Essais nucléaires français

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Vue d'artiste de la bombe AN-11

210 essais nucléaires français au total ont été menés entre 1960 et 1996, d'abord dans le désert algérien puis en Polynésie française, d'une puissance cumulé d'environ 13 mégatonnes, impliquant officiellement environ 150 000 civils et militaires :

  • de 1960 à 1961 : 4 essais aériens à Reggane
  • de 1961 à 1966 : 13 essais souterrains à In Eker
  • de 1966 à 1974 : 46 essais aériens à Moruroa et Fangataufa
  • de 1975 à 1996 : 147 essais souterrains dans les sous-sols et sous les lagons des atolls de Mururoa et Fangataufa.

Depuis la signature, en 1996, du Traité d'interdiction complète des essais nucléaires (TICE), la France s'est engagée à ne plus jamais réaliser d'autres essais nucléaires. Depuis, les essais nucléaires sont effectués à l'aide de simulations et d'expériences de fissions et fusions à très petite échelle.

Premiers essais en Algérie (1960-1966)[modifier | modifier le code]

Choix de l'Algérie[modifier | modifier le code]

Des sites sont tout d'abord envisagés dans les Pyrénées, les Alpes et la Corse. Ils sont écartés pour des raisons techniques ou politiques au profit du Sahara et de son désert suite à un rapport du général Charles Ailleret fin janvier 1957. La construction du site de Reggane débute dès juillet 1957[1].

Essais aériens à Reggane[modifier | modifier le code]

Le premier essai nucléaire français, Gerboise bleue, est effectué le , sous présidence de Charles de Gaulle. Toutefois, c'est dès 1954 que le président du Conseil Pierre Mendès France initie les premiers travaux sur la bombe atomique française[2] et c'est au début d'avril 1958 que Félix Gaillard, président du conseil sous la présidence de René Coty, décide que ce premier essai aura lieu au début de l'année 1960 et que le site de test sera localisé au Sahara[3]. Dès lors la paternité de la bombe est attribuée à tort à de Gaulle qui voit l'opposition utiliser par dérision le terme de « bombinette » (c'est une bombe A d'une puissance relativement faible alors que les États-Unis, l'URSS et la Grande-Bretagne disposent déjà de la technologie de la bombe H)[2].

Un champ de tir est créé à Reggane, au centre du Sahara algérien et à 600 kilomètres au sud de Bechar. Les tirs sont effectués à partir d'une tour située plus précisément à Hamoudia, à une cinquantaine de kilomètres au sud-ouest de Reggane.

Le rapport annuel du CEA de 1960 montre l'existence d'une zone contaminée de 150 km de long environ.

À la suite immédiate du putsch des généraux (ou « putsch d'Alger », ), le gouvernement français ordonnera la détonation du (Gerboise verte[4]) afin que l'engin nucléaire ne puisse tomber dans les mains des généraux putschistes qui l'avaient localisée dans un entrepôt du port d'Alger, la bombe étant rapidement acheminée sur Reggane en 2 CV[5].

Essais en galerie au Hoggar[modifier | modifier le code]

La France doit abandonner les essais aériens à la faveur d'essais souterrains, moins polluants, anticipant la signature du Traité d'interdiction partielle des essais nucléaires. Le site choisi, In Ecker (Sahara algérien), se trouve au sud de Reggane et à environ 150 km au nord de Tamanrasset. Les tirs sont réalisés en galeries, chacune étant creusée horizontalement dans un massif granitique du Hoggar, le Tan Afella. La bombe est placée au centre d'un colimaçon creusé en fin de galerie. Des sacs de sables comblent le bas et le haut de ce colimaçon. Leur rôle est d'exercer une compression lors de l'explosion afin d'assurer l'étanchéité. Les galeries sont fermées par une dalle de béton et doivent permettre théoriquement un bon confinement de la radioactivité. Les Américains surveillent ces essais en installant des stations sismiques en Libye[2].

Le , la France réalise son premier essai nucléaire souterrain. Mais le 1er mai 1962, lors du deuxième essai, un nuage radioactif s'échappe de la galerie de tir, la roche ayant été fragilisée lors du premier essai. C'est l'accident de Béryl (du nom de code de l'essai).

De novembre 1961 à février 1966, treize tirs en galerie sont effectués dont quatre n'ont pas été totalement contenus ou confinés (Béryl, Améthyste, Rubis, Jade). Les accords d'Évian ayant prévu que la France devait abandonner ses expériences au Sahara (une clause secrète prévoit tout de même que la France peut exploiter pendant cinq ans les bases d'essais nucléaires ainsi que la base de lancement de missiles de Colomb-Béchar et la base de lancement de fusées d'Hammaguir, vingt ans[6] pour la base d'essais chimiques de B2-Namous[2]), l'État français doit se mettre à la recherche d'un autre site.

Centre d'expérimentation du Pacifique (1966-1996)[modifier | modifier le code]

Vue de l'atoll de Moruroa par un satellite espion américain KH-7 (26 mai 1967)

Force Alfa (1966-1968)[modifier | modifier le code]

Le porte-avions Foch

En 1964-1966, la Marine nationale française mobilise plus de 100 bâtiments pour la construction des installations du Centre d'expérimentation du Pacifique (CEP) en Polynésie française, comprenant :

À l'été 1965[7], la Marine nationale française créée le Groupe aéronaval du Pacifique (dit groupe Alfa puis force Alfa) de plus de 3 500 hommes, comprenant sept bâtiments (les escorteurs d’escadre Forbin, La Bourdonnais et Jauréguiberry, les pétroliers La Seine et Aberwrach, le bâtiment de soutien Rhin) dont le porte-avions Foch. La force Alfa appareille le de Toulon et aborde la Polynésie française le 22 mai 1966 afin de superviser les essais atmosphériques no 18 « Aldébaran », no 19 « Tamouré », no 20 « Ganymède » et no 21 « Bételgeuse ». Durant la traversée, la France quitte le commandement intégré de l'OTAN. Le groupe aérien embarqué du Foch comprend 24 avions (12 avions de guet aérien Alizé, 8 avions d’assaut Étendard IV-M et 4 avions de reconnaissance Étendard IV-P) et 22 hélicoptères (10 Sikorsky H-34, 6 Alouette II et 6 Alouette III) et est chargé de surveiller et sécuriser la zone dite « dangereuse » (dispositif Phoebus). Après que soient repérés à plusieurs reprises dans la zone d'exclusion le bâtiment de recherches scientifiques USS Belmont (en) et le navire de contrôle de missiles et d'engins spatiaux USS Richfield, un sous-marin de nationalité inconnue et un avion ravitailleur (vraisemblablement d'observation et de recueil de prélèvements atomiques) KC-135 de l'US Air Force no 9164, le à 5h05, un Mirage IV no 9 largue sa bombe A AN-21 à chute libre no 2070 au large de Moruroa. Après deux autres tirs le et le , la force Alfa quitte la Polynésie française le . La seconde Force Alfa quitte Toulon le 12 mars 1968 pour arriver en Polynésie française le 16 mai. Elle comprend le porte-avions Clemenceau et les avisos-escorteurs Commandant Rivière, Protet, Amiral Charner, Doudart de Lagrée et Enseigne de vaisseau Henry. Quant au groupe aérien, il est composé d’Alizé, d’Étendard IV-M et d’hélicoptères Sikorsky H-34, Alouette II, Alouette III et Super Frelon. Le 24 août 1968, l’essai no 30 « Canopus » d’une bombe H, exécuté à Fangataufa, libère 2,6 mégatonnes. Plusieurs bâtiments américains et quelques chalutiers soviétiques sont aperçus lors de la campagne de tir. Avec la venue de la Force Alfa, l'ensemble du dispositif naval présent autour des deux atolls a représenté plus de 40 % du tonnage de la flotte française, soit 120 000 tonnes[8].

Essais aériens[modifier | modifier le code]

Le a lieu le premier essai nucléaire aérien sur l'atoll de Moruroa (Polynésie).

Deux ans plus tard, le , a lieu le premier essai d'une bombe H sur l'atoll de Fangataufa du nom de code Opération Canopus.Le tir est commandé du CAA De Grasse se trouvant à environ 60 km de Fangataufa

Les essais aériens en Polynésie ont fait intervenir plusieurs techniques :

  • les essais sur barge ;
  • les largages à partir d'avions qui permettent de reproduire les conditions réelles de façon assez proche ;
  • les essais de sécurité afin de vérifier que les bombes n'explosent pas tant qu’elles ne sont pas amorcées. En principe, ces essais ne provoquent pas d'explosion ;
  • les essais sous ballons captifs.

Au total, 46 essais nucléaires aériens ont été réalisés en Polynésie.

Le nuage radioactif consécutif à l'essai « Centaure » a effectivement touché Tahiti, le 19 juillet 1974. Des précipitations de forte intensité, conjuguées aux effets du relief, conduisirent à des dépôts au sol, hétérogènes en termes d'activités surfaciques : à Hitiaa sur le plateau de Taravao, et au sud de Teahupoo.

Retour aux essais souterrains[modifier | modifier le code]

De 1975 à 1996, la France a réalisé 146 essais souterrains en Polynésie. Ils ont été réalisés dans les sous-sols et sous les lagons des atolls de Moruroa et Fangataufa.

Le est signé le traité de Rarotonga (îles Cook), déclarant le Pacifique Sud zone dénucléarisée. La France ne s’y est pas associée. Le 15 juillet 1991 est lancé le dernier essai français dans le Pacifique avant le moratoire d’un an décidé par le président François Mitterrand le 8 avril 1992, et renouvelé.

Le le président Jacques Chirac rompt le moratoire et ordonne la réalisation d'une dernière campagne d'essais nucléaires dans le Pacifique. Cette ultime campagne a pour but de compléter les données scientifiques et techniques pour passer définitivement à la simulation.

Ces essais nucléaires, au nombre de six, prennent fin par un dernier essai le à Fangataufa[9].

Opposition aux essais nucléaires[modifier | modifier le code]

En France, dès la fin de la Deuxième Guerre mondiale, l’opposition à l’armement nucléaire a toujours existé au sein du mouvement antinucléaire, principalement dans les milieux politiques et scientifiques[10].

Au niveau international, l'organisation Greenpeace lança une campagne en avril 1972, quand David McTaggart et un équipage de cinq hommes appareillent sur un ketch de 12 mètres baptisé Véga. La Marine nationale finit par aborder le navire, l'obligeant à accoster à Moruroa. L'équipe du Véga n'a pu que retarder l'essai sans l'empêcher.

En 1973, Greenpeace envoie un voilier, le Fri, qui se fait intercepter par la Marine nationale au large de Moruroa. À bord on compte notamment le général de Bollardière, le prêtre Jean Toulat, l'écrivain Jean-Marie Muller et Brice Lalonde. Le Vega est de nouveau intercepté et arraisonné par la Marine nationale dans la zone interdite. Selon Michel Rocard, l'État français avait alors saboté plusieurs bateaux pour les empêcher de rejoindre Mururoa[11].

En juillet 1985, Greenpeace envoie son navire-amiral, le Rainbow Warrior, pénétrer à plusieurs reprises dans la zone militaire interdite. La DGSE envoie une équipe de nageurs de combats couler le bateau dans la baie d'Auckland. L'opération fait un mort chez Greenpeace et déclenche un scandale international.

En 1995, suite à l'annonce de la reprise des essais nucléaires, Greenpeace dépêche à deux reprises son navire amiral à Moruroa. Il sera à chaque fois arraisonné par les nageurs de combat du commando Hubert. Lors de ces deux tentatives, des groupes de zodiacs parviennent toutefois à pénétrer dans le lagon.

Démantèlement du Centre d'expérimentations du Pacifique[modifier | modifier le code]

Depuis janvier 1994, dans le cadre de la Conférence du désarmement des Nations unies, des négociations ont été conduites en vue de la conclusion du Traité d'interdiction complète des essais nucléaires. En 1994, le président François Mitterrand décide le développement du programme Simulation par la Direction des applications militaires du CEA. Ce programme doit permettre à la France de garantir la sûreté et la fiabilité des armes de la dissuasion, fondé sur le calcul. Il est financé par le ministère de la Défense et doit durer 15 ans.

En , la France signe les protocoles du traité de Rarotonga (création d’une zone dénucléarisée dans le Pacifique Sud).

Le 24 septembre 1996, la France signe le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires et commence immédiatement à démanteler le Centre d'expérimentations du Pacifique.

Conséquences sanitaires des essais nucléaires[modifier | modifier le code]

Selon plusieurs experts, les essais nucléaires français seraient à l'origine de cancers chez des militaires. La France a promulgué en 2010 une loi sur la reconnaissance et l'indemnisation des victimes des essais nucléaires effectués de 1960 à 1996[12].

Mesures des contaminations[modifier | modifier le code]

Les mesures de radioactivité sur une zone surveillée ou supposée contaminée sont effectuées en becquerel (ou, pour des mesures anciennes, en picocurie).

Cependant, la présence de radioactivité (même à des niveaux élevés) n'a pas nécessairement de conséquence notable sur la santé [réf. souhaitée]. Pour évaluer ces conséquences, il faut tenir compte de l'énergie et de la nature des rayonnements émis, et surtout de la durée de l'irradiation et de la manière dont elle atteint le corps. Dans les procédures de diagnostic médical, pour mesurer la dose efficace qui résulte de ce calcul, l'unité utilisée est le sievert (Sv), anciennement le rem. Seules des données en sievert permettent de discuter d'un impact sanitaire éventuel.

  • Des irradiations supérieure au sievert conduisent au syndrome d'irradiation aiguë (effet déterministe), et exposent les survivants à un risque nettement accru de cancer (effet stochastique).
  • La limite de l'effet stochastique statistiquement observable des excès de cancers est de l'ordre de 100 mSv[réf. souhaitée].
  • L'effet des faibles doses d'irradiation (inférieures à 10mSv, soit un rem) est conjoncturel et polémique (de nombreuses publications[13] identifient même un effet d'hormèse positif pour des expositions de cet ordre). La limite autorisée pour les professionnels exposés, en France, est de 20 mSv sur douze mois glissants par personne. Au moment des essais, la limite adoptée par les autorités pour la population était de 0.5 rem/an, soit 50 mSv/an/personne[14].
  • La limite autorisée en France dans les années 2000 pour l'exposition de la population aux rayonnements artificiels est de 1 mSv/an/personne.

Normes réglementaires[modifier | modifier le code]

L'ensemble des règles et des pratiques de surveillance radiologiques des personnels, des populations et de l'environnement était déterminé par la Commission Consultative de Sécurité (CCS) créée en 1958[15].

  • Pendant la durée des essais, la France s'est conformée en permanence aux recommandations des organisations internationales compétentes, en particulier celles émises par la Commission Internationale de Protection Radiologique (CIPR), recommandations reprises dans la réglementation européenne (J0 des 20 février 1959, 9 juillet 1962 et 2 juin 1965) puis nationale (JO du 20 juin 1966)[15].
  • Les personnes pouvant être soumises aux effets de la radioactivité générée par les essais étaient classées en deux catégories : la première : le personnel directement lié aux essais, le personnel des armées, le personnel du CEA et des entreprises, les travailleurs employés sur les sites ; la deuxième : les populations voisines du champ de tir[15].

Pour les populations, la dose maximale admissible annuelle était fixée par la CCS à 15 mSv en 1960 puis 5 mSv à partir de 1961[15].

Contaminations au Sahara[modifier | modifier le code]

Quatre essais souterrains sur treize n'ont pas été totalement contenus ou confinés : Béryl, Améthyste, Rubis et Jade. Les deux premiers cités ont entraîné une sortie de laves radioactives. Dans les deux autres cas, les sorties, limitées à des radioéléments gazeux ou volatils, n'ont pas provoqué d'expositions significatives au plan de la santé du personnel et des populations[15].

  • 1er mai 1962 : Béryl[16]
100 personnes (>50 mSv)
15 personnes (>200 mSv)
9 personnes (600 mSv)
peut-être 240 personnes (<2,5 mSv)
  • 20 mars 1963 : Améthyste[16]
13 personnes (=10 mSv)
280 personnes (<1 mSv)
  • 20 octobre 1963 : Rubis[16]
500 personnes (<0,2 mSv)
pas de donnée (=0,01 mSv)
  • 30 mai 1965 : Jade[16]
pas de donnée (<1 mSv)

Les essais Béryl et Améthyste ont conduit à une irradiation dépassant le seuil réglementaire actuel pour le public. Des conséquences sanitaires sont envisageables pour la quinzaine de personnes fortement contaminées (à plus de 100 mSv) par l'essai Beryl, mais les conséquences attendues sont trop faibles pour être identifiables statistiquement.

Contaminations sur Moruroa et Fangataufa[modifier | modifier le code]

En 2006, Marcel Jurien de la Gravière, alors délégué à la sûreté nucléaire de la Défense, avait reconnu que six de ces essais avaient « affecté plus significativement quelques îles et atolls », entraînant des retombées sur des zones habitées, et ce jusqu’à Tahiti. En 2012, Bruno Barrillot, délégué pour le suivi des conséquences des essais nucléaires auprès du gouvernement polynésien, affirme qu'il y a eu beaucoup de retombées : "au moins cinq archipels ont été touchés, dont les Gambier, situés à 400 km sous le vent des tirs"[17].

D'après une étude épidémiologique réalisée par l'Armée Française sur les vétérans du Centre d'Essais du Pacifique (CEP), il n'y a aucune surmortalité, que ce soit toutes causes confondues, par cancer, ou pour des pathologies spécifiques potentiellement liées à l’exposition aux radiations. Une sous-mortalité est au contraire observée[18].

Rapport Bataille 2001[modifier | modifier le code]

Selon un rapport parlementaire de Christian Bataille publié en 2001, sur les 52 750 personnes affectées sur l’ensemble des sites pendant les essais atmosphériques, 3 425 personnes (6,5 %) ont reçu des doses mesurables[15]. Au total, les doses collectives relevées s’élèvent à 8,9 homme.Sv[15].

Le nombre de doses ayant dépassé la « norme annuelle travailleur » de 50 mSv s’est élevé à sept[15]. Dans quatre cas il s’agissait des pilotes d’avions chargés des pénétrations dans le nuage radioactif consécutif au tir pour des doses de 180 mSv, 120 mSv, 60 mSv et 51 mSv, ce qui les situe dans le domaine des expositions exceptionnelles concertées, la première étant légèrement supérieure à la limite. Dans deux autres cas, il s’agissait d’activités extérieures aux essais nucléaires avec deux médecins ayant eu une exposition lors d’examens radiologiques (60 et 54 mSv).

La plupart des autres personnels classés catégorie A a reçu dans sa majeure partie des doses inférieures à la norme « personnes du public » (soit 5 mSv). Cinquante-cinq personnes ont atteint la valeur de 15 mSv[15].

Il faut toutefois préciser que des personnes qui travaillaient ponctuellement dans des zones contaminées sans avoir le statut de personnel directement affecté, ne portaient pas de dosimètres (militaires). De ce fait il est impossible pour eux de connaître les doses reçues.

Le groupe le moins exposé était constitué par les Polynésiens recrutés localement. Ainsi, pour un effectif de 4 701, on a relevé 4 461 doses nulles (95 %) et 240 (5 %) doses de 0,20 à 5 mSv, aucune n’atteignant ce seuil[15].

Retombées radioactives sur la Polynésie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Retombée radioactive.

Dès la première explosion, en juillet 1966, les responsables militaires ont connaissance des retombée radioactives plus importantes que prévues sur l'atoll de Mangareva, mais cette information ne sera rendue publique qu'en 1998 par le journaliste Vincent Jauvert[19].

Le rapport d'une commission d'enquête publié en février 2006, montre que chacun des essais de 1966 et 1967 a provoqué des retombées radioactives sur les archipels habités de la Polynésie française; même Tahiti aurait été touché le 17 juillet 1974 par l'essai Centaure (avec des taux de radioactivité de six à sept fois supérieures à la normale). De plus de nombreux récifs coralliens ont été touchés. Une étude de l'INSERM montre qu'il existerait une relation statistique entre le risque de cancers de la thyroïde et la dose totale de radiations reçues à la thyroïde du fait des 46 essais nucléaires atmosphériques en Polynésie[20].

Bilan des doses reçues par les populations des îles et atolls les plus exposés
pour les essais dont les retombées ont été les plus importantes[21]
Lieu Essai Année Estimation initiale[22] (mSv) Estimation CEA 2006 (mSv) UNSCEAR et AIEA[23]
Îles Gambier Aldébaran 1966 5,5 3 à 7 5,5
Îles Gambier Rigel 1966 - 0,1 à 0,23
Îles Gambier Éridan 1970 0,1 -
Îles Gambier Toucan 1970 0,2 -
Îles Gambier Phoebé 1971 1,2 0,2 à 2,6 1,2
Tureia Rigel 1966 - 0,06 à 0,15
Tureia Arcturus 1967 1 0,79 à 3,2 0,9
Tureia Dragon 1970 0,16 -
Tureia Encelade 1971 1,3 1,3 à 1,9 1,3
Reao Toucan 1970 0,15 -
Hereheretue Umbriel 1972 0,2 -
Tahiti (Pirae) Centaure 1974 0,8 0,5 0,8
Tahiti (Hitiaa) Centaure 1974 - 2,6
Tahiti (Teahupoo) Centaure 1974 - 3,6

L'impact mesuré n'a que rarement dépassé la limite réglementaire d'exposition de 1 mSv, et même les plus fortes expositions (celles des Îles Gambier en 1966) restent largement inférieure au niveau (100 mSv) où des conséquences sanitaires sont statistiquement confirmées.

Les doses maximales reçues par les populations des îles et atolls les plus exposés, pour les essais dont les retombées ont été les plus importantes, ont généralement été inférieures à 10 mSv. Des valeurs maximales plus importantes ont été calculées pour les doses thyroïde des enfants, allant jusqu'à 80 mSv aux Gambiers pour l'essai Aldebaran de 1966. L'état actuel des connaissances montre que ces niveaux de dose ne devraient pas conduire à l'apparition d'un nombre décelable de cancers de la thyroïde en excès dans les populations vivant en Polynésie[24].

Le bilan de la surveillance de la radioactivité en Polynésie française effectué en 2008 a constaté un état radiologique de l’environnement stable et des niveaux de radioactivité très bas (inférieure à μSv.an-1), soit moins de 1 % de la dose associée à l’irradiation naturelle en Polynésie (environ 1 000 μSv.an-1)[25].

Revendications associatives et victimes civiles[modifier | modifier le code]

Le , à la suite de l'appel lancé par le Centre de documentation et de recherche sur la paix et les conflits, un groupe de personnes créent l'Association des vétérans des essais nucléaires français et leurs familles (AVEN), déclarée à la préfecture du Rhône.

Après la défaite de Gaston Flosse (UMP) en 2004 et l'arrivée au pouvoir de l'opposant Oscar Temaru, une commission d'enquête locale a été créée. Celle-ci a confirmé les craintes de l'Association des vétérans des essais nucléaires (Aven) et de Moruroa e Tatou (Moruroa et nous), deux associations de victimes nées en 2001 : le rapport, publié en février 2006, a montré que chacun des essais de 1966 et 1967 avait provoqué des retombées radioactives sur les archipels habités de la Polynésie française; même Tahiti aurait été touché le (avec des taux de radioactivité de six à sept fois supérieures à la normale) [26].

Suite à plusieurs affaires judiciaires, la loi du 5 janvier 2010 encadre l'indemnisation par l'État du préjudice subi par certaines personnes atteintes de maladies radio-induites dues aux essais nucléaires français[27].

En 2013, sur 700 dossiers d'indemnisation qui ont été déposés, seuls 4 ont été jugés recevables[28].

Films et reportages[modifier | modifier le code]

L'allemand Roland Emmerich, connu pour ses opinions politiques écologistes et anti-nucléaire, en réponse à la reprise des essais nucléaires dans le Pacifique en 1995 par Jacques Chirac, a réalisé en 1997 Godzilla où un lézard se métamorphosait à la suite d'essais nucléaires français à Moruroa.

Un reportage, intitulé Cancer du Tropique, sur les explosions nucléaires françaises dans le Pacifique a été diffusé en 2006 (réalisé par Sophie Bontemps).

Le 11 avril 2008 fut diffusé, dans l'émission Thalassa sur France 3, un autre reportage, intitulé Les Gambiers sous le vent nucléaire.

Sur ARTE le 16 mars 2007, le public découvre le film de Jean-Pierre Sinapi (production Raspail) Vive la bombe !, relatant le tir raté Beryl de mai 1962 dans le Sahara.

  • 2008 : Vent de sable de Larbi Benchiha
  • 2009 : Essais nucléaires, quelles vérités (Nathalie Barbe et Thierry Derouet)
  • 2010 : De Gaulle, l’Algérie et la Bombe de Larbi Benchiha
  • 2010 : Djinns de Sandra et Hugues Martin, film fantastique français, dans lequel on peut voir une section de parachutiste français à la recherche d'un avion qui contient les ordres de mise à feu de Gerboise bleue

Gerboise bleue est un film français réalisé par Djamel Ouahab, sorti en France le 11 février 2009, raconte l'histoire des vétérans français et des Touaregs algériens victimes des premiers essais atomiques français dans le Sahara de 1960 à 1966.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Philippe Desbordes, Les Cobayes de l'apocalypse nucléaire, L'Express, 2011, 270 pages
  • Louis Bulidon, Les Irradiés de Béryl, Thaddée 2011, 174 pages
  • Au nom de la bombe : histoires secrètes des essais atomiques français, bande dessinée basée sur des témoignages écrite par Albert Drandov et dessinée par Franckie Alarcon, publiée aux éditions Delcourt en 2010
  • André Bendjebbar, Histoire secrète de la bombe atomique française, Le Cherche Midi Éditeur, Paris, 2000
  • Bruno Barrillot, Les essais nucléaires français.1960-1996, Editions Observatoire des Armements, Lyon,1996
  • Bruno Barrillot, L’héritage de la bombe, Editions Observatoire des Armements, Lyon, 2002
  • Bruno Barrillot, Les irradiés de la République, Editions Complexe, Bruxelles, 2003
  • Bruno Barrillot, Les Polynésiens et les essais nucléaires, Rapport Assemblée de la Polynésie française, 2006
  • Bruno Barrillot, Quelle justice pour les victimes des essais nucléaires ?, Editions Observatoire des Armements, Lyon, 2007
  • Bruno Barrillot, Victimes des essais nucléaires.Histoire d’un combat, Editions Observatoire des Armements, Lyon, 2010
  • Bruno Barrillot, L’héritage empoisonné, Editions Observatoire des Armements, Lyon, 2012
  • Bruno Barrillot, Témoins de la bombe, en collaboration avec Arnaud Hudelot et MH Villierme, Editions Univers Polynésiens, Papeete, 2013

Gérard Martin LES ATOLLS DE MURUROA ET DE FANGATAUFA Aspects radiologiques RAPPORT CEA-R-6136 2007, 750 pages

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Marc Régnault, « La France à la recherche de sites nucléaires (1957-1963) », Cahier du Centre d'études d'histoire de la défense, no 12 « Science, technologie et Défense. Stratégies autour de l’atome et de l’espace (1945-1998) »,‎ 1999, p. 24-47 (ISSN 2-9515024-0-0, lire en ligne)
  2. a, b, c et d Patrick Pesnot, La bombe A, émission Rendez-vous avec X sur France Inter, 4 mai 2001
  3. (en) Irwin M. Wall, France, the United States, and the Algerian War, Berkeley, University of California Press,‎ 2001 (ISBN 0-5202-2534-1), p. 158
  4. Après les Gerboise blanche et rouge, complétant avec la bleue le drapeau tricolore français.
  5. Peter Feaver et Peter Stein, Assuring Control of Nuclear Weapons : The Evolution of Permissive Action Links, CSIA Occasional Paper #2, Lanham, MD: University Press of America, 1987
  6. Bail plus long car base plus discrète.
  7. Arrêté ministériel no 51 du 20 août 1965
  8. Bernard Dumortier, Atolls de l'atome : Mururoa & Fangataufa, Marine Éditions, Rennes, 2004 (ISBN 2-915379-11-4) dont une version abrégée est à [lire en ligne]
  9. Les essais nucléaires en Polynésie
  10. http://www.moruroa.org/Texte.aspx?t=182
  11. « Complocratie » : plongée dans un monde de conspirations.
  12. Les essais nucléaires français à l'origine de cancers chez des militaires, Le Point du 17 juillet 2012
  13. Zbigniew Jaworowski, Ionizing radiation in the 20th centyry and beyond, symposium "Entwicklungen im Strahleschutz", Munich, 29 novembre 2001.
  14. Gambier sous le vent nucléaire - Thalassa 2008.
  15. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Rapport sur les incidences environnementales et sanitaires des essais nucléaires effectués par la France entre 1960 et 1996 et éléments de comparaison avec les essais des autres puissances nucléaires - Christian Bataille et Henri Revol, rapport no 3571 à l'assemblée nationale, 5 février 2001[PDF]
  16. a, b, c et d Dossier de présentation des essais nucléaires et leur suivi au Sahara - Délégation à l'information et à la communication de la Défense (DICoD), janvier 2007 [PDF] (voir archive)
  17. Des tonnes de résidus dangereux en Polynésie, Le Parisien du 17 juillet 2012
  18. Observatoire de la santé des vétérans dans sa synthèse du rapport.
  19. Épisode Les dégâts nucléaires français en Polynésie de la série Rendez-vous avec X, d'une durée de 38. Diffusé pour la première fois du 13 h 20 au 14 h 0 sur la chaîne France Inter du réseau Radio France. Autres crédits : Patrick Pesnot. Visionner l'épisode en ligne, 25e minute.
  20. Les essais nucléaires polynésiens responsables de cancers thyroïdiens - Paul Benkimoun, Le Monde, 3 août2006
  21. D'après La Dimension radiologique des essais nucléaires français en Polynésie (ministère de la Défense (ISBN 2-11-096780-3)), p. 293
  22. Estimation faite au moment des essais par le SMSR (Service mixte de sécurité radiologique).
  23. Rapport du Comité consultatif international (CCI) sur la situation radiologique des atolls de Mururoa et Fangataufa publié en 1998 - Cité par le rapport Bataille de 2001
  24. La dimension radiologique des essais nucléaires français en Polynésie à l'épreuve des faits, Ministère de la défense, 2006 (ISBN 2-11-096780-3 et 978-2-11-096780-0) 474 pages
  25. Bilan de la surveillance de la radioactivité en Polynésie française en 2008, IRSN [PDF]
  26. A quand la vérité sur les essais nucléaires ? - L'Humanité, 22 février 2006
  27. LOI n° 2010-2 du 5 janvier 2010 relative à la reconnaissance et à l'indemnisation des victimes des essais nucléaires français (1), JO du 6 janvier 2010
  28. http://survie.org/billets-d-afrique/2013/228-octobre-2013/article/c-est-de-la-bombe-4539

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]