Collapsologie

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Le terme collapsologie est un néologisme apparu au début du XXIe siècle pour désigner l'étude de l'effondrement de la civilisation industrielle et de ce qui pourrait lui succéder[1].

Développée en France au sein de l'Institut Momentum co-fondé par Yves Cochet qui définit l'effondrement comme « le processus à l’issue duquel les besoins de base (eau, alimentation, logement, habillement, énergie, etc.) ne sont plus fournis (à un coût raisonnable) à une majorité de la population par des services encadrés par la loi[2] », la collapsologie est nommée et portée à la connaissance du grand-public par Pablo Servigne et Raphaël Stevens dans leur essai : Comment tout peut s’effondrer. Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes publié en 2015[3].

La collapsologie s'inscrit dans l'idée que l'homme impacte son environnement durablement et négativement, et propage le concept d'urgence écologique, lié notamment au réchauffement climatique et à l'effondrement de la biodiversité. Les collapsologues estiment cependant que l'effondrement de la civilisation industrielle pourrait provenir de la conjonction de différentes crises : crise environnementale, mais aussi crise énergétique, économique, géopolitique, démocratique...[4]

La collapsologie se présente comme un exercice transdisciplinaire faisant intervenir l’écologie, l’économie, l’anthropologie, la sociologie, la psychologie, la biophysique, la biogéographie, l’agriculture, la démographie, la politique, la géopolitique, l’archéologie, l’histoire, la futurologie, la santé, le droit et l’art[5].

Sommaire

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le mot « collapsologie » est un néologisme inventé « avec une certaine autodérision »[6]par Pablo Servigne, ingénieur agronome et Raphaël Stevens, expert en résilience des systèmes socio-écologiques. Il apparaît dans leur ouvrage publié en 2015[7].

Issu du latin collapsus, participe passé de collabi, « tomber d'un bloc, s'écrouler, s'affaisser »  (qui a donné to collapse en anglais) et du suffixe « -logie  », logos, « parole, discours, raison, relation », ce terme[8] est destiné à nommer une démarche à caractère scientifique. Même si le fait de marier des étymons d'origines différentes (grecque et latine) en fait un « monstre » (cette technique est souvent utilisée pour donner une valeur péjorative au mot ainsi forgé), ce terme n'est pas pour autant péjoratif.

Fondements mythologiques et religieux[modifier | modifier le code]

Se distingant des pensées eschatologiques traditionnelles, la collapsologie s'appuie sur des données et des concepts issus de travaux scientifiques contemporains. Elle ne s'inscrit pas dans l'idée de la « fin du monde » mais fait l'hypothèse de la fin d'un monde, celui de la « civilisation thermo-industrielle ».

Fondements scientifiques[modifier | modifier le code]

Dès 1972, le rapport Meadows, intitulé The Limits of Growth et réalisé par des chercheurs du MIT, alerte des risques d'une croissance démographique et économique exponentielle sur une planète aux ressources limitées[4].

Approche systémique, la collapsologie s’appuie sur des études de prospective telles The Limits of Growth, mais également sur l'état des tendances mondiales et régionales dans le domaine environnemental, social et économique (comme les rapports du GIEC, de l'IPBES ou du Global Environment Outlook (GE) périodiquement publiés par la division de l'alerte rapide et de l’évaluation du PNUE de l'ONU…) et de nombreux travaux scientifiques[1] ainsi que diverses études, telles que « A safe operating space for humanity » [9] ; « Approaching a state shift in Earth’s biosphere »[10], publiées dans Nature en 2009 et 2012, « The trajectory of the Anthropocene: The Great Acceleration »[11], publiée en 2015 dans The Anthropocene Review, ou encore « Trajectories of the Earth System in the Anthropocene »[12] publiée en 2018 dans les Comptes-rendus de l'Académie nationale des sciences des États-Unis d'Amérique).


Antécédents historiques[modifier | modifier le code]

La collapsologie ne s'intéresse pas aux causes non-anthropogéniques, c'est à dire des causes qui ne sont pas dues aux activités humaines tels que les impacts cosmiques, les tremblements de terre ou les changements climatiques naturels passés.

Impacts cosmiques[modifier | modifier le code]

Volcanisme, séismes et tsunamis[modifier | modifier le code]

Évènements climatiques[modifier | modifier le code]

Accidents nucléaires[modifier | modifier le code]

Typologie de causes potentielles d'effondrement[modifier | modifier le code]

Causes environnementales[modifier | modifier le code]

Causes nucléaires[modifier | modifier le code]

Causes technologiques[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Gelée grise, Kim Eric Drexler et Écophagie.

Causes biologiques et pandémies[modifier | modifier le code]

Causes économiques et financières[modifier | modifier le code]

Histoire du concept[modifier | modifier le code]

Les précurseurs (278 av. J.C.-2005)[modifier | modifier le code]

Même si ce néologisme n'est apparu qu'en 2015 et concerne l'étude de l'effondrement de la civilisation industrielle, l'étude de l'effondrement des sociétés est plus ancienne et relève probablement d'une inquiétude propre à toute civilisation. Parmi les travaux sur ce thème (au sens large) on peut citer ceux de Bérose (278 av. J.C.), Pline le jeune (79 ap. J.C.), Ibn Khaldoun (1375), Montesquieu (1734), Edward Gibbon (1776), Georges Cuvier, (1821), Élisée Reclus (1905), Oswald Spengler (1918), Arnold Toynbee (1939), Günther Anders (1956), Samuel Noah Kramer (1956), Leopold Kohr (1957), Rachel Carson (1962), Donella Meadows, Dennis Meadows & Jørgen Randers (1972), René Dumont (1973), Hans Jonas (1979), Joseph Tainter (1988), Al Gore (1992), Hubert Reeves (2003), Richard Posner (2004), Jared Diamond (2005).

Bérose (environ 300 av. J.C.)[modifier | modifier le code]

Pline le jeune (66-115 ap. J.-C.)[modifier | modifier le code]

Ibn Khaldoun (1332-1406)[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Ibn Khaldoun et Muqaddima.

Montesquieu (1689-1755)[modifier | modifier le code]

Edward Gibbon (1734-1794)[modifier | modifier le code]

Georges Cuvier (1769-1832)[modifier | modifier le code]

Élisée Reclus (1830-1905)[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Élisée Reclus et L'Homme et la Terre.

Oswald Spengler (1880-1936)[modifier | modifier le code]

Arnold Toynbee (1889-1975)[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Arnold Toynbee et Histoire globale.

Dans son ouvrage monumental (initialement paru en douze tomes) et très controversé de l'historiographie contemporaine intitulé L'Histoire (A Study or History, 1972), écrit de 1920 à 1972, Arnold Toynbee (1889-1975), se revendiquant des historiens grecs Thucidide, Hérodote et Polybe, traite de la genèse des civilisations (chap. 2), de leur croissance (chap. 3), de leur déclin (chap. 4), et de leur désagrégation (chap. 5). Selon lui, la mortalité des civilisations est une évidence triviale pour l'historien, comme l'est le fait qu'elles se succèdent dans le temps long, par le fait, notamment, de processus analysables objectivement, telle l'importance que revêt, selon ses travaux, lors de l'émergence des nouvelles civilisations, la rencontre entre ce qu'il nomme le prolétariat intérieur (la main d’œuvre qui assure quotidiennement le fonctionnement matériel d'une société) et le prolétariat extérieur (les populations vivant aux marges des civilisations et perpétuant des pratiques, savoirs et techniques agricoles et de survie pluri-millénaires). C'est, écrit-il, au lieu même de cette rencontre que sont toujours apparues les formes des nouvelles civilisations naissantes[13].

Günther Anders (1902-1992)[modifier | modifier le code]

Samuel Noah Kramer (1897-1990)[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Samuel Noah Kramer, Décadence et Sumer.

Leopold Kohr (1909-1994)[modifier | modifier le code]

Rachel Carson (1907-1964)[modifier | modifier le code]

Donella Meadows (1941-2001), Dennis Meadows (né en 1942) & Jørgen Randers (né en 1945)[modifier | modifier le code]

René Dumont (1904-2001)[modifier | modifier le code]

Hans Jonas (1903-1993)[modifier | modifier le code]

Al Gore (né en 1948)[modifier | modifier le code]

Joseph Tainter (né en 1949)[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Joseph Tainter et Le Monde jusqu'à hier.

Dans son ouvrage L’Effondrement des sociétés complexes, l'anthropologue et historien Joseph Tainter (1949-) étudie l’effondrement de diverses civilisations, dont celui de l'Empire romain, en termes de théorie des réseaux, d’économie de l’énergie et de théorie de la complexité. Pour Tainter, une société toujours plus complexe finit par s'effondrer en raison de la difficulté toujours croissante à résoudre ses problèmes.[réf. nécessaire]

Hubert Reeves (né en 1932)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Hubert Reeves.

Richard Posner (né en 1939)[modifier | modifier le code]

Jared Diamond (né en 1937)[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Jared Diamond et Effondrement (essai).

Historiquement, le géographe, biologiste évolutionniste et physiologiste américain, Jared Diamond (1937- ) , auteur d'un livre dénommé Effondrement : Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie (Collapse: How Societies Choose to Fail or Survive), paru en 2005, évoquait déjà le thème de l'effondrement civilisationnel (collapse) en s'appuyant sur des cas qu'il considère comme historiques, notamment les civilisations pascuane, viking et maya. Cet ouvrage a connu un retentissement au-delà même des États-Unis, malgré l'émission de certaines critiques[14].

Collapsologues (ou assimilés) actuels[modifier | modifier le code]

Aujourd'hui (2020), de nombreuses personnalités gravitent dans, ou autour, de la sphère des collapsologues. Toutes n'ont pas la même vision de l'effondrement civilisationnel, certaines même réfutent ce terme de "collapsologue", mais toutes se retrouvent pour admettre que la civilisation industrielle contemporaine, et la biosphère dans son ensemble, sont sur le point de subir une crise globale d'une ampleur sans précédent. Selon elles, le processus serait déjà en cours, et il ne serait désormais possible que de tenter d'en réduire les effets dévastateurs à plus ou moins brève échéance.

Yves Cochet & Agnès Sinaï[modifier | modifier le code]

Pablo Servigne & Raphaël Stevens[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Pablo Servigne et Transition écologique.

Jean-Marc Jancovici[modifier | modifier le code]

John Beddington[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : John Beddington et Effondrement écologique.

Jonathon Porritt[modifier | modifier le code]

Dmitry Orlov[modifier | modifier le code]

Theodore Kaczinski[modifier | modifier le code]

Valérie Cabanes[modifier | modifier le code]

Cyril Dion[modifier | modifier le code]

Clive Hamilton[modifier | modifier le code]

Aurélien Barrau[modifier | modifier le code]

Nick Bostrom[modifier | modifier le code]

Laurent Testot[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Laurent Testot.

Naomi Oreskes & Erik M. Comeau[modifier | modifier le code]

Hervé Kempf[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Hervé Kempf.

David Holmgren & Bill Mollison[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : David Holmgren, Bill Mollison et Permaculture.

Piero San Giorgio[modifier | modifier le code]

Thèmes généraux[modifier | modifier le code]

Tableau de John Martin
La Fin du Monde, 1851-1853.

Voici, ci-dessous, une liste non exhaustive des thèmes généraux identifiés et notamment retenus par Pablo Servigne et Raphaël Stevens, dans leur ouvrage commun[5] :

Effondrement de civilisations dans l'Histoire[modifier | modifier le code]

Déclin et chute de civilisations antiques[modifier | modifier le code]

Malte[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Préhistoire de Malte.

Empire perse[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Achéménides, Séleucides, Empire parthe et Sassanides.

Civilisation égyptienne[modifier | modifier le code]

Royaume hittite[modifier | modifier le code]

Civilisation mycénienne[modifier | modifier le code]

Civilisation de la vallée de l'Indus[modifier | modifier le code]

Civilisation étrusque[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Histoire des Étrusques et Bataille de Cumes.

Empire romain d'Occident[modifier | modifier le code]

Civilisation des anasazis[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Anasazis, Zuñis et Hopis.

Civilisation précolombienne des Mound Builders[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Mound Builders, Adena et Culture Hopewell.

Empire aztèque[modifier | modifier le code]

Civilisation maya[modifier | modifier le code]

Civilisation inca[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Civilisation inca et Túpac Amaru.

Empire ottoman[modifier | modifier le code]

Île de Pâques[modifier | modifier le code]

Déclin de la civilisation industrielle ou naissance de nouvelles civilisations ?[modifier | modifier le code]

Si les préoccupations contemporaines (2019) liées aux scénarios annoncés d'un éventuel effondrement de la civilisation industrielle contemporaine mettent aujourd'hui en avant plus particulièrement la phase critique dite de l'effondrement, tant les précurseurs (notamment Toynbee) que les contemporains (Servigne) développent également diverses analyses sur la phase supposée suivante que constitue l'émergence de nouvelles formes civilisationnelles futures à l'aide de scénarios variant entre l'émergence de sociétés low-tech basées sur l'entraide et des sociétés transhumanistes ou posthumanistes, de conquête spatiale (Jeff Bezos, Elon Musk) ou de troisième révolution industrielle (Jeremy Rifkin). Mais de très nombreux mouvements militants [15] et courants de pensée contemporains (2020) sont porteurs de projets civilisationnels, notamment plus écologiques et moins mondialisés, voire allant dans le sens de l'émergence de noosphère et de noogenèse largement théorisés depuis plus d'un siècle (Cosmisme d'Alexandre Tchijevski, Constantin Tsiolkovski, Nikolaï Fiodorov, Nikolaï Setnitski & Vladimir Vernadski, et philosophie de Pierre Teilhard de Chardin (1922)).

Prévention, préparation, réactions à un potentiel effondrement civilisationnel[modifier | modifier le code]

Dispositions préventives[modifier | modifier le code]

Dispositions collectives[modifier | modifier le code]

Décisions et dispositions politiques[modifier | modifier le code]

Dispositions individuelles[modifier | modifier le code]

Choix de vie[modifier | modifier le code]

Dispositions préparatoires[modifier | modifier le code]

Dispositions collectives[modifier | modifier le code]

Lois et règlements[modifier | modifier le code]

Dispositions individuelles[modifier | modifier le code]

Réactions[modifier | modifier le code]

Réactions collectives[modifier | modifier le code]

Réactions individuelles[modifier | modifier le code]

Indices et prémices d'effondrement[modifier | modifier le code]

Déclin et effondrement de la faune[modifier | modifier le code]

Atteintes des milieux naturels[modifier | modifier le code]

Recul et fonte des glaciers[modifier | modifier le code]

Atteintes biologiques[modifier | modifier le code]

Baisse de la population humaine[modifier | modifier le code]

Analyses critiques[modifier | modifier le code]

Critiques de la collapsologie (2015-2018)[modifier | modifier le code]

Plusieurs articles, publiés par des auteurs différents, proposant une critique de la collapsologie, ont été publiés depuis la parution du livre de Pablo Servigne et Raphaël Stevens en 2015.

Jacques Igalens.

Jacques Igalens[modifier | modifier le code]

Un article (publié en 2017) de l’enseignant-chercheur Jacques Igalens intitulé «  La collapsologie est-elle une science ?  »[16], au sein duquel il questionne le caractère transdisciplinaire de la collapsologie (sans remettre en question son caractère multidisciplinaire) en soulignant l’absence de paradigme et de fondements communs rapprochant les différents sujets abordés. Selon lui, « le fait de partager un concept », à savoir l’effondrement, « ne construit pas à lui seul une discipline scientifique, qui suppose une articulation de concepts et, dans le cas présent, cette articulation est différente en biologie, en physique, en anthropologie, en psychologie, etc. »[16] Il conclut en écrivant :

« la collapsologie ne produira pas de connaissance nouvelle (ce sont les sciences dont elle dépend qui le feront), mais elle produira une narration nouvelle de notre vie en commun, et c’est certainement aussi utile. »

Bertrand Vidal[modifier | modifier le code]

Interrogé à propos du survivalisme lors de la sortie de son essai intitulé Survivalisme, êtes vous prêts pour la fin du monde ? le sociologue Bertrand Vidal dénie le caractère rationnel de la collapsologie. Il explique que contrairement à la cindynique qui est une science rationnelle des dangers s'intéressant aux façons de surpasser les catastrophes, la collapsologie « insiste uniquement sur le pire »[17]. Il mentionne également le désir de catastrophe faisant écho à Henri-Pierre Jeudy[18].

Daniel Tanuro[modifier | modifier le code]

Deux articles (publiés en 2015 puis 2018) de Daniel Tanuro, ingénieur agronome et environnementaliste, collaborateur du journal Le Monde diplomatique, fondateur de l’ONG belge Climat et justice sociale, auteur en 2010 de l’essai L’Impossible Capitalisme vert : dans sa critique (2015) de l’essai Comment tout peut s’effondrer, il reproche entre autres aux deux auteurs l’absence d’analyse du capitalisme : « Le lien entre ce système particulier et l’accumulation n’est même pas évoqué. »[19] Dans un second texte publié dans le journal suisse romand d’écologie politique Moins !, Daniel Tanuro approfondit le débat en proposant une analyse comparative de la collapsologie et de l’écosocialisme[20]. Il y critique l’aspect inévitable de l’effondrement tel qu’avancé par les collapsologues ainsi que leur posture qu’il qualifie de « résignation fataliste ». L’effondrement doit selon lui être combattu par des réponses anticapitalistes, en bloquant par exemple les projets d’expansion du capital fossile (ce que Naomi Klein appelle « blockadia » dans son ouvrage Tout peut changer) :

« C’est la lutte qui est à l’ordre du jour, pas la résignation endeuillée[20]. »

Nicolas Casaux[modifier | modifier le code]

En 2018, Nicolas Casaux, membre du collectif Le Partage et de l’organisation d’écologie radicale internationale Deep Green Resistance, qualifie quant à lui la définition de la collapsologie d’« un peu nébuleuse »[21]. Il écrit à propos de cette dernière qu’elle « se caractérise […] par des perspectives et des analyses parfois contradictoires, ou bien trop limitées[21]. » Selon lui, « le principal problème de la collapsologie relève […] du narcissisme qu’elle perpétue (l’effondrement comme la catastrophe plutôt que la civilisation industrielle comme la catastrophe)[21]. », et il conclut :

« On ne peut que souhaiter que ses promoteurs éclaircissent leur perspective, qu’ils s’affranchissent des relents toxiques de la culture dominante qui les empêchent de prendre position de manière plus déterminée, qu’ils intègrent la critique sociale à leur analyse, qu’ils adoptent une perspective plus compréhensive, biocentrée ou écocentrée, rejoignant ainsi, sans équivoque, le camp de ceux qui luttent contre la “guerre contre le monde vivant” que mène la civilisation industrielle, selon l’expression de George Monbiot[21]. »

Vincent Mignerot[modifier | modifier le code]

En 2018, dans un article intitulé « Intuition et collapsologie », l’écrivain et chercheur indépendant Vincent Mignerot indique que,

« [bien qu’il ait] pu défendre […] le projet ambitionné par la collapsologie, en tout cas son intention transdisciplinaire » et qu’il s’intéresse à « l’étude de l’évolution de nos sociétés dans la perspective d’un déclin ou d’un effondrement »[22], il émet « des réserves quant à certains débords possibles, en raison en particulier d’un manque de clarté dans la définition d’un cadre méthodologique de référence[22]. »

Il précise ne pas se reconnaître dans ce « courant de pensée naissant »[23] et ne se « revendique pas collapsologue. » malgré le fait qu'il étudie les risques d'effondrement de la civilisation industrielle[22].

Travaux universitaires récents sur la collapsologie[modifier | modifier le code]

Dans sa thèse de doctorat (2018), l'anthropologue Jean Chamel a mené une ethnographie de certains collapsologues[24]. Ses travaux montrent que ceux-ci ont développé une forte dimension spirituelle qui s'apparente à une « apocalyptique écologique » [25]. Chamel montre ainsi la forte implication des initiateurs de la collapsologie dans l'organisation d'ateliers de « Travail qui relie », des « stages d'écologie profonde » conçus par l'activiste américaine Joanna Macy. La pensée de certains collapsologues est ainsi inséparable d'une approche plus spirituelle de l'écologie, en lien avec la deep ecology, l'écopsychologie et l'écocentrisme, contrairement à ce qu'affirme Nicolas Casaux[21]. Les travaux de Jean Chamel ne tiennent toutefois pas compte des précisions qui ont été apportées par les initiateurs de la collapsologie dans leur essai Une autre fin du monde est possible[26]. Ainsi, ils proposent de marquer une distinction franche entre collapso-logie (étude de l'effondrement) et collapso-sophie (sagesses de l'effondrement) dans laquelle les dimensions spirituelles, artistiques et éthiques sont discutées. Pour le chercheur, cette distinction est utile pour préserver la collapsologie des accusations de religion obscurantiste ou une secte, mais les collapsologues auraient selon lui intérêt à assumer ces interrelations plus en phase avec leur perspective holiste développée notamment au Schumacher College[27].

Le sociologue Cyprien Tasset, membre associé au Laboratoire de Changement Social et Politique de l'université Paris Diderot, a mené une enquête (2019) sur les formes collectives qui se constituent autour d'un catastrophisme centré sur la notion d'effondrement[28]. Contrairement à ce qu'affirme Daniel Tanuro[29], l'enquête montre que les inquiétudes sur le soi-disant caractère dépolitisant ou "défaitiste" de la collapsologie sont à nuancer. Le catastrophisme centré sur la notion d'effondrement pousse la plupart des personnes à chercher des appuis collectifs pour surmonter l’impuissance et l’isolement face à ce difficile constat.

La collapsologie dans l'art et la communication[modifier | modifier le code]

René Barjavel, plaque commémorative
Robert Merle en 1985
Fred Vargas

Dans la littérature[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Science-fiction post-apocalyptique.

De très nombreux romans de type post-apocalyptique, souvent adaptés au cinéma, évoquent l'effondrement de la société et sa reconstruction par de petits groupes, notamment dans la littérature de science-fiction anglo-saxonne. Plusieurs romans, écrits par des non spécialistes de ce thème littéraire ont cependant marqué la littérature francophone :

Bien avant l'invention du mot, l'écrivain et journaliste français René Barjavel a publié en 1943 un roman sur ce thème intitulé Ravage, qui sera à nouveau évoqué dans un autre roman de science-fiction, dénommé Le voyageur imprudent. Le romancier imagine un monde où la civilisation industrielle, soudainement privée d'électricité, s'est effondrée en entraînant la reconstruction d'une société sur des bases différentes, ainsi que la création d'une communauté organisée ayant survécu à la catastrophe[30].

Avec son roman post-apocalyptique Malevil, l'écrivain français Robert Merle imagine l'effondrement de la société, à la suite d'un bombardement nucléaire et la reconstruction d'une société humaine dans des conditions archaïques à travers la vie d'un petit groupe. Ce roman a été adapté au cinéma par Christian de Chalonge, en 1981[31].

L'Éternel Adam, nouvelle de Michel Verne, évoque la disparition totale de l'humanité à l'exception de quelques survivants.

En avril 2019, l'écrivaine française Fred Vargas, autrice de romans policiers publie L'humanité en péril, un ouvrage sur la catastrophe climatique et écologique en cours. Sur France-Inter, elle explique qu'elle a voulu faire un ouvrage accessible à tous, pour donner accès aux informations que les gouvernants auraient choisi de passer sous silence sur l'ensemble des conséquences de notre mode de vie : disparition des espèces, augmentation de la température, épuisement des ressources minières. Elle espère de cet ouvrage un sursaut de la population, qui une fois informée, saura sans violence contraindre les gouvernants à changer de cap[32].

Au cinéma[modifier | modifier le code]

Au-delà des nombreux films de fiction évoquant le thème de l'effondrement de la civilisation, le film documentaire, dénommé Demain, réalisé en 2015 par Cyril Dion et Mélanie Laurent[33], est basé sur une réelle éventualité d'un effondrement imminent et présente des solutions alternatives[34], dont la permaculture, l'agroécologie, la monnaie locale, la démocratie participative, le recyclage et la récupération et d'autres possibilités.

Dans la presse[modifier | modifier le code]

Presse écrite[modifier | modifier le code]

Une nouvelle revue française trimestrielle évoquant les effondrements possibles de la civilisation fondée sur l'énergie du pétrole et la surexploitation des ressources naturelles sur fond de dérèglement climatique, a été créée par Yvan Saint-Jours (fondateur, entre autres, du magazine La Maison Écologique), Pablo Servigne et Denys Chalumeau. À la suite d'une campagne de financement participatif, ce magazine a pu bénéficier d'un tirage de 50 000 exemplaires avec un site Internet dédié[35]. Il se dénomme Yggdrasil[36]. Les deux premiers numéros ont paru les et 27 septembre 2019.

Télévision[modifier | modifier le code]

Le magazine français de télévision d'investigation Complément d'enquête présente un reportage sur la collapsologie lors de son émission, diffusée la première fois le et durant lequel le téléspectateur peut découvrir les principaux défenseurs de la thèse de l'effondrement de la civilisation industrielle dont Pablo Servigne, à l'origine de cette idée, le climatologue Jean Jouzel, mais aussi l'ancien ministre de l'environnement Yves Cochet[37], ainsi que l'actrice Lucie Lucas.

Lors de ce même reportage, le premier ministre français Édouard Philippe déclare, lors d'une interview, être « obsédé » par la thèse du « collapse » depuis qu’il a découvert l’essai du géographe et biologiste américain, Jared Diamond, dénommé Effondrement[38],[39].

En novembre 2019, la chaîne Canal +, diffuse une mini-série de huit épisodes intitulée L'Effondrement. Celle-ci traite de façon réaliste ce qui pourrait advenir juste après que l'effondrement global ait eu lieu dans un futur proche[40].

Dans les réseaux sociaux[modifier | modifier le code]

Depuis la création de cette terminologie et la diffusion des théories qui l'accompagnent dans les médias, les divers réseaux sociaux présents sur le web connaissent une forte inflation du nombre de groupes en lien avec la collapsologie et les autres théories d’effondrement[41].

Dans l'opinion publique[modifier | modifier le code]

Selon Slate, les idées de la collapsologie « semblent très ancrées » dans la société française. Le magazine s'appuie sur un sondage indiquant que « 6 Français sur 10 redoutent un effondrement de notre civilisation ». Les sondés estiment pour 36% d'entre eux que la cause de cet effondrement, s'il se produisait, serait le réchauffement climatique, 17% la surpopulation, et 14% la montée des inégalités. Questionné sur ce à quoi pourrait ressembler le monde après un effondrement, 25% des sondés « parient sur un retour à la nature individualisé, teinté de survivalisme, 25% sur un retour à la nature via des communautés autogérées et 19% par un retour d’États nation plus limités » ( 26% des sondés ne se prononcent pas )[42].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Pablo Servigne et Raphaël Stevens, Comment tout peut s’effondrer : petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes, Ed. du Seuil, dl 2015, cop. 2015, 301 p. (ISBN 9782021223316, OCLC 908244398, lire en ligne), p. 253.
  2. Laure Beaudonnet, article intitulé « La fin est proche: Qu'est-ce que la collapsologie, la « science » qui prédit l’effondrement du monde ? » APOCOLLAPSE NOW (1/7) (Avec leur livre « Comment tout peut s’effondrer », Pablo Servigne et Raphaël Stevens ont remis l’idée d’effondrement de la civilisation thermo-industrielle au goût du jour…), publié par le journal 20 Minutes, le 6 août 2018.
  3. François Bonnet, « Introduction à la collapsologie », La Vie des idées,‎ (lire en ligne, consulté le 13 août 2019)
  4. a et b « Collapsologie », sur Futura (consulté le 9 décembre 2019)
  5. a et b Pablo Servigne et Raphaël Stevens, « La collapsologie avance… », sur collapsologie.fr (consulté le 13 mai 2018)
  6. Servigne et Stevens, Comment tout peut s'effondrer..., éd. Seuil, 2015, p. 20, alinéa 5
  7. ttps://www.babelio.com/auteur/Raphal-Stevens/350229 Site babelio.com, page sur Raphaël Stevens], consulté le 25 juin 2019.
  8. Sonya Faure, « Collapsologie [nom] : du latin, collapsus, “tombé d’un seul bloc” », Libération.fr,‎ (lire en ligne).
  9. (en) Johan Rockström, Will Steffen, Kevin Noone et Åsa Persson, « A safe operating space for humanity », Nature, vol. 461, no 7263,‎ , p. 472–475 (DOI 10.1038/461472a, lire en ligne, consulté le 15 avril 2018)
  10. (en) Anthony D. Barnosky, Elizabeth A. Hadly, Jordi Bascompte et Eric L. Berlow, « Approaching a state shift in Earth’s biosphere », Nature, vol. 486, no 7401,‎ , p. 52–58 (ISSN 1476-4687, DOI 10.1038/nature11018, lire en ligne, consulté le 15 avril 2018)
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Articles connexes[modifier | modifier le code]

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