Économie écologique

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L’économie écologique est une branche de l'économie en interface avec l'écologie, étudiant l'interdépendance et la coévolution entre les sociétés humaines et les écosystèmes dans le temps et l'espace. L'intérêt de ces recherches est de pouvoir guider l'action des acteurs économiques (publics et privés) afin d'assurer un développement durable, c'est-à-dire conciliant progrès économique, justice sociale, et préservation de l'environnement. Il faut distinguer l'économie écologique de l'économie environnementale qui vise à évaluer le coût économique des atteintes à l'environnement (en termes d'externalités) et la valeur monétaire des services écosystémiques dans le cadre de la théorie néoclassique.

Les 3 piliers du développement durable et leurs champs intersectés

Histoire[modifier | modifier le code]

Les travaux de bioéconomie de Nicholas Georgescu-Roegen sont précurseurs de l'économie écologique dans la mesure où ils furent les premiers à intégrer la finitude des ressources naturelles dans les modèles économiques. Son œuvre majeure The Entropy Law and the Economic Process (1971) a exercé une forte influence sur la discipline[1]. Il faut également citer William Kapp (1944)[2], Karl Polanyi (1950)[3], et E.F. Schumacher[4]. Parmi les premiers écologues à s'intéresser aux questions économiques figurent C.S. Holling, H.T. Odum et Robert Costanza, ainsi que le biologiste Gretchen Daily et le physicien Robert Ayres.

Le premier symposium d'écologie économique eut lieu en 1982 en Suède[5]: y participèrent Robert Costanza, Herman Daly, Charles Hall, Ann-Mari Jansson, Bruce Hannon, H.T. Odum, et David Pimentel. La plupart étaient des écologues des écosystèmes ou des économistes orthodoxes. En 1987, Joan Martinez-Alier publia Ecological Economics[6]. 1989 vît la fondation de l'International Society for Ecological Economics et la première publication de sa revue Ecological Economics éditée par Elsevier. Robert Costanza fut le premier président de cette société et rédacteur en chef de la revue.

Les articles de Inge Ropke (2004, 2005)[7] et Clive Spash (1999)[8] retracent le développement et l'histoire de l'économie écologique et expliquent sa différenciation de l'économie environnementale ainsi que les controverses entre écoles européennes et américaines. Un article de Robert Costanza, David Stern, Lining He, et Chunbo Ma[9] tente de déterminer la littérature fondatrice de la discipline par une analyse des citations permettant de déterminer quels livres et articles ont eu le plus d'influence. Il en ressort que les articles les plus cités dans Ecological Economics sont The value of the world’s ecosystem services and naturacapital de Costanza et all[10] et Economic growth, carrying capacity, and the environment de Arrow et all[11].

L’évaluation des écosystèmes pour le millénaire fut l'occasion d'une consécration médiatique et institutionnelle de la discipline.

Travaux[modifier | modifier le code]

Article principal : Développement durable.

Selon Malte Faber, l'économie écologique se définit par son intérêt pour la nature, la justice, et l'évolution au cours du temps. Les questions d'irréversibilité des changements environnementaux, d'incertitude à long-terme sur les revenus, et de développement durable guident les analyses d'économie écologique[12].

L'économie écologique ne se contente pas d'appliquer les analyses économiques classiques aux questions environnementales mais les remet en cause à partir de ces questions en intégrant les connaissances et méthodes issues de l'écologie. Ainsi, certaines études portent sur les flux de matières et d'énergie dans les systèmes économiques à l'instar des études sur ces flux dans les écosystèmes naturels.

L’Évaluation des écosystèmes pour le millénaire, rapport rédigé sous l'aval de l'ONU, conjointement par des économistes, des écologues, membres d'universités, d'institutions internationales, de gouvernements, et d'ONG, évalue l'état des écosystèmes en relation avec leur exploitation par l'homme. Il distingue quatre types de services fournis par les écosystèmes à l'homme (services écosystémiques) :

  • services de production : agriculture, eau, énergies fossiles,...
  • services de régulation : climat, maladies infectieuses, filtrage de l'eau et de l'air,...
  • services culturels : valeurs récréatives, esthétiques, et éducatives des écosystèmes
  • services de base : fourniture de sols fertiles

L'économie écologique adjoint à l'évaluation du produit intérieur brut (PIB) l'évaluation du capital naturel qui correspond aux moyens de production naturels dont dispose un territoire. De manière imagée, le développement durable consiste à consommer les intérêts du capital naturel tout en préservant celui-ci. Autrement dit, l'objectif est de « répondre aux besoins des générations actuelles sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs » (Rapport Brundtland).

Revues[modifier | modifier le code]

  • Ecological Economics The Transdisciplinary Journal of the International Society for Ecological Economics (ISEE)
  • Environmental Modelling and Assessment
  • Environmental and Resource Economics
  • Environmental Economics and Policy Studies
  • Land Economics

Références[modifier | modifier le code]

  1. Georgescu-Roegen, N. 1971. The Entropy Law and the Economic Process. Cambridge, Mass.: Harvard University Press.
  2. Kapp, K. W. (1950) The Social Costs of Private Enterprise. New York: Shocken.
  3. Polanyi, K. (1944) The Great Transformation. New York/Toronto: Rinehart & Company Inc.
  4. Schumacher, E.F. 1973. Small Is Beautiful: A Study of Economics as if People Mattered. London: Blond and Briggs.
  5. symposium in Sweden
  6. Costanza R. (2003). Early History of Ecological Economics and ISEE. Internet Encyclopaedia of Ecological Economics.
  7. Røpke, I. (2004) The early history of modern ecological economics. Ecological Economics 50(3-4): 293-314. Røpke, I. (2005) Trends in the development of ecological economics from the late 1980s to the early 2000s. Ecological Economics 55(2): 262-290.
  8. Spash, C. L. (1999) The development of environmental thinking in economics. Environmental Values 8(4): 413-435.
  9. Costanza, R., Stern, D. I., He, L., Ma, C. (2004). Influential publications in ecological economics: a citation analysis. Ecological Economics 50(3-4): 261-292. en ligne
  10. The value of the world’s ecosystem services and naturacapital Nature 387: 253–260
  11. Economic growth, carrying capacity, and the environment Science 268: 520–521
  12. Malte Faber. (2008). How to be an ecological economist. Ecological Economics 66(1):1-7. Preprint.


Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notions

Théoriciens

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Common, M. and Stagl, S. 2005. Ecological Economics: An Introduction, New York: Cambridge University Press.
  • (en) Daly, H. and Townsend, K. (eds.) 1993. Valuing The Earth: Economics, Ecology, Ethics, Cambridge, Mass.; London, England: MIT Press.
  • (en) Georgescu-Roegen, N. 1975. Energy and economic myths, Southern Economic Journal 41: 347-381.
  • Georgescu-Roegen, N. Analytical Economics : Issues and Problems, Harvard University Press, 1966, xvi-434 p. ; trad. fr. : La science économique : ses problèmes et ses difficultés, Paris, Dunod, 1970, xvi-300 p.
  • Georgescu-Roegen, N. The Entropy Law and the Economic Process, Cambridge, Mass., Harvard University Press, 1971, 457 p.
  • Georgescu-Roegen, N. Demain la décroissance. Entropie, écologie, économie. Traduction, présentation et annotation Jacques Grinevald et Ivo Rens. Lausanne, Pierre-Marcel Favre, 1979. 21 cm, 157 p. [La décroissance. Entropie, écologie, économie. 2e édition revue et augmentée. Traduit et présenté par Jacques Grinevald et Ivo Rens. Paris, Sang de la Terre, 1995. 21 cm, 220 p. ; 3e édition revue. Paris, Sang de la Terre et Ellébore, 2006. 22,5 cm, 304 p.]
  • (en) Martinez-Alier, J. (1990) Ecological Economics: Energy, Environment and Society. Oxford, England: Basil Blackwell.
  • (en) Røpke, I. (2004) The early history of modern ecological economics, Ecological Economics 50(3-4): 293-314.
  • (en) Røpke, I. (2005) Trends in the development of ecological economics from the late 1980s to the early 2000s, Ecological Economics 55(2): 262-290.
  • (en) Spash, C. L. (1999) The development of environmental thinking in economics, Environmental Values 8(4): 413-435.
  • (en) Vatn, A. (2005) Institutions and the Environment, Cheltenham: Edward Elgar
  • (en) Krishnan R, Harris JM, Goodwin NR. (1995). A Survey of Ecological Economics, Island Press. ISBN 1559634111, 9781559634113.
  • (en) Martinez-Alier, J., Ropke, I. eds., Recent Developments in Ecological Economics, 2 vols., E. Elgar, Cheltenham, UK, 2008.
  • (en) Steve Charnovitz, Living in an Ecolonomy: Environmental Cooperation and the GATT, Kennedy School of Government, April 1994.
  • Jean-Marc Lorach, Comment faire des économies avec l'écologie, Editions du Puits Fleuri, France, 2008.