Essai nucléaire
Un essai nucléaire désigne l'explosion d'une bombe nucléaire à des fins expérimentales. Les essais permettent de valider des modèles de fonctionnement, leurs effets et peuvent également prouver à la communauté internationale que l'on dispose de l'arme nucléaire.
C'est l'accident dû aux retombées radioactives de l'essai Castle Bravo dans l'atoll de Bikini en 1954 qui déclencha un mouvement d'opinion global critique à l'égard des tests et, plus généralement, du développement d'armes nucléaires[1]. Ce mouvement conduisit dans un premier temps au traité d'interdiction partielle des essais nucléaires notamment dans l'atmosphère, et sur le projet de Traité d'interdiction complète des essais nucléaires, non encore ratifié par les États-Unis d'Amérique.
Sommaire |
Types [modifier]
1) atmosphérique
2) souterrain
3) extra-atmosphérique
4) sous-marin.
Outre le type de bombe (à fission ou à fusion), les essais nucléaires peuvent être catégorisés par l'endroit où la bombe a explosé incluant sous l'eau, sous terre ou dans l'atmosphère (les explosions au niveau du sol sont considérées comme atmosphériques). Les essais atmosphériques sont ceux qui contaminent le plus l'environnement du fait de la quantité d'éléments qui se retrouvent exposés aux radiations et aux vents qui les disséminent loin du lieu de l'explosion. À l'opposé, les explosions souterraines sont celles qui dispersent le moins de matières radioactives.
Plusieurs méthodes d'explosions ont été testées, comme notamment par largage d'un avion, sur une tour, d'un ballon, sur ou en dessous d'un bateau. Des essais en dehors de l'atmosphère (appelé essais extra-atmosphériques), à partir d'une fusée, ont même eu lieu[2].
Dans le monde [modifier]
Au total, plus de 2 000 explosions officielles dans le monde ont eu lieu. Tous les grands pays ayant l'arme nucléaire ont procédé à des essais. La moitié des explosions officielles recensées, avec 1 050 explosions, ont eu lieu aux États-Unis suivies par l'Union soviétique avec 715 explosions officielles. La France est à la troisième place avec 210 explosions, suivie de la République populaire de Chine avec 45 explosions (23 atmosphériques et 22 souterrains, à la base d'essai d'armes nucléaires du Lob Nor, à Malan, Xinjiang)[3],[4]. Le reste des pays incluent la Grande-Bretagne (45 explosions officielles), l'Inde et le Pakistan (5 ou 6) et la Corée du Nord (3).
En plus de ces essais confirmés, deux pays sont suspectés d'avoir réalisé des essais : Israël ou l'Afrique du Sud, voire les deux conjointement. Le 22 septembre 1979 dans l'océan Indien, à proximité de l'île Marion, un satellite de surveillance américain Vela détecte un flash[5] qui pour certains, comme le journaliste américain Seymour Hersh (auteur du livre L’option Samson : l’arsenal nucléaire israélien et la politique étrangère américaine), pourrait correspondre à une explosion nucléaire de faible puissance. Mais à ce jour (octobre 2008), l'origine de ce flash nommé incident Vela reste inconnue. De son côté, la France a menée 41 essais nucléaires atmosphériques en Polynésie entre 1966 et 1974[6].
Essais notables [modifier]
Voici une liste de quelques essais notables. Les bombardements atomiques d'Hiroshima et Nagasaki n'y figurent pas, puisque ces explosions n'avaient pas pour finalité d'être des essais (on les classe habituellement dans la catégorie « tir de combat »).
| Date | Nom de code | Puissance | Pays | Remarque |
|---|---|---|---|---|
| 16 juillet 1945 | Trinity | 19 kt | Premier test au monde d'une arme à fission (bombe A) | |
| 29 août 1949 | RDS-1 | 22 kt | Premier test de l'URSS d'une arme à fission | |
| 3 octobre 1952 | Opération Hurricane | 22 kt | Premier test du Royaume-Uni d'une arme à fission | |
| 1er novembre 1952 | Ivy Mike | 10 Mt | Premier test au monde d'une arme à fusion (bombe H) | |
| 1er mars 1954 | Castle Bravo | 15 Mt | Plus importante explosion thermonucléaire américaine | |
| 22 novembre 1955 | RDS-37 | 1,6 Mt | Premier véritable test de l'URSS d'une arme à fusion | |
| 8 novembre 1957 | Opération Grapple | 1,8 Mt | Premier test du Royaume-Uni d'une arme à fusion | |
| 13 février 1960 | Gerboise bleue | 70 kt | Premier test de la France d'une arme à fission | |
| 31 octobre 1961 | Tsar Bomba | 50 à 57 Mt | Plus importante explosion thermonucléaire jamais effectuée dans le monde | |
| 9 juillet 1962 | Starfish prime | 1,4 Mt | Plus importante explosion thermonucléaire dans la stratosphère, la discussion sur ses retombées et la création d'une ceinture de radiations autour de la terre due à cette explosion, n'est pas close | |
| 16 octobre 1964 | 596 | 22 kt | Premier test de la Chine d'une arme à fission | |
| 17 juin 1967 | Test numéro 6 | 3,3 Mt | Premier test de la Chine d'une arme à fusion | |
| 24 août 1968 | Canopus | 2,6 Mt | Premier test de la France d'une arme à fusion | |
| 18 mai 1974 | Smiling Buddha | 12 kt | Première « explosion nucléaire pacifique » de l'Inde | |
| 11 mai 1998 | Shakti I | 25 kt à 45 kt | Premier test de l'Inde d'une arme à fission « augmentée » ou à fusion | |
| 28 mai 1998 | Chagai-I | 40 kt[7] | Premier test du Pakistan d'une arme à fission | |
| 9 octobre 2006 | Essai de 2006 | Moins de 1 kt[8] | Premier test de la Corée du Nord d'une arme à fission | |
| 25 mai 2009 | Essai de 2009 | Premier succès du test de la Corée du Nord d'une arme à fission |
Essais nucléaires atmosphériques [modifier]
520 explosions nucléaires expérimentales ont été effectuées dans l'atmosphère entre 1945 et 1980 par cinq États :
| État | Nombre d'essais | Début | Fin | Sites |
|---|---|---|---|---|
| 210 | 1945 | 1962 |
|
|
| 216 | 1949 | 1962 |
|
|
| 21 | 1952 | 1958 |
|
|
| 50 | 1960 | 1973 | ||
| 23 | 1964 | 1980 |
Sites [modifier]
Les sites retenus pour les essais nucléaires atmosphériques sont situés dans des zones isolées comme des déserts ou des îles océaniques parfois évacués en vue des essais. Cependant la portée des retombées radioactives a causé des contaminations dont souffrent toujours les populations voisines.
Traités [modifier]
Notamment en raison des problèmes écologiques liés aux explosions nucléaires, des traités internationaux ont été créés visant à limiter, puis à interdire tout essai nucléaire en conditions réelles.
Le Traité d'interdiction partielle des essais nucléaires, signé le 5 août 1963 à Moscou par les États-Unis, l'Union soviétique et le Royaume-Uni est le premier d'entre eux. Entré en vigueur le 10 octobre 1963, il vise à interdire tout essai nucléaire dans l'atmosphère, dans l'espace extra-atmosphérique et sous l'eau. Ce traité a pour objectif de limiter la dispersion par une explosion nucléaire des matières irradiées au pays responsable de l'explosion. C'est pour cette raison que les essais souterrains ne sont pas interdits dans ce traité, le confinement des éléments radioactifs étant possible. La Chine et la France n'ont pas participé à ce traité et ont pu ainsi développer leur arsenal nucléaire[9].
Le Traité sur la limitation des essais souterrains d'armes nucléaires (TTBT, pour Threshold Test Ban Treaty) interdit les essais d'armes nucléaires dont la puissance est supérieure à 150 kilotonnes. Ce traité a été signé le 3 juillet 1974 par les États-Unis et l'Union soviétique. Le Traité sur les explosions nucléaires à des fins pacifiques (PNET, pour Peaceful Nuclear Explosions Treaty) est dans la continuité du TTBT et vise à interdire les explosions individuelles supérieures à 150 kilotonnes et multiples à 1,5 mégatonne. Le traité a été signé par les États-Unis et l'Union soviétique le 28 mai 1976, mais n'a jamais été ratifié, cependant, les deux États se sont engagés à respecter ses termes.
Les États ayant ratifié le Traité d'interdiction complète des essais nucléaires (TICE), signé à New York le 24 septembre 1996, s'engagent « à ne pas effectuer d'explosion expérimentale d'arme nucléaire, ou d'autre explosion nucléaire, et à interdire et empêcher toute explosion de cette nature en tout lieu placé sous sa juridiction ou son contrôle ». Ils s'engagent en outre « à s'abstenir de provoquer ou d'encourager l'exécution - ou de participer de quelque manière que ce soit à l'exécution - de toute explosion expérimentale d'arme nucléaire ou de toute autre explosion nucléaire ». Ce traité prévoit des inspections ainsi que l'établissement de capteurs de différents types (sismique, hydroacoustique, etc.) pour vérifier que les États parties au traité soient en conformité avec ce dernier. En décembre 2005, 65 % des capteurs étaient opérationnels. Cependant, pour des raisons d'économie, les événements sismiques d'une magnitude inférieure à 3 sur l'échelle de Richter ne sont pas vérifiés. Or d'après le rapport Leith (voir Liens externes), les techniques de découplage d'essais souterrains permettent aujourd'hui d'atténuer l'onde de choc d'une explosion souterraine d'une puissance hectotonnique de telle manière que le séisme ne dépasse pas cette valeur de 3 sur Richter. Dans le cadre de la révision des doctrines nucléaires des États-Unis, de la Russie et de la France depuis la fin de la Guerre froide, c'est précisément ce type d'armes nucléaires de puissance hectotonnique qui sont développées.
Les pays possédant l'arme nucléaire et n'ayant pas ratifié le TICE incluent la Chine, la Corée du Nord, les États-Unis, l'Inde et le Pakistan. Toutefois, lors de son déplacement en Europe en avril 2009, Barack Obama a prononcé à Prague un discours plaidant pour la ratification du Traité d'interdiction complète des essais nucléaires[10].
Effets sur la santé [modifier]
Simulation [modifier]
Dans l'optique du TICE, des politiques de création d'installations simulant des explosions nucléaires sont développées, permettant ainsi de s'affranchir des tests grandeurs natures et ainsi de continuer de développer l'arsenal nucléaire existant.
Deux pays sont particulièrement avancés dans ce domaine, les États-Unis avec le National Ignition Facility (NIF) dont la construction a coûté 3,5 milliards de dollars (de 1997 à 2009) et la France avec le Laser Mégajoule du programme Simulation. Des mouvements pacifistes s'opposent à ce qu'ils jugent comme un détournement du TICE et qui fait que seuls les États qui en ont les moyens peuvent poursuivre leurs recherches[11].
Notes et références [modifier]
- Les cobayes du Dr Folamour, Le Monde
- Le désastre des essais nucléaires. Consulté le 5 novembre 2012
- Nuclear Weapons, voir aussi Nuclear Weapons Test List
- "Chinese Nuclear Tests Allegedly Cause 750,000 Deaths" Epoch Times. 30 mars 2009. [1]
- (en) The Vela Incident
- (fr) HISTOIRE DE MISSILES... LE 1er GMS DU PLATEAU D'ALBION, sur Capcom Espace
- (en) Pakistan Nuclear Weapons. Federation of American Scientists. 11 décembre 2002.
- (en) Les tests américains confirment l'essai nucléaire nord-coréen, dans l'édition du 17 octobre 2006 du quotidien Le Monde
- http://www.un.org/fr/disarmament/instruments/ptbt.shtml
- Obama veut «un monde sans armes nucléaires» et plus vert, Libération, 5 avril 2009. Consulté le 16 avril 2009
- (fr) La course aux armements se poursuit en laboratoires, L'Humanité, 30 janvier 1996. Consulté le 26 mars 2009
Annexes [modifier]
Articles connexes [modifier]
Liens externes [modifier]
- (fr) Rapport parlementaire sur les incidences environnementales et sanitaires des essais nucléaires français et étrangers (2001)
- (en) Rapport de l'U.S. Geological Survey sur possibilités de réalisation d'essais nucléaires souterrains clandestins et les techniques de détection (2001)
- (fr) Cartographie des essais nucléaires dans le monde (2009)
- (en) Photos d'essais nucléaires : «When we tested Nuclear Bombs» (2011)
- (en) [vidéo] Chronologie des 2053 explosions et essais de 1945 à 1998 à la surface du globe sur YouTube. (avec effets visuels et sonores).