Écoféminisme

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L'écrivaine féministe indienne Vandana Shiva est l'une des figures de l'écoféminisme.

L’écoféminisme est une philosophie, une éthique[1] et un mouvement nés de la conjonction et de l'union de courants de pensées féministes et écologistes.

Selon ce mouvement, notamment défendu par Vandana Shiva qui a fondé en Inde dans l'Uttarakhand un sanctuaire de la biodiversité sauvage et agrosemencière, où les femmes tiennent une place essentielle[2],[3], il existe des similitudes et des causes communes aux comportements de domination et d’oppression des femmes et aux comportements de non-respect de la nature[4], qui contribuent au saccage environnemental[5].

Histoire[modifier | modifier le code]

Dans les années 1970, des villageoises indiennes avaient fondé le mouvement Chipko, un mouvement de protestation contre la déforestation, exemplaire d'une action écoféministe avant la lettre.

Le terme « écoféminisme » semble avoir été pour la première fois publié en 1974 par une féministe française, Françoise d'Eaubonne, dans un ouvrage intitulé « Le féminisme ou la mort », mais ses principes auraient déjà été énoncés en 1962 par Rachel Carson dans son livre Silent spring (« Printemps silencieux ») qui, par son retentissement, contribua à l'interdiction du DDT aux États-Unis, et c'est d'abord et surtout dans le monde anglophone que ce concept s'est développé[6].

Une autre date importante est celle d'une conférence intitulée « l'écoféminisme et la vie sur terre » aux États-Unis en mars 80 après l'Accident nucléaire de Three Mile Island en 1979. Les personnes présentes avaient adopté un manifeste sur les rapports entre les mouvements écologiques et les mouvements de femmes, entre la destruction de la nature, le militarisme, les discriminations et dominations subies par la femme[7].

Actuellement, dans l'écoféminisme ou plutôt les écoféminismes se dégagent plusieurs tendances :

  • un écoféminisme spiritualiste (Starhawk...) ;
  • un écoféminisme éthique (nouvelle éthique environnementale[8] et visant à soigner les blessures faites par l'homme à la planète[9] (« care »)[10],[11] dans un monde perçu comme de plus en plus vulnérable (effondrement de la biodiversité, crise climatique...). L'un des thèmes de cette mouvance peut être la promotion d'un droit de la nature et d'un droit des animaux[12] ;
  • un écoféminisme de résistance (le Staying Alive de Vandana Shiva [13]) et de création ;
  • un écoféminisme faisant référence à une écologie dite profonde[14], et aux mythes fondateurs de la terre mère, à une planète symbiotique[15] ou à l'hypothèse Gaïa[16], ou encore à un paradis perdu à réinventer[17] ;
  • un écoféminisme matérialiste (Maria Mies[18], des économistes allemandes comme Claudia von Werlhof, Veronika Bennholdt-Thomsen...)[19].

La variété de tendances (des dominantes féministes aux approches à dominante écologique ou écologiste) donne lieu à une large gamme de possibilités. Ces tendances ont cependant en commun une analyse critique radicale et commune sur le patriarcat, le capitalisme et le contexte matérialiste supposé rationaliste[20] et technico-scientifique[21],[22] de la marchandisation du vivant, de la révolution verte de l'agriculture industrielle et de l'évolution du domaine des agrosemences qui ont mis les paysans en situation de perte d'autonomie.

En 1990, dans un article intitulé « le pouvoir et la promesse du féminisme écologique », Karen J. Warren met en exergue les apports et enrichissements croisés de l'écoféminisme, avec à la fois une importance du féminisme pour l’éthique environnementale, et tout autant inversement, une importance de l’environnementalisme pour le féminisme. Les courants politiques et écoféministes dialoguent et fusionnent parfois[23], tout en restant nombreux et polymorphes, mais plaidant principalement à la fois pour la justice sociale et contre les inégalités écologiques (Les effets de la dégradation environnementales, comme ceux de la pauvreté sont inégalement répartis dans le monde et les territoires) et affirmant que la cause de la nature fait partie de la cause des femmes. Les recherches, ateliers et articles sur le sujet se multiplient, témoignant de la vitalité de ce mouvement.

Un exemple de fable écoféministe est donné dans le personnage de Vikka, luttant contre le patriarcat, la hiérarchie, la bestialité et les forces de police ; dans « la Magie d'Hénok » de Hiramash, Vikka n'est ni homme, ni dieu mais un être qui s'est battu contre l'adversité et la soumission à quoi que ce soit y compris l'Amour, et qui se retrouve chargé de rétablir l'équilibre entre hommes et femmes sur Terre[source insuffisante].

Une critique commune de l'écoféminisme consiste à souligner que la connexion qu'il promeut entre les femmes et la nature relève d'une forme d'essentialisme. Le féminisme traditionnel s'inquiète par exemple que l'écoféminisme puisse rétablir le confinement des femmes au monde naturel, par une ruse du patriarcat[source insuffisante].

En 2019 l'écoféminisme est de plus en plus présent dans la société. Lors des différentes marches pour le climat instaurées par Greta Thunberg de nombreuses jeunes filles ont pris l’initiative de mettre une touche féministe dans leur pancarte: « léchez des clitos, pas le cul de monsanto », « Enculez nous, pas le climat » ou encore « Ma planète, ma chatte, sauvons les zones humides », ce slogan évoquant les tampons dont les composants polluent autant la planète que notre corps[24]. Lorsqu'elle donne une partie de son prix Liberté à Care, Greta Thunberg identifie l'association comme un soutien « aux femmes et filles des pays du Sud face aux effets de la hausse des températures et du changement climatique »[25].

Interdisciplinarité[modifier | modifier le code]

Entre militantisme et recherche universitaire[modifier | modifier le code]

Le mouvement écoféministe est né de revendications militantes (mouvement Chipko, Greenbelt, Women Pentagon's action) qui ont trouvé des échos, voire des précurseures dans le milieu académique avec les premières théoriciennes américaines comme Carolyn Merchant et Yestra King. Le mouvement s'organise sur plusieurs fronts : il cherche à analyser d'un point de vue historique les liens entre les femmes et la nature, à réagir aux phénomènes d'oppressions actuels auxquels font face les femmes du monde entier, et à y proposer des solutions pratiques et théoriques en élaborant des modes de pensées nouveaux. Cette pluralité des objectifs ancre le mouvement dans plusieurs champs d'action comme le militantisme, la recherche universitaire et la littérature sans toujours opérer de distinction entre ceux-ci. Ainsi, nombre d'écoféministes sont à la fois essayistes et activistes, comme Catriona Sandilands ou Julie Cook qui étudie les relations entre activisme et milieu universitaire.

Pour la philosophe française Émilie Hache, l'intérêt du milieu universitaire pour l'écoféminisme pose problème en ce qu'il édulcore sa dimension actuelle, ne prenant pas en compte ce qui s'élabore chaque jour par les femmes pour contrer l'exploitation de la nature. Pour elle, « la reprise partielle de l'écoféminisme par l'académie, en le coupant des problèmes auxquels il répondait comme en en inventant d'autres qui ne sont pas les siens »[26].

Mouvement hybride par définition puisqu'il allie deux objets d'études que sont les femmes et la nature, l'écoféminisme se fonde sur la tradition transdisciplinaire de la recherche anglosaxonne, les premières théoriciennes étant américaines, et navigue ainsi entre « gender studies », « queer studies », « science studies » et « postcolonial studies ».

Littérature[modifier | modifier le code]

Les écrits écoféministes s'inscrivent dans la tradition américaine qui utilise volontiers la littérature comme mode d'action militante, en se donnant à voir comme des pamphlets poétiques[27]. L'écriture marque fait fusionner approches militantes, théoriques et littéraires avec le genre flexible de l'essai qui a à la fois sa place dans la recherche universitaire et dans la littérature. La place importante accordée à la poésie et la désorganisation intentionnelle de certains essais s'explique par la critique faite par l'écoféminisme au rationalisme occidental et masculin qui, avec le développement de la science a fondé la domination de l'homme sur la nature en germe dans la pensée de la Renaissance[28]. Les écoféministes qualifiées d'essentialistes (qui posent l'idée d'un principe féminin), comme les écoféministes d'inspiration matérialiste ressentent la nécessité de critiquer la norme idéale de la raison associée à la culture et au masculin en opposition à la nature, dans une perspective déconstructiviste qui a influencé le féminisme américain de la deuxième vague[29]. Cette remise en question commune rend difficile la différenciation entre les écoféministes supposément essentialistes et les matérialistes si ce n'est par leurs pratiques d'écritures, les unes rejettant le registre argumentatif et les autres, comme Ariel Salleh, s'y attachant encore.

Plus largement, il existe un écoféminisme littéraire fictionnel et non militant qui s'inscrit notamment dans le genre de la science-fiction (Sally Miller Gearhart, Joan Slonczewski) et s'organise autour de plusieurs outils et motifs littéraires : la subversion des mythes occidentaux, l'"écologie sentimentale"[30], la rhétorique romantique à travers son rapport idéalisé à la nature sauvage. Ces motifs correspondraient à des "stratégies d'émancipation"[31] qui font des écrits littéraires écoféministes des "antidotes" aux oppressions à travers la création par l'imagination d'une societé alternative, utopique. Animal Dreams de Barbara Kingsolver, les oeuvres portant sur la mer de Rachel Carson, et A Rebours de J.K. Huysmans peuvent être considérés comme des textes écoféministes.

Remise en question du dualisme nature/culture[modifier | modifier le code]

Origine et influence sur la vision des femmes[modifier | modifier le code]

La théorie écoféministe prend ses sources dans une prise de conscience du caractère conventionnel du lien établi entre les femmes et la nature depuis le début de l'ère moderne[32]. Cette réflexion est particulièrement importante au sein de l'écoféminisme matérialiste qui analyse les rapports entre hommes et femmes sous l'angle de l'exploitation et de la lutte des classes. L'historienne Carolyn Merchant fait remonter l'analogie entre les femmes et la nature à l'Antiquité mais décrit une "imagerie vitaliste"[33] associant la terre à une "femme bienfaisante, sensible et nourricière"[34], et qui fonctionnait comme une "contrainte éthique" puisque le fait de la personnifier empêchait son exploitation. Ce lien conceptuel fait entre la femme et la nature a dès la Renaissance, avec la découverte de l'Amérique et les débus de la colonisation, changé de nature. Il s'est mêlé à une volonté de maîtrise de la nature grâce au développement de la science ; la technique et le savoir ont ainsi été des instruments de domination de la nature, et les acteurs de ce développement scientifique et économique étant masculins, la femme a été placée par contraste du côté de ce sur quoi on agit, c'est-à-dire de la nature.

De vivante, presque sacrée, celle-ci est devenue dans les représentations des Européens colonisateurs un environnement statique, une ressource dévitalisée devant être "réduite en servitude"[35] et "modelée par les arts mécaniques"[36] pour Francis Bacon, qui participe au XVIIe siècle à cette personnification de la nature comme porteuse de "complots et de secrets" en défendant la recherche scientifique et le désir de connaissance qui joue à plein à la Renaissance. L'analogie non plus avec la mère nourricière, mais avec la femme vierge à conquérir pour "recouvrer et autoriser la domination de l'homme sur la nature"[37] et que l'action d'Eve lui avait fait perdre, légitime ce qui est considéré comme une juste reprise de pouvoir.

Ce système de pensée dualiste s'inscrivant dans la pensée rationaliste occidentale qui fonctionne par paire d'oppositions oppose ainsi les femmes, la nature, les indigènes d'un côté, et les hommes, la culture, les colons de l'autre. Le lien dans les mentalités entre les femmes et la nature a engendré un système d'oppressions qui les exploitaient non pas simultanément (les deux étant considérées comme des externalités économiques à exploiter), mais l'une par l'autre puisque la théorisation médicale de la femme fonde sa dévalorisation en l'associant à une nature aliénante qui la déborderait à travers les humeurs, à un corps matériel et défaillant[38]. Elle s'opposerait à l'homme qui s'émancipe de la nature par la conscience conçue comme une substance immatérielle. De la même manière, les métaphores qui dans les écrits de penseurs de la Renaissance comme Bacon assimilent les territoires américains à des corps de femmes à pénétrer de force légitiment la colonisation du Nouveau monde qui comme la femme serait subordonné à l'homme, en attente d'être possédé par lui.

Ainsi, si l'affinité entre la femme et la nature s'est d'abord faite dans les mentalités, elle a ensuite acquis une dimension réelle et historique qui pousse à les analyser conjointement, et ainsi à reconduire le dualisme dans la recherche écoféministe. D'autre part, ce dualisme est hiérarchique, et deux approches se dessinent au sein du mouvement pour soit subvertir le système de dualismes, en montrant que les femmes peuvent se trouver du côté de la raison à travers des écritures argumentatives mais en reconduisant la hiérarchie qui fait de la raison la norme idéale[39], soit renverser la hiérarchie en revalorisant la nature et l'irrationnel au détriment de la culture, mais en reprenant les dualismes qui oppose nature et culture, féminin et masculin.

La chercheuse Elizabeth Carlassare nomme ces deux courants écoféminisme social ("social"[40]) et écoféminisme culturel ("cultural"). Le premier fonde l'analyse des oppressions subies par les femmes sur les constructions sociales dont elles font l'objet, et peut-être considéré comme "socialiste"[41] lorsqu'il vise à une révolution sociale qui dynamiteraient les représentations genrées pour permettre l'égalité. Les écoféminsites sociales sont constructivistes en ce qu'elles supposent que les différences entre les hommes et les femmes reposent uniquement sur des construction sociales, s'opposant à un essentialisme qui considèreraient ces différences comme naturelles. A contrario, les écoféministes culturelles comme Susan Griffin tentent de créer des modèles de féminité émancipée sur le mode poétique ou spirituel plutôt que de se concentrer sur l'analyse politique et sociale des oppressions à déconstruire. Ces courants reproduisent une tension qui traverse plus largement l’histoire des féminismes entre féminisme matérialiste et différentialiste, qui s’opère au moment de la scission entre la branche matérialiste et psychépo du MLF.

Possibilités de dépassement[modifier | modifier le code]

L'écoféministe indienne Vandana Shiva propose dans un passage de Staying Alive[42] une alternative au dualisme né de la pensée rationaliste occidentale en passant par la cosmologie indienne, qui se fonderait sur un principe de “dualité dans l’unité”[43] . Shiva expose l’idée d’une tension chez les hommes et les femmes entre la personne et la nature (“Purusha-Praktiri”), complémentaires au sein d’une “harmonie dialectique”. Elle définit la nature comme porteuse de vie et non comme ressource passive, faisant de la même manière du féminin un principe de créativité, en vidant ces catégories de leur caractéristique traditionnelle de passivité tout en maintenant la différence entre “principe femelle” et “mâle”, et l’association ontologique entre féminité et nature : “comme incarnation et manifestation du principe féminin, [la nature, ou Praktiri], est caractérisée par…”.

Une autre manière de flouter la frontière entre nature et culture consiste à considérer qu'il n'y a pas de camp à choisir entre celui de la nature associée au donné, à l'immédiat,et celui de la culture instituée. L'écologie et l'éthique qu'elle sous-tend est de fait envisagée comme une “culture de la nature”[44] puisqu'elle revêt un ensemble de codes, de conceptions et de savoirs qui la rattachent à la notion de culture. Celle-ci se définit non pas comme une forme d’émancipation ou de rupture vis-à-vis de la nature, mais comme un reflet de cette dernière avec laquelle elle intéragit, en protégeant le monde vivant qui la nourrit et l'instruit à son tour.

Critique essentialiste et réponse[modifier | modifier le code]

Les écoféministes sociales comme Victoria Davion voient dans l’écoféminsime culturel une forme d’essentialisme dangereuse[45] en ce que toute conception d’une différence entre les sexes, même valorisante pour la femme, est considérée comme aliénante et risquerait d’entraver le processus égalitaire. Cette dissension serait née avec la récupération par le milieu universitaire du mouvement écoféministe et par la théorisation qui l’a suivie tandis qu’au sein des luttes militantes qui se concentraient sur des enjeux concrets[46], ces divergences étaient seulement vues comme des moyens différents déployés dans un même but. Ces critiques ont été tempérées par des autrices qui y voient une incompréhension au niveau du sens des mots employés dans les textes qualifiés d’essentialistes. Ainsi, lorsque Ariel Salleh parle de la “réalité séparée”[47] des femmes, elle ne considère pas que celle-ci est le résultat d’une particularité naturelle, mais qu'elle est construite socialement au point que les expériences vécues par les femmes soient de fait devenues spécifiques. La réhabilitation du courant supposément essentialiste est de plus en plus répandue grâce notamment aux travaux de Naomi Shor[48] et Elizabeth Carlassare, mais demeure rare.

Des dissensions apparentes[modifier | modifier le code]

Cette difficulté pour les écoféministes de penser hors d’un dualisme représenterait un “dialogue critique”[49], une pluralité féconde au sein du mouvement et ne relèverait pas réellement d’une dissension. Les approches culturelles et socialistes se différencieraient non pas au niveau de leurs positions idéologiques mais de leurs modes d’actions, et plus précisément des registres littéraires qu’elles emploient, les unes préférant un style poétique, les autres une écriture argumentative[50]. Il n’y aurait pas d’opposition entre un écoféminisme essentialiste et constructiviste (tous deux continuant à s’incrire dans le dualisme tout en tentant de le combattre) car les écoféministes culturelles considèrent que certaines différences entre les hommes et les femmes sont construites mais choisissent de reprendre celles-ci en en les recréant. Elles s’attachent non pas directement à déconstruire des représentations négatives de la nature et des femmes, mais à reconstruire de nouveaux modèles, à la fois pratiques en s’adonnant à une agriculture raisonnée, et idéologiques à travers la littérature et l’identification à des images comme celle de la Grande Déesse à laquelle se réfèrent les écoféministes spiritualistes[51].

Le mouvement “reclaim” cherche ainsi à revendiquer une histoire, celle par exemple de la chasse aux sorcières, pour guérir[52] des préjudices subis plutôt que de les occulter, à sauvegarder certains éléments du passé comme le lien entre les femmes et la nature, tout en les renouvelant de manière à en déployer de nouvelles représentations, plus positives et propices à l'empouvoirement des femmes. Les écoféministes spiritualistes plus particulièrement, dont certaines se rattachent au wiccanisme, mais aussi les communautés lesbiennes séparatistes qui participent à la mouvance back to the land des années 1970 tentent de rompre avec un rapport capitaliste à la nature conçue non plus comme ressource à exploiter mais comme entité avec laquelle cohabiter et intéragir. Les premières effectuent ainsi des rituels[53] qui visent à dialoguer avec les esprits peuplant la nature, unifiés sous l'hégide de la Grande Déesse. Elles se situent ainsi dans un “rapport pragmatique [voire performatif] à la vérité”[54] qu’il s’agit non pas réellement déchiffrer a posteriori, mais de créer de manière positive et continuelle, ce qui expliquent que ces écoféministes culturelles ne se positionnent pas clairement sur le caractère social ou naturel du lien entre les femmes et la nature. Elles cherchent plutôt à (re)créer celui-ci, en une “stratégie oppositionnelle consciente”[55], un “essentialisme stratégique” combattant le modèle patriarcal dominant.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

En Français[modifier | modifier le code]

  • Françoise d'Eaubonne, Écologie, féminisme : révolution ou mutation ?, 1978, réédition 2018 Libre et Solidaire Éditeur
  • Maria Mies & Vandana Shiva, Ecoféminisme, Paris, L'Harmattan, 1998
  • Alice Cook & Gwyn Kirk, Des femmes contre des missiles. Rêves, idées et actions à Greenham Common, Paris, Cambourakis, 2016
  • Reclaim. Recueil de textes écoféministes choisis et présentés par Émilie Hache, Paris, Cambourakis, 2016
  • Marianne Leconte, Femmes au futur. Anthologie de science-fiction féminine, Bibliothèque Marabout, 1976.
  • Starhawk, Rêver l'obscur. Femmes, magie et politique (1982), Cambourakis, 2015
  • Françoise Flamant, Women's Lands. Construction d'une utopie. Oregon, USA, 1970-2010, iXe, 2016.

En Anglais[modifier | modifier le code]

  • Douglas A. Vakoch, Feminist Ecocriticism. Environnment, Women, and Literature, Lexington Books, 2012
  • Reclaim the Earth: Women speak out for Life on Earth, édition établie par Stephanie Leland & Leonie Caldescott, The Women's Press Ltd., 1983
  • Susan Griffin, Woman and Narure: the Roaring Inside Her (1978), The Women's Press, 1984
  • Ariel Salleh, Ecofeminism as Politics: Nature, Marx and the Postmodern, Sed Books, 1997
  • Women Healing Earth: Third World Women on Ecology, Feminism, and Religion, édition établie par Rosemary Radford Ruether, SCM Press, 1996
  • Sandra Harding, The Science Question in Feminism, Cornell University Press, 1986
  • Noël Sturgeron, Ecofeminist Natures: Race, Gender, Feminist Theory and Political Action, Routledge, 1997.

Quelques écoféministes connues[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Gebara I (2002) L’écoféminisme: Une éthique de la vie. Pour libérer la théologie. Variations autour de la pensée féministe d’Ivone Gebara, Québec, Les Presses de l’Université Laval, 165-187.
  2. Vandana Shiva, pour une désobéissance créatrice 192 pages, préface d'Olivier de Schutter, novembre 2014
  3. Mies, M., & Shiva, V. (1998). Ecoféminisme, Paris. L'Harmattan, Collection Femmes et Changements.
  4. Taylor Paul W., 1986, Respect for Nature. A Theory of Environmental Ethics, Princeton, Princeton University Press.
  5. Gandon A.L (2009) L’écoféminisme: une pensée féministe de la nature et de la société. Recherches féministes, 22(1), 5-25.
  6. Larrère C (2012) L'écoféminisme: féminisme écologique ou écologie féministe ?. Tracés, (1), 105-121 (article et résumé).
  7. www.lcr-rouge.org
  8. Routley Richard S., 2003 [1973], « Is there a need for a new, an environmental ethic ? », Environmental Ethics. An Anthology, A. Light et H. Rolston III éd., Oxford, Blackwell, p. 47-52.
  9. Plant Judith éd., 1989, Healing the Wound. The Promise of Ecofeminism, Philadelphie, New Society Publishers
  10. Larrère Catherine (2010), « Au-delà de l’humain : écoféminismes et éthique du care », Carol Gilligan et l’éthique du care, V. Nurock éd., Paris, PUF, p. 151-174
  11. Merchant Carolyn (1996) Earthcare, Women and the Environment, New York, Routledge.
  12. Regan Tom, 2004 [1983], The Case for Animal Rights, Berkeley, University of California Press.
  13. Shiva Vandana, 1994 [1989], Staying Alive. Women, Ecology and Development, Londres, Zed Books
  14. Salleh Ariel Kay (1984) « Deeper than deep ecology », Environmental Ethics, vol. 6, no 1, p. 339-345.
  15. Margulis Lynn (1998) The Symbiotic Planet. A New Look at Evolution, New York, Basic Books.
  16. Lovelock James, 1993, La terre est un être vivant. L’hypothèse Gaïa, Paris, Flammarion.
  17. Merchant Carolyn (2004), Reinventing Eden. The Fate of Nature in Western Culture, Londres, Routledge.
  18. Mies Maria et Shiva Vandana, 1993, Ecofeminism, Londres, Zed Books
  19. Eaton, H. (1998). Ecofeminism, cosmology, and spiritual renewal. Église et théologie, 29(1), 115-128 (résumé).
  20. Plumwood Val, 1998 [1991], « Nature, self, and gender : feminism, environmental philosophy, and the critique of rationalism », Environmental Philosophy. From Animal Rights to Radical Ecology, M. Zimmerman éd., New Jersey, Prentice Hall, p. 291-314.
  21. Marin, M. J. (1994). La pensée écoféministe: le féminisme devant le défi global de l’ère techno-scientifique. Philosophiques, 21(2), 365-380.
  22. Merchant Carolyn (1980) The Death of Nature. Women, Ecology and the Scientific Revolution, San Francisco, Harper and Row
  23. Maris Virginie (2009) « Quelques pistes pour un dialogue fécond entre féminisme et écologie », Multitudes, no 36, p. 178-184.
  24. « «Bouffe ma chatte, pas la planète», c'est quoi l'éco-féminisme? », sur www.20minutes.fr (consulté le 30 avril 2019)
  25. « Greta Thunberg premiere laureate du prix liberte », sur Ouest France, Ouest France, (consulté le 30 avril 2019)
  26. Émilie Hache (sous la direction de), « Introduction », Reclaim. Recueil de textes écoféministes, Paris, Cambourakis, 2016, (ISBN 978-2-3662-4213-3), 413 pages, p. 32.
  27. Voir le livre de Susan Griffin, Woman and Nature: The Roaring Inside Her, Ontario, Women's Press, 1984 et le poème de Saxe, "Une question stupide", paru dans Caldescott Leonie and Leland Stephanie (eds), Reclaim the Earth: Women Speak Out for Life on Earth,The Women's Press Ltd, 1983.
  28. Carolyn Merchant, "Exploiter le ventre de la Terre", Reclaim. Recueil de textes écoféministes choisis et présentés par Emilie Hache, Paris, Cambourakis, coll. « Sorcières », 2016, 412 p. Texte tiré d'une adaptation des chapitre I et VII de The Death of Nature (1980) de Carolyn Merchant.
  29. Voir la French Theory.
  30. Douglas A. Vakoch (ed.), Feminist ecocriticism: Environnment, Women, and Literature, Lanham, Lexington Books, 2012, p. 68
  31. Douglas A. Vakoch (ed.), Feminist ecocriticism: Environnment, Women, and Literature, Lanham, Lexington Books, 2012, p. 3
  32. Voir Violynea et Natty, section Ecoféminisme matérialiste, « Expliquez-moi l'écoféminisme », simonae.fr, 17 mars 2017,(consulté le 9 décembre 2019)
  33. Carolyn Merchant, "Exploiter le ventre de la terre" in Reclaim. Recueil de textes écoféministes choisis et présentés par Emilie Hache, Paris, Cambourakis, 2016, p. 141.
  34. Ibid.
  35. Francis Bacon, Novum Organum, cité par Merchant dans l'édition de J. Spedding, L. Ellis, D. D. Heath, The Works of Francis Bacon, Cambridge University Press, vol. 4, p. 20, 287, 294.
  36. Ibid.
  37. Carolyn Merchant, op. cit., p. 154.
  38. Point de départ du livre d'Elsa Dorlin, La matrice de la race, Paris, Editions La Découverte, 2009.
  39. Elizabeth Carlassare voit ainsi dans les critiques faites par les écoféministes matérialistes une forme de mépris disqualifiant la sensibilité et la poésie comme mode d'accès au réel. Voir le chapitre reprenant son texte "L'essentialisme dans le discours écoféministe" de Reclaim. Recueil de textes écoféministes choisis et présentés par Émilie Hache, Paris, Cambourakis, 2016, 413 p.
  40. Elizabeth Carlassare, "La critique essentialiste dans le discours écoféministe" in Emilie Hache, Reclaim. Recueil de textes écoféministes choisis et présentés par Emilie Hache, Paris, Cambourakis, 2016, 413 p., p. 32.
  41. Ibid.
  42. Vandana Shiva, Staying Alive: Women, Ecology and Development, Zed Books, 1989, repris dans l'anthologie Reclaim. Recueil de textes écoféministes choisis et présentés par Emilie Hache citée plus bas.
  43. Vandana Shiva "Etreindre les arbres", in Reclaim. Recueil de textes écoféministes choisis et présentés par Emilie Hache, Paris, Cambourakis, 2016, p. 186.
  44. Emilie Hache, "Introduction" in Reclaim. Recueil de textes écoféministes choisis et rpésentés par Emilie Hache, Paris, Cambourakis, 2016, p. 54.
  45. Victoria Davion, "Is Ecofeminsm feminist?" in Karen Warren, Ecological Feminism, Routledge, 1994, p. 10.
  46. Emilie Hache, "Introduction", in Reclaim. Recueil de textes écoféministes choisis et présentés par Emilie Hache, Paris, Cambourakis, p. 32.
  47. Ariel Salleh, "Deeper than Deep Ecology: the Eco-Feminist Connexion", Environnmental Ethics, v. 6, n°4, 1984, pp. 17-18.
  48. Naomi Shor, "The Essentialism Which is Not One, Bad Objects: Essays Popular and Unpopular, Duke University Press, 1995.
  49. Emilie Hache, "Introduction", in Reclaim. Recueil de textes écoféministes choisis et présentés par Emilie Hache, Paris, Cambourakis, 2016, p. 14.
  50. Emilie Hache, "Introduction", Reclaim. Recueil de textes écoféministes choisis et présentés par Emilie Hache, Paris, Cambourakis, 2016, p. 32.
  51. Voir Violynea et Natty, section Ecoféminisme spiritualiste, « Expliquez-moi l'écoféminisme », simonae.fr, 17 mars 2017,(consulté le 9 décembre 2019)
  52. "il faut lire ces textes comme des actes de guérison et d'émancipation (empowerment), des tentatives pragmatiques de réparation culturelle face à des siècles de dénigrement des femmes et de reconnexion à la terre/nature", Emilie Hache, "Introduction", Reclaim. Recueil de textes écofémistes choisis et présentés par Emilie Hache, Paris, Cambourakis, 2016, 413 p., p. 31. Voir sur ce point les similitudes avec la démarche des féministes différentialistes françaises des années 1970 qui s'inspirent des théories psychanalytiques du retour du refoulé. Elles théorisent un nécessaire retour de la femme à un corps, à une nature et à une Histoire qui lui ont été dérobées, dans un processus de guérison morale. De la même manière, il s'agit de revendiquer ("reclaim") un pouvoir en mêlant récupération du passé et invention de modèles futurs.
  53. L'écoféministe néo-païenne Starhawk mentionne ces prières adressées à la Grande Déesse, notamment après l'ouragan Katrina. Elle les nomme "efforts spirituels" executés "en nous adressant personnellement à Elle", syncrétisme entre le rapport sans intercession de certains Protestants à Dieu et les pratiques de médiatations asiatiques. Elle fait cependant référence aux "prêtresses d'Oya" qui executent des prières collectives et ritualisées par des danses en transe, et se définit elle-même comme "prêtresse", ce qui suppose un sacerdoce nécessitant d'être "en contact avec les pouvoirs profonds de la terre" et de "l'écouter" pour déchiffrer ses messages. Starhawk, "Une réponse néopaïenne après le passage de l'ouragan Katrina", in Emilie Hache, Reclaim. Recueil de textes écoféministes choisis et présentés par Emilie Hache, Paris, Cambourakis, 2016, pp. 270-271.
  54. Emilie Hache, "Introduction", Reclaim. Recueil de textes écoféministes choisis et présentés par Emilie Hache, Paris, Cambourakis, 2016, p. 17.
  55. Elizabeth Carlassare, "La critique essentialiste dans le discours écoféministe" in Emilie Hache, Reclaim, recueil de textes écoféministes choisis et présentés par Emilie Hache, Paris, Cambourakis, 2016, p. 330.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Association des Femmes en Recherche Théologique, Femmes & Hommes en Église, Les Réseaux des Parvis, Hors-série no 24 : Les Femmes et la nature. L’écoféminisme, 2010.
  • Davion Victoria (2003), « Ecofeminism », A Companion to Environmental Philosophy, D. W. Jamieson éd., Oxford, Blackwell, p. 232-247.
  • d’Eaubonne F. (1974) Le féminisme ou la mort, Pierre Horay Éditeur, 1974. (276 pages) (ISBN 2-7058-0018-2)
  • d’Eaubonne F. (1974) Le temps de L’Ecofeminisme (The Time For Ecofeminism).
  • d’Eaubonne F. (1979, réédition 2018) Écologie et Féminisme, révolution ou mutation ? Libre et Solidaire Éditeur (239 pages) (ISBN 2-372630369)
  • Diamond Irene et Orenstein Gloria Freman éd., 1990, Reweaving the World. The Emergence of Ecofeminism, San Francisco, Sierra Club Books. (ISBN 978-0871566232)
  • Gaard Greta et Gruen Lori, 2003, « Ecofeminism : toward global justice and planetary health », Environmental Ethics. An Anthology, A. Light et H. Rolston III éd., Oxford, Blackwell, p. 281-284.
  • Gates, B. T. (1998). A root of Ecofeminism: Ecoféminisme. Ecofeminist literary criticism: theory, interpretation, pedagogy, 1-22 (Lien Google Livres.
  • Émilie Hache (dir.), Reclaim : Recueil de textes écoféministes, Paris, Cambourakis, coll. « Sorcières », , 412 p. (ISBN 9782366242133).
  • Faire partie du monde, réflexions écoféministes, collectif, Montréal, Éditions du remue-ménage, 2017.
  • Catherine Larrère, « L’écoféminisme : féminisme écologique ou écologie féministe », Tracés, n°22, 2012.
  • Mies Maria et Shiva Vandana, L'écoféminisme, 1983 - trad. française Éditions L'Harmattan, 1999 - (ISBN 2-7384-7177-3).
  • Radford Ruether Rosemary, Gaïa and God: an Ecofeminist Theology of Earth Healing, New-York: Harper & Collins, 1992.
  • Melançon Louise, Pour la guérison du monde, Une spiritualité écoféministe selon Rosemary Radford Ruether, in Spiritualité contemporaine défis culturels et théologiques, sous la direction de Camil Ménard et Florent Villeneuve, Montréal : Fides, 1996.
  • Janet Biehl, Rethiking Ecofeminist Politics, South End Press, Cambridge (Massachusetts, États-Unis), 1991 (rééd. 1999).
  • Janet Biehl, « Retour à l'état de nature », article paru initialement en mai 2011 sous le titre « Féminisme et écologie, un lien "naturel" ? », Manière de voir no 150, décembre 2016-janvier 2017, p. 48-50.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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