Dissuasion nucléaire pendant la guerre froide

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
L'explosion atomique lors de l'essai atomique Trinity est la première jamais réalisée par l'Homme.

La dissuasion nucléaire constitue un des faits majeurs de la guerre froide entre les États-Unis et l'URSS, non que l’arme nucléaire soit à l’origine de leur face à face, mais parce qu’elle joue un rôle central dans les stratégies de défense et les relations internationales durant toute cette période de l'histoire.

La dissuasion consiste à prévenir un acte en persuadant celui qui l'envisage que les coûts qui en résulteraient inéluctablement en excèdent les bénéfices attendus[1]. L'application de la théorie de la dissuasion aux relations internationales et aux questions de défense n'est pas nouvelle : l'idée que la possession de moyens militaires puissants soit de nature à dissuader un pays ennemi d'attaquer remonte à l'antiquité[2]. Mais l'arme atomique a complètement renouvélé la place de la dissuasion dans les stratégies de défense car sa puissance sans égale dans l'histoire et l'instantanéité de sa mise en œuvre rendent possible la destruction en quelques heures de pays comme les États-Unis ou la Russie dont l'immensité ou la position géostratégique leur avaient permis de vaincre leurs adversaires dans la durée même après avoir subi des attaques surprises dévastatrices[3]. La dissuasion nucléaire déplace la question centrale que se posent les stratèges de " Comment gagner la guerre ? " à " Comment éviter la guerre ? "[4].

La dissuasion se base sur la peur du recours par l'autre à l'arme nucléaire : lorsque les deux adversaires la possèdent, la dissuasion réciproque dépend avant tout de la capacité de l'agressé à conserver des moyens suffisants de frappe nucléaire contre l'agresseur après avoir subi une première frappe atomique : c'est la « capacité de seconde frappe », élément moteur de la course aux armements qui a opposé les deux superpuissances durant la guerre froide et qui caractérise ce que l'on a appelé l'équilibre de la terreur.

Pour bien fonctionner la dissuasion suppose que les adversaires sont capables d'évaluer les coûts et les avantages de leurs actions selon des critères rationnels comparables[5]. Les critiques formulées quant à la validité du concept de dissuasion mettent notamment en avant l'altération du jugement des décideurs en période de crise ou la possibilité d'une mauvaise interprétation des intentions de l'autre qui peuvent conduire à des décisions irrationnelles au regard du principe sur lequel repose la dissuasion[6]. Une autre faiblesse de la théorie de la dissuasion n'est pas tant l'irrationalité potentielle d'une décision que l'incompréhension réciproque des objectifs et des valeurs de chaque partie pouvant conduire à des décisions rationnelles pour l'une mais irrationnelles pour l'autre et qui peuvent donc la surprendre et déclencher un engrenage dangereux[7] et à une mauvaise compréhension des enjeux et des intentions de l'adversaire[8].

Pendant la guerre froide, les dirigeants occidentaux et soviétiques se sont continuellement posés la question : "Et si la dissuasion échouait et qu'éclate un conflit dans lequel des armes nucléaires commenceraient à être employées ?" . Effrayés des conséquences d'un holocauste nucléaire, ils ont pris après la crise de Cuba des mesures pour diminuer les risques inhérents à la dissuasion par des mesures permettant de communiquer notamment en temps de crise, de connaître les intentions de l'adversaire par tous types de moyens d'observation et d'espionnage et de maîtriser les décisions d'emploi de ces armes par la centralisation et le renforcement de la sécurité de la chaîne de commandement. Américains et soviétiques ont cherché en permanence à évaluer le caractère essentiellement défensif ou agressif de la politique de l'autre camp vis-à-vis de leurs intérêts vitaux, chacun ayant eu tendance à prêter à l'autre des intentions plus agressives que la réalité telle qu'elle peut être connue aujourd'hui grâce aux archives disponibles. Un exemple caractéristique de cette situation est que Brejnev était convaincu en 1981 que les États-Unis préparaient une attaque majeure contre le Pacte de Varsovie ; il lance l'opération RYAN qui mobilise les moyens d'espionnage du Bloc de l'Est pour essayer de déterminer quand aura lieu cette attaque[9].

Winston Churchill exprime dans son discours d'adieu à la politique prononcé en mars 1955[10] ce tragique paradoxe qui fait dépendre la sécurité du monde d'armes capables de le détruire : « Il se peut que, par une sublime ironie, nous ayons atteint un stade de notre Histoire où notre sécurité est enfant de la terreur et notre survie le frère jumeau de l'annihilation[11] ». Cette prise de conscience ne se limite pas à un cercle restreint de politiques et de militaires, mais s'étend à l'ensemble de la population, notamment en Europe, alertée par les médias sur les effets terrifiants de l'arme atomique, auprès de qui elle engendre une crainte de dévastation de la civilisation plus ou moins aigüe en fonction des périodes de crise ou de détente des années de la guerre froide.

Historique de l'ère nucléaire pendant la guerre froide[modifier | modifier le code]

L'histoire de l'ère nucléaire commence le 6 août 1945 par le bombardement d' Hiroshima suivi le 9 août par celui de Nagasaki. L'Union soviétique devient à son tour une puissance nucléaire en 1949, la Grande-Bretagne en 1952, la France en 1960 et la Chine en 1964. Le face à face nucléaire des deux Grandes puissances mobilise des moyens considérables et polarise l'attention du monde entier jusqu'à l'effondrement de l'URSS en 1990. Cependant, l'Europe des blocs de l'Ouest et de l'Est est une zone de concentration de populations, de richesses, et de moyens militaires nucléaires et conventionnels où se développent des stratégies nucléaires complémentaires ou en marge de celles développées par les deux Grands dans leur face à face, d'autant que la Grande-Bretagne et la France quoique alliées aux États-Unis sont des puissances nucléaires et ont une politique étrangère en propre.

Le face à face nucléaire des États-Unis et de l'Union soviétique[modifier | modifier le code]

Supériorité stratégique des États-Unis[modifier | modifier le code]

Revue pour le retrait du Convair B-36 Peacemaker en 1958. En dix ans, le SAC est passé d'un appareil dont le dessin date de la seconde guerre mondiale à des appareils bisoniques tel le Convair B-58 Hustler mais le Boeing B-52 Stratofortress reste encore de nos jours l'emblème de la puissance aérienne américaine.
  • Les tâtonnements de la politique nucléaire des États-Unis

Dans les années 1945 - 1950, l'arme nucléaire ne représente encore qu'un potentiel stratégique limité et son emploi éventuel ne relève pas encore de doctrines bien établies. Du côté américain, Truman s'interroge sur la légitimité de cette arme. Il engage une démarche d'interdiction de l'arme nucléaire qui aboutit au plan Baruch présenté aux Nations-Unies en juin 1946 mais rejeté par l'URSS à l'issue de discussions qui durèrent jusqu'en 1948. Parallèlement Truman fait poursuivre le programme de développement des armes nucléaires en décidant notamment en janvier 1950 de poursuivre les études sur la bombe H beaucoup plus puissante que la bombe A utilisée à Hiroshima. Il confie au général LeMay le commandement du SAC avec l'objectif de développer une puissante force de bombardiers stratégiques à capacité nucléaire, dans le prolongement de la culture militaire américaine fortement axée sur le bombardement stratégique comme ce fut le cas pendant la seconde guerre mondiale.

Le Général Curtis E. LeMay dirige le SAC de 1948 à 1957, dont il renforce considérablement les moyens

Staline de son côté prend conscience dès 1945 du bouleversement créé par l'arme atomique. Il ne se laisse pas impressionner[12] par le monopole nucléaire américain du fait du petit nombre de bombes disponibles, des freins politiques et psychologiques à leur emploi et dans le pire cas de la relative faiblesse des dommages qu'elles pourraient infliger à l'URSS comparée à ceux subis pendant les années précédentes de son pouvoir. Sa politique consiste d'une part à faire avancer à marche forcée le programme nucléaire soviétique[13], avec pour résultat l'explosion d'une première bombe en 1949, et d'autre part à dérouler méthodiquement sa politique de constitution d'un bloc autour de l'URSS afin de garantir la sécurité de son territoire et la pérennité du système politique communiste.

MacArthur en uniforme discoure depuis une estrade avec de nombreux micros.
MacArthur faisant un discours dans le Soldier Field de Chicago en 1951.

La dissuasion nucléaire devient une composante essentielle des stratégies de sécurité et de défense des principaux pays protagonistes de la guerre froide à partir du début des années 1950, avec l'expérimentation des premières armes thermonucléaires[14] américaines et des premières bombes nucléaires soviétiques[15]. Les États-Unis formalisent leur stratégie vis-à-vis de l'Union soviétique pour la première fois dans le document NSC-68 approuvé en avril 1950 par Truman, qui conclut à la nécessité d'un renforcement des moyens militaires conventionnels et nucléaires pour faire face à la menace soviétique que les auteurs de ce rapport dont Paul Nitze décrivent en termes très inquiétants[16]. L'éclatement de la Guerre de Corée en juin 1950 confortera cette vision qui consacre définitivement l'état de guerre froide et la course aux armements nucléaires.

Eisenhower hérite en 1952 d'une situation où les États-Unis possèdent encore une supériorité stratégique très nette sur l'Union soviétique mais où l'économie souffre de l'importance des dépenses militaires résultant du conflit coréen et de l'aide apportée aux alliés européens. La doctrine stratégique d'emploi des armes nucléaires est formalisée en octobre 1953 par la directive NSC 162/2[17], dite "New Look Defense Policy". Fort de son passé militaire et de sa crédibilité en découlant, Eisenhower rend publique par la voix de John F. Dulles en janvier 1954 la doctrine des représailles massives[18] en riposte à toute attaque ennemie, dont l'avantage est de permettre d'économiser sur les dépenses militaires mais dont la crédibilité peut être mise en doute par un adversaire déterminé.

  • La diplomatie nucléaire « au bord du gouffre »

Jusqu'à la crise des missiles de Cuba en 1962, les deux Grands pratiquent à plusieurs reprises la "diplomatie nucléaire", c'est-à-dire la menace plus ou moins explicite d'emploi de ces armes si la partie adverse n'accède pas à leurs demandes. En 1949, lors du blocus de Berlin, Truman agite la menace de l'emploi de cette arme et envoie en Angleterre des bombardiers stratégiques B29, qui en réalité ne sont pas en état opérationnel de larguer des bombes atomiques. En Corée, il n'envisage jamais l'emploi de cette arme et limoge le général Douglas MacArthur pourtant très populaire mais qui pousse fortement dans le sens contraire. Dans les années 1950, Eisenhower met en alerte les forces nucléaires à plusieurs reprises pour appuyer sa politique vis-à-vis de la Chine communiste ou dans le contexte de la crise du canal de Suez en 1956. Et Kennedy fait de même en réponse aux initiatives soviétiques à Berlin et à Cuba.

Du côté soviétique, si Staline n'a pas eu les moyens d'exercer un tel chantage nucléaire, Nikita Khrouchtchev fait un usage irraisonné d'une politique "au bord du gouffre" qui conduit aux crises et aux risques d'affrontement nucléaire les plus graves de la guerre froide. Le dirigeant soviétique est conscient de la faiblesse de son arsenal, mais il utilise au mieux les essais nucléaires et les premiers lancements réussis de missiles pour faire des déclarations tonitruantes dans l'objectif d'être considéré par les États-Unis sur un pied d'égalité et d'en tirer des avantages politiques et stratégiques substantiels. Il croit, comme Eisenhower, que l'arme nucléaire permet aussi de réduire les forces conventionnelles et par là l’extrême tension que les budgets militaires font peser sur l'économie soviétique [19].

Atteinte de la parité stratégique entre États-Unis et URSS[modifier | modifier le code]

  • Remise en cause de la doctrine des représailles massives
Herman Kahn

Stratège et futurologue, ayant travaillé à la RAND et au Hudson Institute, a publié en 1960 un essai "On thermonuclear war" qui envisage les conséquences de la possibilité bien réelle selon lui d'une guerre thermonucléaire entre les États-Unis et l'URSS

Au milieu des années 1950, les États-Unis sont encore confiants dans leur supériorité nucléaire et leur capacité à sortir vainqueur mais non indemne d'une confrontation nucléaire avec l'Union soviétique. Eisenhower demande au dirigeant du MIT James Killian de présider un comité de 46 membres chargé d'évaluer le rapport de forces entre les États-Unis et l'Union soviétique, ainsi que la probabilité d'une attaque par les soviétiques. Après 5 mois de réunions tenues secrètes, le "Panel Killian" produit son rapport "Meeting the Threat of a Surprise Attack" [20]. Ce rapport présenté à Eisenhower en février 1955 recommande fortement le développement de missiles balistiques intercontinentaux et de portée intermédiaire, la mise en œuvre d'une surveillance aérienne et satellitaire de l'Union soviétique, ainsi que le développement de missiles lancés par des sous-marins. Ces recommandations sont à l'origine du développement accéléré de la triade de missiles Atlas (ICBM), Jupiter (IRBM) et Polaris (SLBM) et de l'avion espion U-2.

Dans les années 1956/57 le doute augmente sur la stratégie officielle américaine de représailles massives et plus généralement sur la possibilité de gagner une guerre nucléaire. Les progrès soviétiques rendent chaque jour plus improbable la capacité de réduire à presque rien leurs capacités de riposte après une première frappe. Le rapport Gaither [21] remis à Eisenhower en novembre 1957 alerte fortement sur les capacités de l'URSS et les faiblesses de la défense des États-Unis [22].

  • Le supposé écart en faveur de l'URSS (ou "Missile Gap")
Un missile R-12 Dvina présenté à Moscou sur la Place Rouge. Premier missile stratégique, à carburant liquide, et à guidage inertiel complètement autonome produit par l'URSS, sa mise en place à Cuba déclencha l'une des plus grandes crise de la guerre froide.

À la fin des années 1950, une campagne est orchestrée sur l'existence d'un "missile gap", c'est-à-dire d'un retard des États-Unis par rapport à l'URSS en matière de missiles. Cette crainte provient en partie du choc que constitue dans l'opinion publique le lancement du premier satellite artificiel par les soviétiques, Spoutnik 1 en octobre 1957. Le lancement de Spoutnik en 1957 a un énorme impact psychologique sur la population américaine qui prend conscience du jour au lendemain qu’un Pearl Harbor nucléaire est peut-être possible. Cette crainte est amplifiée par l’U.S. Air Force qui allègue d’un « bomber gap » puis d’un « missile gap » pour obtenir plus de moyens, par l’agressivité supposée de l’Union soviétique et sa capacité perçue à accepter des pertes humaines considérables et par le manque d’information fiable fournie par la CIA [23] sur l’état réel des moyens militaires soviétiques. Spoutnik fait craindre que les Soviétiques aient une longueur d’avance dorénavant sur les Américains et se retrouvent dès lors dans la situation des États-Unis quelques années auparavant de pouvoir considérer une attaque massive pour assurer la victoire du communisme, par un régime n’ayant pas les mêmes contraintes politiques et morales que la démocratie américaine.

En réalité jusqu'au début des années 1960, l'URSS possède des forces nucléaires capables de frapper en Europe mais ne dispose que de très peu de missiles intercontinentaux opérationnels ce que sait parfaitement Eisenhower. Kennedy, qui a exploité ce thème du "missile gap" pendant sa campagne électorale mais est mis au fait de la situation dès son arrivée à la Maison Blanche, s'appuie sur la supériorité encore bien réelle des États-Unis dans le règlement à l'avantage des occidentaux des crises de Berlin et de Cuba.

La réalité du côté soviétique, telle qu’il est possible aujourd’hui de mieux la comprendre depuis la chute de l’empire soviétique, est assez différente : la mort de Staline en 1953 permet que s’instaure dans les années 1954-58 un vrai débat sur la stratégie militaire du pays dont les dirigeants savent bien qu’il accuse encore un retard considérable sur les américains, en dépit de ce que leur propagande et leurs premières gesticulations nucléaires essaient de faire croire à l’occident. Khrouchtchev, Malenkov et les maréchaux sont conscients du caractère effroyable de l’arme nucléaire. Ils savent aussi que leur pays est passé de peu à côté de la défaite en 1941/42 face aux Nazis et qu’il est sorti exsangue du second conflit mondial. Interdite du vivant de Staline, la reconnaissance des mérites de l’effet de surprise en matière stratégique est devenue possible. De manière symétrique avec ce qui se passe aux États-Unis, les lobbies militaires et industriels poussent à la course technologique et quantitative aux armements, le programme de construction de missiles intercontinentaux se met en place avec un fort niveau de priorité.

  • L'entrée dans l'ère de la "Destruction mutuelle assurée"
Ce graphique montre la montée vertigineuse de la puissance des armes nucléaires à partir du milieu des années 1950, liée à l'aboutissement des recherches sur la bombe H permettant son déploiement opérationnel massif.

L'effort des soviétiques finit par porter ses fruits et lors de la réunion [24] du Conseil de sécurité nationale (NSC) du 12 septembre 1963 Kennedy est averti que dans tous les scénarios étudiés sur les 5 prochaines années, les États-Unis comme l'URSS souffriraient de dommages immenses en cas de guerre nucléaire. Le monde est entré dans l'ère de l'équilibre de la terreur (ou en anglais "Mutual Assured Destruction", les initiales MAD signifiant "fou") [25], caractérisé par la capacité de seconde frappe de chacun des deux Grands, c'est-à-dire d'infliger des dommages immenses à l'autre même après une attaque surprise massive contre son territoire ou ses intérêts vitaux [26]. Nikita Khrouchtchev est conscient de cette situation, ce qui le conduit à introduire la notion de coexistence pacifique par laquelle la guerre entre les deux systèmes capitalistes et communistes n'est pas inévitable et que le communisme triomphera in fine grâce aux contradictions internes au capitalisme et à la supériorité du système communiste. La théorie de la destruction mutuelle assurée s'impose et elle restera jusqu'à la chute de l'empire soviétique la pierre angulaire de la politique extérieure des deux Grands.

Au même moment, Américains et Soviétiques doivent aussi traiter de ces questions nucléaires au sein de leur propre camp. La rupture des relations entre les deux leaders du monde communiste entraîne l'arrêt brutal le 20 juin 1959 de l'aide apportée à la Chine par l'Union soviétique, qui dénonce ainsi l'engagement pris le 15 octobre 1957 de lui fournir une bombe atomique et les données techniques de sa fabrication [27]. La Chine prend un retard important dans son programme nucléaire et ne fait éclater sa première bombe atomique qu'en 1964. La France du général de Gaulle de son côté choisit de se retirer de l'organisation militaire intégrée de l'OTAN, compliquant ainsi les plans militaires de l'Alliance et affaiblissant la crédibilité des représailles américaines en cas d'attaque soviétique en Europe.

Maintien de la parité stratégique entre les deux Grands[modifier | modifier le code]

Les incertitudes quant aux intentions réelles de chaque grande puissance vis-à-vis de sa rivale et quant au risque de voir l'un des deux camps reprendre un avantage stratégique grâce à des progrès technologiques spectaculaires ont hanté les décideurs politiques et militaires pendant les années 1970 et 1980. Les deux camps sont également pleinement conscients qu'une guerre nucléaire serait dévastatrice et brève, interdisant toute possibilité de montée en puissance stratégique comme ce fut le cas pendant la Seconde Guerre mondiale où les États-Unis comme l'Union Soviétique purent prendre progressivement l'avantage sur le Japon et l'Allemagne par la mobilisation de ressources économiques et humaines beaucoup plus importantes que celles de leurs opposants rendant quasi inéluctable leur victoire. Ce second conflit mondial, marqué par les attaques surprises du Japon (Pearl Harbor) et de l'Allemagne (Opération Barbarossa), alimente aussi la crainte permanente en URSS comme aux États-Unis d'une attaque surprise qui ne laisserait d'autre choix que de capituler ou d'entraîner le monde dans une guerre nucléaire totale.

  • Course aux armements et à la supériorité technologique
Le missile Peacekeeper pouvait emporter en même temps 10 ogives, chacune pouvant atteindre une cible différente. Chaque ligne sur la photo montre le parcours d'une ogive.

L'atteinte de la parité stratégique aurait pu engendrer une pause dans le développement des arsenaux nucléaires, mais ce n'en est pas le cas en raison notamment des sauts technologiques de l'arsenal nucléaire américain. La décision des États-Unis de développer des ogives à tête multiples fait passer entre 1969 et 1975 le nombre de têtes nucléaires équipant les missiles stratégiques de 2 500 à plus de 7 000. Ces ogives sont guidées en phase terminale ce qui les rend beaucoup plus précises par réduction de l'erreur circulaire probable par rapport au but visé et donc capables d'être dirigées vers des cibles militaires protégées comme les ICBM soviétiques, faisant ainsi craindre une attaque surprise [28]. Dans les années 1970, l'URSS pour sa part continue de développer une force d'ICBM quantitativement plus importante que celle des États-Unis, générant en retour des craintes de tentative de rupture de l'équilibre stratégique.

Les lobbies militaires et industriels alimentent des deux côtés également fortement le développement des forces nucléaires stratégiques et tactiques. Aux États-Unis, la CIA et l'Air Force continuent de produire des prévisions sur le nombre de bombardiers stratégiques ou de missiles soviétiques dépassant la réalité. Par ailleurs, les militaires américains basent la plupart de leurs analyses sur les dommages qu'infligeraient les explosions atomiques en se fondant sur l'effet de souffle et en négligeant l'effet de chaleur et les radiations qui augmentent de manière très significative l'effet immédiat et à terme de ces armes sur les infrastructures et sur les hommes [29],[30].

  • Limitation des risques nucléaires

Si la crise de Cuba connait un dénouement heureux, elle n'en laisse pas moins les dirigeants soviétiques et américains dans l'effroi et les incite fortement à œuvrer ensemble à des initiatives de réduction des risques nucléaires sans pour autant baisser la garde. Au début des années 1960, les technologies sont encore rudimentaires et de ce fait les chaînes de commandement fragiles et les dispositifs permettant d'analyser les données relatives à l'autre camp quasi inexistants. Par exemple durant la crise de Cuba, Khrouchtchev perd la communication avec les commandants des 4 sous-marins armés de missiles nucléaires qu'il a envoyés croiser au large de Cuba. Ces risques d'une perte de contrôle de la situation conduisent à développer considérablement les moyens à la fois de prévention et d'alerte d'attaques nucléaires. L'exemple le plus populaire en est l'installation après la crise de cuba du téléphone rouge, liaison téléphonique directe entre le président des États-Unis et le secrétaire du PCUS.

  • Premiers accords de réduction des armements stratégiques

Les administrations Kennedy puis Johnson souhaitent engager des pourparlers avec l'Union soviétique visant à limiter les armements stratégiques à partir de 1963. En 1967, les soviétiques commencent à réagir positivement à l'ouverture de négociations de désarmement. La décision semble acquise lors de la signature le 1er juillet 1968 du Traité de Non-Prolifération, mais l'intervention militaire soviétique d'août 1968 en Tchécoslovaquie donne un coup de froid aux relations entre les deux Grands. Nixon et Kissinger arrivent au pouvoir aux États-Unis en janvier 1969 et s'accordent finalement avec Brejnev pour l'ouverture de pourparlers à Helsinki le 17 novembre 1969 [31]. Ces négociations de limitation des armements stratégiques aboutissent à la signature des traités SALT I en mai 1972 [24].

Signature de l'accord entre Ford et Brejnev à l'issue du sommet de Vladivostok

Brejnev veut profondément poursuivre la politique de détente avec les États-Unis et de réduction des dépenses militaires. Le sommet de Vladivostok entre lui et Gérald Ford en novembre 1974 en est l'illustration car il faut toute l'énergie de Brejnev pour arriver à un accord de principe permettant de débloquer les négociations SALT [32]. Les progrès sont cependant lents et ce n'est qu'en juin 1979 que les accords SALT II sont signés.

  • Regain de tensions et craintes soviétiques d'un déséquilibre nucléaire en leur défaveur

Ces accords ne sont cependant pas ratifiés car la détente laisse progressivement la place à ce que l'on appelle parfois la seconde guerre froide à partir de 1975, dont l'intervention soviétique en Afghanistan à l'hiver 1979 et la crise des euromissiles constituent des temps forts, gelant pour un temps la diplomatie et renforçant la solidarité atlantique comme l'illustre spectaculairement le soutien de François Mitterand au déploiement des missiles Pershing II pour contrebalancer les SS-20 soviétiques [33].

Vers la fin de son mandat à l'été 1980, Jimmy Carter approuve une évolution de la doctrine nucléaire des États-Unis qui, sans renoncer à la primauté de la dissuasion, remet au goût du jour la possibilité d'un emploi flexible des armes nucléaires (directive PD-59 [34],[35]), grâce aux progrès des technologies d'acquisition de données et de commandement, dans l'idée de pouvoir gagner une guerre nucléaire si la dissuasion échoue.

Arrivé au pouvoir en janvier 1981, Ronald Reagan adopte une attitude dure vis-à-vis des Soviétiques, notamment dans ses discours où il diabolise l'URSS et lance l'initiative de défense stratégique dont l'objectif est de constituer un bouclier spatial qui protège les États-Unis contre une attaque nucléaire. La réussite de ce programme signifierait un changement radical dans la crédibilité de l'équilibre nucléaire entre les deux grands. Il inquiète les Européens qui craignent un repli sur soi des États-Unis [36] ; le lancement du programme de recherche EUREKA est une des actions prises par les Européens pour ne pas se laisser distancer dans la course scientifique. En coulisse les échanges diplomatiques sont nombreux, mais rendus difficiles par la lente fin de règne de Brejnev qui meurt en 1982, dont les successeurs éphémères, Andropov et Tchernenko n'entreprendront aucune initiative majeure. Les tensions entre les deux Grands culminent dans les années 1981-1983. Les soviétiques s'inquiètent d'une éventuelle attaque nucléaire des États-Unis, au point que Brejnev et Andropov, alors chef du KGB, initient en 1981 une vaste opération d'espionnage baptisée RYAN afin de se procurer toutes les informations qui permettraient d'en identifier les préparatifs[9].

  • Fin de la guerre froide et la signature d'importants accords de réduction des armements nucléaires
L'un des quelques RSD-10 Pionnier, plus connu au niveau mondial sous le code OTAN SS-20 Saber, survivants exposé au National Air and Space Museum à Washington à côté d'un Pershing II. La coiffe du dernier étage est enlevée et on distingue les 3 MIRV à son sommet.

L'arrivée au pouvoir de Gorbatchev en mars 1985 change radicalement la donne et ouvre la voie à un retour à la détente et à une politique de part et d'autre de réduction des armements nucléaires qui se conclut par la signature de traités importants d'élimination des missiles de portée intermédiaire en Europe, mettant ainsi fin à la crise des euromissiles, et de réduction des armes stratégiques (START I).

Le face à face nucléaire en Europe[modifier | modifier le code]

La nucléarisation du théâtre d'opérations européen par l'OTAN[modifier | modifier le code]

En Europe, les soviétiques et leurs alliés disposent d'une supériorité incontestée en matière d'armements conventionnels. L'Europe de l'Ouest organise sa défense autour de l’Alliance atlantique et du bouclier nucléaire stratégique américain, dont la crédibilité est renforcée par le maintien de troupes américaines sur le sol européen, qui seraient directement menacées en cas d’offensive soviétique. Cependant, dès la création de l'OTAN des craintes se font jour quant à la réalité du parapluie nucléaire stratégique associé à la doctrine des représailles massives. Les premières armes nucléaires soviétiques opérationnelles sont en réalité capables d'atteindre l'Europe, mais pas l'Amérique.

Les progrès accomplis dans la miniaturisation des armes nucléaires qui peuvent désormais être tirées par des canons ou larguées par de nombreux types d'avions ou de missiles de théâtre d'opérations et pas seulement par les bombardiers stratégiques, incitent l'U.S. Army à développer de nombreuses armes nucléaires dites "tactiques" destinées au théâtre d'opérations européen qui sont déployées au début des années 1950 et à réfléchir à la manière de mener une guerre atomique limitée, utilisant ces armes nucléaires tactiques mais sans exposer la planète aux risques d'une guerre totale. Dès 1953, le Conseil de sécurité nationale des États-Unis (NSC) introduit dans un document la possibilité d'utiliser des armes nucléaires comme n'importe quel autre type d'armes. L'emploi de ces armes est prévu dans les plans du commandement général de l'OTAN à partir de 1953 [37],[38] et entériné dans la directive stratégique MC48 [39] approuvée au plus haut niveau de l'OTAN .

Le Royaume-Uni dans les années 1950 et la France dans les années 1960 accèdent également au rang de puissance nucléaire, manifestant par là au moins pour la France une volonté d'être un acteur à part entière de sa sécurité sans dépendre complètement du parapluie nucléaire des États-Unis qui contrôlent entièrement les moyens nucléaires de l'OTAN.

Le Royaume-Uni, troisième puissance nucléaire[modifier | modifier le code]

Le test de la première bombe H britannique le 31 mai 1957 présenté dans un film d'actualité. Dans les faits, la fusion se passa mal entrainant une puissance moindre que prévu.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le Royaume-Uni participe au Projet Manhattan qui aboutit avec succès à la conception de bombes nucléaires, sans pour autant bénéficier d'un accès à toutes les informations. En 1946, les États-Unis décident via le vote de la Loi McMahon (ou "Atomic Energy Act" [40]) de ne pas transmettre d'information relative à l'atome, ce qui oblige les Britanniques à poursuivre seuls le développement de leurs armes nucléaires. Testée le 3 octobre 1952, cette première bombe A britannique devient opérationnelle en novembre 1953 à bord des bombardiers stratégiques de type V. En 1958, le contexte change radicalement avec le signature d'un vaste accord de coopération nucléaire entre les États-Unis et la Grande-Bretagne [41]. Depuis cette date, la Grande-Bretagne ne développe plus par elle-même de vecteur nucléaire ; elle se procure aux États-Unis les missiles et les ogives qui arment les sous-marins de la classe Resolution qui forment l'ossature de sa force de dissuasion à partir de 1967 et jusqu'à la fin de la guerre froide.

La "force de frappe" française[modifier | modifier le code]

Le Redoutable (S611), premier SNLE français, a été transformé en navire musée.

La décision de fabriquer des armes nucléaires est prise en 1954 par Pierre Mendès France [42]. Lors de son retour au pouvoir en 1958, le Général de Gaulle accélère le programme nucléaire afin de doter rapidement la France d'une force de frappe conçue en application de la théorie de la "dissuasion du fort au faible", qui soit indépendante de l'Alliance atlantique sous contrôle complet des États-Unis pour tout ce qui touche au nucléaire, et qui constitue une réponse aux doutes existant sur la capacité et la volonté des États-Unis de réagir par tous les moyens à une invasion soviétique, à un moment où ils sont embourbés dans la guerre au Viêt Nam et où les capacités de représailles de l'URSS sont devenues très réelles. De Gaulle synthétise sa vision de la nécessaire indépendance de la France en matières de politique extérieure et de défense dans son allocution du 27 avril 1965 [43].

Théorisée notamment par le Général Gallois, la doctrine de "dissuasion du fort au faible" repose sur l'idée que le fait de pouvoir infliger à un adversaire même beaucoup plus puissant des dommages largement supérieurs à l'avantage qu'il retirerait d'une invasion ou d'une atteinte aux intérêts vitaux est à même de le dissuader. De Gaulle traduit en termes très concrets cette théorie en disant "Dans dix ans, nous aurons de quoi tuer 80 millions de Russes. Eh bien je crois qu'on n'attaque pas volontiers des gens qui ont de quoi tuer 80 millions de Russes, même si on a soi-même de quoi tuer 800 millions de Français, à supposer qu'il y eût 800 millions de Français." [44]. Cette stratégie implique de doter la France d'une capacité de seconde frappe anti-cités. Dans cette logique, la force de frappe française se met en place au cours des années 1960 selon le schéma de la triade, associant trois types de vecteurs : les avions porteurs d'armes nucléaires (1964), les missiles basés à terre (1971), et les missiles lancés depuis des sous-marins (1971), dans le but de garantir la capacité de riposte après une éventuelle attaque surprise. Les ressources limitées d'une puissance moyenne comme la France imposent que le programme nucléaire permette d'atteindre un niveau juste suffisant pour rendre crédible la dissuasion, ce qui a pour conséquence le refus de la France de participer aux négociations de réduction des armements nucléaires menées par les deux Grands.

Impact de l'arme nucléaire sur les relations internationales et les stratégies militaires[modifier | modifier le code]

Des réflexions intenses s'instaurent dès 1945 pour évaluer l'impact de l'arme nucléaire sur les relations internationales et sur les stratégies militaires. Les débats stratégiques existent tant aux États-Unis qu'en Union Soviétique. Ils sont en partie publics, notamment aux États-Unis, mais aussi très largement secrets parce qu'ils touchent à des questions fondamentales de sécurité des États et parce que la notion de doute est au cœur même du concept de dissuasion. Les Américains les conduisent partiellement publiquement en raison des exigences du fonctionnement d'une démocratie et d'autre part car les questions de sécurité en Europe, centrales dans ces débats, impliquent obligatoirement des négociations avec les alliés européens ; cependant les plans militaires précis sont restés secrets pendant très longtemps et les prises de positions divergentes, parfois traduisant une posture offensive vis-à-vis de l'Union Soviétique font que ses dirigeants sont largement persuadés d'un risque fort d'une attaque préventive par les États-Unis. Côté soviétique, le maréchal Sokolovsky publie en 1962 un document sur la "Stratégie Militaire Soviétique" qui pour la première fois donne aux occidentaux une information officielle et détaillée de leur vision.

Consultants à la RAND, Bernard Brodie auteur de "Strategy in the Missile Age" (1959) et Albert Wohlstetter auteur de "The Delicate Balance of Terror" (1958) ont fortement contribué à la définition des stratégies de dissuasion nucléaire dans les années 1950 et 1960.

Ces débats ne sont pas l’apanage des seuls militaires, les politiques mais aussi, chose plus nouvelle, des scientifiques s'en emparent. Aux États-Unis, l'exemple le plus connu est celui du laboratoire RAND qui fournit des contributions majeures à ces réflexions et à l'éclosion des théories les plus importantes des années 1950 et 1960. L'adaptation de la théorie des jeux au contexte des relations internationales est à cet égard illustrative de la quête de réponses scientifiquement incontestables et par conséquent solides face à l'angoisse réelle qui entoure toutes ces questions dans les gouvernements, les médias et les populations.

Avec l'arme nucléaire, l'humanité possède une arme dont elle a vite pris conscience de son caractère entièrement nouveau et qu'elle peut la détruire. Cette situation et le fait qu'à ce jour elle n'a jamais été utilisée dans un contexte d'affrontement entre deux puissances la possédant, génèrent d'intenses réflexions tout au long de la guerre froide sur son utilisation politique et militaire, sur sa légitimité morale et juridique et sur son contrôle ou son élimination. Ces réflexions s'articulent autour de quatre grands axes :

  • Stratégies de dissuasion : le courant de pensée central est celui de la dissuasion, c'est-à-dire de la menace d'employer l'arme nucléaire en représailles à une agression contre les intérêts vitaux. Au fil de l'évolution des technologies et des rapports de force entre les deux Grands, différentes stratégies de mise en œuvre de la dissuasion ont successivement émergé, qui reposent soit sur une supériorité stratégique marquée d'un des camps sur l'autre, soit au contraire sur une approche minimaliste des moyens stratégiques requis pour dissuader, soit enfin sur une solution médiane consistant à rechercher un équilibre stratégique stable entre adversaires possédant l'arme nucléaire[45].
  • Stratégies de gain d'une guerre nucléaire : les gouvernants ne peuvent pas tenir pour acquis que la dissuasion fonctionnera, ce qui les conduit à s’interroger sur les moyens de gagner une guerre nucléaire dans le cas où malgré tout elle éclaterait, en explorant deux voies principales. La première consiste dans le développement des moyens de défense active ou passive de manière au mieux à neutraliser une agression nucléaire ou au moins à en limiter les dégâts en résultant. La seconde consiste à envisager un emploi limité des armes nucléaires, rendu techniquement possible par la multiplication des armes nucléaires dîtes tactiques, c'est-à-dire de portée et de puissance relativement limitées, pour s'assurer un avantage décisif lors des phases initiales d'un conflit, sans aller jusqu'à l’Armageddon nucléaire.
  • Politiques de limitation du risque nucléaire : les deux Grands prennent conscience au début des années 1960 qu'il est dans leur intérêt de limiter les risques nucléaires. Il ne s'agit pas pour eux d'éliminer leur arsenal nucléaire, mais d'agir progressivement selon trois axes : en premier lieu la non-prolifération et l'auto-limitation des domaines de test et de déploiement de ces armes, en second lieu la réduction des risques de conflit résultant de causes accidentelles ou de la mauvaise interprétation des intentions de l'autre, et enfin la réduction du nombre d'armes nucléaires en leur possession. Des négociations sur ces différentes dimensions d'encadrement du développement des armes et sur la diminution de leur nombre ont été menées pratiquement sans interruption pendant la guerre froide et se sont poursuivies après l'effondrement du bloc soviétique.
  • Courants pacifistes : enfin, un courant pacifiste, plus ou moins audible ou influant selon les périodes, dénonce constamment pendant la guerre froide l'existence même des armes nucléaires et prône leur élimination.

Stratégies de dissuasion[modifier | modifier le code]

  • La stratégie des "représailles massives" ou doctrine Dulles
Paul Nitze (page en anglais) a occupé divers postes gouvernementaux ou de conseiller sous toutes les présidences américaines de Truman à Reagan, qui lui ont permis d'exercer une influence considérable dans la définition des stratégies nucléaires, notamment en tant que contributeur à l'élaboration de la directive NSC-68.

Formulée au début des années 1950, la politique de représailles massives d'Eisenhower s'inscrit dans le contexte d'une supériorité des États-Unis en armes nucléaires telle que leur emploi peut paraître présenter un risque relativement limité pour les États-Unis au regard des destructions potentielles très importantes qui en résulteraient en URSS, ce qui donne à cette stratégie un caractère crédible qu'Eisenhower et son Secrétaire d'État Dulles se sont toujours efforcés de mettre en avant[46]. Elle repose sur un principe simple : toute attaque soviétique contre un pays membre de l'OTAN expose l'URSS à des représailles nucléaires massives sur ses villes, sans préavis et sans retenue. Elle répond aussi à la volonté d'Eisenhower d'une stricte orthodoxie en matière budgétaire, via en particulier une forte limitation des budgets d'armements conventionnels rendue possible par le développement, pour un coût comparativement modeste, des armes nucléaires[47].

  • La "capacité de seconde frappe" ou la "destruction mutuelle assurée"

À partir du milieu des années 1950, le consensus se fait progressivement tant aux États-Unis qu'en URSS sur le fait que l'emploi massif d'armes nucléaires stratégiques ne peut mener qu'à une destruction mutuelle. Ce constat conduit à introduire dans les réflexions stratégiques les notions de première et seconde frappes et pas seulement d’équilibre du nombre de vecteurs et bombes nucléaires. La capacité à mener une frappe nucléaire après une frappe ennemie, à une échelle suffisamment importante pour dissuader la première frappe, devient une préoccupation majeure des états-majors et des stratèges. Il s'agit non plus d'égalité des forces mais de disposer d'une force suffisamment protégée ou invulnérable pour garantir la capacité de représailles en toutes circonstances. Elle constitue une incitation forte à la course aux armements, chaque camp pouvant craindre que l’autre ne développe des armes toujours plus puissantes, précises et nombreuses. La diminution de la vulnérabilité des cibles civiles et militaires devient corrélativement un autre axe de réflexion tant aux États-Unis qu’en Union soviétique : les Américains se rendent compte qu’en réalité leurs bases aériennes sont très mal protégées contre les bombardements et que rien n’a encore été fait en matière de protection civile.

Après avoir orienté Kennedy dès le début de sa présidence en 1960 vers des stratégies de "réponse flexible" et "anti-forces" en remplacement de celle des "représailles massives", McNamara fait adopter cette stratégie de "destruction mutuelle assurée" fin 1963 par le président Johnson qui vient de succéder à Kennedy assassiné à Dallas, mettant ainsi un terme aux débats stratégiques aux États-Unis pour le reste de la décennie[48].

Cet équilibre de la terreur apparaît comme étant instable à la plupart des stratèges de l'époque. Le grand diplomate américain, George Kennan, quoique résolument en faveur du dialogue avec l'URSS et fermement convaincu que cette dernière n'a aucunement l'intention de se lancer dans une guerre nucléaire totale, admet qu'il est prudent de se doter des moyens de dissuasion nucléaire adéquats pour parer à une éventuelle attaque surprise [49].

  • Les stratégies de dissuasion minimale ou "du fort au faible"

Ces stratégies ont sans doute en partie par nécessité étaient adoptées par les puissances nucléaires secondaires comme la Chine ou la France, cette dernière en particulier ayant théorisé très clairement en la matière via les écrits du général Beaufre. L'idée est qu'il suffit pour un pays comme la France de pouvoir infliger des dommages supérieurs à ceux qu'un adversaire retirerait de son invasion pour que la dissuasion joue[50]. La Chine également n'a constitué qu'un stock modeste d'armes nucléaires, comparable à celui de la France ou de la Grande-Bretagne, le jugeant suffisant pour atteindre ses objectifs stratégiques[51]. En URSS, à la fin des années 1950 et au début des années 1960, Khroutchtchev limite la flotte de surface et les bombardiers stratégiques estimant que la possession d'un nombre limité de fusées armées de bombes très puissantes était suffisant au regard de ses objectifs de politique étrangère[52].

Stratégies de gain d'une guerre nucléaire[modifier | modifier le code]

Thomas Schelling, économiste américain, prix Nobel 2005, est un spécialiste de l'adaptation de la théorie des jeux au contexte des relations internationales et de la stratégie, thème central de son ouvrage majeur "Strategy of Conflict" paru en 1960.
  • La "guerre préventive" ou la "guerre pré-emptive"[53]

Au début des années 1950, une des questions qui se posent est : peut-on gagner une guerre nucléaire et comment faire pour y parvenir ? Les États-Unis ont encore une très large supériorité nucléaire sur l’Union soviétique, mais celle-ci commence à posséder des bombardiers capables d’atteindre le territoire américain et surtout le territoire européen. La supériorité utile est celle qui permet d’éliminer les capacités de représailles de l’adversaire en cas de conflit, ou tout au moins de les ramener à un niveau acceptable. La puissance des armes thermonucléaires qui commencent à être produites dans la première moitié des années 1950 est telle qu’il suffit de quelques bombardiers pour détruire les principales villes d’un ennemi et dépasser ainsi le seuil des dommages acceptables que les dirigeants politiques n’ont jamais pu ou voulu définir avec précision.

La perte de leur monopole conduit les militaires américains à s’interroger sur un scénario de guerre préventive, qui consiste en une attaque visant délibérément l’Union soviétique hors contexte de crise pour éliminer ses capacités nucléaires en cours de constitution. Cette hypothèses est considérée assez sérieusement dans les années 1954/55 puisqu’elle est discutée jusqu‘au sein du NSC, mais elle n’est soutenue que par une petite minorité de ses acteurs.

Il en va autrement du concept de guerre pré-emptive, voisin mais très différent dans son esprit, qui consiste à frapper les premiers le territoire d’un ennemi qui serait manifestement en train de préparer une attaque massive nucléaire ou conventionnelle. Cette stratégie, étudiée de manière très sérieuse, consiste à privilégier les attaques visant le potentiel militaire de l’ennemi (dites « anti-forces ») de manière à réduire très fortement ses capacités de riposte nucléaire ou d’invasion de l’Europe ; elle limite les frappes contre les villes (dites « anti-cités ») qui ont comme inconvénient majeur d’encourager l’ennemi dans des représailles de même nature pouvant conduire à un holocauste nucléaire. Elle est moralement beaucoup plus acceptable que la guerre préventive, mais suppose d’être capable de détecter assez tôt et à un bon niveau de certitude la réalité de préparatifs à une guerre massive déclenchée par l’Union soviétique, ce qui n’est pas évident dans l’état de la technologie.

Du côté soviétique, les réflexions stratégiques s’orientent vers une doctrine d’attaque surprise pour obtenir un avantage militaire décisif, similaire au concept américain de frappe pré-emptive, pour assurer le succès des forces conventionnelles très importantes du Pacte de Varsovie, et pour frapper les centres économiques occidentaux vitaux dans l’optique de s’emparer de l’Europe.

Mais les facteurs d’incertitude qui constituent un composant essentiel de la dissuasion, sont tels sur la faisabilité des différents scénarios de guerre nucléaire envisagés qu’aucun des deux Grands ne se sent finalement assuré de pouvoir gagner. La révolution technologique mise en avant par des penseurs comme Herman Kahn ne se traduit finalement pas par une révolution stratégique.

  • La "riposte graduée" ou "flexible response"
Robert McNamara

Secrétaire à la Défense des États-Unis de 1961 à 1968, il modernise le management du Pentagone et s'appuie sur des scientifiques et stratèges civils s'attirant des critiques de l'establishment militaire

En 1962, la doctrine MacNamara (ou doctrine de la riposte graduée) devient la ligne géopolitique choisie par les Américains en matière de stratégie nucléaire : elle implique un recours progressif et adapté aux armes de destruction massive. Robert McNamara, secrétaire d'état dans l’administration Kennedy, veut s’écarter de la précédente doctrine Dulles, dite des représailles massives. Dans le cas où la dissuasion échouerait, refusant une stratégie nucléaire apocalyptique, il cherche un moyen de poursuivre des négociations pour mettre fin au conflit, même après une première utilisation d’armes nucléaires.

  • La "stratégie de compensation" ou "countervailing strategy"

Le président Carter demande à son arrivée au pouvoir que soit étudiée une révision de la stratégie nucléaire des États-Unis pour mieux répondre aux évolutions intervenues du côté soviétique. Ces réflexions conduisent à l'adoption officielle en juillet 1980 [34] de la "stratégie de compensation (en anglais "Countervailing Strategy") dont le principe est de se mettre en mesure de gérer une guerre nucléaire à la fois prolongée et limitée, grâce à des plans flexibles comportant de multiples options, à la mesure de ce que les progrès technologiques permettent [54].

  • La guerre atomique tactique

À partir de 1954, les plans de l'OTAN prévoient explicitement l'usage d'armes nucléaires. La première question qui se pose est de savoir s'il est réaliste d'envisager un tel emploi sans que nécessairement le conflit ne dégénère en guerre totale avec emploi des armes nucléaires stratégiques. Beaucoup en doutent, et ce débat prend toute son acuité lors de la crise de Berlin en 1961 où les américains s'interrogent dramatiquement sur la manière de répondre militairement à une éventuelle avancée militaire des soviétiques à Berlin-Est.

La deuxième question est celle du caractère réaliste de cette forme de guerre. Des exercices et des simulations ("jeu de guerre") sont effectuées par de nombreuses armées, sans arriver à démontrer la faisabilité réelle d'un combat des forces conventionnelles sur le théâtre européen en environnement nucléaire [37] [55] [56].

  • La défense active et passive contre les armes nucléaires offensives

L'objectif est double, assurer la survie des armes nucléaires qui seraient exposées à une attaque d'une part, protéger les grands centres urbains et économiques d'autre part. Comme sur tous les sujets liés au nucléaire, cette question donne lieu à d'intenses débats et à des développements parallèles chez les deux Grands. Les programmes concrets lancés n'aboutissent qu'à des mesures limitées tant sont grandes les interrogations sur la faisabilité économique et la capacité technique à déployer des systèmes de défense qui protègent réellement d'une attaque massive [57]. La signature en 1972 du traité ABM qui limite drastiquement le nombre d'armes anti-balistiques montre que les dirigeants politiques de l'Ouest comme de l'Est n'accordent qu'un crédit relatif à cette option stratégique et voient surtout en elle un risque de déstabilisation de l'équilibre de la terreur qui demeure la doctrine de référence en matière de dissuasion et donc d'évitement d'une guerre nucléaire.

En 1983 toutefois, le président Reagan lance l'initiative de défense stratégique (IDS), connu sous le nom de "Guerre des étoiles", programme de loin le plus ambitieux qui ait existé en matière de défense active contre les attaques nucléaires. Il s'agit de mettre en orbite un réseau de satellites devant détecter et détruire les missiles balistiques en vol. Extrêmement coûteux et technologiquement hasardeux, ce programme apparaît avoir des objectifs plus politiques que militaires. Outre les débats aux États-Unis sur sa faisabilité, cette initiative relance les craintes des Européens sur un retour à l’isolationnisme américain dont le territoire deviendrait un sanctuaire quasi inviolable, et surtout elle inquiète les Soviétiques qui y voient un risque majeur de rupture de l'équilibre nucléaire atteint au prix d'un énorme effort économique. Finalement, l'IDS sert avant tout de monnaie d'échange dans les négociations intenses qui vont s'ouvrir entre Reagan et Gorbatchev à partir de 1985. Ce programme en poussant les Soviétiques à maintenir leurs dépenses militaires à des niveaux très élevés est généralement considéré comme avoir contribué à la chute de l'Empire soviétique en 1990-1991. Il est officiellement abandonné en 1993 par le président Clinton.


Installations de surface du centre d'opérations d'urgence du Mount Weather construit en 1959 et qui dépend depuis 1978 de l'agence fédérale des situations d'urgence. Il s'agit d'une des installations construites pour assurer la continuité du gouvernement américain en cas de conflit.

Les craintes d'une attaque nucléaire surprise conduisent les dirigeants politiques américains, soviétiques et européens à s'interroger sur les mesures à prendre pour en limiter les conséquences. Des abris anti-atomiques sont construits à plus ou moins grande échelle pour protéger les institutions gouvernementales et militaires essentielles, et des plans mis en place pour gérer les situations de crise extrême. Concernant la protection des populations civiles dans leur ensemble, seuls les États-Unis entreprirent en 1961 un vaste plan de construction d'abris anti-atomiques : en pleine crise de Berlin, le 25 mai 1961, en même temps qu'il fixe l'objectif d'envoyer un Américain sur la Lune avant la fin de la décennie, Kennedy annonce le lancement d'un vaste plan de protection civile [58]. Ce plan est abandonné au bout de quelques années.

Politiques de limitation du risque nucléaire[modifier | modifier le code]

Les stratégies de limitation des armes nucléaires ont plusieurs origines : volonté de réduire les risques d'un surarmement mal contrôlé, désir d'éviter la prolifération, ou les conséquences écologiques, réponse aux courants pacifistes, propagande politique à usage interne ou externe, mais surtout préoccupations économiques.

  • Contrôle international de l'atome en vue de l'élimination des armes nucléaires

La question du contrôle international de l'énergie atomique et de l'élimination des armes nucléaires se pose dès la révélation au grand public de l'existence de ces armes en 1945. Tout en continuant leur développement, Truman engage les États-Unis sur la voie de leur interdiction dans le cadre des Nations unies nouvellement créées. Très symboliquement, la première résolution adoptée par la première Assemblée générale des Nations unies le 24 janvier 1946 porte sur la création d'une commission chargée d'étudier les problèmes soulevés par la découverte de l'énergie atomique. En juin 1946, les États-Unis présentent devant cette commission un plan, dit plan Baruch, faisant des propositions de contrôle des matières fissiles et d'arrêt du développement des armes nucléaires. Ce plan est rejeté par les Soviétiques qui poussent au maximum le développement de leur bombe atomique, ouvrant ainsi définitivement la porte à l'ère nucléaire. La Commission de l'énergie atomique cessera toute activité en 1949 et sera officiellement dissoute en 1952.

Dans son discours spectaculaire dit "Atoms for Peace" du 8 décembre 1953 devant l'Assemblée générale de l'ONU, le président Eisenhower fait des propositions de mise sous contrôle international des matières fissiles permettant de produire des bombes nucléaires [59],[60]. Dans l'esprit d'Eisenhower, ces propositions sont sincères et constituent une première étape faisable sur la route du désarmement nucléaire. Elles sont rejetées par les Soviétiques.

Les Soviétiques se déclarent souvent à cette même tribune partisans d'un désarmement nucléaire complet. Dans les années 1950, il s'agit en fait davantage pour les grandes puissances d'afficher une posture pacifiste et de gêner les plans de développement nucléaires de l'autre que d'une réelle volonté d'abandon de ces armes.Tout espoir sérieux d'élimination des armes nucléaires est complètement abandonné au milieu des années 1950.

  • Limitation des armes nucléaires

Mais les premières explosions d'armes thermonucléaires dans les années 1953-1954 effrayent à nouveau les populations et leurs dirigeants, les incitant à défaut d'abolition complète de ces armes à en limiter le développement. Khrouchtchev, par exemple, est bouleversé par la vision de films montrant des explosions nucléaires [52]. La recherche d'accords de limitation des armes nucléaires est un des thèmes sur lesquels les Nations unies sont les plus actives tout au long de la guerre froide, notamment via la création de l'Agence internationale à l'énergie atomique en 1956.

Les principaux traités négociés durant la guerre froide figurent dans la liste suivante:

Signature du traité START I par les présidents George H. W. Bush and Mikhail Gorbachev
  1. Traités de non-prolifération
  2. Traités de limitation des armes nucléaires
  3. Traités régionaux

L'arrivée au pouvoir de Gorbatchev en 1985 se traduit par une reprise des négociations entre les deux Grands avec une volonté de les accélérer et de leur donner une ampleur sans précédent par rapport aux accords SALT des années 1970. Signé en 1987, le traité INF marque la fin de la crise des Euromissiles en Europe. D'autres négociations portant sur la réduction des forces conventionnelles en Europe lancées en 1989 aboutissent en 1990 à la signature du Traité sur les forces conventionnelles en Europe, alors que le précédent round de négociation sur le même sujet[61] initié en 1970 n'a abouti à aucun accord, après six ans de négociations à Vienne de 1973 à 1979, et dix ans de suspension de ces négociations en raison de l'intervention soviétique en Afghanistan. Le troisième et dernier traité majeur signé est celui portant sur la réduction des armements stratégiques START I.

  • Prévention du risque de guerre nucléaire par accident

Après la crise de Cuba, les dirigeants américains et soviétiques se rendent mieux compte des risques que peuvent faire courir une mauvaise appréciation des intentions de l'autre ou un accident impliquant des armes nucléaires. Un ensemble de décisions d'ordre politique ou technique sont prises afin d'éviter qu'éclate une confrontation nucléaire qui ne soit pas voulue et contrôlée par les plus hautes autorités.

En premier lieu, plus jamais jusqu'à la fin de la guerre froide Américains ou Soviétiques ne créent une situation de chantage nucléaire "au bord du gouffre" comme à Berlin ou à Cuba. Un accord tacite existe pour ne pas menacer l'autre Grand ou ses alliés principaux directement dans leur intégrité territoriale ou leurs intérêts vitaux. C'est dans cet esprit que la Conférence d'Helsinki aboutit en 1975 à un accord garantissant les frontières existantes en Europe consécutivement à la Seconde Guerre mondiale.

D'autres mesures sont prises comme le Traité de l'espace (1967) portant sur la non utilisation de l'espace à des fins nucléaires ou l'accord de 1972 règlementant les manœuvres navales militaires afin d'éviter la reproduction d'incidents comme il s'en est produit à plusieurs reprises dans les années 1960 [62].

Mais l'initiative la plus spectaculaire et visible du grand public est l'instauration à l'été 1963 d'une liaison directe entre Moscou et Washington, popularisée sous le nom de Téléphone rouge, utilisée à plusieurs reprises lors des crises au Moyen-Orient notamment. Ce dispositif est complété par l'établissement en 1987 d'un "Centre de réduction des risques nucléaires" [63].

Courants pacifistes[modifier | modifier le code]

Le symbole de CND, créé par Gerald Holtom en 1958. Il devint ultérieurement un symbole de la paix universel

Très tôt, dans les années 1940, des scientifiques et des diplomates s'inquiètent du développement des armes nucléaires et des risques de la dissuasion nucléaire. Dès après les bombardements d'Hiroshima et de Nagasaki, des scientifiques qui ont participé au projet Manhattan fondent le Bulletin of the Atomic Scientists afin d'informer sur le nucléaire ou s'expriment publiquement sur la nécessité d'un contrôle international des matières et armes nucléaires. Le 18 mars 1950, l'Appel de Stockholm de Frédéric Joliot-Curie, scientifique français, président du Conseil mondial de la Paix, vise à interdire la bombe nucléaire dans le monde [64]. L'attention du grand public est pour la première fois attirée en 1954 par les retombées radioactives touchant l'équipage d'un bateau de pêche japonais [65] à la suite du test d'une bombe H dans le Pacifique. En 1955, le Manifeste Russell-Einstein [66]dont naît le Mouvement Pugwash [67]expose les dangers du nucléaire et appelle les dirigeants du monde à trouver des solutions pacifiques pour résoudre les conflits. Signataire de ce manifeste, Pauling présente en 1958 aux Nations unies une pétition signée par plus de 11 000 scientifiques et appelant à l'arrêt des essais nucléaires. La pression de l'opinion publique conduit à un moratoire sur les essais en surface, suivi par la signature du traité d'interdiction partielle des essais nucléaires en 1963. Le jour de l'entrée en vigueur du traité, le comité Nobel décerne à Pauling le prix Nobel de la paix. En Union soviétique, de nombreux scientifiques impliqués dans les programmes nucléaires dénoncent publiquement les dangers et se font les avocats de leur élimination, parmi lesquels Andrei Sakharov et Igor Kourtchatov.

L'organisation Greenpeace fondée en 1971 organise des actions très médiatisées. Elle est très connue pour l'utilisation de bateaux lors de ses campagnes de protestation et d'intervention directe. L'un d'entre eux est devenu célèbre en 1985 dans ce qui a été appelé « l'affaire du Rainbow Warrior », du nom du bateau coulé par les Services secrets français à Auckland. La sensibilisation de plus en plus grande aux questions écologiques oriente au fil du temps de plus en plus les actions spectaculaires des mouvements anti-nucléaires vers la lutte contre le nucléaire civil.

Les opposants au nucléaire militaire essaient aussi d'exploiter le terrain juridique afin d'établir "le caractère licite ou non, selon le droit international, de recourir à la menace ou à l’emploi d’armes nucléaires dans quelques circonstances que ce soit". Sur ce terrain, les grandes instances internationales ne rendent pas d'avis emportant clairement une décision en faveur ou en défaveur de la dissuasion nucléaire [68],[69].

Le potentiel nucléaire des États-Unis et de l'URSS[modifier | modifier le code]

Les stocks d'ogives nucléaires[modifier | modifier le code]

Nombre total d'ogives nucléaires tactiques et stratégiques possédées par les États-Unis et l'URSS pendant la guerre froide

La supériorité des États-Unis est totale jusqu'en 1955, d'autant qu'en termes de vecteurs l'URSS est très en retard et ne possède pas d'arme capable d'atteindre les États-Unis avant 1959 [70].

Les années 1950 sont celles de la course à la puissance unitaire des bombes stratégiques et à la miniaturisation pour pouvoir doter les armes tactiques d'ogives nucléaires. La puissance est utilisée comme une arme politique d'intimidation vis-à-vis de l'autre grande puissance : le 30 octobre 1961, Khrouchtchev fait exploser une bombe de 50 mégatonnes nommé la Tsar Bomba, la plus puissante jamais testée, dans le but de faire peur aux occidentaux en pleine crise de Berlin et à moins d'un an de celle de Cuba[71]. Dans les années 1960 et 1970 la course aux armements se traduit par une progression constante du nombre d'ogives, les États-Unis faisant la course en tête. Les accords SALT conduisent à un rapprochement des stocks d'armes possédés par les deux Grands.

Dans les années 1970, le mirvage conduit à une croissance exponentielle du nombre d'ogives d'une moindre puissance unitaire. Le premier vecteur nucléaire à tête multiple est l'ICBM américain Minuteman III, dont les premiers exemplaires opérationnels sont mis en service en 1970 : sa tête multiple comprend 3 ogives indépendantes de type W62/Mk-12 d'une puissance unitaire de 170 Kt, en remplacement de la tête unique des Minuteman II d'une puissance de 1,2 Mt[72].

Les armes nucléaires stratégiques[modifier | modifier le code]

Ogives portées par les vecteurs stratégiques : bombardier stratégique, ICBM, SNLE
Le graphique présente le nombre total des lanceurs nucléaires stratégiques des États-Unis et de l'URSS et dans ce total le nombre de Missile balistique intercontinental.

Jusqu'au milieu des années 1950, le seul vecteur de l'arme nucléaire stratégique est le bombardier. En la matière, la supériorité des États-Unis est écrasante, dans le prolongement du savoir-faire et des moyens acquis pendant la seconde guerre mondiale et grâce au réseau de bases aériennes dans le monde entier qui encercle littéralement l'Union soviétique. Dans les années 45-50, les B29 déjà utilisés à Hiroshima en 1945 forment l'ossature du Strategic Air Command américain avec une centaine d'appareils transformés pour pouvoir larguer des bombes atomiques. L'URSS dispose de ses premiers véritables bombardiers stratégiques en 1956 au sein de l'aviation à long rayon d'action, mais elle concentre rapidement ses efforts sur les missiles balistiques.

Les missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) arrivent en 1959-1960 dans les arsenaux américains et soviétiques, mais les premiers prennent rapidement l'avantage en nombre et en capacité opérationnelle. Ce n'est qu'en 1968 que les arsenaux s'équilibrent avec environ 1 000 ICBM déployés par chacun des deux Grands, les Soviétiques continuant ensuite d'en accroître le nombre. Au moment de la crise de Cuba, l'URSS est dans un rapport d'infériorité de 1 à 5 avec les États-Unis. Elle ne dispose que de 6 ICBM de type SS-6 Sapwood à propergol liquide, non protégés dans des silos, plus aptes en réalité à la conquête de l'espace qu'à la dissuasion nucléaire et de quelques trente ICBM de type SS-7 Saddler plus dangereux, à comparer à environ 150 missiles Atlas (fusée) et Titan (fusée), tous à propergol solide, en silos et pouvant être lancés avec un préavis très faible.

L'arme la plus novatrice est le sous-marin nucléaire lanceur d'engins (terminologie française SNLE, américaine SSBN) réputé indétectable et donc quasi invulnérable et capable de frapper partout dans le monde. Les Américains ont lancé en 1955 le programme UGM-27 Polaris de développement d'un missile mer-sol balistique stratégique lancé par un sous-marin en immersion. Sa mise en service opérationnelle intervient en novembre 1960 à bord du premier SNLE américain, le USS George Washington (SSBN-598). Fin 1962, neuf de ces sous-marins dotés chacun de 16 missiles sont en service actif, et en 1967 la totalité des 41 sous-marins prévus sont opérationnels. Du côté soviétique, les sous-marins bénéficient d'une forte priorité, la marine dispose dans les années 1960 d'environ 400 sous-marins de tous types, ce qui en fait la première flotte sous-marine au monde. C'est avec un peu d'avance sur les Américains que sont mis en service à partir de 1958 les premiers sous-marins à propulsion classique équipés de missiles balistiques de la classe Golf. Le premier sous-marin à propulsion nucléaire de l'Union soviétique à être équipé de missiles balistiques entre en service fin 1960 ; son armement est composé de trois missiles d'une portée d'environ 600 km ; huit de ces sous-marins de la classe Hotel sont opérationnels fin 1962. Le premier SNLE de classe Yankee équivalent aux sous-marins américains est commissionné le 6 novembre 1967 embarquant 16 missiles stratégiques ; 34 de ces sous-marins seront mis en service de 1967 à 1974.

L'année 1962 constitue cependant une véritable charnière dans le rapport de forces entre les deux Grands puisque l'Union soviétique sans avoir rattrapé son retard possède désormais, si elle subissait une première frappe nucléaire, cette capacité de seconde frappe qui est la clef de voûte de la dissuasion nucléaire stratégique.

Tableau synoptique des armes nucléaires stratégiques en 1962 [73]
Fin 1962 États-Unis Union soviétique
Bombardiers stratégiques Environ 1 500 appareils
Principalement B-47 Stratojet et B-52 sous commandement du SAC
Environ 130-150 appareils
Miassichtchev M-4 et Tu-95 dont env. 40 entrés en service en 1956 sous commandement de l’Aviation à long rayon d'action
ICBM 203 missiles
129 Atlas, 54 Titan, 20 Minuteman
36 missiles
4 SS-6 Sapwood et 32 SS-7 Saddler
SSBN / SNLE 9 SNLE (5 classe George Washington, 4 classe Ethan Allen) portant 144 missiles 23 SLE de la classe Golf et 1 SNLE de la classe Hotel portant 72 missiles (+ 7 autres SNLE Hotel peut-être en service opérationnel)

Les armes nucléaires intermédiaires et tactiques[modifier | modifier le code]

Ces armes sont les plus nombreuses et les plus puissantes d'entre elles s'apparentent en fait aux armes stratégiques pour ce qui est du théâtre européen où la grande majorité d'entre elles est déployée. Le SS 4, doté d'une tête thermonucléaire d'une puissance de 1 MT déployé à partir de 1959 est capable d'atteindre la Grande-Bretagne et la France. Environ 600 de ces missiles sont opérationnels dans les années 1960.

L'URSS comble son retard initial sur les États-Unis dans les années 1960 et sa supériorité numérique devient significative dans les années 1970.

Tableau synoptique des armes nucléaires intermédiaires et tactiques [73],[74]
États-Unis Union soviétique
Bombardiers moyens et missiles à moyenne portée (IRBM et MRBM) Déploiement de 60 IRBM Thor en Grande-Bretagne et de 45 Jupiter en Italie et Turquie dans les années 1958/1960, tous retirés du service en 1963. Depuis lors, aucun missile de ce type jusqu'au déploiement à partir de 1984 du Pershing 2 en réponse aux SS 20.
Environ 300 bombardiers de type F-111
Dans les années 1970, environ 600 missiles des types SS 4 et SS 5, à partir de 1978 déploiement du moderne SS 20, déclenchant la crise des Euromissiles.
Autour de 800 bombardiers, en majorité de type TU-16 Badger
Armes nucléaires tactiques sol-sol et air-sol Plus de 10 000 ogives nucléaires tactiques fabriquées, dont plusieurs milliers déployées en Europe.
Différents types de vecteurs, majoritairement chasseurs-bombardiers tactiques, missiles sol-sol et canons.
De 1 000 environ en 1960, puis de 9 000 environ en 1970, le stock d'ogives nucléaires passe à plus de 20 000 en 1980.
L'URSS et le Pacte de Varsovie alignent des milliers de missiles sol-sol à courte portée et de chasseurs-bombardiers capables d'emporter des ogives nucléaires.

De 1952 à 1955, grâce à la miniaturisation des têtes nucléaires, les États-Unis déploient en Europe des bombes nucléaires Mark 7 largables à basse altitude par de nombreux types d'avions ( comme le F-84 Thunderjet ou le F-100 Super Sabre), ou utilisables en tant qu'ogive des premiers missiles sol-sol tactiques (MGR-1 Honest John) et de canons de gros calibre (M65 Atomic Cannon).

Les armes de défense anti-missiles et les systèmes d'alerte nucléaire[modifier | modifier le code]

Article connexe : défense antimissile.
Missile antimissile soviétique A-350 (code OTAN : ABM-1 Galosh) au milieu des années 1970, cet engin pèse plus de 32 tonnes. Ils furent déployés sur un réseau de huit bases pour protéger Moscou d'une attaque par missile balistique à partir de 1972[75].

L'émergence des missiles balistiques conduit naturellement à étudier les moyens de détruire ces missiles en vol avant qu'ils n'atteignent leur cible. Des programmes d'étude et de test de missiles antibalistiques sont lancés tant aux États-Unis qu'en Union soviétique au milieu des années 1950. Ils débouchent sur la mise en service d'un nombre assez réduit de missiles de ce type, sans qu'aucun des deux Grands ne croit à leur capacité d'intercepter une attaque massive [76],[57]. Les Soviétiques déploient au milieu des années 1960 le système ABM-1 Galosh. Les États-Unis lancent plusieurs programmes successivement : Nike-Zeus, Defender, Sentinel et Safeguard qui soit n'atteignent pas le stade opérationnel, soit connaissent un déploiement limité par les clauses du traité ABM. Dans les années 1980, les deux Grands développent l'utilisation militaire de l'espace en multipliant les satellites espion et en envisageant d'utiliser des satellites pour détruire les missiles balistiques : le programme IDS lancé par les États-Unis en 1983 repose sur la constitution d'un réseau de satellites armés de lasers capables de détruire tout missile traversant la haute atmosphère. Très couteux, ce programme n'atteindra jamais le stade opérationnel, mais permet de développer de nombreuses technologies qui seront réutilisées après la guerre froide.

Le contexte économique de la course aux armements nucléaires[modifier | modifier le code]

Il est difficile d'obtenir des données précises sur le coût des programmes nucléaires militaires qui sont en partie couverts par le secret ou dissimulés sous d'autres postes de dépense. Une étude menée aux États-Unis en 1998 permet cependant de se faire une idée précise des sommes en jeu [77] : de 1940 à 1996, en dollars constants de 1996, les dépenses militaires des États-Unis consacrées au nucléaire sont de 5,5 trillions de $, soit 29 % du total des dépenses militaires et presque 11 % du total du budget.

Ces dépenses financent la production de plus de 70 000 ogives nucléaires dont la puissance totale équivaut à 1 366 000 fois celle de la bombe larguée au-dessus d'Hiroshima. De 1945 à 1992, les États-Unis procèdent à plus de 1 000 tests nucléaires. Pour délivrer ces armes nucléaires, les États-Unis construisent sur la même période plus de 6 000 missiles balistiques, 4 700 bombardiers stratégiques, 59 sous-marins lanceurs de missiles balistiques et des milliers de systèmes d'armes tactiques à capacité nucléaire.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. (fr) Bruno Tertrais, « La logique de dissuasion est-elle universelle ? », sur Ministère de la Défense Site de référence
  2. La locution latine "Si vis pacem, para bellum" exprime déjà cette idée, et Sun Tzu affirme que la plus grande victoire est celle obtenue sans faire la guerre.
  3. Comme l'ont montré la Campagne de Russie pendant les Guerres napoléoniennes ou l'Opération Barbarossa d'invasion de l'URSS et l'attaque japonaise à Pearl Harbor pendant la Seconde Guerre mondiale.
  4. (en) « Nuclear Deterrence in the 21st Century », sur Rand Corporation : « Citation de l'essai de Bernard Brodie publié en novembre 1945 "The Atomic Bomb and American Security": Thus far the chief purpose of our military establishment has been to win wars. From now on its chief purpose must be to avert them », p. 25 Site
  5. (fr) Bruno Tertrais, « La logique de dissuasion est-elle universelle ? », sur Ministère de la Défense  Site de référence
  6. Ce point de vue est développé par R. N. Lebow et J. G. Stein dans leur ouvrage "We all lost the Cold War".
  7. (en) Colin S. Gray, « Maintaining Effective Deterrence », sur Strategic Studies Institute Site de référence
  8. L'histoire du 20e siècle met en évidence de nombreux exemples de telles situations, comme le déclenchement de la guerre du pacifique en 1941 ou l'engagement américain au Viêt Nam
  9. a et b (en) Ben B. Fischer, « A Cold War Conundrum: The 1983 Soviet War Scare », sur U.S. Central Intelligence Agency / Freedom of Information Act (FOIA) Site
  10. (en) « Texte du discours de Churchill », sur Churchill Centre (The) Site
  11. Texte original en anglais : "Then it may well be that we shall by a process of sublime irony have reached a stage in this story where safety will be the sturdy child of terror, and survival the twin brother of annihilation".
  12. Gaddis 1997, p. 85-112
  13. Gaddis 1999, p. 44-49
  14. La première bombe H expérimentée par les américains a une puissance 700 fois supérieure à celle d'Hiroshima
  15. (en) J. M. Siracusa and D. G. Coleman, « Scaling the Nuclear Ladder: Deterrence from Truman to Clinton », sur Harvard University Site de référence
  16. (en) « Texte NSC 68 présenté à Truman » [ Site]
  17. (en) « Statement of Policy by the National Security Council on Basic National Security Policy », sur TeachingAmericanHistory Site
  18. Kaplan 1983, p. Chapitre 11
  19. Gaddis 1999, p. 141-168
  20. (en) « Meeting the Threat of a Surprise Attack », sur U.S. Department of State / Office of the Historian Site
  21. (en) Gaither Committee, « Texte du Gaither Report », sur University George Washington / The National Security Archive Site
  22. (en) « Eisenhower and the Gaither Report: the Influence of a Committee of Experts on National Security Policy in the Late 1950s », sur Liberty University Digital Commons Site
  23. (en) CIA, « Main Trends in Soviet Capabilities and Policies 1957-1962 », sur U.S. Central Intelligence Agency / Freedom of Information Act (FOIA) Site
  24. a et b Leffler et Westad 2010 Volume 2, p. 88-111
  25. Le mathématicien John von Neumann donne en 1957 à cette vision de l'équilibre de la terreur le nom de destruction mutuelle assurée dont l'acronyme anglais MAD assura le succès
  26. (en) « Getting MAD: nuclear mutual assured destruction, its origins and practice », sur Strategic Studies Institute Site de référence
  27. (en) « Changing Soviet Policies toward China's Nuclear Weapons Program: 1954-1960 », sur Wilson Center Site de référence
  28. (en) Art Hobson, « The ICBM basing question » [ Site de référence]
  29. (en) Office of Technology Assessment / Congress of the United States, « The Effects of a Nuclear War », sur Atomic Archive Site de référence
  30. (en) Alexander Glaser (Princeton University), « Effects of Nuclear Weapons », sur Princeton University Site de référence
  31. (en) « Strategic Arms Limitation Talks (SALT I) », sur Arms Control Association Site
  32. Zubok 2009, p. 238-247
  33. (fr) « Texte du discours de François Mitterand au Bundestag », sur Portail franco-allemand Site
  34. a et b (en) « Directive PD-59 », sur U.S. Presidents / Jimmy Carter Library Site
  35. (en) « Jimmy Carter's Controversial Nuclear Targeting Directive PD-59 Declassified », sur University George Washington / The National Security Archive Site
  36. (fr) Paul Chaput, « François Mitterand et l'Initiative de Défense Stratégique (IDS) », sur Institut François Mitterand Site
  37. a et b (en) « Tactical Nuclear Weapons and NATO » [ Site de référence]
  38. (en) « The New Approach, 1953-1956 », sur NATO / OTAN (Site officiel) Site de référence
  39. (fr) Marc Trachtenberg, « La Formation du Système de Défense occidentale: les États-Unis, la France et MC 48 » [ Site de référence]
  40. (en) « The Atomic Energy Act of 1946 », sur Nuclear Files / Cold War Site
  41. (en) « Agreement for Co-operation on the Uses of Atomic Energy for Mutual Defence Purposes » [ Site]
  42. (fr) « Aux origines du programme atomique militaire français », sur Persée Site
  43. (fr) de Gaulle, « Allocution du Général de Gaulle le 27 avril 1965 » : « Au point de vue de la sécurité, notre indépendance exige, à l'ère atomique où nous sommes, que nous ayons les moyens de dissuader nous-mêmes un éventuel agresseur sans préjudice de nos alliances mais sans que nos alliés tiennent notre destin dans leurs mains. Or, ces moyens, nous nous les donnons. Sans doute, nous imposent-ils un méritoire renouveau, mais ils ne nous coûtent pas plus chers que ceux qu'ils nous faudrait fournir à l'intégration atlantique sans être sûrement protégés pour autant si nous continuons de lui appartenir comme auxiliaire subordonné. Nous en venons au point où aucun Etat du monde ne pourrait porter la mort chez nous sans la recevoir chez lui, ce qui est certainement la meilleure garantie possible dans l'ordre économique, scientifique et technique, pour sauvegarder notre indépendance » [ Site]
  44. Serge Gadal, (2009). Forces aériennes stratégiques: histoire des deux premières composantes de la dissuasion nucléaire française. Economica. p. 86. ISBN 2-7178-5758-3.
  45. (en) David Kunsman and Douglas Lawson, « A Primer on U.S. Strategic Nuclear Policy », sur Sandia Laboratory, p. 11 Site de référence
  46. Pierre Mélandri, « Imaginer l'inimaginable : guerre nucléaire et stratégie américaine depuis 1945 », Vingtième Siècle. Revue d'histoire, vol. 1, no 1,‎ 1984, p. 57-74 (lire en ligne)
  47. (en) David Kunsman and Douglas Lawson, « A Primer on U.S. Strategic Nuclear Policy », sur Sandia Laboratory, p. 31-40 Site de référence
  48. (en) David Kunsman and Douglas Lawson, « A Primer on U.S. Strategic Nuclear Policy », sur Sandia Laboratory, p. 41-50 Site de référence
  49. (en) George Kennan, « Texte des conférences de George Kennan (Conférence 4/6) » [ Site]
  50. (fr) Bruno Tertrais, « La dissuasion nucléaire française après la guerre froide : continuité, ruptures, interrogations », sur Centre Thucydide / AFRI Site de référence
  51. (en) Yao Yunzhu, « Chinese Nuclear Policy and the Future of Minimum Deterrence » [ Site de référence]
  52. a et b Zubok 2009, p. 123-153
  53. Freedman 2003, p. 117-130 (Chapitre 9)
  54. Vaïsse 2003, p. Édition numérique
  55. (fr) « La doctrine de la guerre nucléaire tactique de l’armée canadienne dans les années 1950: Le développement des forces À l’ère préprofessionnelle » [ Site de référence]
  56. (en) « Warsaw Pact Tactical Forces: Capabilities and Readiness for Nuclear War », sur U.S. Central Intelligence Agency / Freedom of Information Act (FOIA) Site de référence
  57. a et b (en) « Missile Defense Thirty Years Ago: Déjà Vu All Over Again? », sur University George Washington / The National Security Archive Site de référence
  58. (en) « President Kennedy's Special Message to the Congress on Urgent National Needs, May 25, 1961 », sur U.S. Presidents / Kennedy library Site
  59. (en) Eisenhower, « Texte du discours "Atoms for Peace" », sur IAEA - International Atomic Energy Agency Site
  60. (en) « Atoms for Peace », sur U.S. Presidents / Eisenhower Memorial Site
  61. Négociations dites de "réduction mutuelle et équilibrée des forces" (en anglais MBFR)
  62. (en) « Incidents at Sea Agreement », sur U.S. Department of State / Office of the Historian Site
  63. (en) « AGREEMENT BETWEEN THE UNITED STATES OF AMERICA AND THE UNION OF SOVIET SOCIALIST REPUBLICS ON THE ESTABLISHMENT OF NUCLEAR RISK REDUCTION CENTERS », sur FAS - Federation of American Scientists / Strategic Security Program Site
  64. (fr) « Publication de l'Appel de Stockholm contre l'armement nucléaire », sur Perspective Monde (Université de Sherbrooke) Site
  65. (en) Lawrence Wittner, « How Japan learned about nuclear safety », sur Nuclear Age Peace Foundation Site
  66. (fr) « Le Manifeste Russell-Einstein », sur Pugwash Group (Canada) Site
  67. (en) « About Pugwashhttp://www.pugwash.org/about.htm », sur Pugwash Conferences on Science and World Affairs Site
  68. (fr)-(en)[PDF] « Licéité de la menace ou de l'emploi d'armes nucléaires », Cour internationale de justice,‎ 8 juillet 1996 (consulté le 23 octobre 2009), p. 44 (85 du PDF)
  69. (fr) « L'avis consultatif sur les armes nucléaires et la contribution de la Cour internationale de Justice au droit international humanitaire », Revue internationale de la Croix-Rouge,‎ 28 février 1997 (consulté le 23 octobre 2009)
  70. (en) « Global nuclear weapons inventories, 1945-2013 », sur Bulletin of the Atomic Scientists Site de référence
  71. Touze 2012, p. 211
  72. (en) « The Minuteman III ICBM », sur Nuclear Weapon Archive Site
  73. a et b (en) Robert N. Norris and Thomas B. Cochran, « US - USSR/ Russian Strategic Offensive Nuclear Forces 1945-1996 », sur Natural Resources Defense Council Site de référence
  74. (en) John M. Collins, U.S.-SOVIET MILITARY BALANCE, Concepts and Capabilities 1960-1980, Library of Congress,‎ 1980
  75. (en) Galosh (SH-01/ABM-1), Missile Threat
  76. (en) Garwin et Bethe, « Anti-Ballistic-Missile Systems », sur FAS - Federation of American Scientists / Strategic Security Program Site
  77. (en) « The Costs of U.S. Nuclear Weapons », sur Nuclear Threat Initiative Site de référence

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) Maurice Vaïsse, La guerre au XXe siècle, Hachette Education (2ème édition),‎ 2003, 231 p. (ISBN 9782011455680)
  • (fr) Vincent Touze, Missiles et Décisions : Castro, Kennedy et Khrouchtchev et la Crise de Cuba d'Octobre 1962, André Versaille,‎ 2012, 720 p. (ISBN 978-2874951589)
  • (fr)Philippe Wodka-Gallien, Dictionnaire de la dissuasion, Marines Éditions,‎ novembre 2011, 192 p. (ISBN 978-2-35743-057-0, présentation en ligne)
  • (en) Graham Allison, Essence of decision: Explaining the Cuban Missile Crisis, Pearson, 2nd edition,‎ 1999, 416 p. (ISBN 978-0321013491, lire en ligne)
  • (en) Lawrence Freedman, The Evolution of Nuclear Strategy, Palgrave Macmillan - Third Edition,‎ 2003, 566 p. (ISBN 9780333972397)
  • (en) John Lewis Gaddis, We know now : Rethinking Cold War History, Oxford University Press,‎ 1997, 425 p. (ISBN 978-0-19-878071-7)
  • (en) John Lewis Gaddis, Cold War Statesmen Confront the Bomb: Nuclear Diplomacy since 1945, OUP Oxford,‎ 1999, 408 p. (ISBN 978-0198294689, lire en ligne)
  • (en) Herman Kahn, On Thermonuclear War, Transaction Publishers,‎ 2007, 668 p. (ISBN 978-1412806640, lire en ligne)
  • (en) Fred Kaplan, The Wizards of Armageddon, Stanford University Press,‎ 1983, 456 p. (ISBN 978-0804718844)
  • (en) Melvyn P. Leffler et Odd Arne Westad, The Cambridge History of the Cold War (Vol. II) : Volume 2 Crises and Détente, Cambridge University Press,‎ 2010 Volume 2, 662 p. (ISBN 978-110760230-4)
  • (en) Vladislav M. Zubok, A Failed Empire : The Soviet Union in the Cold War from Stalin to Gorbachev, The University of North Carolina Press,‎ 2009, 467 p. (ISBN 978-0-8078-5958-2)

Études et articles, sites de référence[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]