Daniel Cohen (économiste)

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Ne doit pas être confondu avec Élie Cohen (économiste).
Daniel Cohen
Naissance (64 ans)
Tunis
Nationalité Français
Profession
Formation

Daniel Cohen est un économiste français né le à Tunis[1]. Ancien élève de l'École normale supérieure de la rue d'Ulm (1973-1976), c'est un spécialiste de la dette souveraine[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Études[modifier | modifier le code]

Carrière[modifier | modifier le code]

Daniel Cohen est professeur d'économie à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm (section mathématiques), vice-président de l'École d'économie de Paris, dont il a été l'un des membres fondateurs, et directeur du Centre pour la recherche économique et ses applications (CEPREMAP). Il fut notamment membre du Conseil d’analyse économique (CAE) auprès du Premier ministre entre 2010 et 2012. Il est professeur à l'université Paris I Panthéon-Sorbonne.

Spécialiste de la dette souveraine, il est conseiller à la banque Lazard[3],[4], avec laquelle il a conseillé le Premier ministre grec Geórgios Papandréou et le président équatorien Rafael Correa pour la renégociation de la dette de leurs pays. Il a participé, avec la Banque mondiale, à l'« initiative de réduction de la dette des Pays Pauvres Très Endettés » (initiative PPTE).

Daniel Cohen se définit comme un « économiste pragmatique[5] ».

Activités médiatiques et politiques[modifier | modifier le code]

Éditorialiste au Monde, il est membre de son conseil de surveillance[6]. Il est président du conseil scientifique de la Fondation Jean-Jaurès.

Il a présenté sur France 2, le , avec Erik Orsenna et Pierre Arditi, Fric, krach et gueule de bois : le roman de la crise, un magazine résumant l'histoire économique depuis les années 1970.

Il a rejoint en juillet 2011 l'équipe de campagne de Martine Aubry pour l'élection présidentielle de 2012, chargé, avec Pierre-Alain Muet, du sujet « Economie-Finances-G20[7] ».

Sur le plateau de LCP, il reconnaît, en décembre 2011, être l'un des soutiens et des conseillers économiques de François Hollande. Lors de la présidentielle de 2012, il signe l'appel des économistes en soutien à celui-ci[8]. Il soutient Benoît Hamon à la présidentielle de 2017[9].

Distinctions[modifier | modifier le code]

Œuvre[modifier | modifier le code]

Au fil de ses ouvrages, Daniel Cohen analyse les transformations du capitalisme contemporain sous différents aspects, mêlant analyses historiques et économiques. Ses ouvrages ont tous été traduits en anglais (ils ont été édités par MIT Press aux États-Unis) et dans une dizaine d’autres langues. La revue Choice Magazine a désigné Globalization and Its Enemies comme l’Outstanding Academic Title de l’année 2006[11].

  • Richesse du monde, pauvretés des nations (1997) examine la montée des inégalités, en soulignant le rôle accru de l'endogamie sociale à travers le concept « d'appariements sélectifs ». Denis Clerc, d'Alternatives économiques résume ainsi la thèse centrale de ce livre : « La troisième révolution industrielle est en cours. Et cette troisième révolution fonctionne selon le mécanisme des appariements : les bons vont avec les bons, les autres tentent de se débrouiller et se retrouvent souvent sur le côté du chemin[12]. »
  • Nos temps modernes (2000) analyse pourquoi « le stress devient le mode de régulation de la société post-fordiste » et oppose aux théories de la fin du travail l'idée de travail sans fin[13].
  • La Mondialisation et ses ennemis (2004) reprend l'opposition entre les théories économiques de la division du travail et les théories historiques de Fernand Braudel fondées sur l'opposition centre-périphérie. En faveur des thèses braudéliennes, Daniel Cohen montre que « les pauvres sont moins exploités qu'oubliés et marginalisés[14]. » Mais il donne également à voir comment les nouvelles technologies de l'information tendent à créer un horizon d'attente partagé, qui ne tient pas ses promesses et aiguise les frustrations.
  • Trois leçons sur la société post-industrielle (2006) résume ses précédentes analyses, en soulignant les enjeux sociaux de la sortie de la société industrielle : « À l'image de la société féodale, la société industrielle du XXe siècle lie un mode de production et un mode de protection. Elle scelle l'unité de la question économique et de la question sociale… » Pour Daniel Cohen, nous vivons aujourd'hui « la fin de la solidarité qui était inscrite au cœur de la firme industrielle. »
  • La Prospérité du vice, Une introduction (inquiète) à l'économie (2009) propose une fresque historique, du néolithique à nos jours, par laquelle il montre que l'avènement du capitalisme marque le passage d'un monde gouverné par la loi de Malthus à un autre gouverné par le paradoxe d'Easterlin[15]. La loi de Malthus bloque la croissance du revenu par tête, en raison de la démographie, alors que le paradoxe d'Easterlin montre que la richesse ne contribue pas à élever le bonheur individuel.
  • Homo Economicus, prophète (égaré) des temps nouveaux (2012) précise le fonctionnement du Paradoxe d'Easterlin. Daniel Cohen plaide, dans cet ouvrage, pour un rééquilibrage de la coopération sur la compétition[16].
  • Chroniques d'un krach annoncé (2003) est un recueil d'articles publiés par Daniel Cohen dans Le Monde, dont le titre reprend celui d'un éditorial publié en juin 2000. Dans ces articles, Daniel Cohen indique que le krach de la bulle internet était inéluctable[17].

Avec Philippe Askenazy, Daniel Cohen a par ailleurs coordonné plusieurs ouvrages offrant la publication des travaux des chercheurs du CEPREMAP[18], tels que Vingt-sept questions d'économie contemporaine (2008), Quinze nouvelles questions d'économie contemporaine (2010), Cinq crises (2013).

Citation[modifier | modifier le code]

« La société industrielle liait un mode de production et un mode de protection. Elle scellait ainsi l'unité de la question économique et de la question sociale. La “société post-industrielle”, elle, consacre leur séparation et marque l'aube d'une ère nouvelle. »

— Daniel Cohen, Trois leçons sur la société post-industrielle, Éditions du Seuil, Paris, 2006, 4e de couverture.

Publications[modifier | modifier le code]

  • Monnaie, Richesse et Dette des Nations, Éditions du CNRS, 1987
  • Private Lending to Sovereign States, MIT Press, 1991
  • Les Infortunes de la Prospérité, Julliard, Paris, 1994[19]
  • Richesse du monde, pauvreté des nations, Flammarion, Paris, 1997[20]
  • Nos Temps modernes, Flammarion, Paris, 2000[21] Prix du livre d'économie 2000.
  • La Mondialisation et ses ennemis, Grasset, Paris, 2004[22]
  • Trois leçons sur la société post-industrielle, Éditions du Seuil, Paris, 2006
  • 27 Questions d'économie contemporaine (tome 1), sous la direction de Philippe Askenazy et Daniel Cohen, Albin Michel, Paris, 2008
  • La Prospérité du vice. Une introduction (inquiète) à l'économie, Albin Michel, Paris, 2009[23] Daniel Cohen montre que la prospérité et l'éducation ne suffisent pas à pacifier le monde, comme en témoigne l'histoire européenne, et met en garde contre l'idée que la mondialisation suffirait aujourd'hui à pacifier les relations internationales.
  • Avec Olivier Jean Blanchard, Macroéconomie, Pearson Education, 4e édition, 2010
  • 16 nouvelles questions d'économie contemporaine (tome 2), sous la direction de Philippe Askenazy et Daniel Cohen, Albin Michel, Paris, 2010
  • Homo Economicus, prophète (égaré) des temps nouveaux, Albin Michel, Paris, 2012, 280 p. (ISBN 978-2226240293) Prix du livre d'économie 2012.
  • 5 crises - 11 nouvelles questions d'économie contemporaine, sous la direction de Philippe Askenazy et Daniel Cohen, Albin Michel, 2013
  • Le monde est clos et le désir infini[24], Albin Michel, 2015

Prix[modifier | modifier le code]

Critiques[modifier | modifier le code]

Sa fonction au sein de la banque Lazard lui est parfois reprochée comme présentant un risque de potentiel conflit d'intérêts[25],[26] ; elle lui rapporterait, selon Médiapart, entre un et deux millions d'euros par an. Il a répondu, dans le Nouvel Observateur, que cette affirmation était surévaluée « dans un gros rapport de un à dix avec la réalité »[27]. Il a par ailleurs déclaré :

« Mes recherches portent depuis toujours sur la dette internationale. Je prends comme un antidote à l'académisme d'être au contact des problèmes réels[27]. »

Daniel Cohen est l'une des personnalités critiquées par le film documentaire français sorti en janvier 2012 Les Nouveaux Chiens de garde, lui-même tiré de l'essai éponyme de Serge Halimi paru en 1997, qui explore les collusions entre les médias français et le pouvoir politique et économique. Le film montre notamment un extrait de l'émission Face à Minc présentée par Alain Minc sur la chaîne Direct 8 le 7 juin 2008, où Daniel Cohen déclare :

« La crise financière est a priori passée. Le risque que la crise financière dérape en crise systémique où les banques tomberaient comme des dominos, ça, ça semble écarté. »

Pour l'économiste Frédéric Lordon, « c'est le propre de tout ce qu'il s'est passé avec cette crise. […] Elle a pris à revers. […] C'est la démonstration à grand spectacle d'une colossale erreur. »

L'association française de critique des médias Acrimed (de la gauche antilibérale) a publié, depuis 2006, plusieurs articles critiques à son encontre[28].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Les Echos.
  2. Le Dauphiné, « Daniel Cohen: « La crise ne m'inquiète pas » », 7 avril 2013.
  3. « Crise grecque : Jean-Pierre Jouyet balance un scud à Daniel Cohen », Marianne2, 14 septembre 2011.
  4. « Lazard Frères dopé par la Grèce », Le Figaro, 4 juillet 2011.
  5. « A priori, je suis catalogué parmi les économistes dits néoclassiques, héritiers des théoriciens de l'équilibre général à la Walras. Je me définirais plutôt comme un économiste pragmatique », interview, juillet 2004.
  6. « "Le Monde" a conclu sa recapitalisation », lemonde.fr, 3 novembre 2010.
  7. L'équipe de campagne de Martine Aubry sur le site officiel martineaubry.fr
  8. Philippe Aghion et al., « Nous, économistes, soutenons Hollande », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  9. Daniel Cohen: "Je vais soutenir Benoît Hamon", bfmtv.com, 16 février 2017
  10. « Décret du 29 mars 2013 portant promotion et nomination », sur Légifrance.
  11. (en) « Globalization and Its Enemies is one of the most original and incisive inquiries into the subject I have seen », John Gray, The New York Review of Books.
  12. Voir sur alternatives-economiques.fr.
  13. Voir sur alternatives-economiques.fr.
  14. Voir sur nybooks.com.
  15. Voir sur timeshighereducation.co.uk.
  16. Voir sur alternatives-economiques.fr.
  17. Voir sur alternatives-economiques.fr.
  18. Voir sur cepremap.fr.
  19. Traduction MIT Press et en 4 langues.
  20. Traduction MIT Press et en 12 langues.
  21. Traduction MIT Press et en 8 autres langues.
  22. Traduction MIT Press et en 7 autres langues.
  23. Traduction à paraître MIT Press et 9 autres langues.
  24. Voir sur lemonde.fr.
  25. Arrêt sur images, « D. Cohen, économiste en conflit d'intérêt ? », 27 septembre 2011.
  26. « Les économistes à gages sur la sellette », Le Monde Diplomatique, mars 2012.
  27. a et b « Les économistes sont-ils des imposteurs ? », Le Nouvel Obs, 2 avril 2012.
  28. Daniel Cohen sur Acrimed.

Liens externes[modifier | modifier le code]