Naomi Klein

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Naomi Klein
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Naomi Klein à Berkeley en septembre 2014.

Naissance (47 ans)
Montréal (Québec, Canada)
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture Anglais
Genres

Œuvres principales

Naomi Klein (née le 8 mai 1970 à Montréal) est une journaliste, essayiste et réalisatrice canadienne.

Biographie[modifier | modifier le code]

L'histoire familiale de Naomi Klein est teintée de militantisme politique. Ses grands-parents étaient des marxistes américains actifs dans les années 1930 et 1940. Son grand-père a été renvoyé de son poste d'animateur chez Disney après y avoir organisé la première grève de l'histoire des studios[1].

Ses parents ont émigré au Canada en protestation contre la guerre du Viêt Nam[2]. Son père, médecin, est devenu un membre du mouvement Physicians for Social Responsibility. Sa mère a réalisé un documentaire controversé contre la pornographie, C'est surtout pas de l'amour : un film sur la pornographie (Not a Love Story). Son frère, Seth, est directeur du bureau de la Colombie-Britannique du Centre canadien pour des alternatives politiques.

La carrière d'écrivain de Klein commença avec ses contributions au journal The Varsity, un journal étudiant de l'Université de Toronto dont elle était rédactrice en chef. Elle prit part au mouvement féministe en 1989 lors de la tuerie de l'école polytechnique de Montréal. Elle obtint la bourse Miliband de la London School of Economics[3].

Naomi Klein gagne en notoriété avec la publication de No Logo (2000), devenu un best-seller et parfois considéré comme l'un des ouvrages de référence du mouvement altermondialiste[4]. Elle dénonce la réduction de l'espace public, social et citoyen au profit des multinationales au travers de la prolifération de leurs logos[5]. Elle évoque l'exploitation de la misère à laquelle se livrent selon elle les multinationales telles que McDonald's, Nike, Coca-Cola, Starbucks ou encore Wal-Mart.

Elle a aussi écrit Fences and Windows (2002) ainsi que des articles pour différents journaux (The Nation, The Globe and Mail, Harper's Magazine, The Guardian, Rolling Stone et In These Times), et participé (avec son mari, le journaliste de la télévision canadienne Avi Lewis (en)) à la réalisation d'un film (The Take) sur le phénomène des entreprises autogérées par les salariés en Argentine.

Elle est membre du comité de parrainage du tribunal Russell sur la Palestine dont les travaux ont commencé le 4 mars 2009[6].

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Article détaillé : No Logo.

Selon No Logo : la tyrannie des marques, la mondialisation a permis de faire passer la production au dernier plan en la reléguant au niveau de sous-traitance dans les zones franches des pays du Sud notamment. Les entreprises ont donc pu investir dans le marketing, c'est-à-dire investir non pas dans le produit, mais dans son nom. Elle avance que le déplacement de la production au dernier rang de la chaîne économique a conduit à des coupes d'effectifs dans les pays industrialisés au profit d'emplois précaires. Elle considère que l'augmentation de l'investissement dans le marketing et le processus de concentration des grandes entreprises dépossèdent les consommateurs de choix. Elle pousse la réflexion jusqu'à parler de la dépossession du bien commun au profit de l'entreprise privée. À la fin de son ouvrage, Naomi Klein estime que les marques fonctionnent comme des métaphores du système économique.

La Stratégie du choc[modifier | modifier le code]

Article détaillé : La Stratégie du choc.

Le troisième livre de Naomi Klein, La stratégie du choc : la montée d'un capitalisme du désastre, commence par traiter des méthodes de chocs régressifs utilisant des chocs psychologiques amenant à une régression du sujet, via électrochocs, privations sensorielles et administration de drogues. Des recherches, subventionnées par la CIA, ont permis la rédaction du manuel de torture The Kubark CounterIntelligence Interrogation handbook[7] de la CIA, décrivant différentes manières d'amener un prisonnier à régresser jusqu'à un état infantile, ce que Naomi Klein appelle un choc psychologique.

Le livre dresse un parallèle entre ce choc et les chocs sociaux, économiques et politiques — désastres naturels, guerres, attaques terroristes, coup d’État, crises économiques — qui sont selon l'auteur délibérément utilisés pour permettre la mise en œuvre de réformes économiques néolibérales majeures qui seraient impossibles en temps normal. Elle soutient que Milton Friedman appelait à l’utilisation de ces chocs pour permettre ces réformes.

Il est par ailleurs adapté au cinéma sous le même titre, La Stratégie du choc, par Michael Winterbottom et Mat Whitecross ; le film utilise des images d'archives. Naomi Klein participe au tournage comme narratrice. Le film est projeté durant la Berlinale en 2009. Néanmoins, le reportage serait sorti sans l'accord de Naomi Klein en désaccord avec le travail de Michael Winterbottom [8].

Tout peut changer : capitalisme et changement climatique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Tout peut changer.

Tout peut changer : capitalisme et changement climatique est un essai cherchant à mettre en exergue les méfaits de l'industrialisation capitaliste et libérale sur le climat, la nature et l'humanité en général. Il traite aussi des solutions[9],[10].

Critiques[modifier | modifier le code]

Si ses thèses ont été très largement saluées par les milieux internationaux de gauche et progressistes, elles ont aussi été critiquées, parfois sévèrement, par la droite et les libéraux.

Ainsi le magazine libéral britannique The Economist écrit que Naomi Klein ne tient pas compte des progrès notables qu'ont permis le capitalisme et la mondialisation en matière de « réduction de la pauvreté ou de mortalité infantile dans les pays pauvres » (entre 1990 et 2000 le taux de mortalité infantile a diminué de 3 % en Afrique et de 32 % dans les pays développés[11]). Klein est accusée de mettre en perspective des défauts réels du système actuel avec « non pas le monde réel mais une utopie digne de Walt Disney ». Elle sous-estime en outre le pouvoir des États et des consommateurs face aux grandes entreprises et, selon The Economist, se contredit en défendant un monde ouvert et en prônant pourtant le protectionnisme[12].

La Stratégie du choc a donc été diversement reçu et critiqué, parfois même au sein de la gauche. Pour The New Republic (magazine américain dit de "centre gauche"), Naomi Klein fait des amalgames qui rendent son argumentation « absurde », en partie par ignorance[13]. L'essayiste libéral Johan Norberg insiste pour sa part sur les erreurs qu'il voit, ainsi que sur la déformation des idées de Milton Friedman que Klein nourrit sciemment d'après lui, rappelant par exemple son opposition à la guerre d'Irak qui est occultée par Klein[14].

Naomi Klein a répondu à ces critiques en excipant d'un entretien de Milton Friedman à un magazine allemand pour montrer que celui-ci approuve la guerre en Irak. Ces citations sont : « President Bush only wanted war because anything else would have threatened the freedom and the prosperity of the USA »[15].

Par ailleurs, certains penseurs libéraux classiques comme Steven Horwitz (en), professeur d’économie à l’Université de St. Lawrence, ont souligné que les preuves empiriques allaient plutôt dans le sens opposé des conclusions de Klein. En effet, après chaque crise du 20e siècle, notamment après la Grande Dépression, la taille de l’État et son intervention dans le marché ont plutôt été augmentées, au grand dam des tenants du libre marché. Donc, contrairement à ce que Klein prétend, ces derniers ne semblent pas du tout bénéficier de « l’état de choc » sociétal post-catastrophe pour implanter leurs réformes[16].

Sur la forme de son engagement, les universitaires canadiens Joseph Heath et Andrew Potter (en) lui reprochent ses ambivalences : en critiquant la société de consommation, elle ne ferait que créer un nouveau segment sur le marché de l'édition, qui soutient in fine ladite société de consommation. Ils critiquent aussi Naomi Klein pour son absence de propositions et l'accusent de se contenter de la critique facile[17]. C'est en partie pour contrer cette critique qu'elle écrira en 2014 : Tout peut changer en l'illustrant de nombreux exemples et solutions pratiques[18].

De plus, dans This Changes Everything: Capitalism vs. The Climate, Naomi Klein prétend que « 97% des climatologues et leur nombreux articles évalués par les pairs, ainsi que toutes les écoles de science du monde, sans oublier les institutions de l’establishment comme la Banque mondiale et l’Agence internationale de l’énergie (AIE), s’entendent tous pour dire que nous nous dirigeons vers des niveaux catastrophiques de réchauffement » (traduction libre de l’anglais, p. 50)[19].En prétendant cela, Naomi Klein déforme les conclusions d’une méta-analyse dirigée par le professeur John Cook du Michigan Technological University, qui affirme que 97 % des scientifiques s’entendent plutôt pour dire que les humains ont une influence sur les changements climatiques[20]. Cette méta-analyse a par ailleurs elle-même été critiquée[21],[22],[23],[24].

Dans No Logo, Naomi Klein prétend que les grandes marques contribuent à l’exploitation des populations des pays du Sud. Toutefois, le magazine The Economist a répondu longuement aux thèses de Klein dans un article[25] publié après la parution de No Logo. Les grandes marques auraient plutôt contribué à la forte croissance des économies en développement en offrant les meilleures conditions de travail et les meilleurs salaires dans ces régions. Par exemple, les économies ouvertes des Tigres asiatiques ont connu une augmentation bien plus rapide de leurs conditions de vie que les économies africaines, bridées par des économies fermées.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Livres[modifier | modifier le code]

  • No Logo : La tyrannie des marques [« No Logo: Taking Aim at the Brand Bullies »], Actes Sud, coll. « Babel », (1re éd. 2001), 752 p. (ISBN 978-2-7427-3780-2)
  • Journal d'une combattante : Nouvelles du front de la mondialisation [« Fences and Windows: Dispatches from the Front Lines of the Globalization Debate »], Actes Sud, coll. « Babel », (1re éd. 2003), 360 p. (ISBN 978-2-7427-5563-9)
  • Mourir pour McDo en Irak : Colonisation américaine, résistance irakienne (coécrit avec Jean Bricmont, Tariq Ali et Geoffrey Geuens), Aden, , 160 p. (ISBN 978-2-960-02737-2)
  • La Stratégie du choc : Montée d'un capitalisme du désastre [« The Shock Doctrine: The Rise of Disaster Capitalism »], Actes Sud, coll. « Babel », (1re éd. 2008), 848 p. (ISBN 978-2-330-02660-8)
- Prix Warwick 2009[26]
  • Tout peut changer : Capitalisme et changement climatique [« This Changes Everything: Capitalism vs. the Climate »], Actes Sud, , 640 p. (ISBN 978-2-330-04784-9)
  • No Is Not Enough : Resisting Trump's Shock Politics and Winning the World We Need [« No Is Not Enough: Resisting Trump's Shock Politics and Winning the World We Need »], Haymarket Books, , 288 p. (ISBN 9781608468904)

Cinéma[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « Hand-To-Brand-Combat: A Profile Of Naomi Klein », The Guardian, 23 septembre 2000.
  2. (en) Un article du New Yorker de décembre 2008, dont Courrier international no 955 de février 2009 a fait une traduction
  3. (en) Visiting Teaching Fellows of the London School of Economics
  4. L'Atlas des mondialisations, hors-série Le monde La vie Page 159 Olivier Nouaillas 2010
  5. Une étude du livre de Naomi Klein No Logo : La tyrannie des marques
  6. Voir la liste des parrainages dans l'article Tribunal Russell sur la Palestine et la conférence de presse du 04/03/2009, sur le site du tribunal Russel sur la Palestine : [1]
  7. Ce document secret a été rédigé en 1963 et déclassifié en 1997 : (en) Kubark Counterintelligence Interrogation
  8. « La Stratégie du choc : comment se fâcher avec Naomi Klein », Le Monde,
  9. http://www.bastamag.net/Tout-peut-changer-la-conference-video-de-Naomi-Klein-a-Paris
  10. http://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20150318.OBS4930/naomi-klein-il-y-a-un-choc-frontal-entre-l-urgence-climatique-et-l-ideologie-de-nos-elites.html
  11. Mortalité juvénile et infantile, UNICEF
  12. Why Naomi Klein needs to grow up, The Economist, 7 novembre 2002
  13. (en) Dead Left, review critique du dernier livre de Naomi Klein par Jonathan Chait, le 30 juillet 2008 pour The New Republic
  14. Critique de Johan Norberg [PDF]
  15. Year After the Publication of The Shock Doctrine, A Response to the AttacksBy Naomi Klein - 2 septembre 2008 (Sorry Boys, Milton Friedman Supported The War)
  16. « Two Questions for Naomi Klein », sur historynewsnetwork.org (consulté le 12 janvier 2017)
  17. The Rebel Sell, Joseph Heath & Andrew Potter, Capstone Publishing
  18. http://www.laviedesidees.fr/Le-changement-climatique-pour.html
  19. (en) Naomi Klein, This Changes Everything: Capitalism vs. The Climate, New York, Simon & Schuster, (ISBN 978-1-4516-9738-4)
  20. (en) « How to Determine the Scientific Consensus on Global Warming », Scientific American,‎ (lire en ligne)
  21. « Do 97% of Climate Scientists Really Agree? », PragerU,‎ (lire en ligne)
  22. (en) Ian Tuttle, « The 97 Percent Solution », National Review,‎ (lire en ligne)
  23. « Don Beyer says 97 percent of scientists believe humans contribute to global warming », @politifact,‎ (lire en ligne)
  24. Alex Epstein, « '97% Of Climate Scientists Agree' Is 100% Wrong », Forbes,‎ (lire en ligne)
  25. « Who's wearing the trousers? », The Economist,‎ (ISSN 0013-0613, lire en ligne)
  26. « Prix Warwick pour la journaliste altermondialiste Naomi Klein » (consulté le 18 mai 2010)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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