Sobriété économique

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

La sobriété économique est le juste niveau en matière de limitation qu'on s'impose, abstinence, ascèse, décélération et rejet de ce qui encombre et est inutile[1]. Il s'agit avant tout de changement de comportement et de transformations sociétales. Cela remet en cause la société de consommation.

Les stratégies environnementales d'ordre technique telles que l'augmentation de l'efficience de l'énergie et des ressources, ou l'utilisation accrue de ressources régénératives, ne mènent pas souvent aux résultats attendus de baisses de consommation à cause de l'effet rebond.

La sobriété en écologie (en anglais sufficiency) vise à diminuer la consommation d'énergie et de ressources naturelles (matériaux). En ce sens, la sobriété est complémentaire de l'éco-efficience et de l'éco-effectivité[2],[3].

La sobriété économique est en faveur de l'environnement et de la transition énergétique. Elle se décompose en plusieurs applications : sobriété énergétique, Sobriété numérique, sobriété matérielle...

Concept[modifier | modifier le code]

Le concept fut employé pour la première fois en 1993 dans le monde germanophone par Wolfgang Sachs[4] qui expliquait :

« Dans les faits, on ne peut s'approcher d'une société respectueuse de la nature que de deux façons: par une rationalisation intelligente des moyens, et par une limitation astucieuse des objectifs. En d'autres termes : la révolution de l'efficacité ne voit pas la direction à prendre si elle n'est pas accompagnée par la révolution de la sobriété[5]. »

Wolfgang Sachs définissait la sobriété avec « quatre D »[6] :

  • Décélérer (aller moins vite moins loin) ;
  • Désencombrer (accumuler moins de biens) ;
  • Décentraliser (choisir le local et le régional) ;
  • Démarchandiser (laisser moins de place au marché dans sa vie).

Manfred Linz décrit la sobriété comme question du juste niveau et définit l'éco-sobriété comme « mode de vie et d'économie, qui met fin à la consommation excessive de biens, et partant, de matière et d'énergie »[7]. Aussi associe-t-il l'éco-efficience à la consistance . On ne peut y arriver qu'au travers d'une faible demande en biens et services qui seraient à l'origine d'une consommation de ressources trop élevée[8]. Le changement de système de pensée ici requis est considéré comme plus difficile que celui qui consiste à s'adapter à de nouvelles technologies[9],[10].

On opère la distinction entre la sobriété d’usage, la sobriété de substitution, la sobriété dimensionnelle et la sobriété collaborative. Mais la sobriété s'adresse aussi bien aux individus qu'à la société dans son ensemble[11],[12].

Pour valoriser pleinement le potentiel d'économies d'énergie, il convient de combiner la sobriété énergétique avec l'efficacité énergétique[13]. Mais l'efficacité énergétique seule entraîne des risques d'effet rebond (impact plus faible que prévu) et occulte la possibilité d'éviter complètement des dépenses énergétiques par la sobriété (par exemple, en séchant la lessive sur un fil plutôt que dans une machine)[13].

Recherche[modifier | modifier le code]

La recherche cherche les conditions individuelles sociales et politiques qui empêchent une consommation mesurée, comment il est possible de viser une consommation mesurée. Cela inclut la façon dont le comportement de consommation de la société de gaspillage (throw-away society) et l'articulation de la perception du bien-être aux biens matériels peuvent être modifiés. Et cela inclut les conséquences sur la structure économique et la croissance d'un agissement mesuré des ménages, entreprises et institutions.

Le congrès de 2011 de l' association allemande pour une économie écologique place la sobriété au cœur d'un champ de contrainte entre le bonheur et le renoncement[14]. Tout comme l'éco-efficience, la sobriété n'est pas exempte d'effets rebond[15].

Une question centrale de la recherche et qui reste encore ouverte est de savoir quelle part de sobriété, à côté de l'efficience et de la consistance, est nécessaire pour atteindre une protection de la nature qui soit vraiment efficiente. Les effets rebond constituent une vraie menace et justifient pleinement la sobriété, tout comme le changement climatique, la diminution des ressources et la perte de biodiversité.

Accord de Paris[modifier | modifier le code]

La Fondation pour la nature et l'homme ainsi que l'association négaWatt regrettent que la sobriété ne fasse l'objet d'aucune mention dans le cadre de l'accord de Paris. En effet, selon eux, les énergies renouvelables ne sauraient s'ajouter à la production actuelle d'énergie, mais au contraire, doivent s'y substituer [16]. Pour ce faire, la seule voie possible est celle de la sobriété.

Consommation électrique domestique[modifier | modifier le code]

Les appareils domestiques qui consomment le plus sont[17] :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (de) Niko Paech et Björn Paech, « Suffizienz plus Subsistenz ergibt ökonomische Souveränität : Stadt und Postwachstumsökonomie », oekom e.V. – Verein für ökologische Kommunikation (Hrsg): Post-Oil City. Die Stadt von morgen,‎ , p. 54-60.
  2. (de) Joseph Huber, Nachhaltige Entwicklung durch Suffizienz, Effizienz und Konsistenz. Éditeur Peter Fritz. Pages 31-46.
  3. website econstor.eu [PDF].
  4. Gerhard Scherhorn : Über Effizienz hinaus, in Hartard, Schaffer & Giegrich (Hrsg.), Ressourceneffizienz im Kontext der Nachhaltigkeitsdebatte, Baden-Baden, 2008, Nomos Verlag.
  5. Wolfgang Sachs, Die vier E's: Merkposten für einen maß-vollen Wirtschaftsstil, pages 69-72. Citation originale : « Einer naturverträglichen Gesellschaft kann man in der Tat nur auf zwei Beinen näherkommen: durch eine intelligente Rationalisierung der Mittel wie durch eine kluge Beschränkung der Ziele. Mit anderen Worten: die „Effizienzrevolution“ bleibt richtungsblind, wenn sie nicht von einer „Suffizienzrevolution“ begleitet wird ».
  6. Uwe Schneidewind (de) et Angelika Zahrnt, « La vie bonne est une question politique », La revue durable, numéro 61 (« Sobriété et liberté : à la recherche d'un équilibre »), été-automne 2018, pages 26-29. En allemand, les « quatre E » : Entschleunigung, Entflechtung, Entrümpelung et Entkommerzialisierung.
  7. Manfred Linz: wupperinst.org
  8. (de) « Wachstum und Ressourcenverbrauch », sur Wachstum im Wandel (consulté le ).
  9. (de) Joachim Lohse (Geschäftsführer), « Die Suffizienz ist politisch ungleich heikler als die Effizienzfrage » », Öko-Institut.
  10. (de) Kai Biermann, « Klimawandel: Das V-Wort », Die Zeit.
  11. « Sobriété énergétique : mieux consommer, moins consommer, changer de modèle énergétique ? », sur connaissancedesenergies.org, .
  12. « Comprendre » [PDF], sur The Shift Project, .
    The Shift Project reprend ici des éléments de l'association négaWatt.
  13. a et b Kris de Decker, « L'insoutenable légèreté du concept d'efficience énergétique », La revue durable, numéro 61 (« Sobriété et liberté : à la recherche d'un équilibre »), été-automne 2018, pages 33-35.
  14. Jubiläumstagung 2011: „Suffizienz: Verzicht oder Glück!?“
  15. Blake Alcott : « The sufficiency strategy: Would rich-world frugality lower environmental impact? »(Archive.orgWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?) [PDF], Ecological Economics, 64 (2007), Nr. 4. Seiten 770–786
  16. La sobriété énergétique, pièce cachée mais essentielle du puzzle d’un accord ambitieux et équitable [PDF], communiqué de presse, association négaWatt et Fondation Nicolas-Hulot pour la nature et l'homme.
  17. « Énergie : réfrigérateur, télévision... Quels appareils consomment le plus chez vous et comment réaliser des économies ? », La Dépêche du Midi, (consulté le ).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (de) Wolfgang Sachs, Die vier E's : Merkposten für einen maß-vollen Wirtschaftsstil, Institut de Wuppertal, (Online (PDF; 172 kB))
  • (de) Felix Ekardt, Jahrhundertaufgabe Energiewende : Ein Handbuch,
  • (de) Felix Ekardt, Theorie der Nachhaltigkeit : Rechtliche, ethische und politische Zugänge : am Beispiel von Klimawandel, Ressourcenknappheit und Welthandel, 2011, 3. aufl. folgt 2015
  • (de) Manfred Linz, Weder Mangel noch Übermaß : über Suffizienz und Suffizienzforschung, Institut de Wuppertal, (Online (PDF; 319 kB))
  • (de) Uta von Winterfeld, Frederik Lippert, Alicja Darksi, Claudia Kaiser, Eine nachhaltige Gesellschaft braucht Suffizienz, (lire en ligne)
  • (de) Oliver Stengel, Die Konsumgesellschaft in der ökologischen Krise, oekom verlag, (ISBN 978-3-86581-280-3, lire en ligne)
  • (de) Konrad Ott et al., Suffizienz : Umweltethik und Lebensstilfragen, Heinrich Böll Stiftung, coll. « Vordenken - Ökologie und Gesellschaft 2 », (boell.de (PDF; 141 kB))
  • (en) Thomas Princen, The Logic of Sufficiency. MIT Press, Cambridge, 2005.
  • (en) Mark A. Burch, The Hidden Door: Mindful Sufficiency as an Alternative to Extinction. Simplicity Institute, Melbourne, 2013.
  • (de) Uwe Schneidewind, Angelika Zahrnt, Damit gutes Leben einfacher wird: Perspektiven einer Suffizienzpolitik. Oekom Verlag, 2013.
  • (de) Politische ökologie, Vom rechten Maß: Suffizienz als Schlüssel zu mehr Lebensglück und Umweltschutz. Nr. 135, 2013.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]