Low-tech

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Le low-tech ou basse technologie, par opposition à high-tech, est un ensemble de techniques apparemment simples, pratique, économiques et populaires. Elles peuvent faire appel au recyclage de machines récemment tombées en désuétude.

Ce sont des solutions techniques qui cherchent à être simples, bien pensées, bien dimensionnées et réparables et une fabrication plus locale, plus proche de l'artisanat que de la production industrielle. Il peut aussi s'agir de prosommation, c'est à dire production par l'utilisateur. Il n'existe toutefois pas de réelle définition du Low-tech.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le terme low-tech a été créé en antonymie avec high-tech[1]. Il peut être traduit par « basse technologie »[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

La notion de low-tech apparaît dans les années 1970 dans l'ouvrage Small is Beautiful: A Study of Economics As If People Mattered, écrit par l'économiste britannique Ernst Friedrich Schumacher, précurseur de la pensée écologique en économie politique. Dans son livre, Schumacher aborde des thèmes précurseurs de l’éconologie et du développement durable : la nature comme capital et non revenu, le souci des travailleurs et de l’intégrité environnementale dans les décisions commerciales, ou encore l’économie de la permanence, basée sur l'utilisation soutenable des ressources naturelles.

En 2014, l'auteur du livre "L'âge des low-tech : Vers une civilisation techniquement soutenable[2]", l'ingénieur Philippe Bihouix, spécialiste de la finitude des ressources minières et de son étroite interaction avec la question énergétique analyse l'éventuelle nécessité du retour à ces technologies au fur et à mesure de l'épuisement des ressources naturelles.

En 2015, le projet Low-tech Lab[3] ouvre une plateforme web permettant la documentation et le partage libre de low-tech et s'implique dans l'organisation de temps de réflexion sur la philosophie low-tech.

Technique et économie[modifier | modifier le code]

Si aucun système de pensée économique n'est encore fondé sur la notion de low tech, ses partisans peuvent se réclamer du précédent de Gandhi et sa mise en valeur du rouet à filer le coton (Charkha) comme symbole d'une économie fondée sur l'autonomie des villages, dans laquelle les industries lourdes occuperont la dernière part de l'activité nationale. Les économistes de la décroissance Nicholas Georgescu-Roegen et Ernst F. Schumacher (l'auteur de Small is beautiful, 1973) ont développé des réflexions utilisables pour une économie fondée sur les low tech, mais sans jamais utiliser ce concept.

Philosophie[modifier | modifier le code]

La technologie, dans son sens premier de science des techniques, n'a pas encore intégré la réflexion sur les low tech dans son corpus d'analyses. Par contre, la critique des techniques est au moins aussi ancienne que la Révolution industrielle[4]. Peut-être pourrait-on même la faire remonter au Discours sur les Sciences et les Arts de Jean-Jaques Rousseau (1750). Dans un premier temps, cette critique a pris la forme de l'hostilité au machinisme, dont les ravages sur l'emploi des artisans a provoqué le mouvement de contestation des Luddites dans l'Angleterre des années 1811-1816. Sur le plan intellectuel, l'économiste Sismondi fut l'un des premiers à s'en émouvoir et à proposer l'introduction d'une taxe sur les machines[5]. Benjamin Constant et Stendhal ont quant à eux dénoncé l'industrialisme comme menaçant pour la liberté[6].

Beaucoup plus tardive est la critique des illusions de la technique de Friedrich Georg Jünger (Die Perfektion der Technik, 1946), et celle de la robotique par Günther Anders. L'ouvrage de ce dernier, Die Antiquiertheit des Menschen, qui comprend deux parties publiées en 1956 et 1980 (traduction française L'obsolescence de l'homme, 2001-2002) est un texte fondateur de la philosophie des techniques dans lequel il critique notamment la télévision, la bombe atomique et l'évolution de la morale à l'époque des deuxième et troisième révolutions industrielles.

Parmi les penseurs les opposés aux technologies modernes, on peut citer Jacques Ellul (La technique ou l'enjeu du siècle, 1954; Le système technicien, 1977; Le bluff technologique, 1988) et Lewis Mumford (Technique et civilisation, 1934; Le mythe de la machine, 1967-1970). Beaucoup plus récemment, le journaliste et informaticien Evgeny Morozov a développé dans de nombreux articles de presse une critique des technologies numériques, propices à la surveillance de masse et au développement du conformisme social ("nudging"). Plus généralement, il dénonce le "solutionnisme technologique", qui consiste à transformer n'importe quel problème humain (politique, économique, sociétal) en question technique dont la solution est attendue du développement de nouvelles techniques numériques.

Dans sa variante la plus extrême, la critique de la technologie moderne et de l'industrialisation a pris la forme des actions terroristes de l'Américain Ted Kaczynski, alias Unabomber, dans les années 1978 à 1995. Ces actions ont été justifiées par la publication d'un manifeste sur la Société industrielle et son Futur dans le New York Times et le Washington Post (1995).

Aux Etats-Unis, on qualifie de "néo-luddisme" la philosophie qui se caractérise par son opposition aux techniques modernes et prône un retour à des niveaux de techniques plus élémentaires : par référence aux Luddites, nom des briseurs de machines qui sévirent en Angleterre entre 1811 et 1816, des destructions de voitures Smart et des immobilisations de bus d'employés de Google et de Yahoo ont eu lieu en Californie[7]. Ce mouvement sans leader ni structures entretient des liens avec le mouvement anti-globalisation et l'anti-capitalisme, avec l'écologie dans sa forme la plus radicale et avec une forme d'anarchisme primitiviste (courant minoritaire emmené par le philosophe John Zerzan). Cette critique de la société technicienne a néanmoins trouvé quelques porte-parole comme Chellis Glendinning, qui a tenté de donner une direction au mouvement (Notes towards a Neo-Luddite manifesto, 1990). De manière générale, les néo-luddites sont pessimistes quant aux effets des nouvelles technologies, qu'ils considèrent comme une menace pour l'emploi, pour l'environnement et pour l'humanité en général. Nombre d'entre eux pensent qu'un effondrement de la société est possible, et même probable.

Domaines d'application[modifier | modifier le code]

Il existe plusieurs magazines (électroniques) qui proposent des solutions low tech, en particulier LOW-TECH MAGAZINE et NO TECH MAGAZINE.

Exemple d'une moustiquaire intégrée.

Le projet Low-tech Lab[8],[9],[10] propose à chacun de documenter librement les low-tech et participe à les faire rayonner via des expéditions sur le terrain relayées dans les médias (Nomade des Mers[11], Low-tech Tour[12]) ainsi que part l'optimisation de leur design d'usage.

Article connexe : Énergie grise d'une auto.

Travail du bois[modifier | modifier le code]

Plusieurs sites proposent de fabriquer ses meubles soit même afin de limiter comme possible le transport des matières premières et d'éviter l'utilisation de matériau totalement transformé comme sur la plupart des meubles industrielles.

Habitat[modifier | modifier le code]

Arts contemporains[modifier | modifier le code]

« Certains artistes contemporains disent faire usage des Low-tech dans leurs pratiques, notamment dans les domaines de l'Art numérique, des Arts scientifiques, du net art, de la Musique bruitiste, de la Musique électroacoustique ou de la Musique électronique. » [13]

En informatique[modifier | modifier le code]

Il existe des systèmes d'exploitations capables de permettre de continuer à utiliser de vieux ordinateurs : par exemple certains des systèmes d'exploitations surnommés MiniLinux.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Philippe Bihouix, L'Âge des low tech. Vers une civilisation techniquement soutenable
  2. Bihouix, Philippe, 1971- ..., L'âge des low tech : vers une civilisation techniquement soutenable, Éd. du Seuil, dl 2014 (ISBN 9782021160727, OCLC 887535215, lire en ligne)
  3. « Low-Tech Lab », sur lowtechlab.org (consulté le 21 mars 2018)
  4. François Jarrige, Techno-critiques. Du refus du machinisme à la contestation des technosciences, Paris, La Découverte,
  5. Nicolas Eyguesier & Bertrand Louart, Retour sur la Révolution industrielle, Paris, Editions La Lenteur,
  6. Michel Bourdeau & Béatrice Fink, « De l’industrie à l’industrialisme. Benjamin Constant aux prises avec le Saint-Simonisme », Œuvres et critiques,‎ , t. 33, p. 61-78
  7. Blaise Mao, « Les ennemis de la machine », Usbek & Rica,‎ no 15 (été 2016)
  8. « Nomade des Mers : pionnier de l’innovation durable et solidaire », TV5MONDE - Voyage,‎ (lire en ligne)
  9. « « Nomade des mers » teste les technologies de la débrouille », Reporterre. Le quotidien de l'écologie,‎ (lire en ligne)
  10. « Low-Tech Lab », sur lowtechlab.org (consulté le 21 mars 2018)
  11. « Nomade des mers - Sciences | ARTE », sur ARTE (consulté le 21 mars 2018)
  12. « Concarneau. Le « Low-tech Tour » se prépare à faire son tour de France », Le Telegramme de Brest,‎ (lire en ligne)
  13. « Le Low Tech au top », Miguel de Serrault,

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Philippe Bihouix, L'Âge des low tech. Vers une civilisation techniquement soutenable, Éditions du Seuil, collection Anthropocène, 2014.
  • François Jarrige, Techno-critiques. Du refus des machines à la contestation des technosciences, Paris, La Découverte, 2014.
  • Cédric Biagini, David Murray & Pierre Thiesset (éd.), Aux origines de la décroissance – Cinquante penseurs, Paris, L’Echappée ; Vierzon, Le Pas de Côté ; Montréal, Ecosociété, 2017.

Documentaires[modifier | modifier le code]

  • « Cap sur l'innovation », série documentaire 15 × 26 min, FL Concepts, ARTE 2017.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]