinte en 2009.
  4. perturbation du cycle du phosphore : la limite est désormais aussi franchie pour le phosphore, avec cependant des variations importantes selon les régions.

L’analyse de la limite modifications des usages des sols a été recentrée sur les processus de régulation naturelle du climat, via les échanges d’énergie, d’eau et de CO2 entre les sols et l’atmosphère. Les chercheurs s’intéressent plus particulièrement au rôle des forêts dans cette régulation et constatent que, pour continuer à profiter de leurs bénéfices, il faudrait accroître leurs superficies, notamment celles des forêts tropicales et boréales.

Trois autres limites planétaires n’étaient pas encore franchies en 2015 :

  1. utilisation d'eau douce,
  2. diminution de la couche d’ozone stratosphérique,
  3. acidification des océans.

La dixième limite concerne la diffusion « d’entités nouvelles » dans l’environnement (molécules de synthèse, nanoparticules, …), qui peut avoir des conséquences biologiques et/ou géophysiques nocives. Plus de 100 000 substances entrant dans cette catégorie sont aujourd’hui commercialisées dans le monde,avec des impacts écotoxicologiques et environnementaux largement méconnu et probablement très complexes. Les chercheurs s’estiment donc incapables de fixer une limite planétaire pour ces substances, mais invitent à mieux les surveiller et par précaution limiter leur usage tant que possible.

Les auteurs insistent sur la dimension « systémique » des impacts causés par le dépassement des limites planétaires. Ils insistent en particulier sur les risques liés au changement climatique et à l’érosion de la biodiversité, deux limites fondamentales qui pourraient, si elles sont dépassées de manière substantielle et persistante, « entraîner le système terrestre vers un nouvel état » potentiellement destructeur pour la planète et ses habitants. Ils rappellent aussi que l’interaction des limites entre elles ne doit pas être sous-estimée, de même que l’inertie des systèmes naturels : par exemple, même si les émissions mondiales de gaz à effet de serre s’interrompaient demain, la concentration de ces gaz déjà émis dans l’atmosphère pourrait suffire à perturber durablement le climat.

Notes et références[modifier | modifier le code]

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Planetary boundaries » (voir la liste des auteurs).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]