Murray Bookchin

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Murray Bookchin
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Biographie
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Œuvres réputées
Post-Scarcity Anarchism (d), Our Synthetic Environment (d), The Ecology of Freedom: The Emergence and Dissolution of Hierarchy (d), Social Anarchism or Lifestyle Anarchism: An Unbridgeable Chasm (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

Murray Bookchin (14 janvier 1921 - 30 juillet 2006) est un militant et essayiste américain écologiste libertaire. Il est considéré aux États-Unis comme l'un des grands penseurs de la Nouvelle gauche.

Il est le fondateur de l'écologie sociale, école de pensée qui propose une nouvelle vision politique et philosophique du rapport entre l'etre humain et son environnement, ainsi qu'une nouvelle organisation sociale par la mise en œuvre du municipalisme libertaire[1].

Durant les dernières années de sa vie, et à la demande de ce dernier, il entretient une intense correspondance avec Abdullah Öcalan, dirigeant du Parti des travailleurs du Kurdistan détenu en Turquie. Cette influence majeure va provoquer un changement de ligne du PKK qui adopte, à partir de 2005, le confédéralisme démocratique[2], un programme qui rejette le nationalisme et la prise de pouvoir en tant qu'objectif du parti[2]. Ses grandes lignes sont définies par un projet de démocratie assembléiste proche du municipalisme libertaire, une économie de type collectiviste, un système de fédéralisme intégral entre communes et une coopération paritaire et multiethnique dans des systèmes organisationnels et décisionnels autogérés[3],[4],[5].

En 2006, à la suite du décès de Murray Bookchin, l’assemblée du PKK se réfère à sa pensée pour la construction d'un nouveau modèle de socialisme démocratique : le municipalisme libertaire[6],[1],[7]. Celui-ci sera repris par le PYD, proche du PKK en Syrie, mais ne connaîtra une mise en place singulière qu'en 2012 avec l'autonomie kurde acquise au Rojava[8],[9],[10].

Biographie[modifier | modifier le code]

Il est né en 1921 dans le Bronx à New York et a grandi, comme il le décrit lui-même, en « bébé en couche-culotte rouge », imprégné de l'idéologie marxiste de sa jeunesse. En effet, sa grand-mère était membre du Parti socialiste révolutionnaire et ses parents sont des Juifs révolutionnaires qui ont quitté la Russie lors de la répression de la Révolution de 1905, comme la majeure partie des voisins de quartier. « Il y avait là plus d'un million de Juifs, arrivés des pays de l'Est en l'espace de cinquante ans. Ils formaient une ville dans la ville, avec ses journaux, ses théâtres, ses langues – le yiddish et le russe – sa religion (pratiquée ou reniée), son économie presque autarcique[11].» Il milita très jeune au sein de la Ligue des jeunes communistes des États-Unis (YCL), se tourna ensuite vers le trotskisme, puis perdit peu à peu ses illusions à cause de la coercition qu'il jugeait inhérente au léninisme. Il a également été militant syndical au sein du Congrès des organisations industrielles (CIO). Il est devenu rapidement connu pour la facilité avec laquelle il adressait des critiques dévastatrices au marxisme en utilisant la langue marxiste elle-même.

Bookchin est toujours resté un anti-capitaliste radical et un défenseur de la décentralisation de la société. Son idée de municipalisme libertaire a eu une influence certaine sur le mouvement « Vert », tant dans le domaine de l'écologie politique[12] que celui de la décroissance[13].

Opposition à l'individualisme[modifier | modifier le code]

Murray Bookchin.

Dans Social Anarchism or Lifestyle Anarchism, Murray Bookchin analyse l’anarchisme individualiste dans son incarnation la plus moderne, le « lifestyle anarchism » (« anarchisme comme mode de vie »), apparu au cours des années 1980 et 1990, période de reflux des mouvements révolutionnaires, aux États-Unis comme ailleurs. Il analyse notamment les travaux de L. Susan Brown[14].

Dans la revue canadienne Relations, Claude Rioux explique ainsi les craintes de Bookchin :

« L’anarchisme peut être « contaminé » par le contexte et l’environnement bourgeois qu’il combat. Les travers de l’introspection et du narcissisme de la génération des baby-boomers alimentent l’émergence d’un anarchisme plus proche de la psychothérapie que de la révolution : un aventurisme inconscient fait d’aversion pour la théorie, une célébration de l’incohérence théorique sous couvert de pluralisme, un engagement apolitique et anti-organisationnel dans une recherche de la joie de vivre intensément orientée vers soi-même. […] Cette subordination du collectif à l’ego et de la société à l’individu, nous dit Bookchin, est courante dans l’anarchisme comme mode de vie, qui tend à la privatisation des angoisses communes et à la sanctification du soi comme refuge au malaise social. »

Rioux ajoute que « selon Bookchin, cette vision a des conséquences sur le mouvement libertaire, notamment une exaltation du consensus (la majorité est illégitime même contre l’opinion d’un seul individu) et de la spontanéité individuelle aux dépens de l’organisation démocratique, plus à même d’établir des institutions autogérées ayant du pouvoir contre la domination capitaliste et les institutions hiérarchisées »[15].

Citation[modifier | modifier le code]

"[...] un précepte libertaire fondamental : tout être humain est compétent pour gérer les affaires de la société, et plus particulièrement de la communauté dont il est membre. Aucune politique n'a de légitimité démocratique si elle n'a été proposée, discutée et décidée directement par le peuple, et non par de quelconques représentants ou substituts. C'est seulement l'administration de ces directives politiques qui peut être confiée à des conseils, des commissions ou des collectifs d'individus qualifiés, éventuellement élus, qui exécuteraient le mandat populaire sous contrôle public et en rendant des comptes aux assemblées qui prennent les décisions...." (Une société à refaire, édition Ecosociété 1993, p. 255-256)

Influence posthume[modifier | modifier le code]

En 2006, à la mort de Murray Bookchin, le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) s'engage à fonder la première société basée sur un confédéralisme démocratique inspiré des réflexions du théoricien de l’écologie sociale et du municipalisme libertaire[1].

Le 6 janvier 2014, les cantons du Rojava, dans le Kurdistan syrien, se fédérent en communes autonomes. EIles adoptent un contrat social qui établit une démocratie directe et une gestion égalitaire des ressources sur la base d’assemblées populaires. C’est en lisant l’œuvre prolifique de Murray Bookchin et en échangeant avec lui depuis sa prison turque, où il purge une peine d’emprisonnement à vie, que le dirigeant historique du mouvement kurde, Abdullah Öcalan, fait prendre au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) un virage majeur pour dépasser le marxisme-léninisme des premiers temps. Le projet internationaliste adopté par le PKK en 2005, puis par son homologue syrien, le Parti de l’union démocratique (PYD), vise à rassembler les peuples du Proche-Orient dans une confédération de communes démocratique, multiculturelle et écologiste[1].

Écrits[modifier | modifier le code]

Écrits originaux en anglais[modifier | modifier le code]

Écrits traduits en français[modifier | modifier le code]

Vidéo[modifier | modifier le code]

  • The Forms of Freedom, San Francisco, 23 mars 1985, voir en ligne.

Radio[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Benjamin Fernandez, « Murray Bookchin, écologie ou barbarie », Le Monde diplomatique,‎ (lire en ligne).
  2. a et b APA - déclaration finale de la 3e Assemblée Générale du KONGRA GEL, 1er juin 2005 http://apa.online.free.fr/article.php3?id_article=677
  3. Abdullah Ocalan, Confédéralisme démocratique [lire en ligne].
  4. Kurdish Question -WHICH SYRIA? [lire en ligne]
  5. Le Courrier de l'Atlas, actualité du Maghreb en Europe - Kurdistan syrien : la réussite d'une administration autogérée, 14 octobre 2014 [lire en ligne]
  6. Organisation communiste libertaire, Le Confédéralisme démocratique, la proposition politique de libération de la gauche kurde, 17 septembre 2013 [lire en ligne]
  7. Mathieu Léonard, Le Kurdistan, nouvelle utopie - Un nouveau chiapas au Moyen-Orient ?, Revue du crieur, n°4, juin 2016, lire en ligne.
  8. FranceTV info, Géopolis - Pourquoi les Kurdes sont-ils mollement soutenus à Kobané ?, 21 octobre 2014 [lire en ligne]
  9. The Guardian - Why world ignoring revolutionary kurds of syria [lire en ligne].
  10. Kurdish Question - THE CONSTITUTION OF THE ROJAVA CANTONS [lire en ligne].
  11. Peter Einarsson, interview de Bookchin. in April no 1, 1985, Stockholm
  12. (en) Robyn Eckersley, Environmentalism and political theory: toward an ecocentric approach, SUNY Press, 1992, p. 146.
  13. Vincent Gerber et Floréal Romero : Murray Bookchin, pour une écologie sociale et radicale, le passager clandestin, collection "Les précurseurs de la décroissance", 2014
  14. (en) Jeff Shantz, Living Anarchy: Theory and Practice in Anarchist Movements, Academica Press,LLC, (ISBN 9781933146539, lire en ligne)
  15. Claude Rioux, Dérives, in Relations, Actualité de l’anarchisme, n°682, février 2003, texte intégral.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

En français

En anglais

  • (en) Murray Bookchin et Janet Biehl, The Murray Bookchin reader : (An Anthology), London Washington, Cassell, (ISBN 0304338745).
  • (en) Peter Marshall, Demanding the impossible : a history of anarchism : be realistic! Demand the impossible, London, Fontana, (ISBN 0006862454).
  • (en) Damian F. White, Bookchin a critical appraisal, London, Pluto Press et University of Michigan Press, (ISBN 9780745319643).
  • (en) John Mongillo et Bibi Booth, Environmental Activists, Greenwood, 2001.
  • (en) Robert Graham, Anarchism : A Documentary History of Libertarian Ideas, The Emergence of the New Anarchism (1939 to 1977), volume II, Black Rose Books, 2009, texte intégral.

En italien

Liens externes[modifier | modifier le code]