Lanza del Vasto

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Lanza del Vasto
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Lanza del Vasto vers 1970.

Nom de naissance Giuseppe Giovanni Luigi Enrico Lanza di Trabia-Branciforte
Alias
Joseph Lanza del Vasto
Naissance
San Vito dei Normanni, Drapeau de l'Italie Italie
Décès (à 79 ans)
Elche de la Sierra, Drapeau de l'Espagne Espagne
Activité principale
Auteur
Genres

Œuvres principales

Giuseppe Lanza di Trabia-Branciforte[1], né Giuseppe Giovanni Luigi Maria Enrico Scansa-Lanza, dit Joseph Lanza del Vasto, connu sous le patronyme de Lanza del Vasto (né le à San Vito dei Normanni, Pouilles, Italie – mort le à Elche de la Sierra, Albacete, Espagne), est un philosophe militant de la paix et du respect de la nature italien. Poète français, sculpteur et dessinateur, il est le fondateur des Communautés de l'Arche, répliques des ashrams de l'apôtre de la non-violence Gandhi.

Biographie[modifier | modifier le code]

Filiation et nom de plume[modifier | modifier le code]

Son père, Don Luigi Giuseppe Lanza di Trabia-Branciforte, né à Genève le 18 novembre 1857, est le fils naturel du jeune Prince Giuseppe Lanza di Trabia-Branciforte, descendant d'une des plus illustres familles sicilienne, et de Louise Alexandre Dentice di Massarenghi, membre de la famille des Princes de Frasso. Enfant adultérin d'une mère de trois enfants et aîné du prince, qui l'a reconnu peu après sa naissance, ce père a été élevé par un tuteur, caché au château d'Escoville sous le nom de Scansa, et n'a connu sa naissance qu'un peu avant 1890, quand, employé de la Banque de France, il obtenait à Paris son doctorat de droit et que sa mère, veuve, lui léguait un domaine viticole à San Vito dei Normanni, en Messapie.

C'est là qu'Anne-Marie Henriette Nauts-Oedenkoven, jeune femme issue de la grande bourgeoisie anversoise que Luigi Giuseppe Lanza a rencontrée sous la Tour Eiffel pendant l'Exposition universelle, met au monde, un an après son mariage, Giuseppe, puis Lorenzo Ercole, en 1903, et Angelo Carlo, en 1904. Les deux parents du futur poète ont donc le français pour langue maternelle.

Le grand père paternel de ces trois frères, mort prématurément en 1868, était titré Prince de Trabia, de Santo Stefano di Mistretta, de Butera, de Pietraperzia, de Scordia, de Campofiorito, de Scalea, de la Catena, Duc de Camastra, de Santa Lucia, de Branciforte, Marquis de Militello, de Barrafranca, de la Ginestra, de Misuraca, Comte de Mussomeli, de Sommatino, de Mazzarino, de Raccuja, Baron de Dorilli, de Rigiulfo, de Fontana Murata, du Biviere di Lentini, d'Imbrici, de Valguarnera Radali, Seigneur de Dammisa, de Santa Maria di Niscemi et d'Occhialà. C'est un descendant de Manfred Lancia[2], grand père maternel du roi de Sicile Manfred de Hohenstaufen[3] et petit fils de Boniface du Guaste[4], premier marquis de Busca.

Ce Guaste ou Marche Gastée, Vasto en italien, était une marche du Piémont érigée en 967 entre le Langhe et l'Orbe, dont le Montferrat est une fraction. Joseph Scansa-Lanza a voulu relever ce nom évoquant le désert pour lui servir en 1927 de nom de plume et a mené pour cela des recherches généalogiques[5] en 1932 à Palerme, où se trouve le palais familial.

Le chef de famille légitime, son oncle paternel Don Pietro Bonaventura Lanza di Trabia-Branciforte, est le beau frère de l'industriel Ignazio Florio[6].

Jeunesse : Italie, France, Italie (1901-1924).[modifier | modifier le code]

À San Vito dei Normanni, les parents du petit Giusepppe s'installent dans un domaine voisin acquis avec la dote de l'épouse, Specchia di Mare, où ils ont fait construire une demeure plus moderne dans le style colonial. À l'encontre du conservatisme familial et de celui de ses homologues patriciens, le jeune père se présente aux élections locales sous l'étiquette socialiste mais sa sollicitude pour la classe ouvrière tourne au batifolage. Cet engagement est toutefois sincère et il publie dans ce sens en 1907 sa thèse de doctorat remaniée sous la forme d'un essai d'économie sociale[7]. Ses infidélités conduit le couple à rompre en 1911.

Le foyer, abandonné par le père, émigre en octobre 1913 à Courbevoie, banlieue ouvrière, et emménage en 1914 à Paris même dans un appartement du quartier de la gare Saint-Lazare. Giuseppe Lanza suit sa scolarité au Lycée Condorcet, où il découvre le racisme à l'endroit des « ritals ». Nourri de Victor Hugo, Charles Leconte de Lisle et José Maria de Heredia, l'adolescent s'enflamme pour Spinoza et Nietzsche au cours de longs débats avec son frère Lorenzo.

Il s'inscrit à la rentrée 1920 en faculté de philosophie à l'Institut royal d'études pratiques supérieures et de perfectionnement de Florence puis en 1921 à celle de Pise, où son frère Lorenzo se prépare à la gestion du domaine familial et poursuit une formation d'agronome. L'aîné ne sortira diplômé qu'en 1928. C'est qu'il interrompt constamment ses études pour des voyages à travers l'Italie et la France. À Pise, il noue une amitié avec le peintre futuriste Giovanni Acquaviva (it). En juin 1923, il est ébloui par la lecture du mystique rhénan Jean de Ruisbroek, qui voit dans la Trinité une direction éthique pour détourner le mysticisme du panthéisme et du quiétisme reprochés à son maître Eckhart.

De son côté, son père a trouvé à travailler comme gérant d'un domaine en Corse. Restée à Paris, sa mère reçoit en 1923 la visite du Duc de Camastra, le second demi frère de son mari, qui est marié à Rose d'Elchingen, une descendante du Maréchal Ney. Par cet oncle, qui l'emmène à Palerme pour le mois de novembre, Giuseppe renoue avec ses origines. Entre juillet et août 1924, accompagné de son cadet Lorenzo, il approche l'élite intellectuelle et artistique française à la Décade de Pontigny, conférence annuelle d'éthique. Il y retournera l'été suivant.

Une éthique chrétienne renouvelée (1925-1929)[modifier | modifier le code]

Dans le cadre de ses études de philosophie, l'anticlérical Giuseppe Lanza découvre Thomas d'Aquin. C'est une conversion, qu'il date précisément de septembre 1925 et dont il publiera le récit un demi siècle plus tard[8]. Cette même année 1925, il rédige la thèse de doctorat en droit de Giovanni Acquaviva (it), Una concezione dell’etica e del diritto, sur le rapport entre artiste et modèle pénale de la société dans laquelle vit celui ci. Il y expose une première fois, sous le nom de son ami, le rapprochement qu'il fait entre son idée de l'être au monde de l'homme à la recherche d'une harmonie entre sensibilité et entendement et la conception thomiste de la Trinité.

Sa mère est installée avec ses fils à Pian de' Giullari, banlieue chic de Florence où habite l'oncle Odo. Là, il commence, parallèlement à ses études universitaires de philosophie, le travail alimentaire de traducteur de l'allemand et de professeur de français et d'italien pour étudiants américains. Parmi ceux ci, Mary, dont il s'énamoure éperdument en 1926 mais qui, rentrée aux États-Unis, ne répondra pas à ses lettres. Le jeune homme refuse l'idée de jamais épouser une autre femme.

Sa mère vend la même année le domaine familial de Specchia di Mare, mettant fin au projet de son fils Lorenzo de le développer. Celui-ci s'exile en Amérique du Sud tandis que Giuseppe et son benjamin Angelo passent la fin de l'année à Capri en compagnie de leur oncle Odo et de Pietro Lanza, cousin germain d'Odo, Prince de Scalea et ministre des Colonies de Mussolini.

À Florence, dès 1926, Giuseppe Lanza fréquente assidument le peintre Giovanni Costetti (it), auprès duquel il s'initie au dessin, et en viendra à envisager la carrière de peintre. Il termine en 1928 ses études par un doctorat de philosophie sur un sujet abélardien et thomiste, Gli approcci della trinità spirituale, qui est un développement universitaire de ses idées exposées dans le mémoire de 1925. Il y soutient, à travers la critique des conceptions cartésienne et kantienne du rapport de la raison humaine à l'infini, que l'harmonie entre l'homme et une nature qui se complexifie depuis le règne végétal jusqu'à la société humaine et ses misères, est une éthique de l'amour qui équilibre sciences et arts, raison et foi.

La mort du père et la recherche de soi (1929-1936).[modifier | modifier le code]

En 1929, le cadet Lorenzo, rentré d'Amérique du Sud, retrouve en Corse son père, sénile et incurique, et le ramène au foyer conjugal. Quant à Giuseppe, son travail de traducteur le conduit en 1930 à Berlin chez l'éditeur Anton Kippenberg et la femme de celui ci, Katharina von Düring, où il rejoint Lou Albert-Lasard, traductrice en français de Rainer Maria Rilke qui a eu recours, largement, à ses compétences. Son séjour est l'occasion de goûter la vie décadente de la République de Weimar. Appelé au chevet de son père, qui meurt le 6 février 1931, il arrive trop tard pour l'assister dans ses derniers instants. Il se reprochera toute sa vie ce retard mais, sur le moment, cela ne l'empêche pas de retourner à Berlin.

En octobre, il arrive à Paris. Il y retrouve, divorcée, la femme de Jacques Schiffrin, Youra Guller, pianiste la plus en vue de l'époque qu'il avait rencontrée sept ans plus tôt à Pontigny. Il connaît auprès d'elle, son aînée de sept ans, une expérience d'érotisme extrême[9]. Aspirant poète se présentant comme « artiste peintre », il fréquente la bohème surréaliste, Leonor Fini, Jules Supervielle, Henri Michaux, Max Jacob, René Daumal. Un jour de mars 1932, il est assis sur un banc du parc Monceau. À un jeune homme assis à côté, il demande « Êtes-vous bon comme ce pain ? » L'inconnu, Luc Dietrich, suit, chose très à la mode, les cours d'hypnose et de gymnastique spirite du théosophe Gurdjieff. Une grande amitié se noue.

La crise se répandant en Europe, les rentes s'épuisent et sa mère, veuve de cinquante-huit ans, est obligée de retourner dans sa famille en Belgique. Elle s'engage durant cette même année 1932 auprès des sœurs de l'Annonciade comme infirmière à l'hospice de Westmalle. Lui-même reproche au dandy qu'il est son incapacité « d'être de quelque aide aux siens ». La lecture de Raymond Lulle, Thomas d'Aquin et Nicolas de Cuse achève de le convaincre de la fatuité d'un idéalisme allemand sans effets concrets et de l'hypocrisie que cache l'idéal de fraternité prôné par le socialisme. Rejoignant par là les critiques du philosophe fascisant Giovanni Gentile, il reste cependant révulsé par le nationalisme montant et la menace qu'il représente pour la spiritualité, en particulier la spiritualité chrétienne. La contemplation de la rosace de Notre Dame lui inspire Le Vitrail.

Recommandé par le sculpteur Marino Marini, il fait à Rome le figurant dans le rôle du colonel Stéphane Türr pour un film de Jerzy Toeplitz sur l'Expédition des Mille mais ses espoirs de faire carrière et fortune dans le cinématographe sont très vite déçus. Ce qu'il admire, c'est le travail manuel. Au printemps 1933, il entreprend avec Hermann Hornak, un ancien étudiant de Cambridge rencontré sur un plateau de cinéma avec lequel il partage la souffrance morale que fait endurer la médiocrité des circonstances, un voyage à pieds de plusieurs mois à travers les Abruzzes, à l'imitation de Robert Louis Stevenson. Le voyage est conçu comme une expérience ascétique de retour à la nature qu'il transcrit dans un traité achèvé dix ans plus tard, Principes et préceptes du retour à l'évidence.

Repassé par Florence, il est de retour à Paris en 1935. Quelques mois plus tard, en 1936, il a de nouveau une aventure transgressive, avec cette fois la propre maîtresse de son ami Luc Dietrich, la très séduisante hongroise Anci Nagy[10]. Pour l'été, la comtesse Lily Pastré l'invite à Marseille, au château de Montredon. Là, il fait le point, en particulier sur son expérience mystico-amoureuse avec Youra Guller[9], et décide de tout quitter.

Rencontre avec Gandhi et itinérances (1937-1939).[modifier | modifier le code]

Lanza en 1938 en Palestine, de retour de son séjour auprès de Gandhi pour accomplir la mission de paix qu'il a reçu au cours d'une vision.

En décembre 1936, Lanza part en Inde rejoindre Gandhi non pour fuir l'Occident ou dépasser sa foi chrétienne mais pour entendre l'écho contemporain du Sermon sur la Montagne. Romain Rolland l'a en effet orienté vers une interprétation de la doctrine de l'ahimsa comme une mise en pratique des Béatitudes. Il passe les mois de février, mars et avril 1937 à Wardha auprès du Mahatma, qui l'appelle « Shantidas », c'est à dire Serviteur de paix, avant de se rendre en pèlerinage aux sources du Gange, dans l'Himalaya. Dans la nuit du 16 au 17 juin, il reçoit là une vision qui lui dit « Rentre et fonde ! »

Au bout d'autres pèlerinages et de nouvelles rencontres, Shivananda, Tagore, il quitte définitivement Gandhi et l'Inde le 20 février 1938 pour revenir, en passant par l'Egypte et l'Italie, à Paris le 29 avril. En octobre, après un été ascétique à Rhodes, il se rend à pied en Palestine, alors au bord de la guerre civile, jusqu'à Jérusalem, « entre deux rangées de chars », et Bethléem, où il arrive à Noël, avant de repartir, à pieds, pour Constantinople et le Mont Athos, où il séjourne du 20 mars au 10 avril 1939.

Il est à Paris le 10 juillet 1939 au moment où la Seconde Guerre mondiale éclate. Six semaines plus tard, il part pour la Suisse.

Préparer la paix (1940-1945).[modifier | modifier le code]

En Suisse, pour vivre, il donne des cours et finit par trouver à être employé comme précepteur en avril 1940 à Toulon, jusqu'à ce que la défaite de juin mette un terme à cette situation. Coincé à Marseille en Zone libre, il finit par s'installer en juin 1941 à Allauch avec le sanskritiste René Daumal, qui lui présente une amie, Simone Weil. Par son ami Luc Dietrich, il fait la connaissance d'une folkloriste marseillaise, fille d'un facteur de piano[11]. Simone Gibelin, Chanterelle pour les musiciens, sera la compagne de sa vie.

En septembre 1941, il participe à la rencontre littéraire qu'organise à Lourmarin le mouvement vichyste Jeune France[12]. Il y sympathise avec les jeunes membres du mouvement, qui se révèlent gaullistes[13]. Il retourne plusieurs fois à Montredon[14] pour participer à un cercle culturel semi clandestin qui entend sauvegarder les arts, sinon les artistes, de la barbarie nazie[15], « Pour que l'esprit vive ». Il y retrouve Youra Guller, que la comtesse Lily Pastré, de connivence avec le Centre de secours américain, abrite avec une vingtaine d'artistes célèbres sous le coup de la loi contre les « juifs » et menacés de déportation[15].

Chez un éditeur né avec l'Occupation, Robert Laffont, il publie un Dialogue de l'amitié avec Luc Dietrich, puis son troisième ouvrage de poésie, un quatrième, et une pièce de théatre. En octobre 1943, il revient s'installer à Paris quand Le Pèlerinage aux sources, récit de son voyage en Inde paru chez Denoël, trouve son public et rencontre le succès. Dans Paris bientôt libéré, en janvier 1944, il donne, au maigre auditoire venu l'écouter dans l'église Saint Paul des champs, un commentaire de l'Évangile qui sera publié en 1951. C'est alors que germe le projet d'une vie communautaire qui soit dans le désastre d'une société faite de violences comme l'Arche de Noé dans le Déluge.

Fondations et engagements (1946-1962).[modifier | modifier le code]

En 1948, il épouse Chanterelle Gibelin[11]. C'est alors qu'avec des amis qui ont l'habitude de se réunir chez lui, 3 rue Casimir Perier, le couple installe sur le modèle de l'ashram une première Communauté de l'Arche en Saintonge, au lieu dit Tournier, qui se trouve sur le territoire de la commune de La Genétouze. Les dissensions personnelles entre membres mettent un terme à l'expérience de vie communautaire quatre ans plus tard.

Chanterelle et Lanza dans les années quarante.

En 1954, Lanza del vasto repart en Inde pour participer aux campagnes non violentes que mène un autre disciple de Gandhi, Vinoba Bhave, en faveur de la collectivisation des terres. A son retour, cette même année, il rouvre la Communauté de l'Arche, cette fois ci à Bollène, au portes de la Provence.

En 1957, la guerre d'Algérie fait rage, et Lanza lance avec d'autres personnalités, dont le général de Bollardière, François Mauriac, Robert Barrat, le mouvement de protestation contre la torture et pour l'objection de conscience. Il jeûne vingt et un jours.

En 1958, Lanza manifeste contre l'usine nucléaire de Marcoule qui produit du plutonium pour la bombe atomique.

Lanza et son épouse Chanterelle, chanteuse et musicienne qui décédera en 1975, enregistrent plusieurs disques et publient un chansonnier.

En 1962, la communauté se transfert dans les Cévennes biterroises, à Roqueredonde, aux confins méridionaux du causse du Larzac. Le domaine, en friche, s'étend sur trois hameaux, La Borie Noble, Nogaret et La Fleyssière, qui sont peu à peu reconstruits. « L'ordre laborieux de l'Arche » se définit comme un rassemblement d'hommes et de femmes mus par une volonté commune d'accepter la pratique du travail et le principe de la non-violence. Cette « pratique du travail » est caractérisée par le respect d'un rythme de vie, notamment illustré par le choix de la traction animale dans les communautés pratiquant l'agriculture. Déistes (en majorité chrétiens), ils placent de leur plein gré leur confiance en Dieu, et choisissent de transformer l'homme par l'exemple. La prononciation des vœux et une vie rythmée par des fêtes, des prières et des jeûnes tiennent une place importante.

Du pacifisme à l'écologie (1963-1981).[modifier | modifier le code]

Jean-Marie Muller, Lanza del Vasto et Jacques Pâris de Bollardière (à droite) sur le plateau du Larzac.

A Rome en 1963, Lanza del Vasto, soutenu par Joseph Pyronnet, jeûne quarante jours durant le Concile Vatican II pour demander au Pape de prendre position contre la guerre en général. Deux points, pacifisme et objection de conscience, seront évoqués dans la synthèse du concile, Gaudium et Spes.

En 1972, il soutient les paysans du Larzac (Massif central) dans leur lutte contre le camp militaire. Il se rend dans le bourg de La Cavalerie pour mener un jeûne de quinze jours. En 1974, une communauté s'installe dans la ferme des Truels achetée par l'armée sur le plateau du Larzac.

En 1976, il participe aux manifestations contre le réacteur nucléaire de Creys-Malville. Son action connaît alors une convergence avec un certain nombre de mouvements pacifistes ou d'écoles de spiritualité intérieure qui se traduit par la multiplication d'établissements frères, telle la communauté qui s'installe dans le professoir de l'abbaye Saint Antoine de La Motte aux Bois.

Après la mort du fondateur, son ami le médecin Pierre Parodi prend les rênes de la communauté, auquel succèdera Jean-Baptiste Libouban au terme d'une décennie de dissensions. Lanza del Vasto est inhumé au cimetière de la Communauté de l'Arche La Borie Noble à Roqueredonde dans l'Hérault.

Comme Gandhi, Lanza del Vasto était un végétarien convaincu. Comme Gandhi, il suivait le précepte de non-violence de la philosophie indienne classique et de respect de la vie à l'égard de l'ensemble du règne animal.

« Maintenant que tu as privé l'univers de cette vie, fais donc l'araignée ! »

— Lanza del Vasto, à quelqu'un qui venait d'écraser une araignée devant lui.

Philosophie[modifier | modifier le code]

« (...) l’absolu par soi-même se pose : c’est la relation.[16] »

— Paraphrase thomiste de la causa sui de Spinoza inspirée à Lanza del Vasto par la conception einsteinienne de la nature comme un ensemble de variations déterminées par la structure d'un champ de relations et non comme un aléa empirique.

Influences[modifier | modifier le code]

Portrait de Gandhi réalisé au crayon par Lanza del Vasto en 1937 durant sa retraite à Segaon (en) dans le Mâlvâ, auprès du Mahatma.

Au lycée Condorcet de Paris, il s'intéressa rapidement à la littérature : Dante, Hérédia, Virgile, Homère. C'est toutefois la lecture de Romain Rolland qui éveilla sa conscience politique et lui fit découvrir Gandhi.

Il fut un disciple occidental de Gandhi, comme lui convaincu de l'urgence à militer pour le dialogue inter-religieux et le réveil spirituel, mais aussi pour l'action écologique et, surtout, la non-violence.

La découverte de l'œuvre de Thomas d'Aquin en 1927 fut déterminante dans sa recherche d'authenticité. En 1932, il devint l'ami du poète Luc Dietrich. Il connut Simone Weil à Marseille en 1941.

Idées[modifier | modifier le code]

À travers ses communautés, Lanza del Vasto militait pour le réveil spirituel, la vie simple et le pacifisme. Ses idées ont une base chrétienne, mais ses communautés accueillaient aussi des gens d'autres croyances religieuses, ou d'aucune.

Critiques[modifier | modifier le code]

Les critiques à l'encontre de Lanza del Vasto déplorent le rôle relativement traditionnel des femmes au sein de sa communauté, et l'homosexualité considérée comme non-naturelle, c'est-à-dire l'influence des religions sur sa philosophie[réf. nécessaire].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Poésie[modifier | modifier le code]

  • Ballades aux Dames du temps présent, Paris, 1923.
  • Conquiste du Vento, Florence, 1927.
  • Le Chiffre des choses, Robert Laffont, 1942, Fata Morgana, 2001 (Poésies calligraphiées).
  • Choix, Seuil, 1944.
  • La Baronne de Carins, Seuil, 1946
    Bilingue. Poème épique traduit du vieux sicilien
    .

Théâtre[modifier | modifier le code]

  • Fantasia Notturna, Florence, 1927.
  • La Marche des rois, Robert Laffont, 1944.
  • La Passion, Grasset, 1951.
  • Noé, Denoël, 1965.
  • David Berger, Lion de Judas, 1988.


Roman
  • Gilles de Rais, Éditions éoliennes, 2001
    Texte posthume établi par Arnaud de Mareuil et Xavier Dandoy
    .

Essais[modifier | modifier le code]

  • Judas, Grasset, 1938 ; Gallimard, 1992.
  • Dialogue de l'amitié (avec Luc Dietrich), Robert Laffont, 1942 ; Robert Laffont, 1993.
  • Le Pèlerinage aux sources, Denoël, 1943 ; Gallimard, 1989 ; Le Rocher, 1993.
  • « Histoire d'une amitié » (préfacé et annoté par Jean-Daniel Jolly Monge), in Luc Dietrich, L'Injuste grandeur, Denoël, 1951 ; Le Rocher, 1993.
  • Vinoba, ou le nouveau pèlerinage, Denoël, 1954 ; Gallimard, 1982.
  • Pacification en Algérie, ou Mensonge et violence, Édition clandestine, 1960 ; L'Harmattan, 1988.
  • La Montée des âmes vivantes, Denoël, 1968.
  • L'Homme libre et les ânes sauvages, Denoël, 1969 ; Denoël, 1987.
  • L'Arche avait pour voilure une vigne, Denoël, 1978 ; Denoël, 1982.
  • Étymologies imaginaires (préfacé par Pierre Souyris), Denoël, 1985 (ISBN 978-2-207-23009-1).
  • Le Grand Retour (préfacé par Jean-Daniel Jolly Monge), Le Rocher, 1993.
  • Andrea del Castagno (préfacé par Arnaud de Mareuil), Éditions éoliennes, 2000.


Philosophie[modifier | modifier le code]

  • Pseudo. G. Acquaviva (it), Una concezione dell’etica e del diritto, Université Royale des Etudes, Pise, 1925, 75 p., ms.
  • Dir. A. Carlini (it), Gli approcci della trinità spirituale - thèse de doctorat, Institut de philosophie de l'Université Royale des Etudes, Pise, 21 juin 1928, 177 p.
  • Principes et préceptes du retour à l'évidence, Denoël, 1945, réed. Éloge de la vie simple, Le Rocher, 1996.
  • Commentaire de l'Évangile, Denoël, 1951 ; Le Rocher, 1994 (ISBN 978-2-268-01785-3).
  • Les Quatre Fléaux, Denoël, 1959 ; Le Rocher, 1993.
  • Approches de la vie intérieure, Denoël, 1962 ; Le Rocher, 1992 (ISBN 978-2-268-01353-4).
  • Viatique, rééd., préf. & ann. A. de Mareuil, t. I & II, Le Rocher, Monaco, 1991.
    • Enfances d’une pensée, l. I & II, Denoël, Paris, 1970, 125 p.
    • Éclats de vie et pointes de vérité, l. III & IV, Denoël, Paris, 1973, 115 p.
    • La Conversion par contrainte logique, l. V à VIII, Denoël, Paris, 1974, 159 p.
    • Rien qui ne soit tout, l. VIII & IX, Denoël, Paris, 1975, 120 p.
  • Technique de la non-violence, Denoël, 1971 ; Gallimard, 1988.
  • La Trinité spirituelle, ms., 1932-1935, princ. Denoël, Paris, 1971, réed. Le Rocher, Monaco, 1994, 216 p.
  • Pour éviter la fin du monde (préfacé par Pierre Souyris), Le Rocher, 1991.
  • Les Quatre Piliers de la paix (préfacé par Jean-Daniel Jolly Monge), Le Rocher, 1992.
  • Pages d'enseignement (préfacé par Jean-Daniel Jolly Monge), Le Rocher, 1993.


Préfaces[modifier | modifier le code]

  • Préface au Message Retrouvé de Louis Cattiaux, Chez l'Auteur, 3, rue Casimir Périer, 1946. Très nombreuses rééditions en français et traductions (castillan, catalan, italien, allemand, portugais, anglais). Cfr Beya Éditions.
  • Préfaces aux huit ouvrages de la collection Pensée gandhienne, Denoël, 1965-1985.


Disques[modifier | modifier le code]

  • Trouvères, troubadours et grégorien, Studio SM
    Grand Prix du disque 1959. Avec Chanterelle del Vasto, Yves Tessier (ténor) et Mildred Clary (luth)
  • Rendons grâce au Seigneur de la vie : Psaumes et chants de louange, Studio SM, 1975
    Avec Chanterelle del Vasto et la Chorale de l'Arche
  • Conférence à Notre-Dame de Paris, Atelier du Carmel de Livry, novembre 1977
  • L'Arche : Complaintes des XIIIe, XVe et XVIe siècles, Studio SM, 1981
    Avec Chanterelle del Vasto et Clara Cortazar
  • Chansons populaires de l'Arche, Studio SM
  • Les Mal-aimées, Studio SM
  • Alleluias et séquences rythmées, Studio SM

Le texte La maison du vent a été mis en musique et chanté par Gérard Pierron dans son disque Carnet de bord (2003).

Renvois[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jacques Madaule, Qui est Lanza del Vasto, Denoël, 1955 (Études, témoignages, textes)
  • Arnaud de Mareuil, Lanza del Vasto, Seghers, 1965
  • Michel Random, Les puissances du dedans, Denoël, 1966
  • René Doumerc, Dialogues avec Lanza del Vasto, Le Cerf, 1980 puis en 1985 Albin Michel
  • Claude-Henri Rocquet, Les facettes du cristal, Entretiens, Le Centurion, Paris, 1981.
  • Arnaud de Mareuil, Lanza del Vasto, sa vie, son œuvre, son message, Dangles, 1998
  • Anne Fougère et Claude-Henri Rocquet, Lanza del Vasto : pèlerin, patriarche, poète, Desclée de Brouwer, 2003
  • Daniel Vigne, La Relation infinie. La Philosophie de Lanza del Vasto. Tome 1 : Les Arts et les Sciences, Cerf, 2008
  • Daniel Vigne, La Relation infinie. La Philosophie de Lanza del Vasto. Tome 2 : L'être et l'esprit, Éditions du Cerf, 2010
  • Claude-Henri Rocquet, Lanza del Vasto, serviteur de la paix, Éditions de L'Oeuvre, Paris, 2011
  • M. Lanza, Scritti vari su Lanza del Vasto, Il Fiorino, Modène, 2012, 252 p. (ISBN 978-88-7549-389-9).

Références[modifier | modifier le code]

  1. Fiche généalogique de sa mère, Anne-Marie Henriette Nauts-Oedenkoven.
  2. F. Lancia di Brolo, Dei Lancia di Brolo. Albero genealogico e biografie., Palerme, 1879.
    G. Sorge, Mussomeli dall'origine all'abolizione della feudalità, vol. II, Catane, 1916, réed. Edizioni Ristampe Siciliane, Palerme, 1982.
  3. C. Merkell, Manfredi I e Manfredi II Lancia. Contributo alla storia politica e letteraria italiana nell'epoca sveva., Turin, 1886.
  4. G. Manuel di San Giovanni, Dei marchesi del Vasto e degli antichi monasteri de' SS. Vittore e Costanzo e di S. Antonio nel marchesato di Saluzzo, Turin, 1858
    F. Savio, Il marchese Bonifacio del Vasto e Adelaide contessa di Sicilia, in Atti della R. Accademia delle scienze di Torino, vol. XII, p. 87-105, Turin, 1887
    R. Bordone, Il "famosissimo marchese Bonifacio". Spunti per una storia delle origini degli Aleramici detti del Vasto, in Bollettino storico-bibliografico subalpino, n° LXXXI, p. 587-602, Turin, 1983).
    L. Provero, I marchesi del Vasto: dibattito storiografico e problemi relativi alla prima affermazione, in Bollettino storico-bibliografico subalpino, n° LXXXVIII, Turin, 1990.
  5. G. Lanz., Lancia, in Enciclopedia italiana di scienze, vol. XX, p. 486-48, Trecanni, Rome, 1933.
  6. S. Candela, I Florio, Sellerio, Palerme, 1986.
  7. L. Scansa-Lanza, Essai de solution du problème social par les magasins généraux, Paris, 1907, 92 p.
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  10. M. Lanza, Il diavolo e l’acqua santa. Chiavi di lettura ternarie o binarie in ordine alla personalità e vicenda spirituale di Lanza del Vasto., note 11, mars 2009, in M. Lanza, Nuovi contributi critici in ordine alla personalità e all'opera di Lanza Del Vasto e preludio del Noé, Il Fiorino, Modène, 2012, (ISBN 8875494096).
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  13. R. Paxton, O. Corpet & C. Paulhan, Archives de la vie littéraire sous l'Occupation, p. 226, Tallandier, Paris, avril 2009, ISBN 978-2-84734-585-8.
  14. J. P. Rioux, La Vie culturelle sous Vichy, p. 388, Éditions Complexe, 1990.
  15. a et b L. Kressmann, "Lily Pastré, la Bonne-Mère des artistes", Gaussen, Marseille, ISBN|978-2-356980-67-0.
  16. G. Lanza, Éclats de vie et pointes de vérité, IV, 1, Denoël, Paris, 1973.

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